‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 64 sur 111 · DU CINQUIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

DU CINQUIÈME COMMANDEMENT

Tu ne tueras point.

Homicide point ne seras, De fait ni volontairement.

Dieu défend, par ce Commandement, d’ôter, d’autorité privée, la vie à son prochain, et de se l’ôter à soimême. Ce crime est un attentat sur le souverain pouvoir de Dieu, qui seul est le maître absolu de la vie des hommes, et à qui seul il appartient de la leur ôter, comme lui seul a pu la leur donner. (C’est la plus grande injustice que l’on puisse commettre contre un homme, à qui l’on ravit ce qu’il a de plus cher et de plus précieux au monde. On est coupable d’homicide non-seulement quand on l’exécute par soi-même, mais encore quand on y contribue, soit en commandant ce crime, soit en le conseillant, soit en aidant à celui qui le commet.

La loi de Dieu ne se borne pas à défendre l’homicide, elle défend encore la colère, le mépris du prochain, les injures, les mauvais traitements. C'est Jésus-Christ lui-même qui donne cette étendue au

RTE wnnlont 3 précepte, voulent que nous étouffions dans notre

cœur même tout mouvement de colère et tout désir de vengeance. Toutes ces choses sont comme des

semences d’homicide, et saint Jean déclare homicide tout homme qui hait son frère.

Que doit-on penser de ceux qui proposent ou qui acceptent un duel, sinon qu’ils sont très-coupables aux yeux de Dieu? Quelle fureur ge tremper ses mains dans le sang de son frère pour la plus légère insulte, pour un mot, pour une petite raillerie, et de sacrifier à un faux point d'honneur son salut éternel et celui de son prochain! Les Grecs et les Romains, tout païens qu’ils étaient, n’ont jamais connu cet usage barbare. Ils étaient passionnés pour la gloire, mais ils la faisaient consister à répandre leur sang pour la patrie et à tirer l'épée contre les ennemis de l’État, et non pas contre leurs concitoyens. Le duel est donc un crime aussi contraire à l'humanité qu'au Christianisme, aussi opposé à la raison qu’à la religion.

Ce n’est pas un moindre crime de s’ôter la vie à soimêmé. La vie est un dépôt que Dieu nous a confié, et qu'il nous ordonne de conserver ,usqu’à ce qu’il nous le redemande: en disposer sans son ordre et malgré sa défense, c'est usurper les droits de Celui qui en est le seul arbitre. Ce crime est d’autaut plus horrible, qu’il est sans remède, puisque l’on n’a plus le temps d’en faire pénitence, et que l’on se précipite sans retour dans la damnation éternelle. Quelle folie d'éviter un chagrin passager en se jetant tête baissée dans les supplices affreux de l'enfer pour toute l’éternité !

Dieu ne s’est pas contenté de nous défendre d’ôter la vie du corps, il défend encore tout ce qui peut nuire à l’âme, et spécialement le scandale, qui ôte la vie spirituelle au prochain. Le scandale consiste À porter les autres au péché, ou à les détourner de la vertu. C’est une seconde espèce d’homicide, dont les sens ne sont point frappés, mais qui n’est pas moins réel aux yeux de la foi, ni moins criminel devant Dieu. Aussi .Jésus- Christ fait-il les plus terribles menaces à ceux qui sont pour leurs frères un sujet de scandale et une occasion de chute. «Malheur, dit-il, à ceux par qui le scandale «arrive! Si quelqu'un scandalise un de ces petits qui « croient en moi, il lui serait plus avantageux d’être « précipité au ford de la mer» Jugeons de l’énormité

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de ce péché par l'horreur que Jésus-Christ veut nous éh pirer.

Considérons les: effets . du scandale, et nous reconuaîtrons la justice des châtiments terribles que Dieu lui réserve. Que fait le pécheur scandaleux? Il s'oppose s la volonté que Dieu a de sauver les hommes. «La volonté de votre Père céleste, dit J ésus-Christ, est qu’aucun de ces petits ne périsse.» Il les a tous a optés pour ses enfants, il veut les sauver tous; mais par le scandale on met obstacle à cette volonté de Dieu, puisque l’on fait périr ceux que Dieu voulait rendre heureux. Le pécheur scandaleux anéantit la Rédemption. J'ésus- Christ est venu sur la terre pour sauver les âmes ; il a répandu son sang pour les racheter; par le scandale on lui ravit ces âmes, qui lui ont coûté si cher ; on lui enlève sa conquête, on rend inutile le prix de son sang, et on expose à un malheur infini ceux à qui Jésus-Christ avait mérité une f/licité éternelle.

Un jeune homme avait des inclinations vertueuses : docile à ses parents et à ses maîtres, recueilli dans la prière, appliqué à tous ses devoirs, il était l'objet des complaisances de son Dieu. Mais il a eu le malheur de se trouver dans la société d’un libertin qui se fait gloire de n'avoir point de piété, qui donne à la vertu un nom odieux et ridicule, qui se moque de ceux qui en ont. Le jeune homme, ébranlé par ses discours, succombe à la crainte de ses dérisions et de ses censures, il rougit de la vertu. Le libertin va plus loin, il tient en sa présence des propos licencieux, il lui donne de mauvais conseils, il les appuie par ses exemples. Le jeune homme apprend le mal qu’il ignorait; il reçoit les plus funestes impressions, et finit par se livrer aux mêmes désordres. Le voilà devenu l’esclaye des mêmes passions, assujetti aux mêmes vices. Dieu voulait sauver cette âme, Jésus- Christ était mort pour elle; le pécheur scandaleux la fait périr. Cette âme devait jouir éternellement de Dieu, et le pécheur scandaleux l’entraîne dans un malheur éternel. A quels châtiments ne doit-il pas s'attendre ? est-il un supplice trop rigoureux pour lui? Malheureux ! vous auriez horreur de tremper vos mains dans le sang de votre frère, cependant le mal que vous lui faites est

infiniment plus horrible. Vous seriez moins cruel à sou égard si vous lui enfonciez un poignard dans le sein, et “ vous lui arrachiez la vie du corps. Cette âme, que vous avez séduite, eriera éternellement vengeance contre vous, et ses cris seront entendus du souverain Juge. Maiheur done à celui qui apprend à la jeunesse le mal qu’elle ignore ! malheur à celui qui séduit l'innocence ar les exemples ou par Îles discours ! malheur à celui qui détourne les autres de la vertu et de la piété par des railleries insensées! malheur à celui qui communique des livres pernicieux contre la Religion ou contre les mœurs ! enfin malheur à celui qui cause du scandale, de quelque manière que ce soit! il est coupable de tous les péchés dont il est la cause, et il sera puni de tout le mal

ui se,fera, même après sa mort, y l’occasion du scandule qu'il aura donné volontairement.

Iisrorres. — Adonibésech ayant été vaincu par les Israélites, ils lui coupèrent les extrémités des pieds et des mains. Alors ce roi barbare se “appelant les cruautés qu'il avait exercées, dit: «Soixante-dix rois à qui. j'avais fait couper les extrémités des pieds et des mains mangeaient sous ma table les restes que je leur jetais; le Seigneur me rend ce que je leur ai fait souffrir.» Juges, 1.

— Il y a quelques années, un jeune homme nommé Gustave, ayant à peine atteint sa seizième année, fut trouvé mort dans sa chambre; il s'était asphyxié. Ce malheureux enfant était dégoûté de l'existence, et il l'avait à peine essayée. Qui le porta à ce trait de folie, à ce crime? incrédulité ; dès quinze ans il était esprit fort. Son père avait dit #« Quand mon «fils sera sorti de l'enfance, je Île laisserai choisir sa religion «et son Dieu» Le moment du choix arriva, et le malheureux choisit la mort! O malheureux fils: Ô malheureux père !

__ Un écolier possédait à un haut degré toutes les vertus qu’on peut souhaiter dans un jeune homme; mais, par un malheur trop ordinaire à une personne de+son âge, il tomba dans la compagnie d’un scélérat, qui, livré aux plus honteuses

assions, alluma dans ce jeune cœur le feu criminel dént le sien était dévoré ; dès lors on ne vit plus en lui qu’un libertin affreux. Ses amis, Aésolés, le conjurèrent en vain de rentrer dans la bonne voie qu’il avait quitiée: tout fut inutile, Dieu parla à son tour, Cet in fortuné se réveilla une nuit, poussant

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des cris horribles ; on, accourt, on veut le calmer, on a pelle ur prêtre, qui l’exhorte à revenir à Dieu. Le moribond jette sur lui des yeux égarés, et prononce d’une voix lamertable ces lugubres paroles: « Malheur à celui qui m’a séduit!... « C’est en vain que j’invoquerais le secours de Dieu: je vois « l’enfer ouvert pour me recevoir.» Alors, se retournant de l’autre côté, il expire dans le désespoir le plus effrayant. CozLerT, Ecolier vertueux.

Exercices. — 1. Que défend le cinquième commandement ?— 2. La loi de Dieu ne défend-elle que l’homicide —3. Le duel estilun grand crime ?—4. Montrez que le duel n’est pes moins contraire à l'humanité qu’au christianisgme.—5, Faites comprendre combien se rend coupable celui qui attente à ses jours. —6. Le cinquième commandement ne défend-il que d’ôter la vie du corps ?—7. Montrez combien le scandaleux est coupable. —8. Quelles sont les funestes suites du scandale ?

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