‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 111 · DU SIXIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME COMMANDEMENT

Tu ne seras point adultère.

Luxurieux point ne seras, De corps ni de consentement.

Par le sixième Commandement, Dieu défend toutes les choses contraires à la pureté de l’âme et du corps, lesquelles sont regardées dans l’Ecriture comme des péchés abominables : et saint Paul, comparant aux idolâtres ceux qui se rendent coupables du vice d’impureté, dit qu’ils n’entreront ni les uns ni les autres dans le royaume des cieux.

Il est donc défendu, par ce Commandement, de dire ou de faire quoi que ce soit contre l’honnêteté publique et la pureté: ainsi, c'est de soi-même un péché abominable devant Dieu de proférer des paroles et de chanter des chansons lsscives, ou de les entendre volontiers ; de lire des livres, d'écrire des lettres où de donner des conseils capables d’exciter à l’impureté; d'arrêter ses

regards sur des tableaux ou des statues peu modestes ; d’être indiscret dans les regards, ou autres actions sur soi-même et sur autrui, pour se contenter et satisfaire des penchants déréglés. Il n’y a point de vice qui soit plus contraire à la sainteté de Dieu, et qu’il punisse plus sévèrement, que l’impureté. Il a fait souvent éclater sa vengeance, dès cette vie même, sur ceux qui le commettaient; nous en voyons des exemples terribles dans l’Ecriture. (Ce péché sera puni même dans les infidèles qui ne connaissent pas Dieu, parce qu’il est contraire à la raison qui les éclaire, parce qu’en s’y abandonnant l’homme se dégrade lui-même, et qu’étant par sa nature au-dessus de la bête, il se met au même rang, et se confond avec elle; mais il est beaucoup plus énorme encore dans les Chrétiens, dans ceux qui ‘ont été régénérés en Jésus-Christ, parce que rien n’est plus contraire à leur vocation, parce qu'il fait injure au Saint-Esprit, dont il profane le temple, et à Jésus- Christ, dont il souille les membres. Quel crime que de profaner le temple de Dieu! quel sacrilége que de déshonorer les membres de Jésus-Uhrist! Cette idée doit nous faire horreur; mais nous nous affermirons dans cette disposition si nous considérons les suites funestes de ce péché. Il ruine la santé, il renverse la fortune, il déshonore les familles, il couvre d’infamie ceux qui le commettent. Un libertin, devenu l’opprobre de sa famille et la fable de toute une ville, périt misérablement à la fleur de son âge, ou bien il traîne une vie lânguissante dans l’ignomninie, dans la douleur et le désespoir.

Les suites de ce péché sont encore plus funestes à l'égard de l’âme ; il éteint les lumières âe l'esprit, et le rend incapable de toute application sérieuse. Un jeune homme livré à ce vice honteux ne peut penser à rien de solide: sa passion le suit partout et l’occupe tout entier; toute espèce de travail l’ennuie, le lasse et l’impatiente. Le cœur est encore plus malade l'esprit, il a un dégoût presque insurmontable pour la prière et pour tous les exercices de piété; c'est cet homme animal dont parle saint Paul, qui ne conçoit rien aux choses de Dieu; la vue même des gens de bien

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lui fait peine, parce que leur conduite est comme une censure secrète de ses désordres. « Celui qui fait le «mal, dit Jésus-Christ, hait la lumière; il ne s’en «approche pas, de peur que ses œuvres ne soient con- « damnées.» Il tombe bientôt dans l’endurcissement. Il n'y a point de vice qui répande des ténèbres plus épaisses dans l'âme; les intérêts les plus chers ne touchent plus, les promesses, les menaces de Dieu sont également méprisées; un bonheur, un malheur éternel ne font plus d’impression; tout est sacrifié, tout est compté pour rien. On oublie ce que l’on doit aux autres et ce que l’on se doit à soi-même; ce n’est plus la raison qui guide, c’est un penchant aveugle et impétuèux qui emporte; et tandis qu’on se donne en spectacle au public, seul on ne se voit pas soi-même, On en vient même jusqu’à perdre la foi; car la religion ne peut s’allier avec une vie dissolue. Pour étouffer les remords de la conscience et vivre tranquillement dans le crime, on commence par douter des vérités les plus certaines, et l’on finit par ne rien croire. De là l’impénitence finale; on meurt dans le péché, et l’on paraît au tribunal de Dieu tout couvert des crimes dont la vie entière a été souillée, selon cette maxime de l’Ecriture : « Les désordres de la jeunesse pénètreront jusque dans «ses 08, l’accompagneront dans ja poussière même du « tombeau,» et de 1à dans l’enfer.

Nous sommes obligés non-seulement d'éviter cet abominable péché, mais encore les occasions prochaines qui nous y portent, car celui qui s'expose au danger, y périra, dit l'Esprit saint. Les: occasions les plus ordinaires qui portent à l’impureté sout :

1° L’excès dans le boire et le manger, par: > qu’il abrutit l'âme, la rend tout animale et sensuci lui ôte tout sentiment de Dieu, et la tient comme :. irvée vers la terre.

2e Le luxe et l’immodestie des habits, qui, devenant pour soi-même et pour les autres un sujet de chute et de scandale, sont l'indice de la chasteté mourante ou déjà morte dans une âme.

3° L’oisiveté, car vivre sans rien faire, c’est s’exposer à des tentations continuelles, la varesse étant la mère de tous les vices.

4 Les mauvaises compagnies, oar rien n’est plus dangereux que la société des libertins, qui ont perdu la crainte de Dieu et le sentiment naturel de la pudeur, et qui portent les autres à commettre le mal, soit par leurs discours, soit par leurs exemples. Le Saint-Esprit nous avertit souvent dans l’Ecriture de fuir les méchants et de rompre tout commerce avec eux. «Si les «méchants veulent vous attirer à eux, nous dit-il à «tous, ne les écoutez pas; s'ils vous disent: Venez à «nous, prenez bien garde de les suivre; si vous les «fréquentez, vous deviendrez bientôt aussi méchants «qu'eux.» Instruits par la Vérité même que le vice est uue maladie contagieuse, que les méchants répandent cette contagion sur ceux qui les approchent, qu’en les fréquentant on s’accoutume à penser, à parler et à agir comme eux, nous serions grandement coupables si nous nous exposions au danger de leur ressembler. Voudrions-nous vivre avec des pestiférés ? Non, non, sans doute; nous appréhenderions d’être bientôt attaqués de leur maladie. Les mauvaises compagnies sont la peste de l’âme. Comme ceux dont les entrailles sont gôtées communiquent par leur haleine la corruption de leur corps, de même les méchants communiquent par leurs entretiens la corruption qu’ils portent au fond de leur cœur; car de quoi s’entretient-on dans la société des jeunes gens livrés à leurs passions? Quel est le sujet ordinaire de leur conversation quand ils se trouvent en liberté? Hélas! on y parle de tout ce qui peut flatter les passions ; tout ce que l’on a vu, tout ce qu'on a entendu de scandaleux, on le raconte avec complaisance ; on sy permet quelquefois les propos les plus licencieux ; on va même jusqu'à se glorifier de ses désordres, jusqu’à s’en attribuer que l’on n’a pas commis. La pudeur y est tournée en ridicule, la piété y devient un objet de mépris et de dérision. A quel danger n’ést pas exposé alors un jeune homme encore vertueux, sil ne prend aussitôt la fuite et s’il ne se sépare d’une compagnie aussi pernicieuse ! Le venin du péché entre dans son cœur: d’abord une mauvaise honte le retient, il r pas le courage de reprendre ceux qui offensent Dieu, et de s’opposer au mal qu’ils font; il craint de

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leur déplaire ou d’en être raillé s’il ne fait pas comme eux; peu à peu il se familiarise avec ce qui lui faisait horreur auparavant; il se livre aux mêmes désordres, et il finit par rougir de son ancienne modestie.

5o La lecture des mauvais livres. Elle remplit l’esprit de mille pensées dangereuses, et l’imagination de mille fantômes indécents ; de là le poison passe dans le cœur, et y porte le ravage et la mort. Il ne faut qu'un mauvais livre pour corrompre une multitude de jeunes vens. Ce livre pernicieux passe dans toutes les mains ; la contagion se répand, et elle infecte une maison entière. L'effet est bien plus funeste encore si c’est un de ces ouvrages abominables où à des intrigues passionnées, à des anecdotes lascives, à des peintures obscènes, se trouvent joints des maximes impies, des principes d'irréligion capables de détruire la crainte de Dieu et d’ébranler la foi. (Cette barrière une fois rompue, à quels excès ne se porteront pas ceux qui auront avalé le poison ? dans quels désordres ne tomberont-ils pas ? et qui pourra les retenir dans leur chute? La foi est la meilleure sauvegarde des mœurs; c’est la plus forte digue que l'on puisse opposer aux passions; si on lève ette digue, le torrent se débordera et ravagera tout. La foi, tant qu’elle reste dans le cœur, est un principe dé retour à la vertu; si on fait le mal, du moins on se condamne soi-même, on se le reproche; mais quel moyen de se relever de ses chutes si on a perdu la foi? Le mal n’est-il pas alors presque sans remède? Ne devrait-on pas désespérer du salut de celui qui est tombé dans un tel état, si on ne savait que la miséricorde divine est sans bornes? © vous donc, jeunes enfants, que cette contagion n’a pas encore gagnés, ne lisez jamais des livres pernicieux; rejetez avec horreur ceux que l'on vous présenterait. S'il vous en tombe quelqu'un entre les mains, ne le regardez même pas, vous succomberiez à la tentation de le lire. Kt ne dites pas que vous ne lisez que dans la vue de vous instruire, d'orner votre esprit et de former votre style. Vous pouvez puiser ces avantages dans de meilleures sources : on ne manque pas d'ouvrages excellents en tout genre, qu’on peut lire sans aucun danger pour les mœurs: consultez un homme

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