CHAPITRE IV BONHEUR DE LA VIE CHRÉTIENNE
T1 n’est que trop ordinaire de se former une fausse idée de l4 vie chrétienne et de Ja regarder comme une vie triste, gènante et désagréable. Rien n’est plus faux, rien n'est plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et [a piété, 11 est important, chers enfants, de vous garantir de cette erreur dangereuse ou de vous détromper si vous y étiez déjà engagés ; il est important de vous convaincre que le bonhcur est 13 partage de la vertu ; si vous en doutiez, écoutez Je Saint-Esprit qui vous assure en mille endroits de l’Ecriture que la justice, c’est-à-dire l’exacte observation de la li de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l'âme, ds co sentiment délicieux que produit une bonne conscience et, par conséquent, que Ja vertu, et la
L vertu seule, rend l’homme véritablement heureux.
Partout où il est parlé da la fidélité à observer la loi de Dieu, il est aussi parlé de la paix, comme inséparal le de la. justice, Et avec quelle énergie le Saint-Esprit ne s’expli
que-t-il pas sur cet article ! O mon fils ! vous dit-il, soyez
“fidèle à garder mes préceptes ; 1ls seront pour. vous une “source do joie ct de paix; cclui qui observe Ja loi du “ Seigneur fera sa démeure dans la paix.” (Prov., xin1). Remarquez qu'il ne dit pas reulement: “II trouvera la paix, il jouira de Ja paix” ; mais ‘il fera sa demeure de la paix, il y établira son séjour ; il y sera comme environné des avantages do la paix,” et cette paix sera une paix profonde, une paix abondante, qu’il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goëeu! ler jnstes. Lleureux donc l’homme qui met son affec-
LE
tion dans la loi du Seigneur ! il sera comme un arbre qui planté sur lé bord des eaux, porte un fruit excellent et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles du prophète,
La promesse de Jésus-Christ, dans l'Évangile, n’est pas moins formelle ni moins positive: il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux et que son fardeau est léger ; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l'âme. C’est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu qu'une vie chrétienne est une vie heureuse ; qu'il n'y à de véritable bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu.
Cetté vérité est encore fondée sur l'expérience. Je vais vous citer un témoin qui n’est point suspect, un témoin qui a éprouvé l’une et l’autre situation, celle du pécheur et celle de l’homme vertueux, c’est saint Augustin. Avant sa conversion, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sensuelle ; il avait passé un grand nombre d’années dans l’oubli de Dieu et dans le déréglement des passions. Rappelé enfin à la vertu, voici comment il s'explique dans le livre de ses Conÿessions: ‘Mon Dieu, vous avez rompu mes liens ; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si‘ aimable et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de douceur ct de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde ! combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce que j'avais craint de perdre ! Car vous qui êtes le seul véritable piaisir capable de remplir une âme, en éloïgnant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur place, vous qui êtes la véritable et souveraine douceur ; mon esprit était bien délivré des chagrins cuisants que donnent l'ambition, l'amour des richesses et le désir de se plonger dans x fange des volüptés criminelles, et je commencais à goûter le plaisir de n’entretenir avec vous, Ô mon Dieu! | ‘qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut.”
Vous l’entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l’on est déchiré par des inquiétudes continuelles ; une vie vertuensé, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consolation. Il est vrai qu’il faut se faire violence et résister à ses passions; mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu ; les
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sacrifices qu'il faut faire sont bien payes par le témoignage de la conscience et par l'espérance d’un bonheur éternel qui remplit l'âme de jaio, Ce que saint Augustin avait éprouvé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité l’éprouvent comme lui, N’en connaissez-vous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs? Voyez cette juie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur qui les accompagnent partout, La sérénité de leur âme est peinte sur leur visage, le calme profond dont ils jouissent, la paix de leur cœur brillent pour ainsi dire sur leur front. N’en doutez pas: ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.
Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers? Vousmême, vous-même n’avez-vous pas senti ce bonheur qui accompagne la vertu? Rappelez-vous cette énque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de toutes vos fautes ; où, admis pour la première fois à 1a table
quelle joie ce cœur ne fut-il pas alors inond délicieuse remplissait alors votre âme! qu’elles étaient douces les larmes que vous répandiez dans le sein d'un si bon père que vous désiriez alors d’être toujours dans cet état, de
ren sortir jamais! Avouez-le, rendez cet hommage à la religion: jimais, non, jamais vous n'avez passé des moment:
plus doux; ce jour a été le plus beau de vos jours. Alors vous compreniez cette vérité, que l’on n’est heureux qu’en
servant le Seigneur; alors vous étiez pénétré des senti-
ments qui animaient le prophète quand il disait : “ Oui,
‘“ mon Dieu, un seul jour passé à votre service est bien
“ préférable à des années entières passées dans la compa
gnie des pécheurs.”
Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur. Vousentendez aisément tout ce qui vient de vous être dit sur le bonheur de la vie chrétienne ; si au contraire, la vertu quiautrefois avait pour vous tant de charmes vous paraît aujourd’hui importune, enruyeuse, n’en accusez que votre infidé lité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constam-
mt. 5 +: Guramentrt — Te SE sr a a 20 jet Acad pi Re . —e Re
ment dans la voie de Dieu, vous auriez Joui d’une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c'est de prendre une généreuse résolution d'observer exactement la Joi du Seigneur et de vaincre les premiers dégoûts, Revenez à votre père: un soupire le désarme, une larme l'apaise, Bientôt vous sentirez dans votre âme ecs consolations intérieures ct ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence,
Peut-o1 être malheurcux en vous servant, 6 mon Dieu, vous qui êtes l4 source de tous les biens? Non, Seigneur, non; votre joug est doux eb votre fardeau est léger. Vous nous avez créés pour vous et notre cœur est dans une continuelle agitation jusqu’à ce qu’il se repose en vous. En vain chercherai-je mon bonheur hors de vous, je ne trouverais que faux biens qui luisseraicnt mon cœur vide, ou des maux réels qui le rempliraient de trouble €t d’inquiétude, Vous l'avez dit, Ô mon Dieu ! il n’y a point de paix pour les méchants: des remords cuisants, des alarmes continuelles, des chagrins dévorants, voilà leur partage. Celui qui portesl té dans son sein y porte aussi le trouble et ré fque le sort d’une âme qui vous sert est différent, Ô ieu! elle est toujours tranquille, toujours contente, toujours heureuse, Elle a sans doute des sacrifices à faire, mais jonction de votre grâce rerd ces sa. crifices faciles, agréables même ;-elle a des peines à souffrir ; mais que ces peines sont légères au milieu des consolations dont vous li remplissez | Je ne balance pas, Seigneur, à embrasser Je parti de la vertu, persuadé que la vie des gens de bien est mille fois plus douce que ceile des pécheurs. Je scrai fidèle à observer votre sainte lui et par cette fidélité je me procurerai tout le bonheur dont on peut jouir sur la terre et une félicité parfaite dans le ciel, que vous réservez à ceux qui auront mené une vie chrétienne,
ITisTrorRe.— Dans un temps ou une fièvro pourprée désolait dans Ja capitale les pauvres qui n'avaient pas eu le temps de se traîner à l'Hôtel-Dieu, la communauté des prêtres de Saint- Marcel, ne pouvant plus suffire à exhortcr les mourants, avait demandé un secours aux religieux mendiants. Vint un capucin vénérable ; il entra dans une écurie basse, où souffrait une . victime de la contagion. Il y voit ua vieillard moribond, étendu sur des heillons dégoûtantc. Il était seul. Une botte de foin
ane paix prendre a Joi du evenez à l'apaise.
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on Dieu, Seigneur, r, Vous une conous. En 16 trouvee, ou des quiétude, aix pour es contie. Celui trouble et s sert est ille, tououte des d ces sa.
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lui servait de lit: pas un meuble, pas une chaise, il avait tout vendu, dès les premiers jours de sa maladie, Jour quelques gouttes de bouillons. Aux murs noirs ct dépouillés pendaient un christ, une hache et deux scies : c'était là toute sa fortune, avec ses bras quand il pouvait les faire mouvoir ; mais alors il n'avait pas l1 force de se soulever. ‘‘ Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur ; c'est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd'hui: vous allez incessanment sortir de ce monde où vous n'avez eu que des peines.—Que des peines ! reprit le moribond d'une voix éteinte: vous vous trompez, je ne me suis Jamais plaint de mon sort, la vue do mon a me consolait au milieu de mes travaux, la religion a fait mon bonheur ; j'x1 vécu content. Les outils que vous voyez me procuraient du pain que je mangeais avec délices et je n'ai jamais été jaloux des tables que j'ai pu entrevoir. J étais pauvre, mais avec la santé nt la crainte de Dieu, je n'ai jamais manqué du nécessaire. Si je reprends la santé, ce que Je ne crois pas, j'irai au chantier et je continuerai de bénir la main de Dieu qui jusqu’à présent a pris soin de moi. O mon l'ère, que la religion est aimable ! qu'elle renferme de précieux trésors ! La paix, le contentement, le bonheur sont le purtage de ceux qui l'aiment.” ù Lo confesseur, aussi édifié que surpris d’un tel langage, ne put s'empêcher d'en témoigner son étonnement et après avoir rendu grâces à Dieu de là faveur qu'il lui avait faite en l'amenant dans ce pauvre réduit, il dit au malade : ‘‘ Quoique cette vie ne vous ait pas été fâchcuse, vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter, car il faut se soumettre à la volonté de Dieu.—Sans doute, reprit le moribond, d'un ton de voix ferme ct d’un œil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir : je rends grâce à Dieu de m'avoir donné la vie et de me faire passer par la mort pour arriver k lui. Je sens le moment s'approcher, accordez-moi les secours de l'Eglise, c’est là seule chose dont j'ai besoin en ce moment.” Cet homme mourut comme il avait vécu, en prédestiné, laissant son confesseur ec ses voisins dans l'admiration de ce que peut la religion sur un cœur docile aux sentiments de la grâcc.
Exercices —1. Dites qu'elle idée on se forme ordinairement de la vie chrétienne ; montrez combien cette idée est fausse ?—2, Comment l’Ecriture sainte
décrit-elle les avantages de la fidélité à la lui de Dieu ?—Quelle est à cet égard la leçon de l'expérience f
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