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CHAPITRE II

Accidens , maladies , difformités de V enfant au moment de sa naissance.

J-Jans les villes, dans les villages, dans les campagnes même, les femmes sont ordinairement secourues pendant l'accouchement par des accoucheurs, ou par des sages femmes. Nous ne dirons donc rien de ce qui concerne cette opération naturelle ; nous ne considérons que l'enfant, et nous allons indiquer les cas qui exigent impérieusement qu'il trouve auprès de sa mère , au moment qu'il reçoit le jour, ou un accoucheur vraiment instruit , ou un médecin.

Le premier soin qu'on donne au nouveau-né, c'est de le nettoyer de l'humeur glutineuse dont tout son corps est enduit. Pour cela , on peut employer, ou le bain d'eau tiède , comme l'indique Plenk (i) , ou l'eau de savon, comme veut Girtanner (2). On ne sauroit trop conseiller l'usage du bain pour l'enfant , au moment de sa naissance et par la suite. Les enfans sont très-sujets aux maladies de la peau : on les prévient, ou du moins on les adoucit beaucoup, en maintenant la propreté de l'organe cutané (3). Ce moyen peut être plus recommandable encore dans

(1) Élém. d'Art. Osletrizia , p. 79, trad. ilal.

(2) Morbi dei Bamhini , lib. cap. tir,

(3) Van-Swieten , t. îv, p. 575.

SUR LES MALADIES DES ENFANS. 6l

quelques circonstances pour enlever, de la surface du corps, les germes de certaines maladies contagieuses de la mère. Après celte première opération, on passe à l'examen des infirmités que l'enfant peut apporter à sa naissance, et qui exigent, la plupart, toutes les connoissances d'un homme parfaitement instruit dans son art ; ce sont les suivantes :

i°. apoplexie et asphyxie du nouveau né. Ces deux étais, qui mettent sa vie dans un danger également pressant, sont entre eux dans une opposition directe qui s'étend naturellement aux secours qu'ds réclament. En effet, dans le premier ; l'engorgement sanguin du cerveau exige qu'on laisse couler le sang par le cordon ombilical, tandis que la défaillance, qui constitue le second , commande d'en faire promptemenl la ligature. Une méprise ne peut avoir que des résultats affreux : du reste, dans les deux cas, il faut insister avec opiniâtreté sur les moyens propres à exciter la circulation ; car, comme les effets s'en font souvent long - temps attendre, l'on peut abandonner comme mort un enfant susceptible encore d'être ranimé et rendu à la vie ( i).

2°. Le gonflement œdémateux ou sanguin de la tête de l'enfant, les contusions et les taches livides à la surface de son corps. Tous ces accidens proviennent des compressions et des froissemens que l'enfant a éprouvés dans l'accouchement. Dans les cas les plus ordinaires , ils cèdent aisément à des fomentations avec le vin chaud ; mais on est quelquefois

(i) Baudelocque, Ail des Accouchcmens , t. i, part, n chap. îv, sect. a.

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obligé de recourir à une opération, afin d'évacuer le sang qui se trouve ramassé en trop grande quantité pour être susceptible de se résoudre. Le danger de la tumeur sanguine de la tète varie suivant son siège , suivant qu'elle est plus ou moins près de la base du crâne (i) : les os même du crâne peuvent être fracturés; ce qui exige les secours les plus savans.

Le nouveau-né peut être atteint d'hydrocéphale interne à sa naissance, et cette maladie veut les soins d'un homme de l'art, capable de bien user des faibles ressources qu'elle offre.

Il peut y avoir encéphalocèle ou hernie du cerveau à travers les fontanelles, on aux sutures, ou dans le centre d'un os dont l'ossification est irrégulière. Il importe singulièrement de ne pas confondre la hernie céréhrale avec les tumeurs sanguines dont nous venons de parler, ou avec un anévrisme, ou des tumeurs fongueuses de la dure-mère. L'encéphalocèle des nouveau - nés réclame la plus grande prudence dans l'emploi des moyens propres à en obtenir la réduction , ou à en prévenir les progrès.

5°. L'enfant qui saisit bien le mamelon de sa nourrice n'a point de filet. Ce vice de conformation de la langue est extrêmement rare, tandis qu'à en croire les nourrices bien peu d'enfans en seroient exempts. Le plus souvent l'enfant ne refuse le sein que parce que le mamelon n'est pas assez long pour qu'il puisse bien le prendre : on y applique alors une fiole à médecine, qu'on échauffe auparavant en

f l) Levret , Art drt Accouchemen? , J. 19.48 . p. 3 12.

y versant de l'eau chaude : elle fait office de ventouse et fait allonger le mamelon. Dans tous les cas, on ne doit pas permettre aux sages-femmes, ou aux nourrices, de couper le filet avec les ongles. Une hémorrhagie, des ulcérations, des gonflemens inflammatoires, peuvent être le résultat de leur imprudence. Ce n'est pas seulement Je filet qui peut empêcher la succion du lait, mais encore des ligamens latéraux à la langue, qui la fixent d'un côté ou de l'autre. Quoique les opérations que ces diyers cas exigent soient très-faciles, elles sont malheureusement à craindre encore aujourd'hui dans certaines mains : j'en connois des exemples. La section du filet faite trop avant, ou mal à propos, expose à deux accidens formidables : une hémorrhagie d'autant plus terrible, qu'elle ne paroît point, l'enfant suçant son propre sang , et le renversement de la langue qui bouche le gosier et étouffe le nourrisson , si on ne s'en aperçoit pas à temps (i).

4°. L'enfant porte quelquefois en naissant une tumeur au scrotum plus ou moins considérable : elle peut être inflammatoire; il peut y avoir hernie, hydropisie du scrotum, ou bien de la tunique vaginale du testicule. Les remèdes et les secours adaptés à des cas si différens , ne peuvent être appliqués que par un homme capable de les discerner.

5\ La hernie ombilicale. Il est difficile qu'avec des connoissances médiocres on puisse apprécier convenablement les moyens de guérison que là na-<-

(i) J. L. Petit , Œuvres posthumes , t. u-i , Mémoire sur le Filet.

ture a en soi dans cette maladie , ou qu'on sache opter, entre les diverses méthodes curativcs, celJe qui, avec le moins d'inconvéniens, conduit au résultat le plus sûr (i).

Toutes les règles établies sur la ligature et la section du cordon ombilical ont principalement pour objet de ne pas intéresser l'intestin qui peut y être engagé dans le cas de hernie ; mais l'observation a donné à ce précepte des motifs non moins importans. La rescision du cordon trop près du ventre, la confricalion répétée de cet organe, dans la vue de repousser le sang, sa ligature, ou trop voisine de l'ombilic , ou serrée au point d'en dilacérer presque le tissu , donnent lieu à une lésion qui , en peu d'instans, se convertit en une des maladies les plus formidables. Il en résulte une inflammation de la veine ombilicale : celte inflammation s'étend de proche en proche et rapidement , d'une part à toutes les ramifications de la veine-porte et au foie , et de l'autre au péritoine et à la surface de tous les viscères du bas-ventre. Nous avons trois observations d'une semblable péritonite chez les nouveau-nés. Meckel en a fourni deux , et Osiander a donné la troisième. Ces trois enfans en périrent le plus tard au bout de dix jours : on doit craindre cette terrible péritonite , si l'enfant a souffert des contusions considérables sur l'abdomen dans un accouchement pénible ; si la pression exercée sur le bas-ventre a fait naître une hernie ; si cette hernie est étranglée ; si l'intestin engagé a souffert des efforts prolongés qu'on aura

(i) Dessault, (Suvr. chirurg. , t. n , p. 317 et 320 , §. 9.

faits (et peut-être même sans ménagement) pour en obtenir la réduction. La seconde observation de Meckel est de ce genre (i) : on sent bien qu'il ne faut pas un talent équivoque pour prévenir des accidens aussi graves, ou pour y remédier.

Mais s'il est un cas où l'utilité d'un bon médecin se fasse bien sentir, c'est lorsque le cordon ombilical s'est rompu près du ventre pendant l'accouchement : on ne peut plus le lier, l'hémorrhagie est très considérable et très-dangereuse. La présence d'un homme instruit et doué du sang-froid convenable, est d'autant plus nécessaire, qu'ordinairement dans cette circonstance les personnes qui donnent leurs soins à la nouvelle accouchée, perdent cette tranquillité d'esprit qui permet d'apprécier cet accident, et de voir les moyens d'y porter remède.

L'en fan t n'est pas dans un moindre danger, lorsque le nombril forme une grande ouverture par laquelle peuvent passer les intestins , et une portion plus ou moins considérable du foie. Cette hernie du foie exige d'autant plus de ménagemens , qu'elle est unie à de très-grands dangers. La mort est inévitable , s'il y survient la gangrène , à cause de la gêne de la circulation. Il faut éviter tout ce qui peut augmenter le volume du foie et de la portion qui est déplacée; éviter par conséquent toute compression sur la poitrine , éloigner les tranchées , les efforts de la respiration, etc.

6°. La hernie congénitale : celle qui a lieu au

( r ) Sasse, de Vasorwn sanguiferor. inflammalione ; el Osiander, nuovi Fasti considérai. \ad uso dcimediciedcgli ostetricanti.

moment où les testicules descendent dans le scrotum est assez connue. Stoll a vu une hernie congénitale de la vessie , au-dessus des os pubis, favorisée par l'écartement des muscles droits de l'abdomen (i).

7 . Les diverses imperforations de la bouche , des organes des sens, de l'anus, des parties sexuelles, etc. Ces vices de conformation peuvent exister à divers degrés, avec des complications extrêmement fâcheuses ou désagréables : ils sont , suivant les cas , susceptibles de guérison ou désespérés. On sait que le célèbre Fracastor, qui fut un des hommes les plus éloquensdeson siècle, naquit sans bouche formée , ou au moins avec les lèvres tellement unies, qu'on dut recourir à une opération pour les séparer.

L'imperforation du conduit auditif des deux oreilles rend un enfant sourd et muet; si une membrane miuce les bouche à l'extérieur, le cas est susceptible d'une guérison facile ; mais si l'oreille ne présente qu'un lobule mal conformé, il fautaltendre que l'enfant ait un certain âge pour essayer l'opération qui peut lui rendre l'ouie. Lorsque l'obstacle est profondément situé , on ne reconnoît ce vice qu'à l'âge où l'enfant commence ou doit commencer à parler. La membrane qui bouche le conduit auditif peut être appliquée au Tympan ; le conduit lui-même peut être oblitéré dans une étendue considérable. L'opération qui se présente alors ( mais il faut qu'il y ait surdité complète ) est à la fois diffi-

(1) Voyez Médec. pratiq., t. m, chap. vu, sujets divers et détachés. ■

cile, dangereuse et d'un succès incertain. Enfin le conduit auditif peut être trop étroit et rendre l'ouïe dure ; ce défaut est incurable , s'il dépend de la mauvaise conformation de l'os temporal dans cette partie.

Quant aux organes urinaires , s'il n'y a qu'imperforation du pré put* , un chirurgien intelligent y remédie aisément. Lorsqu'il y a oblitération de l'orifice de l'urètre , mais que d'ailleurs ce canal existe dans toute sa longueur, on peut facilement ouvrir aux urines leur route naturelle , et faire cesser toutes les incommodités qui tiennent à la voie qu'elles ont vicieusement prise quelquefois depuis long-temps, par l'incurie des parens, comme Cabrol l'observa chez une demoiselle de dix-huit ans. Du reste il ne me convient pas de m'appesantir davantage, dans cet essai, sur les vices de conformation que l'enfant peut présenter à sa naissance : on en sent assez la raison. J'ai voulu seulement faire voir, par aperçu, combien ils sont nombreux et variés ; combien ils veulent d'habileté ; et jusqu'à quel point un homme de l'art très-éclairé est quelquefois indispensable à l'enfant qui vient au monde.

Tel est encore le cas d'un défaut d'ossification de l'os sacrum , duquel résulte une hernie de l'intestin rectum dans celte partie. Des secours bien dirigés peuvent successivement effacer cette difformité et dissiper toutes les infirmités qui s'y lient (i).

(0 ^oyez sur ces objets Van-Swieteo , Comment. , t. iv , p. 576. Sabatier , Traité d'Opér. Chopart et Dessault, Traité des Maladies et des Opérai, chirurg. , t. 1. Chopart , Maladies des Voies urinaires, t. 11.

8°. La procidence du rectum.

g°. Les luxations et les fractures des extrémités supérieures et inférieures, ou de la clavicule. Elles sont ordinairement le résultat des fractions violentes exercées sur ces parties pendant l'accouchement. Heureusement ces fractures et ces luxations sont faciles à réduire, dans des corps encore tendres, sans qu'il reste aucune difformité, ni même trace de calus (i). Un accoucheur ne peut pas toujours prévenir ces accidens , mais rien ne sauroit l'excuser s'il n'y remédie.

io°. Le bec-de-lièvre , ïécartement des OS du palais. Les conséquences qui dérivent de ces vices de conformation, chez l'enfant, sont l'impossibilité de sucer le lait, le passage continuel des alimens dans les narines, et le son le plus désagréable delà voix. Dessault nous a appris jusqu'où va, à cet égard, la puissance de l'art (2).

ii°. Le spina bifida. Nous examinerons autre part cette maladie , ainsi que l'hydrocéphale. {Voy. le chap. v.)

12°. Les pieds tournés. Celte difformité est d'autant plus facile à corriger que l'âge de l'enfant s'éloigne moins de l'époque de la naissance. Mais elle est souvent négligée par l'impérilie des personnes qui assistent la nouvelle accouchée et son fruit. Les parens restent, par conséquent, à cet égard, dans

(i)Duret, in Coac, p. 418. Van-Swieten , t. iv, p. 576, initio.

(2 1 Dessault, OEuvres chirurgicales , t. 11, p. igg et suiy. Darwin , Zoonomia, t. iv, p. i5%; trad. ita).

une ignorance ou une sécurité, qui fait qu'on ne s'occupe de la combattre que lorsqu'elle offre des difficultés que les bandages elles machines les mieux inventés ont la plus grande peine à vaincre. Nous reviendrons sur ce sujet dans le chap. v.

i3°. h'ophthalmie chez l'enfant, peu de jours après sa naissance, peut provenir de l'impression trop forte de l'air sur ses organes délicats. Elle est légère alors et cède aux moyens les plus simples. Mais elle peut être gonorrhoïque ou même syphilitique. Le traitement qui lui convient, dans ces deux cas, n'est pas du ressort d'un talent médiocre. Ces deux espèces d'ophthalmies sont contractées par l'enfant, au moment de l'accouchement, quand la mère est atteinte de gonorrhée , ou a des ulcères syphilitiques (i). On voit d'après cela l'importance de ce que nous avons dit sur le lavage des enfans.

l4°- L'obturation des narines. Quand celles-ci sont trop petites, chez le nouveau-né, les mucosités nasales les bouchent aisément. Alors il ne peut plus téter librement : car dans la nécessité où il est de respirer par la bouche, il est forcé d'abandonner, à chaque instant, le sein de la nourrice pour reprendre baleine. Il faut désobstruer le nez, aussi souvent qu'il est nécessaire, en le lavant et en y portant la barbe d'une plume, enduite d'huile, qui excite l'éternuement et l'expulsion de toutes les mucosités des narines. Ce défaut se dissipe à mesure que l'enfant se développe.

(1) Frilze et Monteggia , Compendio dette Malattievenere, p. 14-

Une accumulation considérable de mucosités puriformes dans les narines des enfans, est quelquefois le produit d'ulcérations syphilitiques dans l'intérieur de la gorge ou des fosses nasales. Brassavola a vu une semblable forme de la maladie vénérienne, chez les enfans, et je l'ai fréquemment observée dans les adultes. Les moyens curalifs n'étant pas dirigés avec une intelligence suffisante, la chute des os du nez, rongés par la carie, la destruction des os palatins, et les plus hideuses difformités en sont le résultat (i).

l5°. V! érysipèle des nouveau - nés , tantôt leur couvre tout le corps, tantôt certaines parties seulement. C'est une maladie qui mérite les plus grands égards, quoiqu'elle soit quelquefois légère. Quand elle attaque l'ombilic, dès le principe, ou les organes de la génération, elle est souvent dangereuse et même souvent mortelle. En effet, l'érysipèle qui se fixe au scrotum dégénère ordinairement en gangrène , si on n'y apporte un soin extrême, à cause du tissu lâche et cellulenx de ces parties. Les ramoneurs sont très-sujets à cet érysipèle aux bourses, et il a presque constamment cette terminaison. Broeklesby (2) a vu un érysipèle, qui occupant d'abord la face et le cou, et s'élant ensuite porté au scrotum,

(1) Plenk , Doctrin. de Morbix venereis , p. 98 et seq. Bell et Bosquillon , Maladies vénér. , t. 1, p. 17 et suiv.; t. 11, p. 143. Fritze et Monleggia , Compendio dei Mali ven. , p. 244.

(2) Cilé par J. Christian Rcil , délia Conoscen. e délia Cura délie Fibbri - part. 11 , vol. 11 , p. 55.

passa promplement en gangrène. Les applications saturnines surtout sont très-suspectes dans 1 erysipèle des nouveau-nés. Sous leur usage, la rougeur ne manque guère de disparaître , niais pour se porter dans d'autres parties; et ce changement n'est pas ordinairement avantageux. L'usage des préparations saturnines, dans ces sortes de cas, réclame beaucoup de circonspection sous un autre rapport : par leur vertu astringente, elles impriment un resserrement à la peau, dans la partie où on les applique, qui fait que la transpiration, qui est un moyen de résolution de la tumeur, ne se fait plus. La matière transpirable, déjà très-âcre dans celte circonstance, contracte une acrimonie plus grande encore par son séjour : elle corrode les parties subjacentes, et l'érysipèle passe en suppuration ou même en gangrène (i).

L'érysipèle des nouveau-nés tient à un état intérieur grave qu'un médecin peut seul apprécier. Le choix et le moment de l'application des secours qu'il réclame sont décisifs.

Il faut encore savoir ne pas confondre la maladie dont nous parlons avec l'efflorescence érysipélateuse dont est souvent couvert tout le corps de l'enfant né avec une infection syphilitique (2).

16 . Les convulsions des nouveau-nés, font un nombre affreux de victimes dans les hôpitaux des en fans trouvés. Cette maladie est particulière à ces établissemens, à raison de la corruplion de l'air,

(1 ) Dehaen , Feb. divis. de Erysipelalosafebre. (a) Bell et Bosquillon , 1. 11 , p. 609.

par le grand nombre de personnes qui y sont amoncelées. La même cause peut produire des effets semblables au sein des familles, comme le prouve une observation de Darwin (i). Dans un pareil cas, on doit se hâter de plonger le tendre malade dans un bain tiède, et appeler immédiatement un médecin pour l'administration des autres secours.

17°. Le tris mu s des nouveau - nés est rare dans les pays froids , mais il est très-fréquent dans les pays chauds. Cette maladie, suivant Bajon , fait périr à Cayenne les deux tiers des enfans : Bontius prétend que les affections tétanodées sont presque endémiques dans les Indes orientales. On les observe surtout, dans ces pays, chez ceux qui habitent le long des côtes et plus particulièrement chez ceux qui vivent sur les hauteurs exposées aux vents de mer. Il paroît que l'air à la fois froid et humide, et par conséquent plus pénétrant, produit ce genre de maladie, quand son impression remplace tout à coup une chaleur considérable. Les Indiens en préservent assez souvent leurs enfans , en les tenant dans une chambre bien close, dont la température reste toujours égale, et en les frottant matin et soir avec une substance grasse qui maintient la mollesse de la peau et s'oppose à l'introduction d'une humidité froide. Le trismus se présente aussi quelquefois dans nos régions tempérées et voilà pourquoi j'en fais mention.

Le trismus et le tétanos reconnoissent, suivant les cas, des causes différentes qui manifestent plus

(1) Zoonornia , t. v, p. 18.

ou moins de puissance. Il peut être déterminé par des vers monstrueux , comme Schinckius l'observa sur son propre fils ; par un grand nombre de vers ronds et très-forts, qui irritent l'orifice de l'estomac , ainsi que l'a vu Heisler ; ou même par des vers ordinaires , comme Rivière en a été témoin. Selle pense que le trismus des enfans est fort souvent occasionné par un lait et une sabure acres contenus dans les premières voies (i). Dans des sujets aussi sensibles, tout ce qui irrite l'estomac, les intestins, et stimule le système nerveux en général peut exciter des convulsions de celle espèce. Voilà pourquoi le tétanos de la mâchoire est souvent un symptôme de la dysenterie; voilà pourquoi l'acrimonie de l'humeur varioleuse excite souvent le tétanos, dans les jeunes sujets au moment de l'éruption. Cette manière de voir de Selle est confirmée par quelques observations. Cadwalader Évans, de Philadelphie, qui exerça long-temps la médecine à la Jamaïque , soupçonna que le trismus des nègres nouveau-nés , qui étoi t constamment mortel , provenoit delà rétention du méconium dans le lube intestinal. En conséquence il se mit à purger tous les nouveau-nés , et depuis lors on ne vit plus un seul cas de tétanos parmi les enfans des nègres. Henri Muhlemberg obtint les mêmes succès de cette pratique. Solenghi, qui cite ces faits, d'après Rush, rapporte une observation semblable que lui présenta le général italien Pino. A la suite d'une fracture du tibia et du péroné , que ce général avoit éprouvée, vers le mois de.ni-

( i ) Médecine clinique.

■j4 ESSAI

vôse i8o5, il survint des ruouvemens tétaniques qui dépendaient de l'embarras des premières voies, et qui s'adoucirent et disparurent entièrement par des purgatifs salins (i).

Le te'tanos n'est pas moins dangereux, quoiqu'il adopte une marche intermittente, comme l'a vu Hippocrate. Cependant ces intermissions donnent l'avantage de pouvoir placer les remèdes internes, à l'administration desquels le resserrement des mâchoires s'oppose quelquefois entièrement. Fernel a vu un paroxysme d'opistholonos qui revenoit deux, trois fois par jour , non pas en été, mais en hiver, et tous les ans (a).

Voici les caractères de la maladie qui nous occupe: l'enfant qui en est saisi pleure éperdument, mais d'un son de voix altéré, obscur et foible. Il s'attache avidement à la mamelle et l'abandonne aussitôt sans teter. Sa mâchoire .inférieure se roidit, s'éloigne de deux ou trois lignes, ou davantage, de la mâchoire supérieure (tf) ; la bouche reste ouverte et ne peut plus se fermer. Alors les lèvres et la langue roidies ne se meuvent plus; l'enfant se plaint moins, mais la maladie prend pied : la déglutition devient par degrés plus difficile, et à la fin impossible. L'irritabilité des enfans est quelquefois tellement accrue, que le plus léger son, le moindre ébranlement des

(i) Discorsi nulle Ferite di giovan., Bell, t. il, p. l 27 et suiv. in nota, tract, di SoJenghi.

(2) Voyez de Haen , de Telano rju.ique speriebus.

(3) Hipp. Prévint, enac. de Palpitât! une , Trcmore et Convulsione, in Durer, p. 23 1 .

STTR LES M 41, 4 ni ES DES ENFANS. "jB

corps extérieurs, le frottement même des habits, suffisent pour déterminer des convulsions horribles (i). Cependant la même tension spasmodique saisit tous les muscles du cou et du corps , et , selon qu'elle attaque les muscles antérieurs ou postérieurs, le malade est courbé en cercle en avant ou en arrière.

Suivant Darwin , le trismus, avec éloignement des mâchoires, est le plus ordinaire dans l'enfant nouveau-né; tandis que cette maladie se lie le plus souvent à leur resserrement , quand l'enfant a déjà commencé à mâcher des substances dures (2).

Les secours que les parens peuvent donner immédiatement, sont le bain chaud et l'application de briques chaudes , enveloppées de flanelle , à la plante des pieds. Quant aux autres secours , un médecin habile peut seul en faire le choix, quelquefois trèsdifficile, et les administrer avec la circonspection ou la prudente hardiesse qu'exige celle maladie. En général , il faut se défier singulièrement des évacuans, tant émétiques que purgatifs. Nous avons cependant donné plus haut des observations qui militent en faveur de la méthode évacuante. Cette opposition de préceptes démontre que , suivant le climat et une foule d'autres circonstances , les indications diffèrent beaucoup , et que , dans tous les cas , ce n'est pas avec des connoissances communes qu'on peut les bien saisir.

, 18 . Le hocquet et le vomissement du nouveau-né dépendent le plus souvent de l'excessive plénitude

( 1) .T. C.lirislian Reil , Délia Febbre , pari. 1, t. 1 , p. 94. (2) Zoonomia , l. v, p. 5o.

n6 essai

de l'estomac. Il suffit alors de le faire téter avec plus

de réserve (i).

Mais si le hoquet a lieu, l'enfant étant à jeun, avec des tranchées , déjections verdâtres, etc. , il est déterminé par l'irritation que des sucs dépravés font éprouver aux voies intestinales.

Il est plus important encore , lorsqu'il y a contraction dis hypocondres , constipation , chaleur acre , etc. Cet élat est grave et demande de prompts secours. Les causes les plus constantes du hoquet sont des alimens en excès , ou dépravés par une digestion vicieuse ; des remèdes acres contenus dans l'estomac; des excoriations de l'œsophage , du ventricule, du diaphragme, etc. C'est ainsi que le hoquet est un symptôme des vers, des aphthes. C'est un accident qui accompagne ordinairement l'inflammation et la gangrène de ces organes , et des autres viscères du has-ventre.

ig°. Les douleurs de ventre , chez les nouveaunés, sont ordinairement venteuses. On les combat par des frictions sèches sur le ventre et lelongdu dos. Les vents sont le produit de la digestion imparfaite du lait. Mais les tranchées peuvent dépendre aussi de la présence du méconium, ou de matières glaireuses tout aussi irritantes. Le petit-lait sucré suffit le plus souvent pour y remédier. Son insuffisance autoriseroit l'emploi de moyens légèrement plus intenses. Mais si les laxatifs sont utiles et même quel-

(l) J. L. Petit , Œuvres posth. , t. m , Observ. sur la Digestion du Lait dam les Enfant,

quefois indispensables , leur répétition indiscrète est toujours nuisible (i).

Quand l'enfant est plus avancé , ses tranchées sont ordinairement le résultat d'une surabondance d'acides qui mérite souvent beaucoup d'attention. Les selles sont verdâtres et teignent les linges de l'enfant de la même couleur. Les urines sont abondantes et sont chassées toutes les fois que les tranchées reviennent. L'enfant refuse le sein, plus ou moins, lorsqu'il est couché; mais il tète jusqu'à complète satiété lorsqu'il est debout, parce que, dans cette situation , les acides contenus dans l'estomac n'agacent pas autant l'orifice supérieur de ce viscère. Ces tranchées fatiguent singulièrement les enfans, et elles peuvent même , si on les néglige trop , exciter les convulsions , l'éclampsie et même l'apoplexie. Quelques grains de magnésie, dans une cuillerée d'eaude-rose et de plantain , font cesser ces accidens, en détruisant immédiatement leur cause.

2o". \Jictère , qui paroît le troisième jour après la naissance , n'exige aussi pour l'ordinaire que du petit-lait sucré. Il faut éviter le vin, les purgatifs, les clyslères, les suppositoires. Nous avons vu, d'après les observations d'Osiander et de Meckel , que la ligature du cordon ombilical , trop près du ventre, entraîne une inflammation de tout l'appareil biliaire et du péritoine, dont l'ictère devient un des premiers symptômes , et , dans ce cas , il est de la plus grande gravité.

La jaunisse , du reste, quand elle paroît plus tard,

(1) Tissot , Avis au Peuple , t. n , p. Si.

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