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CHAPITRE PREMIER

Division de l'enfance. Considérations générales sur la constitution de l'enfant.

\Jn sait que la vie de l'homme se divise en quatre âges : l'enfance, la jeunesse , l'âge mûr et la vieillesse. On peut les réduire à trois périodes principales : l'une , d'accroissement , dans laquelle nos organes se développent et atteignent leur état de perfection; l'autre, de consistance, où l'homme jouit de la plénitude de ses forces; et une troisième, de déclin, où, par un dépérissement successif, on s'avance vers la mort en parcourant les mêmes degrés qu'on a Suivis en entrant dans la vie.

La première période comprend l'enfance , l'adolescence et la jeunesse. Ces trois époques, qui forment ensemble la plus belle moitié de notre existence , en sont aussi les plus importantes. Chacune d'elles est marquée par quelque grande révolution , par le développement d'organes essentiels, par rétablissement des fonctions qui leur sont analogues; et

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comme elles amènent un ordre nouveau dans l'exercice de la vie, chacune d'elles entraîne la solution des maladies qui se lioient à l'état précédent, à moins que ces dernières ne soient attachées à quelque vice indestructible de l'organisation (i).

On distingue une première et une seconde enfance. La première est remarquable surtout par le travail de la dentition, et par un développement simultané d'énergie vitale dans les glandes du mésentère , qui tend à les rendre capables d'élaborer des sucs plus forts, au moment où l'aliment que l'enfant puisoit au sein de sa nourrice ne peut plus lui suffire. La seconde enfance commence à sept ans : elle se signale par l'éruption desdents permanentes, et par une direction des forces vitales vers les organes dont le développement caractérise l'âge qui doit suivre. L'adolescence vient à onze ou douze ans [ mais avec des variations relatives aux différens climats (a), ] menant à sa suite la révolution la plus importante de l'économie vivante, par rapport à l'individu et dans les vues de la nature ; c'est l'explosion de la puberté. A vingt-cinq ans commence la jeunesse qui s'étend jusqu'à trente-cinq et quarante ans, et dans laquelle la nature met la dernière main à la perfection de l'organisation humaine. L'examen des autres âges de la vie est étranger aux questions qui doivent nous occuper.

(1) Voyez Hipp. , Aphor. 22, sect. m.

(a) Voyez Haller, Élément, pkysiol. , t. ix , lib. 28 , sect. m , et Cabanis, Rapp. du Physique et du Moral de l 'Homme, t. Il, p. 268.

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Comme les maladies de l'enfant sont en général

dans un accord manifeste avec l'élat de l'orcanisa-

lion , nous en tracerons succinctement les caractères , parce que les méthodes curatives doivent être en harmonie avec cette même organisation.

Le corps de l'enfant, surtout du nouveau-né, est mou et délicat. Ses os sont presque cartilagineux; ils le sont réellement à leurs extrémités. Ceux du crâne n'ont ni cellules, ni cavités pour le suc médullaire. Ils ne sont point réunis dans les points des sutures, mais fixés dans leur position naturelle par les tégùmens. II en résulte une mobilité des pièces de la boîte cérébrale , qui leur permet de se prêter à v 11 certain degré de compression, et qui garantit la vie de la mère et de l'enfant dans l'accouchement. Quelques os, enfin, qui, dans l'adulte, ne forment qu'une seule. pièce, sont divisés en plusieurs chez l'enfant par des cartilages intermédiaires.

La tête, le cerveau, les nerfs, la moelle épinière , sont relativement plus volumineux dans l'enfant que dans l'adulte. Cette concentration de vitalité dans la tête est en rapport avec le perfectionnement des organes des sens et la formation des dents (r). L'excès de sensibilité et de mobilité propre à cet âge se rattache aussi à cette circonstance (2).

Quant aux particularités que le système sanguin présente , les vaisseaux sont en proportion plus gros, plus nombreux dans l'enfant que dans l'homme fait, et le fluide qui y circule a moins de consistance. Le

( 1 ) Stahl , de morb. œtalum fundamentis .

(2) Barthiz, Science de V 'Homme , t. 11, p. 292.

tissu des artères est moins dense que celui des veines. En vertu de cette disposition , elles cèdent facilement à l'impulsion du sang artériel , el se dilatent et s'allongent jusqu'à ce que le corps ait pris toute sa perfection. Cet état des vaisseaux mérite d'être remarqué, non comme cause de l'accroissement, mais dans la considération de tout ce qui Je favorise. Une autre circonstance du système vasculaire chez les enfans, c'est son irritabilité extrême, d'où dérive, suivant Reil , celle activité qui leur permet à peine un moment de repos, et qui constitue le véritable état de santé de cet âge (i ). Le trou de Botal , qui supplée au défaut de circulation pulmonaire dans le fœtus, quoique inutile dès que l'ëtifant respire, n'est pas encore oblitéré. D'après les observations de Testa, le trou de Boial reste ouvert dans les sujets disposés, dès leur naissance, au racbitis (2). Les plus légères notions de physique animale suffisent pour faire apprécier les graves dérangemens dans l'économie des fonctions que ce seul défaut dans les progrès de l'organisation peut entraîner, quand il a lieu.

L'activité et l'énergie du système lymphatique , le nombre et le volume des glandes, l'abondance du tissu cellulaire , forment encore un caractère distinclif de l'organisation de l'enfant. Cette prédominance du système absorbant est en rapport avec l'état d'un jeune être dont le développement exige

( 1 ) Jean Christian Reil , sulle Febri , parte 1 , 1. 1 , capit. a , trad. Itali.

(2) Malauie del Cuorc, t. 1 , in prefazione , e cap. / ( .

qu'il s'approprie tous les sucs susceptibles d'assimilation à ses organes. La mollesse des solides s'adapte encore parfaitement à ce but.

Les organes moteurs sont en même temps d'autant plus irritables, que le corps est moins éloigné de sa formation. Dans l'état de veille, ils entrent en action par les plus faibles stimulans ; dans le sommeil , les fibres musculaires des organes vitaux se contractent avec la même vitesse : leurs mouvemens sont toujours rapides et précipités.

On se forme une idée assez exacte des dispositions des organes digestifs, en appréciant les résultats de l'irritabilité extrême de tous les organes musculeux et de l'activité du système lymphatique. L'enfant veut et a besoin de fréquens repas. Quant aux viscères qui participent plus ou moins aux fonctions digeslives, le foie entre autres est plus volumineux que dans l'adulte; mais la bile, quoique fort abondante, a peu d'énergie, ce qui rend la cbilification moins parfaite.

Nous passons sous silence une foule de particularités et de différences moins importantes dans le volume, la forme, etc., de certains organes. Leur influence sur l'ensemble des fonctions paroît moins prononcée; leur exposition détaillée appartient plutôt à un traité complet, qu'à un aperçu sur les maladies des enfans.

Quant aux organes des sens, les yeux sont relativement plus gros et la pupille plus dilatée (i) que

(1) Darwin fait observer que la dilatation de la pupille esl îrn caractère distinctif des constitutions faibles et très irritables.

dans l'adulte; les sinus froniaux et maxillaires manquent; l'odorat a peu de finesse, au moins dans les premiers jours de la vie : l'organe du goût ne connoit qu'une saveur; en général, tous les sens sont plus obtus. Il est presque démontré que l'enfant est redevable de sa conservation à cette circonstance. S'il a le pouvoir de résister à l'impression forte et nouvelle des élémens, à sa naissance; s'il soutient la révolution que leur clioc détermine dans tout son être, il le doit à cet engourdissement des organes des sens , qui amortit toutes les sensations. Si la vue, l'odorat, l'ouïe, le goût et le toucher, avoient la vivacité qu'ils acquièrent par la suite, il ne résisterait pas aux impressions qui l'assiègent à la fois dans l'instant qu'il sort du sein de sa mère.

Nous avons dit que les maladies de l'enfant sont en harmonie avec ses dispositions organiques. Elles y sont comme attachées par la nature; elles en découlent nécessairement. Les méthodes curatives doivent donc s'accorder avec toutes les circonstances d'où résulte sa constitution particulière : il faut surtout qu'elles soient en rapport avec les suivantes :

i°. La sensibilité et l'irritabilité si vives à cet âge. C'est à ces causes que tient la disposition des enfans aux spasmes et aux convulsions. Les plus foibles causes déterminent en eux des maladies graves, les plus légers remèdes produisent des effets violens, les moindres secours à propos les rendent à la santé. Sous ce rapport, le bain chaud leur convient en général, et surtout dans les affections qui se compliquent (comme cela est si ordinaire ) de rnouvemens nerveux. Hufeland l'a particulièrement recom-

mandé. D'après les mêmes principes, on doit être aussi avare que les circonstances le permettent , des purgatifs drastiques : leur action violente est redoutable dans des êtres faibles et disposés aux mouvemens convulsifs (i).

2°. Certaines dispositions particulières des organes digestifs. Ces organes ont, chez les enfans, une activité qui demande un continuel exercice ; mais leurs digestions ne s'achèvent pas avec la plus grande perfection. A ces digestions incomplètes se lient une foule d'accidens et de maladies : c'est une raison de ne pas accumuler les purgatifs , continuelle ressource des ignorans auxquels la santé de ces jeunes êtres est le plus souvent confiée. Ainsi les médicamens de ce genre, multipliés sous tant de formes et de noms, les huiles, la manne, la rhubarbe, etc., peuvent beaucoup nuire, n'étant pas donnés avec une discrétion qu'on ne connoît guère, comme l'ont très-bien reconnu Tissot, Girtanner et tous les observateurs judicieux. Ce dernier a fait voir aussi (2) que c'est sur des suppositions gratuites , ou du moins d'après des faits trop généralisés, qu'on a fait jouer un si grand rôle à la présence des acides dans l'estomac des enfans. Moins d'exagération à cet égard doit entraîner plus de modération dans l'usage devenu abusif de la magnésie et des autres absorbans; mais un remède qui mérite plus de confiance qu'on ne lui en accorde, c'est l'émétique donné comme il convient à cet âge. L'estomac des

( 1 ) Hipp. , Jphor. 4 , sect. v, et Jphor. 26 , sect. vu. (a) Morbi dei Bambine, cap. ix.

enfans s'em barrasse aisément ; il est , en général , le foyer de leurs maladies : le vomissement enlève celles-ci comme avec la main. La secousse même, qui se lie à l'action de ce remède, leur est utile, et il a cet avantage, qu'il n'épuise pas à beaucoup près autant les forces que les purgatifs. Les nourrices présument bien , en général, des enfans qui vomissent d'eux - mêmes : ce sont en effet ceux qui viennent le mieux.

3°. L'étal, florissant et l'énergie de l'appareil lymphatique. Sa prédominance relative et la mobilité nerveuse sont les deux points sur lesquels roule Je système des fonctions, et surtout des maladies de l'enfance. Les dépurations qui ont lieu à cet âge, sous la forme de croûtes à la télé , au visage , de suppurations derrière les oreilles, etc. , leur appartiennent spécialement. Elles tiennent à une surabondance de sucs blancs, dont l'accumulation détermine l'acrimonie , et dont l'excès a besoin de se faire jour. Ces éruptions doivent donc être respectées : elles peuvent servir aussi à faire apprécier les dispositions de la constitution. Non-seulement les vaisseaux absorbans ouvrent la voie à l'introduction des miasmes des maladies exanthérnaliqnes j mais la prédominance! et les dispositions fàcbenses du système lymphatique doivent être calculées pour les diverses terminaisons de ces maladies. On ne peut enfin rien faire d'utile pour la santé des enfans, si ce n'est par hasard , qu'autant que l'on sait apprécier les rapports du système lymphatique avec les organes digestifs , avec la sanguification , et avec l'état du système nerveux.

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4°. Ce qui précède se lie , sous les points de vue les plus intéressons, aux considérations suivantes : aux principales époques de la vie, des organes différens deviennent les centres où se dirigent les affections niorbifiques ; mais ordinairement , quoique les maladies qui tiennent essentiellement à la constitution changent de siège (i), elles ne changent pas pour cela de nature. Il est donc du plus grand intérêt d'apprécier de bonne heure les rapports d'énergie des divers systèmes d'organes. Ces rapports déterminent la constitution particulière de l'individu , le type d'après lequel s'exercent ses fonctions, et les dispositions originaires à son genre de maladies. Une évaluation exacte de ces rapports est nécessaire pour imprimer à la constitution qui se développe par le régime et même par les remèdes , les nuances et les modifications capables d'éteindre ou d'enchaîner de funestes dispositions. Ces considérations se présenteront plusieurs fois, quand il s'agira de la dentition, des scrophules, du rachitis, de la phthisie pulmonaire, etc.

5°. Les enfans sont d'autant plus délicats et d'autant plus exposés aux maladies , qu'ils sont moins éloignés de l'époque de leur naissance. Les difficultés que présente leur traitement sont proportionnées à la jeunesse de leur âge : ils ne savent que se plaindre; il leur est impossible d'expliquer leurs maux. Les soins qu'ils exigent ne doivent en être que plus attentifs et surtout plus judicieux. La crédulité aveugle qui fait confier la santé des enfans au savoir

(i) Stahl, de Morbi œtatum fundamentis , cap. III.

imaginaire des nourrices, des commères, ou de personnes qui en diffèrent peu , et n'ont d'autre soin que de donner des remèdes, fait d'innombrables victimes. Il ne faut négliger aucun moyen pour masquer les remèdes et les rendre agréables; car tout ce qui en a l'air leur inspire le dégoût, et les médicaînens n'ont plus les mêmes effets quand ils sont pris par violence. Cette répugnance pour les remèdes internes donne beaucoup de prix aux applications extérieures, telles que sangsues , sinapismes, frictions, vésieatoires , bains et fomentations. L'activité énorme du système absorbant à cet âge fait que le quinquina même et l'opium , appliqués à la peau, obtiennent quelquefois l'effet le plus complet.

6°. En général, les dispositions constitutionnelles des parens sont la véritable boussole pour les soins à donner à leurs rejetons : on n'a que trop de raisons de croire que les causes de notre desiruclion datent du jour même où ont été formés les premiers rudimens de notre être. Pour la plus grande partie des hommes , le type d'après lequel se règle l'exercice de la vie , et le genre de mort qui doit en trancher le cours, sont gravés dans l'organisation , au même instant où commence l'existence. Tout indique que l'arrangement interne des parties, la disposition des tissus, et la constitution des fluides, ainsi que les formes extérieures et les habitudes de la physionomie, se transmettent des pères à leurs descendais (i). Ainsi certaines maladies restent attachées

(i) Hipp. , de Morbi, lib. iv ; idem , de Morbo sacro , §. 5. Testa , Malaltie del Cuore , t. i , cap. n , p. 19 , sur la ressem-

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à quelques familles comme un héritage inaliénable. Cet objet ne doit pas être perdu de vue un seul instant, afin de corriger, autant qu'il est possible, les dispositions héréditaires. Cette considération enfin, bien plus que d'autres convenances, devroit régler le sort des mariages. Les lois qui prohibent les unions conjugales à certains degrés trop rapprochés de consanguinité , durent leur première institution à des motifs sacrés , que la raison et le cœur sentent également (i) ; mais elles s'accordent avec un principe d'observation, qui auroit suffi pour les faire établir : c'est la dégradation sensible de l'espèce, qui en résulte au bout de quelques générations. Indépendamment de cette raison qui rend l'entrecroisement des familles indispensable , Testa est porté à croire qu'il peut en résulter que les dispositions morbifiques des deux époux se détruisent réciproquement par leur combinaison , de manière que les enfans restent exempts des unes et des autres (2).

blance des enfans à leurs pères. Voyez dans Macrobe la réponse pleine de sel de Julie, fille d'Auguste. Saturnal. lib. 11, p. 28c).

(1) Lévitique , chap. xvm. Voyez Tiraquellus, in Leg. Cunnub. gloss., pars vu, p. 128 et seq. Girtanner, Morbi dei Bambini , cap. 111.

(2) Testa, Malaltie del Cuore , lib. . 1, cap. 11, p. 25.

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