h'ophthalmie. Nous avons parlé (chapitre II
(i) Mcdec. praliq. , t. n , p. 14g.
(2) Aphor, sur les Fièvres , p. 107, Injl. des Intest.
page 69) de celle que détermine une impression vive et nouvelle de l'air sur les yeux du nouveau-né. Nous allons indiquer les autres genres d'ophthalmie, infiniment plus graves, auxquels il est exposé plus ou moins de temps après sa naissance.
i°. L'ophthalmie gonorrhoïque. Elle' est de deux espèces : [aj celle qui résulte de la répercussion de l'écoulement gonorrhoïque des parties génitales. C'est l'ophthalmie la plus violente et la plus dangereuse : elle est rare chez les enfans. [b] Celle que détermine l'application immédiate de la matière gonorrhoïque : telle est presque toujours celle dont ils sont atteints. Us la reçoivent au moment de l'accouchement, quand la mère est affectée d'une gonorrhée dont la matière reste attachée à leurs paupières délicates. Cette espèce d'ophlhalmie est quelquefois assez douce et se dissipe aisément. Mais souvent elle est aussi grave que l'espèce précédente, et pour l'ordinaire elle oppose une très-grande opiniâtreté , quand on ne l'attaque pas de bonne heure et convenablement. Alors elle entraîne l'opacité, l'ulcération de la cornée lucide, et les plus affreux ravages de l'organe de la vue (r). Nous avons fait connoître , chapitre III page 85 , comment elle se communique de l'enfant à la nourrice.
a . Les femmes scrophuleuses ou dartreuses qui ont, comme cela est si ordinaire, des écoulemens chroniques de ce genre, transmettent à l'enfant, au
(1) Voyez Fritze et Monteggia , p. 14, 83, 24' et su ' v - Bell et Bosquillon , 1. 1 , p. 40.
moment du passage , des opluhalmies et des croules dartreuses. L'ophthalmie scrophuleuse, portée sur les yeux, peut être aussi l'effet de la disposition générale de la constitution et des humeurs. Elle est sujette à de fréquentes récidives et très-opiniâtre.
5°. L'ophthalmie lymphatique , qui est une espèce d'anasarque ou hydropisie par infdtration de la conjonctive.
4°. L'ophthalmie syphilitique. L'enfant l'acquiert dans l'accouchement , de même que plusieurs des précédentes, quand les parties génitales de la mère sont occupées par des ulcérations ou autres lésions vénériennes. Cette ophthalmie vient quelquefois en conséquence d'une infection générale contractée de la même manière. Elle est le plus souvent chronique , mais elle ne l'est pas toujours. Monteggia a vu cette ophthalmie produire, en deux ou trois semaines, l'hypopyon, le leucoma , le slaphylome, la cécité (î). Rivière observe que les enfans qui ont lesyeux très-saillans en dehors, sontparticulièrementexposés à des inflammations très-graves de l'organe de la vue (2). Une observation de Zacutus-Lusitanus, qu'il rapporte, doit mettre en garde contre l'infection vénérienne quand l'ophthalmie est très-opiniâtre (3). 5°. L'ophthalmie peut être déterminée par une sabure bilieuse, par des vers, par la dentition, par une métastase psorique ou darireuse.
6°. Les enfans, peu de jours après leur naissance,
(l) Frilze et Monteggia , p. 241.
(a) Riverii Prat. med. , lib. il, cap. vm,p. 21 1.
(3)Ibid , p. 21 5.
ia6 essai
sont très-sujets à une ophlhalmie qui, quoique trèsdiflérente de l'ophthalmie vénérienne, a des effets aussi graves. Les paupières très-gonflées fournissent une très grande quantité d'humeur purulente. Si on n'arrête le mal , l'enfant perd l'œil le plus affecté , et quelquefois il les perd tous les deux. Schaffer, en particulier, a très-bien écrit sur cette maladie (i).
D'après ce qu'on vient de lire , on peut apprécier l'utilité des précep les donnés, chap. H, sur le lavage des enfans. Les ophthalmies graves laissent souvent ù la surface de la cornée de petites fossettes superficielles, ou érosions légères de la conjonctive. Elles peuvent se cicatriser ou au contraire s'étendre, attaquer la cornée et produire le staphylome ; elles peuvent laisser à la cornée sa transparence ou la rendre opaque ; tout dépend de l'art et de la prudence avec lesquels on les combat (2).
On voit assez les connoissances qu'exige la distinction de ces diverses oph thalmies , et l'application du traitement le mieux approprié à chaque cas.
17 . Le strabisme , ou vue louche , naît de ce que les axes des yeux ne restent pas parallèles. Pendant que le sujet regarde les objets avec un œil , l'autre, plus faible, se détourne en haut, en bas, en dedans ou en dehors; mais presque toujours il se cache plus ou moins à l'ombre du nez, ou d'un des points de l'orbite , pour ne pas rendre la vue du bon œil confuse. C'est ainsi que les jeunes veaux , rendus stra-
(1) Voyez, sur cette ophthabnie, Underwood et Girtanner, Malad. des Enfans.
(2) Darwin, Zoonomia , t. îv, p. 79.
biques par des hydatides dans le cerveau , ou par des insectes dans les sinus frontaux , tournent la tête du côté affecté , pour mettre l'œil sain en face des objets qu'ils veulent voir.
Les causes du strabisme sont quelquefois dans l'intérieur du cerveau ou de l'orbite. Telles sont l'hydrocéphale interne , des hydatides ou vers vésiculaires dans le cerveau , des tumeurs osseuses ou enkistées qui pressent la bulbe de l'œil, enfin un étatspasmodique ou rhumatique d'un des muscles qui meuvent cet organe. D'autres fois ce vice de la vision est acquis en conséquence de circonstances propres à donner plus d'exercice et de force à un œil qu'à l'autre. Il importe aux parens de connoître surtout ces dernières pour en préserver l'enfant. i°. Quand on lui présente à la fois plusieurs objets agréables, il fait effort pour les regarder en même temps , et les yeux ainsi que leurs axes cessent d'être parallèles. 2°. Il est sujet à devenir strabique ( peut-être par la même raison ) s'il voit souvent une personne qui a ce défaut. 3°. Quand le berceau est placé de manière que la lumière tombe toujours sur un œil , ce dernier s'exerce davantage, devient plus fort, et l'enfant s'en sert de préférence.
Quelquefois , au moment de la naissance , les deux yeux n'ont pas la même force, et l'enfant louche un peu. Ce vice alors se dissipe le plus souvent , parce que l'énergie des deux yeux s'égalise peu à peu.
Quand ce défaut de la vue a sa cause dans l'intérieur du cerveau ou de l'orbite , son traitement se lie aux plus grandes difficultés , en supposant même que cette cause ne soit pas au-dessus de tous nos moyens,
ce qui n'est que trop fréquent. Lorsque ce n'est qu une habitude vicieuse, un défaut d'équilibre entre les forces des deux yeux, il faut encore , pour y remédier, un esprit industrieux capable de manier avec intelligence les moyens déjà connus , et de les varier même selon les circonstances. Nous ne devons pourtant pas dissimuler que jusqu'à présent l'art compte peu de succès évidens de ses tentatives pour corriger ce vice.
i8°. La constipation, à laquelle les enfans sont quelquefois sujets dès leur enfance, peut dépendre de la force de leur constitution. Si elle est accidentelle, on donne du petit-lait sucré avec un peu de magnésie. Chez les sujets irès-affoiblis, la constipation est quelquefois le résultat de l'insensibilité à laquelle parviennent les intestins par un relâchement extrême, ainsi que Franck l'a judicieusement remarqué. Du reste, elle mérite beaucoup de surveillance dans les enfans, à raison de la disposilion aux convulsions qui peut s'y lier ( Hipp. , Aph. 25, sect. m ). Rivière dit que son fils Charles , qui avoit toujours été constipé , mourut de convulsions.
ig°. Comme le vomissement est , en général , utile aux enfans , il ne faut pas l'arrêter inconsidérément sans l'avis d'un homme de l'art. Ses lumières sont indispensables, soit qu'on doive le respecter, soit qu'il faille le modérer lorsqu'il est excessif. L'utilité du médecin n'a pas de bornes quand le vomissement est loin d'avoir le caractère d'une évacuation salutaire; car il doit agir alors eu conséquence de ses causes, et celles - ci sont très - multipliées ; elles sont même pour la plupart très-graves.
SUR LES MALADIES DES E1YFAWS. I 2g
11 peut provenir d'un excès de lait , ou d'une surcharge de l'estomac par des alirçrens crus, gras, rances, indigestes, qui n'ayant pu être suffisamment digérés, ont contracté dans le ventricule une acrimonie très-irrilanle pour ce viscère.
Il peut être déterminé par une terreur, un lefroidissement ; par la vapeur du charbon , la répercussion de la gale ou de quelque autre exanthème ; patun empoisonnement dû à la malpropreté des vases de métal dans lesquels on a préparé les alirnens de l'enfant.
Le vomissement est l'avant-coureur de plusieurs maladies , telles que la petite-vérole, la rougeole, la scarlatine , la coqueluche ; c'est le symptôme presque inséparable de quelques affections terribles, comme l'étranglement d'une hernie, le choléra-morbus, la passion iliaque.
Toute matière , tout suc très-âcre qui stimule vivement les parois de l'estomac, et successivement celle des intestins, est propre à déterminer le vomissement et la diarrhée. Tels sont les effets que produisent souvent des acides surabondans, dont l'activité peut arriver à un degré très -considérable par leur accumulation journalière , et par un régime mal entendu qui favorise celle dégénérescence. Cette cause de vomissement ne doit pas être négligée chez les enfans, parce que c'est à cet âge qu'elle se présente plus fréquemment.
Le pica (appétit dépravé) , dont ils sont souvent atteints el qui leur fait manger furtivement du sel , du plâtre, du charbon, etc. , est chez eux un acte de l'instinct. C'est une inspiration de l'organisation
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(si l'on peut s'exprimer ainsi ) qui les pousse à rechercher les substances absorbantes et salées, afin de remédier à la surabondance des acides , relever les forces intestinales et combattre les vers. Il ne faut donc pas meure un très-grand empressement , prendre les soins les plus attentifs pour soustraire des substances de ce genre aux enfans. Il vaut mieux surveiller cet état pour le combattre à propos, par des moyens adaptés qui produisent plus promptement , et avec moins d'inconvéniens , les modifications qu'on peut désirer et que suggère la nature ellemême.
Mais cette disposition vicieuse des sucs gastriques ne se présente pas seulement chez les enfans : on la trouve quelquefois chez les adultes, surtout lorsqu'ils ont été long -temps en proie à de profonds chagrins , lorsqu'en même temps leur mauvaise fortune les a réduits à un régime presque exclusivement composé de substances végétales. Les passions tristes de l'âme portent une impression trèsforte sur l'estomac et les intestins , dérangent leurs fonctions au point de suspendre la digestion pendant un temps plus ou moins long. Alors les aliiuens qui ne sont pas suffisamment attaqués par les puissances digestives, subissent dans l'estomac l'espèce de dégénération a laquelle elles tendent de leur nature : les substances végétales éprouvent une fermentation acide , et les substances animales une fermentation alkaline. Dans le cas que nous considérons actuellement, il y a presque tous les jours des vomissemens de sucs aqueux très-aigres , et une diarrhée habituelle de matières mal digérées, parce que
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effectivement il n'y a quo les matières animales qui aient subi une décomposition convenable, et que la partie végétale des alimens n'a éprouvé qu'une trèsfoible altération. Vacca Berlinghieri fournit une très-belle observation de ce genre. Abraham Culeli , Arménien , depuis plus de quatre ans vomissoit tous les jours des alimens mal digérés , et toujours aigris. Une portion de ces alimens passoit pourtant dans les intestins , comme le prouvoit une diarrhée habituelle dont les matières mal unies étoient en grande partie mal élaborées , écumeuses, aqueuses, et causoient de violentes douleurs intestinales. Il étoit arrivé à un degré d'amaigrissement et de faiblesse extrême ; il se trouvoit dans un état de consomption très-voisin de la mort. Pour guérir ce malade en très -peu de temps, le professeur de Pise n'eut qu'à proscrire le régime végétal, auquel Culeli étoit astreint précédemment par les médecins , et à le mettre à une nourriture purement animale en petite quantité. Les plus légers secours contre le tumulte du système nerveux, particulièrement de l'estomac , sulîirent pour rétablir la santé avec une étonnante rapidité (i).
La pratique civile m'a présenté plusieurs cas de ce genre : je ne citerai que deux observations : le sujet de la première étoit un teinturier malade depuis plus de six mois ; un tondeur réduit à un état affreux par une année de souffrance, éloilcelui de la seconde. On n'avoil rien fait d'utile ou de nécessaire, mais on avoit presque abusé de moyens nuisibles. Pour le
( i ) Vacca-Berlinghieri , Saggio intorno aile principe Matât,, t. il, p. 6 et seguenti; edizione Veneta.
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teinturier, qui étoit fatigué de voniissemens et de rapports aigres, plusieurs fois dans le jour, on avoit prodigué les émétiques et les tisanes purgatives composées avec la crème de tartre. Le tondeur étoit considéré comme phihisique, et on avoit insisté , autant qu'on avoit pu, sur les farineux, le laitage, les mueilagineux, etc. Je prescrivis, au contraire, les absorbans, les amers, une nourriture presque exclusivement animale , et cette métbode donna une guérison complète dans huit jours.
On voit quels graves désordres peuvent résulter de l'acidité extrême que les sucs gastriques sont susceptibles d'acquérir; leur action habituelle sur les tuniques de l'estomac , dans son fond , surtout après la mon , fait qu'on les trouve assez fréquemment plus minces et plus pulpeuses que dans l'état naturel. Mais, par leur quantité et leur active causticité, on a vu ces sucs acides produire des phénomènes plus terribles encore que ceux que nous venons d'indiquer ,• ils ont corrodé quelquefois et perforé tout à coup l'estomac à sa grande extrémité, et les mêmes matières, épanchées clans l'abdomen, avoient dissous en partie les viscères sur lesquels elles s'étoient répandues. L'autopsie cadavérique a démontré cette cause de mort subite dans des sujets qui paroissoienl jouir d'une bonne santé (i).
Les nombreuses causes du vomissement, quoique ayant un effet semblable, se déterminent la plupart par une manière d'agir très-opposée. Les unes ex-
(2) Traité cVAnat. palhol. , par Baillie , trad. de l'ang. , char*, vin, sect. 5.
citent l'estomac à la réaction par l'irritation vive qu'il en reçoit; les autres, par un état indicible de malaise qu'il éprouve de l'action stupéfiante qu'elles exercent sur lui et sur ses nerfs : c'est de cette manière que la vapeur du charbon , le roulis d'un vaisseau , le balancement d'une voiture, etc., excitent le vomissement.
20. La diarrhée, dans l'enfance comme dans l'âge adulte , varie infiniment par sa nature et celle des matières évacuées; par l'affection plus ou moins grave des intestins et des autres viscères du basventre; enfin, par son danger, à raison de toutes ces circonstances.
1°. Elle peut dépendre d' indigestion. Les alimens en excès , ne pouvant être convenablement digérés, éprouvent une fermentation plus ou moins dépravée, et stimulent alors les intestins, comme toute autre matière acre étrangère. En effet, l'irritation de l'estomac , ou de toute autre partie du tube intestinal , par une substance acre , caustique , virulente quelconque , suffit pour donner naissance à une diarrhée même très-copieuse. Riolan a vu une diarrhée extrêmement violente qui dépendoit d'un ulcère de l'estomac. Morgagni, qui cite celte observation , rapporte que, dans un voyage, il fut pris tout à coup d'une diarrhée si forte que, dans douze heures, il rendit au moins seize livres de matières entièrement aqueuses. Il ne sait quelle en auroit été la fin, si les nausées, qui le fatiguoient en même temps , ne l'avoient déterminé à solliciter; avec do l'eau chaude, un vomissement par lequel il chassa en effet un morceau d'une feuille d'herbe qu'il ne
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put reconnoître ; tous les accidens cessèrent au même instant (i).
2". La diarrhée la plus fréquente dans les enfans est celle qui provient d'une surabondance d'acides dans l'estomac ; cela arrive souvent par l'abus d'alimens farineux et acescens. La diarrhée qu'amènent quelquefois avec elles les années calamiteuses , où les récoltes sont mauvaises , est assez souvent de ce genre. Les mauvaises récoltes , comme l'observe Sarcone , sont l'effet d'une sorte de maladie des champs, suite du désordre des saisons, qui fait que les grains confiés à la terre ne se nourrissent pas assez ni convenablement , de manière qu'il est rare que , lorsque le blé manque, celui qu'il y a ne soit pas en même temps de mauvaise qualité. Telle fut l'origine de la diarrhée épidémiqne que cet auteur observa à Naples en 1 764 ; les matières rejeiées éloient aqueuses , visqueuses , écumeuses et d'une acidité virulente comme du suc de limon pourri. Ceux qui abusoient des farineux y éloient les plus sujets (2). On a reconnu que les acides gastriques donnent à la bile une couleur verte; ils la rendent fluantc et purgilive : les absorbans lui enlèvent cette couleur verte, et lui restituent sa couleur jaune naturelle : cela explique suffisamment les diarrhées de ce genre et la méthode curalive qui leur convient.
3°. L'action du froid ainsi que la peur déterminent
( 1 ) Morgagni , de Sedib. et Caus. 7/101 b. per Anatomen indag., epist. xx\i , §. g.
(2) Sarcone , Isloria raggion. dei Mali osserv. , in Napol, , ann. 1764, t. 1 , p. 92 et seg.
quelquefois une diarrhée, le plus souvent de peu de conséquence, et, dans les deux cas, par une suite de mouvemens organiques semblables. On pourra apprécier, dans l'article suivant, l'influence du froid extérieur sur les fonctions intestinales.
4°. Une autre cause de diarrhée , c'est la bile versée en excès dans le tube intestinal par le canal cholédoque. Le pus d'un abcès au foie , porté dans les intestins par le même conduit, peut produire une diarrhée. La suppuration, l'ulcération de tous les organes voisins des intestins, ou qui y communiquent plus ou moins directement, peuvent engendrer une diarrhée semblable; c'est effectivement ce qui a lieu quelquefois dans le carreau , ou consomption mésenlérique , par l'épanchement , dans les intestins, du pus des abcès formés dans le mésentère. On peut rapporter à celle catégorie ce qu'on appelle melœna, ou maladie noire, qui résulte du sang versé dans les boyaux par l'érosion ou le relâchement du tissu des vaisseaux. Il faut encore mettre au nombre des diarrhées produites par le versement d'une matière acre dans les intestins, la diarrhée scorbutique ainsi que la diarrhée colliquative qui survient à la fin de toutes les phthisies. Sur la fin des maladies graves , comme dans diverses fièvres exanthématiques, il arrive quelquefois que la matière maligne , au lieu de se diriger vers le tissu cellulaire des parties externes , pour y former des dépôts qui soient à la portée de notre main , se jette dans le canal intestinal et constitue une véritable diarrhée critique.
5°. La diarrhée peut être un moyen employé par la
nature pour suppléer à cçrtaines évacuations interrompues ou supprimées, comme les urines ou la sueur. Telle est l'observation de MarcellusDonatus, d'une religieuse chez laquelle la diarrhée remplaça les urines qui demeurèrent supprimées pendant six mois. Le cours des urines ayant été rétabli, le ventre se resserra. J'ai été consulté pour un cas analogue : chez une demoiselle de cinquante et quelques années, la cessation naturelle du flux menstruel fut suivie d'un crachement de sang , qui dura trèslong-temps : celui-ci, à sou tour, fut remplacé par une diarrhée habituelle , dont la suppression , quand elle a lieu , entraîne les plus grandes incommodités. Les sueurs peuvent aussi remplacer l'évacuation des urines et même des matières fécales pendant un temps très-considérable, comme nous le verrons dans l'article suivant de la dyssenterie.
6°. Il est une espèce de diarrhée dans laquelle les alimens sont rendus par les selles, sans avoir subi presque aucune altération. On l'appelle alors lienterie ; et c'est une des maladies les plus dangereuses et les plus rebelles, surtout quand on lui laisse le temps de s'affermir. Elle est le résultat de désordres très-importans de l'estomac , des intestins et des autres viscères qui concourent à la digestion. Les divers vices des organes digestifs qui peuvent la déterminer, et dont la distinction exacte peut seule fournir une base rationnelle de traitement, sont :
i°. La sécrétion empêchée des sucs gastriques ,
[a] par l'obstruction des glandes qui les forment;
[b] par le resserrement spasmodique des orifices
SUR LES MALADIES DES ENFA.NS. l3j
excrétoires de ces petits organes; [c] par la paralysie des glandes et des folicules glanduleux , qui préparent les sucs destinés à dissoudre la pâte alimentaire cpii leur est présentée.
Ce dernier cas de lienterie , le plus dangereux de tous , est assez reconnu , et son admission est assez justifiée par des phénomènes de même genre dans d'autres organes sécrétoires. Vacca-Berlinghieri dit avoir vu un vieillard de quatre-vingt-dix ans, qui, dans la maladie dont il mourut, resta dix jours sans uriner. Il n'y avoit ni douleur, ni gonflement au bas-ventre, qui put indiquer que les urines étoient retenues dans la vessie. Cet auteur pense avec assez d'apparence de raison , que la sécrétion des urines étoit empêchée par une paralysie dont les reins avoientélé frappés (i). Willis a fait une observation semblable sur un évêque (2).
2°. La lienterie résulte quelquefois du mouvement péristaltique trop rapide de l'estomac.
3°. L'affinité des sucs gastriques pour les matières alimentaires, afin de les convertir en chile, peut être perdue.
4°. A ces causes de lienterie que Vacca-Berlinghieri distingue avec sagacité (3), je crois que l'observation donne souvent les motifs d'ajouter celles ci : la distraction de ces sucs de l'estomac, obéissant à l'attraction qui les fait converger vers un point d'irritation ou d'inflammation violente dans l'abdomen;
(1) Saggio intorno aile prlncip. Malattie , t. 1, p. lo5.
(2) Opéra omnia , t. 11 , p. 166.
(3) Codice clément, di Mcdic.prat. , t. 1 , cap. xxx.
telle est souvent la lienierie qui accompagne le carreau.
7°. Diarrhée muqueuse et lymphatique. Dans la diarrhée muqueuse, il y a des déjections abondantes du mucus intestinal : telle est celle qu'on remarque souvent dans les Indes par l'effet du froid et par la suppression de la transpiration. Les vers s'y joignent ordinairement; car elle se présente d'ailleurs partout, pendant l'hiver, sous le règne des maladies caiarrhales, et surtout chez les enfans.
La diarrhée lymphatique est de deux espèces : à l'époque de la première dentition , les enfans rendent quelquefois de petits grumeaux blancs plus ou inoins durs. Ce sont des parties fromageuses échappées à la décomposition, dans l'estomac et dans les intestins, au mélange avec la bile et aux autres élaborations digeslives. Ce désordre est ordinairement passager, et presque toujours il est assez aisé d'y remédier.
La deuxième espèce de diarrhée lymphatique est plus intéressante. Par un mouvement rétrograde des vaisseaux lymphatiques intestinaux, une quantité plus ou moins considérable de mucus el de lympheest versée dans les intestins. Les selles sont plus liquides et moins fétides au commencement que dans les autres diarrhées. Bientôt la matière blanche évacuée devient fétide , quoique fluide , séreuse : quelquefois elle est épaisse, ressemble à du fromage fondu; c'est un pulnlage muqueux, albumineux, chargé de vers, qui forme leur pâture, ou est rempli de leurs débris. La blancheur des matières ne doit pas les faire prendre pour du lait; car les en-
SUR LES MALADIES DES ENFANS. I JtJ
fans sont également sujets à cette diarrhée, quoique sevrés depuis long -temps. Plus les matières sont épaisses , plus la maladie est grave ; l'enfant s'épuise sensiblement, l'estomac perd toute énergie, et à peine a-t-il reçu quelque aliment que le dévoiement recommence avec nausées, vomissemens, etc. Quand cette maladie devient chronique , l'humidité de l'atmosphère, absorbée par les vaisseaux lymphatiques des poumons et de la peau , est également jetée dans le tube intestinal; les boissons et les alimens doux, mucilagineux , farineux, rendent les évacuations plus fréquentes : il faut un régime sec, tonique , stimulant ; le vin pur le plus vieux.
8°. Il arrive quelquefois que le chyle, absorbé par les vaisseaux lactés, est versé dans les gros intestins par l'inversion du mouvement naturel des vaisseaux lymphatiques de ces derniers. C'est la diarrhée chylifère ou céliaque. Elle est accompagnée d'une soif excessive et promptement suivie d\m état général d'atrophie (i). Cette théorie du flux céliaque, que donne Darwin, nie paroîtsatisfaisante. Je ne prétends pas déterminer pourtant qu'elle doive obtenir la préférence sur celle de Bordeu , qui trouve , clans la perméabilité du tissu cellulaire etdans sa forme tonique, tout ce qu'il faut pour expliquer les mouvemens qui constituent cette affection.
On comprend aisément à combien de considérations se lie le traitement méthodique de la diarrhée, dans ses diverses hypothèses, sous le rapport des
( i ) Darwin , Zoonomia , t. il , p. 208 el suiv. ; t. iv, p. 45 et suiv. , p. i§7 , 2/J9 et suiv. ; t. v , p. 3cg et suiv.
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états très-différens de phlogose, d'irritation, de torpeur , de spasme de l'estomac et des intestins , dans tel ou tel point ; du foie , du pancréas , etc. Enfin , les sympathies si étendues de ces organes avec toute l'économie, et leurinfluence sur toutes les fonctions doivent être appréciées pour évaluer les symptômes, pour la direction et le choix des moyens curatifs.
La diarrhée érythématique admise par Cullen ne forme pas un genre particulier, car, dans le plus grand nombre de diarrhées, il existe un phlogose érythématique à la surface des intestins.
ai". Les pères et les mères ne se font pas toujours une assez juste idée du danger de la dyssenlerie. Certes, on ne sait ce qu'il faut déplorer le plus, ou l'aveuglement des parens dans la dispensation de leur confiance , ou cet épouvantable mépris de l'humanité avec lequel des personnes, convaincues de leur insuffisance , entreprennent néanmoins le traitement d'une des maladies les plus difficiles et les plus compliquées. Quoi qu'il en soit, elle dépend d'un miasme épidémique (î) ; elle attaque plutôt les pauvres que les riches ; elle est plus grave chez les enfans que chez les adultes; elle enlève plutôt les personnes foibles que celles qui sont robustes. Dans certaines constitutions épidémiques , le miasme dyssenlérique se manifeste par une éruption pustuleuse sur la peau , qui , en rentrant subitement , occasionne la dyssenterie. Cette maladie aussi est souvent précédée par des rhumatismes, des maux de dents; et
( î ) Selle , Médec. cliniq. , 1. 1 , p. 168.
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elle ne se manifeste que lorsque ces affections viennent à disparoître (i).
Les viscères abdominaux et le tube intestinal se trouvent frappés, dans cette maladie, d'affections analogues à celles indiquées dans l'article précédent, mais à un degré infiniment plus intense. La fièvre , en rapport avec ces affections , est inflammatoire , bilieuse , catarrbale , vermineuse , putride , maligne, ou composée de plusieurs de ces caractères. Il est borsde doute que dans la dyssenterie il n'existe une inflammation, ordinairement seplique, dans une partie du tube intestinal. Cette inflammation , suivant ses degrés, suivant qu'elle est attaquée à temps et d'une manière convenable, se termine par un mode de résolution qui lui est propre, ou par l'ulcération, la gangrène. Cette inflammation, comme toutes les autres (la péripneumonie, par exemple), entraîne la formation de membranes contre nature à la surface de la tunique villeuse des intestins. Ces fausses membranes peuvent avoir jusqu'à l'étendue d'un pied , et s'évacuent quelquefois en totalité ou par morceaux avec les excrémens.
Le propre de la dyssenterie , c'est la sécrétion douloureuse, à la partie intestinale, de mucosités plus ou moins sanguinolentes et ordinairement contagieuses. Le salut du malade et des assistans exige , en conséquence, la plus grande propreté des draps, des chemises et du corps même du malade, après chaque évacuation. L'air doit être fréquemment
(1) Selle , Médec. cliniq. , t. i , p. 168.
renouvelé ; il faut décomposer et neutraliser les miasmes qu'il peut contenir , avec les vapeurs acides; les excrémens doivent être ensevelis immédiatement; enfin, s'il y a, dans une famille, seulement deux individus atteints de la même maladie , on les séparera l'un de l'autre autant qu'il sera possible. Ces préceptes reposent sur des observations nombreuses graves et bien constatées. Degner, cité par Reil, rapporte qu'une maison, où mourut un dyssentérique, devint le foyer d'où la contagion de celte maladie se répandit dans toute une ville. Il paroît que les excrémens , dans la dyssenterie , acquièrent en partie le caractère contagieux par le contact de l'air atmosphérique. Cela n'étonnera pas, dans une maladie et dans des matières qui tendent si éminemment à la putridité, puisque le contact de cet élément donne un pareil caractère aux produits d'autres inflammations ( comme l'angine, certains catarrhes) , quoique les matières excrétées aient une tendance bien moins prononcée à la fermentation. L'ulilitédes vapeurs acides est évidente , et l'on conçoit également combien il importe de renouveler l'air fréquemment , pour entraver, par son agitation, les combinaisons qui ont lieu, et dissoudre, dans des masses toujours récentes , des miasmes qui s'activent d'autant plus qu'ils sont plus coercés dans une atmosphère stagnante qui s'échauffe, se raréfie et s'épuise à tout instant de son air vital.
La dyssenterie est d'autant plus à redouter chez les enfans, qu'elle est accompagnée d'aplitlies, de tensions du ventre , de tranchées et d'épreinles vio-
lentes, d'insomnies, de fièvre lente (1). « La dys- » senterie est toujours dangereuse chez les en fans , » dit Sloll , et la convulsion qui lui survient est tou- » jours mortelle (2) , » parce que les convulsions sont le résultat des désordres que nous allons indiquer.
Celte maladie a plusieurs terminaisons. La plus favorable est celle où elle se change en une simple diarrhée , qui se modère insensiblement, et dans ce cas le malade revient graduellement à la santé. Quelquefois elle se convertit en dyssenlerie ou en diarrhée chronique. Quant au premier cas, Selle observe que la dyssenterie est dangereuse par sa seule durée, car elle peut décider des paralysies et des apoplexies mortelles. Lorsqu'elle devient chronique , comme lorsqu'elle se change en diarrhée habituelle, il survient aisément des ulcérations aux intestins, et alors, soit par la fièvre suppuialoire, soit par le seul fait d'évacuations épuisantes , le sujet tombe également en consomption. Dans ces deux suppositions encore, elle peut dégénérer en hydropisie ou se terminer par la paralysie des intestins. « Lorsque les dou- » leurs cessent tout à coup, sans aucune diminution » des symptômes , c'est un signe de gangrène ou de » paralysie des intestins. Dans ce dernier cas, les >> selles sont extrêmement aqueuses et coulent in- » volontairement (3). » Nous n'avons pas besoin de dire que la paralysie et la gangrène des intestins en-
(1) Lieutaud, Précis de Médec. praiiq. , t 111, p. 3 1 5.
(2) Àphor. sur les Fièvres , p. 1 06 , Inflamm. des Intestins,
(3) Selle , Médec. cliniq. , t. 1 , p. 1 73.
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traînent également la mort. Suivant Cullen, la terminaison par gangrène a lieu lorsque la fièvre qui accompagne la dyssenterie est violemment inflammatoire ou putride.
Il est prouvé que les fruits bien mûrs , loin d'être nuisibles dans la dyssenterie, y sont curatifs (i). Il est utile surtout que le sujet fasse, autant que ses forces le permettent, un exercice capable d'exciter une transpiration plus ou moins forte , mais dans un air sec. Son corps doit être chaudement couvert, il faut même qu'il porte une chemise de flanelle. On appréciera aisément les avantages de l'exercice, et (Je tout ce qui peut exciter et soutenir la transpiration, parles observations suivantes. Deux dyssentériques de la même salle , dans l'hôpital' d'Edimbourg, eurent dispute au point qu'ils se battirent assez longtemps à coups de fouets. 11 en résulta que l'un et l'autre , dès ce moment, en furent beaucoup mieux (2). L'exercice et des frictions ( moins énergiques, sans doute ) sur tout le corps, promettent donc de grands avantages. Deux observations très-singulières, citées par Chopart (3) , prouvent jusqu'à quel point la transpiration et les sueurs peuvent remplacer les évacuations alvines. Chez une fille de dix-huit ans, les urines et les selles furent nulles pendant trois mois; mais elle iranspiroil abondamment. Dans une femme de cinquante ans , ces évacuations furent sup-
(1) Voyez l'excellente Dissertation de Stoll sur la Dyssenterie.
(2) Darwin, Zoonomia , t. iv, p. 383.
(3) Maladies des Foies urinaircs , t. 1 , p. 73 et suiv.
SUR LES MALADIES DES l.NPANS. 145
primées pendant sept ans. A certains temps elle avait des sueurs prodigieuses et d'une puanteur horrible, qui pourrissoienl promplement la paille. Les diurétiques et les purgatifs a voient été également inutiles pour rétablir ces deux fonctions. La nature seule les reproduisit au bout de ce temps.
Après la guérison , on doit surtout se rappeler que, pour éviter des rechutes très - faciles , il faut éviter aussi l'humidité, l'impression de l'air froid quand on transpire beaucoup, s'abstenir des crudités, et de boire de l'eau froide quand on a chaud. Stoll observe que ce qui rend le traitement de cette maladie si pénible , c'est que les malades se levant à tout instant les pieds nus, et surtout la nuit, ils se refroidissent, et renouvellent aussi souvent la cause primitive de la maladie, la répercussion de la transpiration (i).
22°. On appelle choléramorbus ou trousse-galant, une maladie caractérisée par des vomissemens violens avec diarrhée excessivement douloureuse et abondante. Le choléra est heureusement assez rare chez les enfans, dans nos climats tempérés. Mais quand l'été est très - chaud, on en voit quelques exemples. On croit avoir remarqué que cela arrive surtout lorsque, après un temps très-chaud et trèssec, l'atmosphère est tout à coup rafraîchie par une pluie abondante.
Dans cette maladie , la moitié supérieure du tube intestinal ( l'estomac et les intestins grêles jusqu'à la
(i) Stoll, Médec, pratiq. , t. m, p. s8g et suiv.
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valvule du colon (i) ) est agitée, avec véhémence , d'un mouvement inverse de celui qui lui est naturel. Los alimcns contenus dans ces viscères, les sucs bilieux et pancréatiques qui s'y dégorgent avec plus d'afïïuence , les sucs lactés qui y sont versés alors par le mouvement rétrograde de leurs vaisseaux, sont successivement rejelés par la bouche avec des efforts inouïs. Dans le même temps, la moitié inférieure de ce même tube est excitée à des déjections précipitées et continues, non- seulement des matières alvines et des humeurs muqueuses exprimées des glandes intestinales , mais encore des sucs laiteux que les vaisseaux chilifères y jettent parle renversement de leur mouvement circulatoire. Enfin , l'irritation inexprimable de tout le canal intestinal fait une telle révolution dans l'économie, que les sucs nutritifs et séreux qui lubréfient et réparent les autres organes, convergent tous vers l'estomac ou les intestins. L'humidité même de l'atmosphère, dont s'emparent les vaisseaux absorbans de la peau , prend la même direction. De là la quantité inconcevable de matières fournies par les évacuations, et l'amaigrissement affreux qui a lieu en quelques heurts. Les adultes les plus vigoureux succombent quelquefois à cette maladie en deux jours , et même moins. Elle peut, indépendamment des effets de la saison, être déterminée par des alimens putréfiés ou par des matières vénéneuses.
(l) Il peut se faire que, dans quelques cas , les mouvemens inverses qui consiituent le eholéra-morbus aient un autre point de départ que celui que je leur assigne avec Darwin.
SUR LUS MALADIES DPS KJYFANS. 1^7
Dans la passion iliaque , qu'on appelle aussi miserere, il y a aussi renversement total , de bas en haut, des mouvemens du canal intestinal , et des vomissemens prodigieux qui finissent par amener même les matières fécales. On y observe la même convergence des sucs réparateurs de toutes les parties vers les premières voies. Elle survient enfin dans les mêmes circonstances de climat, dp saison, de substances ingérées que la maladie précédente.
Toute cause d'inflammation des intestins détermine facilement un iléus. Cullen dit avoir vu des exemples de cette maladie sans inflammation intestinale : j'avoue que je crois ces cas très-rares. Mais cette inflammation existe quelquefois , et fait même de très - grands ravages sans se manifester par les signes qui l'indiquent ordinairement. Il y a parfois absence totale de fièvre, mais le ventre est tendu , douloureux au toucher; il y a des borborygmes et de temps à autre des vomissemens ou une diarrhée qui paraissent tout à coup , et dont les matières annoncent le plus grand désordre dans l'état organique du canal intestinal. On trouve une observation de ce genre dans Stoll (i) ; Morgagni a vu aussi de semblables faits pathologiques , ainsi que tous les praticiens attentifs à rechercher dans les corps, après la mort, la cause des phénomènes que présentent les maladies.
On peut regarder comme cause d'inflammation des intestins, et par suite d'iléus, toute compres-
(1) Médec. pratiq., t. j , p. 24a, Ouverture, trad. de Mahon.
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sion , tout resserrement même qui gêne le passai des matières alvines. C'est ainsi qu'il a lieu dans le cas de hernie étranglée. Dehaen a observé la passion iliaque par coarclation des intestins. Il paroît que, dans ce cas , il y a ordinairement long- temps auparavant une tvmpanile habituelle produite par les gaz qui se dégagent des matières fécales dont le passage est intercepté à l'endroit du resserrement (r). Les intestins peuvent perdre leur calibre naturel dans un point , en conséquence de la compression qu'exerce sur eux ou une tumeur ou un engorgement inflammatoire, ou autre, soit aigu, soitchronique de leurs tuniques. J'ai vu un malade dans ce cruel étal, qui donnoit lieu à une constipation constante et très-pénible. On comprend que cette affection , à son dernier degré , peut provoquer un miserere formidable et mortel.
Un état enfin du canal intestinal, qui réunit la plupart des conditions ci-dessus , et qui est une des causes les plus ordinaires de la passion iliaque , c'est le volvulus ou invagination des intestins. Des faits nombreux ont corrigé l'opinion dans laquelle on a été long-temps , que le volvulus ne peut exister sans produire le miserere : ces deux mots étoient même devenus synonymes. Deliaen a trouvé, dans le cadavre d'une jeune fille de dix à onze ans, une invagination considérable des intestins : il y avoit des vers volumineux qui se conlournoient autour de la portion d'intestin invaginée, qui en suivoient les replis et y portoient une irritation considérable. Des
(l) Dehaen , Rat. medcnd. de timpani et ileo morbo.
symptômes d'iléus ne se présentèrent pourtant jamais, et les excrétions alvines n'éprouvèrent aucun dérangement (i). Selle rencontra dix volvulus dans les intestins grêles , de la longueur de quelques pouces chacun, et éloignés de quatre à cinq pouces les uns des autres. Cet état , qui étoit occasionné par des vers lombries , n'étoit accompagné ni de tranchées , ni de constipation , ni de vomissemens. « Bien plus : le vin émélique , ordonné et pris à la » dose de six onces dans l'espace de vingt -quatre » heures, ne produisit pas le moindre effet, quoi- » que les lavemens lâchassent le ventre. La maladie » même étoit de nature à faire soupçonner plutôt des » vers qu'un volvulus aussi compliqué : car c'étoit )) une espèce de danse de Saint-Weith, qui dura huit » jours sans interruption , et finit par une stupeur » suivie de la mort (2). » Selle pense avec raison que, dans un pareil cas , l'ex ulcération doit être mortelle, et qu'on ne peut guère espérer que des intestins, ainsi disposés , se dégagent spontanément. L'observation suivante , rapportée par Brera dans ses Annotazioni medico-pratiche , présente le cas le plus extraordinaire de volvulus que je connoisse. A la suite d'excès dans les liqueurs spiritueuses, un soldat de l'armée française en Italie ( années i8o3-i8o4 ).fut attaqué de douleurs de ventre, et enfin d'une colique violente , avec fièvre , vomissement , constipalion , etc. Il fut traité d'abord par le chirurgien de
(i)Dehaen, Rat. medend., t. 1, cap. vu, Quœdam ana* iotnica.
(2) Selle, Médec. cliniq. , t. H , p. i5^ et suiv.
son régiment, et ensuite dans l'hôpital de Crème , comme atteint d'une colique spasmodique. Les remèdes analogues à cette manière de voir ne donnèrent que des soulagemens passagers, suivis de plusieurs rechutes , toujours graves , qui le réduisirent enfin à l'état le plus déplorable. C'est alors seulement que l'examen du bas -ventre permit de reconnoître une tumeur grosse comme un peloton, qui ,s'élevantet s'abaissant parla pression delà main, ne laissa aucun doute surune invagination énorme des intestins, contre laquelle on employa, dès ce moment, des moyens convenables, mais trop tardifs. Le sujet succomba ; on procéda à l'autopsie cadavérique , qui présenta les désordres suivans , dont voici la traduction littérale : « Le bas -ventre étant » ouvert , on remarqua l'estomac qui avoit un volume » extraordinaire , et qui éloit maintenu dans une po- .» sition perpendiculaire par une bourse grosse et » pesante , qui pendoit du pilore et éloit formée par » l'intestin rectum. Cet intestin ayant été incisé dans » sa longueur, on y reconnut une portion du colon » descendant ; dans celui- ci se trouvoit le colon » transverse, avec une portion de son épiploon ; et » dans le colon transverse étoient engaînés le colon » ascendant et le ccecum. La cavité du cœcum con- » tenoil 1 iléon tout entier, replié en diverses anses » engaînées aussi les unes dans les autres; et l'iléon, » à son tour , renfermoit le jéjunum et une partie du » duodénum. Le mesantère des intestins grêles, qui » étoit dans un état purement membraneux et de » relâchement extrême , suivoit dans cette invagina- « tion chacun de ses intestins, et formoit des anses
SUR LES MALADIES DES EN FANS. l5l
» à leur circonférence extérieure. Les substances » alimentaires, qui de l'estomac entroient dans le » duodénum et dans la partie supérieure du jeju- » num , se trouvoient portées immédiatement à » lanus, parce qu'une partie du jéjunum, dont la » capacité interne resloit vide, communiquoit avec » la partie inférieure du rectum très -voisine du » sphincter de l'anus. La membrane villeuse des » gros intestins, ainsi cngaînés, étoit gangrenée; » celle des intestins grêles , au contraire , avoil con- « tracté adhérence avec la membrane externe de » l'intestin qu'elle enveloppoit : de sorte que chaque » intestin, à l'exception du rectum, d'une portion » du duodénum et du jéjunum, faisoit office tour » à tour de partie contenante et de partie conte- » nue (i). » Cette pièce intéressante d'anatomie pathologique , convenablement préparée, est conservée dans le muséum de l'université de Bologne.
Les deux cruelles maladies que nous venons d'examiner, le choléra-morbus et la passion iliaque, justement -appréciées dans leur gravité, considérées par rapport à leur terminaison rapide et à leurs terribles complications , on sent quelles connoissances elles réclament dans le médecin, pour que sa capacité soit à la hauteur de tant de difficultés et de dangers.
Personne n'ignore l'usage avantageux qu'on fait depuis très-longtemps, dans la passion iliaque, du mercure coulant, afin de dérouler les intestins dans
(i) Annotazioni mcdico-praliche, di Valeriano Luigi Brera, t. il , chap. l", p. 1 3o et suiv.
le cas de volvulus. C'éloit une opinion reçue, que le mercure agissoit alors par son poids. Cette manière de voir offroit pourtant de graves difficultés aux yeux de ceux qui voyoient ses effets salutaires, même à de foibles doses. Leurs doutes augmentoient encore en considérant : premièrement , la facilité qu'a ce métal de se subdiviser et de s'arrêter en portions inégales dans les replis de l'estomac et des boyaux, ce qui ne lui permet guère d'agir en masse sur une portion donnée du tube intestinal; en second lieu , la mollesse des intestins, qui fait qu'ifs peuvent céder à ce poids sans que les dispositions qu'on veut détruire soient nullement ebangées. Ces difficultés, qui avoient été déjà senties par Cullen (i), frappèrent l'esprit de Moscati dans un cas de volvulus , où deux dracbmes de mercure coulant suffirent pour calmer les accidens, et demi-once pour procurer la guérison. Les évacuations alvines étant rétablies, le médecin de Milan reconnut une grande quantité de mercure , à l'état d'oxide gris, à la surface des èxcrémens, et une quantité non moins considérable de cetoxide dissoute dans les matières liquides ebassées par la même voie. Ce fait sembloit conseiller une semblable pratique , et promettre les mêmes résultats du mercure dans tous les cas d'inflammation intestinale : Brera en vérifia effectivement les succès dans l'entérite, la diarrbée, la dyssenterie. Moscati conclut de son observation que le mercure, dans ces affections , agissoit comme désoxigénant : des expériences contradictoires parurent venir à l'appui de
(l) Cullen, Médec. prateq. , I. n, p. 423.
SUR LES MALADIES DES ENFàNS. I 53
cette théorie. Dans d#s cas de dyssenterie, ce médecin avoit fait des injections de gaz oxigènc dans le rectum, avec l'intention de diminuer la fréquence et la fétidité des déjections. Il s'aperçut bientôt que les effets étoient loin de répondre à ses vues. A la vérité, la fétidité des évacuations en fut diminuée; mais celles-ci devinrent plus fréquentes, plus épuisantes, elle ténesme fut beaucoup plus douloureux. Ces expériences, comme on voit, s'accordent parfaitement avec les résultats peu avantageux que Fourcroy relira de l'emploi du gaz oxigène dans la phlhisie pulmonaire (i).
L'examen de cette théorie de Moscati n'est pas plus dans mes vues qu'elle n'est ici de mon sujet : toutefois, sans prendre parti pour ou contre elle, il me paroît certain que la connoissance des faits sur lesquels elle repose peut être, en bien des circonstances, d'une application fort heureuse.
23°. Nous ne balançons pas à dire que des personnes de toutes les classes, mais surtout les ouvriers et les habitans des campagnes , ne donnent pas assez d'attention aux fièvres intermittentes dont leurs enfans'sont quelquefois atteints. Voici sous quels rapports cette négligence peut cire très-périlleuse.
C'est le propre des fièvres intermittentes , qu'elles soient ou entièrement négligées ou mal traitées, de déterminer par elles-mêmes des obstructions des viscères abdominaux et l'hydropisie. Cela a lieu en vertu de l'atonie dont ces sortes de fièvres frappent les viscères du bas-ventre, et par le refoulement des
Cil Brera, Jnnot. Med. pratiche , t. u , cap. r™, p. 122.
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fluides de Ta circonférence au centre que détermine l'accès de froid de chaque paroxysme. A mesure que la fièvre intermittente se prolonge, les périodes de chaleur et de sueur détruisent moins le premier effet du froid : les sueurs même deviennent plus incomplètes, et l'effusion des sucs séreux dans le tissu cellulaire, ou dans les capacités, remplace leur émission par les pores dé la peau. Tels sont les inconvéniens attachés aux fièvres intermittentes dans tous les âges. L'enfance présente des circonstances propres à les rendre plus graves : c'est la disposition du foie et du mésentère à l'engorgement; ces fièvres la réalisent facilement.. Quand l'engorgement existe déjà, une longue suite de paroxysmes excite dans ces glandes un travail dangereux qui aboutit à la suppuration ; et alors une transition insensible de la fièvre intermittente à la fièvre lente , marque le commencement de la consomption mésentérique, qui a les conséquences funestes de toutes les suppurations d'organes intérieurs.
Les enfans à la mamelle ne sont pas exempts de fièvres intermittentes. Rivière a observé cette espèce de fièvre dans un nouveau-né dont la mère en étoit atteinte au moment de l'accouchement. Reil indique, comme une chose assez ordinaire, que les femmes qui guérissent de la fièvre quarte dans l'accouchement, ont le chagrin d'en voirie nouveau-né attaqué. Van-Hoven a fait la même observation (i). Enfin l'âge de l'enfance ne préserve pas même des
( i ) Reil , délia Conosc. e délia cura délia febbre , i" partie, p. 201, 248.
fièvres intermittentes pernicieuses. Rosen a vu une de ces fièvres couverte du masque d'un saignement de nez, qui revenoil chez un enfant, de deux jours l'un (r).
La répugnance des enfans pour les remèdes rend le traitement e'pineux , et exige qu'on mette en œuvre cette variété de moyens d'administration que donne une pleine connoissance de l'art Alexander dit avoir quelquefois dompté les fièvres intermittentes chez les enfans, par des pédiluves composés d'une forte décoction de quinquina. Ce moyen commode n'est pas aussi sûr qu'il est dispendieux ; cependant Reil loue cette méthode aussi-hien que les fomentations, les cataplasmes de quinquina sur le ventre, et encore mieux ce remède en lavement. Nous avons déjà observé que la force d'absorption est si grande à cet âge , que les remèdes appliqués à la peau ont quelquefois tout l'effet qu'on peu! désirer. Mais, à quelque méthode que le praticien donne la préférence, toujours est -il certain qu'il doit viser à bien guérir, et le plus tôt possible, avec les précautions convenables. Rosen dit très - bien que c'est une absurdité que d'abandonner la guérison des fièvres intermittentes au temps et à la nature. L'expérience a démontré partout , comme dans les contrées où il pratiquoit, que celte médiode étoit dangereuse : il est surtout indispensable de ne pas différer le traitement, si l'enfant est atteint de ces fièvres en automne, et s'il est d'une constitution un peu foible. On a vu le rachitis se manifester à
(i) Rosen , Traité des Malad. des enfans , p. 299.
la suite des fièvres de celte saison , qui se prolongent ordinairement beaucoup, et deviennent trèsrebelles, quand on les a négligées d'abord.
C'est une imprudence de découvrir l'enfant, de le lever, de lui donner de l'eau froide, et même de le changer trop légèrement de chemise, pendant le paroxysme , avant que celui-ci soit fini et que la sueur qui le termine soit épuisée. Par ces refroidissemens, la sueur se supprime; la nature est obligée de renouveler l'accès pour que cette évacuation s'effectue pleinement; et, si l'on répète fréquemment cette imprudence, la fièvre perd sa marche régulière, le traitement en devient infiniment plus compliqué , et elle tend alors aux plus fâcheuses dégénérations. Quelles que soient en général les anxiétés du jeune malade , il faut attendre qu'il se refroidisse naturellement, et que la sueur finisse d'elle-même , avant de le changer de linge et de le lever.
24. H a élé déjà parlé de quelques maladies qui dépendent quelquefois de l'infection syphilitique des enfans, telles que l'obturation. des narines , l'érysipèle, l'ophthalmie. Nous allons tracer plus particulièrement le caractère et les ravages de la maladie vénérienne à cet âge.
L'enfant est sain le plus souvent au moment de sa naissance. Les principes virulens sont appliqués à son corps; mais ils n'ont point encore agi sur sa constitution. Ce n'est que quinze ou vingt jours, et quelquefois .deux mois après sa naissance , que les signes de l'infection syphilitique se manifestent.
Les signes de la syphilis des enfans sont les suivons : à la peau, taches, plaies, tubercules, croûtes
qui fournissent une humeur acre, prennent une couleur lardacée, et se changent en véritables ulcères vénériens ; fentes à la marge de l'anus ; au scrotum , gonflement , pustules qui suppurent ; à la bouche , ulcères blancs , durs , qui s'étendent aux lèvres, au gosier, dans le nez, et qui infectent les mamelons de la nourrice. Les parties les plus saillantes, le vertex, l'occiput, les épaules , la région du sacrum, l'ombilic, les chevilles deviennent rouges, 1'épiderme se détache, et il en découle une humeur acre et fétide : tumeurs à la tête , de la grosseur d'une aveline et même d'une noix. lie visage est ridé comme celui d'un vieillard, et de couleur jaune - livide. Ophthalmie vénérienne ; écoulement par le nez et par le trou des oreilles, d'un icor grisverdâtre : bubons aux parotides , aux glandes du cou , des aisselles et des aînés , qui suppurent comme dans les adultes, et dont la suppuration peut éprouver les mêmes dépravations.
On guérit plus facilement les enfans à la mamelle , que ceux chez lesquels la maladie est plias enracinée ; ceux qui l'ont reçue de leur nourrice , que ceux qui l'ont contractée au moment de leur naissance.
Des observateurs du plus grands poids, Hunier, Girtanner, Fritze , Hauneman, Monteggia , pensent que l'enfant est exempt d'infection syphilitique, tant de la part du père que de la mère , pendant tout le temps de la grossesse. Il contracte, suivant eux, la maladie dans l'accouchement, au moment du passage à travers les parties génitales ulcérées de la mère. Cependant il paraît que, dans
quelques cas , l'infection l'atteint au sein de l'utérus ; alors la mère avorte vers le sixième ou le septième mois, sans cause évidente ; ou bien , à celle époque , l'enfant cesse de se mouvoir, et au ternie ordinaire de l'accouchement, il vient mort à deniiputnlié; s'il est mis au jour vivant, il est ridé, appauvri, et il meurt en peu de temps. En général, les mères qui ne peuvent sauver aucun de leurs enfans, et celles qui les voient mourir tous à une certaine époque, doivent, d'après les observations de Pelletan (i) , avoir de grands doutes sur leur santé, et craindre une infection qui existe quelquefois sans signes manifestes.
Il est hors de doute qu'on peut faire subir un traitement anti-syphilitique à une femme enceinte, d'ailleurs bien constituée; mais c'est une des circoi stances où les connoissances et la sagesse du médecin sont mises le plus à découvert. Le choix de la méthode et l'art avec lequel on conduit le traitement décident des plus grands intérêts. Quand l'enfant présente des signes de syphilis, plus ou moins de temps après sa naissance, on ne le guérit que par l'administration du traitement à lui - même : je laisse à penser s'il doit être judicieux, et si le choix de la méthode est important.
25. Le corps humain peut donner asile à plusieurs espèces de vers , dans diverses de ses parties. Les vers les plus ordinaires à l'espèce humaine sont : les taenia ou vers solitaires, les hydatides ou vers vésiculaires, le tricocèphale qu'on appelle aussi iri-
( i ) Cliniq. ckirurg.
SUR LES MALADIES MES ENFANS. l$Q
curide, les lombrics et les ascarides. Il en est bien d'autres qu'on rencontre dans l'homme, mais rarement et par accident; et parmi ceux même que nous indiquons, nous ne parlerons que des deux dernières espèces. Les tœnia et les hydatides se présentent chez des sujets de tout âge; le tricocéphale est assez rare; les lombrics et les ascarides, au contraire, troublent plus ou moins la santé de tous les enfans.
On remarque toujours la disposition vermineusc chez des sujets d'une constitution foible et relâchée, comme les enfans, les femmes et les adultes d'un tempérament lymphatique, ou épuisés ou mal nourris. Celte disposition est favorisée, déterminée même par toutes les causes débilitantes, telles que les mauvais alimens et les eaux impures. Ainsi l'on a remarqué que les habitans des bords de la nier, des bords des lacs et des lieux très- poissonneux , sont fort sujets aux vers, surtout au tœnia. La raison en est évidente : il est démontré que ce ver se trouve dans l'eau , qu'il passe aisément et se nourrit dans les intestins de plusieurs poissons qu'on sert tous les jours sur les tables : comme cet insecte est extrêmement vivace, il peut résister à la cuisson et à la préparation du poisson , dans les viscères duquel il est logé, pour peu qu'elles soient peu exactes; car Coulet assure qu'il peut vivre plus de douze heures dans un bouillon de veau bouillant, et il est certain qu'il soutient un degré très-considérable de chaleur avant de mourir (i).
C'est surtout après des temps malheureux de di-
(i) Brcra , dei Vermi, lezione 1"". §. 10.
l6o ESSAI
sette et sous l'influence d'une constitution humide de l'air, établie depuis longtemps, qu'on observe les épidémies vermineuses. Les vers jouoient un grand rôle dans l'épidémie de Naples, que Sarcone a si bien décrite, et dans celle à laquelle nous devons l'excellent Traité de Morbo mucoso, de Rœderer et Wagler.
On croit avoir remarqué que leur génération , ainsi que celle des poux , est plus active au déclin dos lunes, des saisons et en automne. «Ce n'est » pas , dit Rosen , que je rapporte ce phénomène » à l'influence directe de la lune ; mais je parle d'a- » près mon expérience constante , quelle que soit la » cause de ces événemens. Nombre d'enfans me les » ont fait voir avec un ordre si réglé, que je savois, » sans almanach,à ces révolutions, la date du mois; » et l'on doit me croire. » Zimmermann et autres avoient fait la même observation.
L'abondance des sucs muqueux , la langueur du mouvement artériel , la torpeur du système musculaire , 1'affoiblissement des organes digestifs , une bile mal préparée et aqueuse, sont des circonstances nécessaires pour qu'ils puissent couver, se reproduire et se nourrir tranquillement. Les vers sont d'une fécondité qui seroit immense, si elle n'éloit entravée par l'action continuelle des parties vivantes ; leur reproduction est d'autant plus active que les forces et les fonctions sont plus languissantes , et vice versa.
On a trouvé des vers dans des avortons ( Hippocraie , Selle, Rosen), dans des enfans morts dans le sein de leur mère, ou morts à peine nés, dans
SUR LES MALADIES DES TNFANS. l6l
les plus tendres nourrissons. Ce phénomène peut s'expliquer par l'introduction des germes dans la matrice. En effet, on a trouvé des vers dans le cordon ombilical du fœtus, dans l'utérus, et même dans le placenta (i).
i°. Le lombric est un ver rond , gros comme une plume à écrire , et qui peut avoir jusqu'à dix travers de doigt de longueur. Le mâle est plus petit et plus court que sa femelle ; il est blanc, et quelquefois d'un rouge incarnat. Il vit très bien dans les intestins avec les autres vers ; il peut s'y en trouver un nombre considérable de la même espèce , mais alors ils sont d'autant plus petits. La tête du lombric présente trois éminences hémisphériques qui deviennent pyramidales, avec une pointe très-aiguë et très-piquante, quand l'insecte est en action. Ce sont trois branches de pinces avec lesquelles il s'attache aux membranes des intestins, et il les secoue alternativement comme trois mâchoires pour sucer : quand il ouvre sa bouche triangulaire, on voit une trompe qu'il avance et retire à volonté; mais quand il la ferme, les trois éminences pyramidales dont nous avons parlé forment un cône dont la pointe dure, aiguë et piquante, lui donne les moyens de perforer les intestins pour aller se loger dans diverses parties, comme dans la vésicule du fiel, dans l'abdomen, les reins, la vessie, et même dans le cerveau. Rosen rapporte (2) l'observation d'un homme chez lequel les vers avoient percé les intestins en plusieurs
(1) Brera, dei Vermi , lezione 1 , §. 10 , p. 6y. (3) Traité des Maladies des en/ans , p. 333.
endroits; l'estomac en avoit trois cicatrices, le foie et le diaphragme en étoient tout rongés , et ils avoient pénétré dans la poitrine. Telle fut aussi la ruort du roi Hérode (i). Haller a vu un tœnia sortir par un abcès dans laine. La femelle du lombric a en elle les moyens d'une immense reproduction.
2°. Le ver ascaride est rond aussi, filiforme, terminé en pointe aux deux extrémités, la tête étant plus obtuse, et la queue au contraire très-mince ; il est large d'une ligne et long de quatre, cinq lignes, un pouce. Ce ver saute avec beaucoup de vivacité, et c'est par la rapidité de ses contractions, qu'il cause ce vif prurit qu'éprouvent à l'anus les enfans qui en sont atteints. Il séjourne dans les gros intestins , surtout dans les replis du colon et du rectum , mais d'ailleurs toutes les parties tapissées do beaucoup de mucosité, lui offrent une demeure convenable, comme la vessie, les replis de l'estomac, l'œsophage , les parties sexuelles de la femme (2). Ce ver n'est jamais seul, mais en nichées plus ou moins nombreuses. Il se nourrit de la matière muqueuse qui lubréfie les intestins. Mais l'enduit qui protège ces organes étant dévoré par des milliers de ces vers , les tuniques intestinales mises par eux à découvert et constamment stimulées par leurs mouvemens vifs et rapides, il en résulte un prurit, une irritation intolérables et qui vont quelquefois jusqu'à déterminer la syncope. L'eau froide suffit pour tuer l'ascaride qui ne fait que de naître; mais quand il est adulte,
(1) Actes des Apôtres , chap. xn , p. 23.
(2) Brera , dei Verrai , lezion i ma , p. 3a.
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il est très-vivace, et le froid ne fait que l'engourdir. Il peut adhérer et se cacher si Lien dans les replis du rectum , qu'il résiste an mouvement d'expulsion j>ar lequel cet intestin se décharge des matières alvines. L'ascaride femelle est vivipare et d'une fécondité extrême.
Chaque espèce de ver a dans le tuhe intestinal un département particulier qui lui est comme assigné pour séjour. Le tœnia et les lombrics, qui habitent les intestins grêles , sont rejetés par le vomissement , ou succombent à l'action des puissances digestives, aussitôt qu'ils parviennent dans l'estomac. Le ver lombric également est évacué mort ou vif, avec les déjections alvines , dès qu'il a franchi la valvule du colon , et passé dans les gros boyaux. Il est rare que les ascarides, les lombrics et le tœnia se trouvent réunis dans le même sujet. Cependant Rosen en donne un exemple (1).
Les accidens que causent les vers, et qui sont des indices de leur présence, sont les suivans : couleur altérée de la face, tantôt rouge, tantôt pâle, plombée; cercle bleuâtre autour des yeux; ceux-ci perdent leur vivacité y se fixent sur un objet d'une manière immobile, sont tristes, abattus; paupières inférieures gonflées; dilatation des pupilles; prurit violent aux narines ; douleur de tête après les repas; salive abondante , d'odeur aigre ou fétide; soif, som-' meil inquiet, cauchemar ; grincement des dents pendant que l'enfant dort; lèvres écumeuses, pâles, gonflées, borborygmes, tuméfaction du ventre, rots,
(1) Traité des Malad. des en/ans , p. 33 1.
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nausées, vomissemens ; perte de l'appétit et quelquefois voracité; douleurs comme par piqûre, errantes dans le bas ventre, surtout à jeun, et qui se Calment après avoir mangé , ou après avoir bu de l'eau froide. On a souvent observé en Suède , en Russie, en Laponie , une colique déterminée par une espèce de ver (le gordius) qu'on trouve dans les eaux et qu'on avale avec la boisson (Selle). Quelquefois il y a constipation , mais ils causent encore plus souvent la diarrhée, et les évacuations sont très-fétides; les urines en même temps sont crues ou troubles. Comme les vers absorbent une grande partie des sucs destinés à la nutrition du sujet , il en résulte que celui-ci est pâle, défait, et tombe dans un amaigrissement considérable , quoiqu'il mange quelquefois prodigieusement. Lorsque l'enfant est en proie aux vers ascarides, il éprouve au fondement une démangeaison insupportable. Suivant Hippocrate, ces vers peuvent déterminer le saignement de nez (1).
Tous les accidens que nous venons de décrire indiquent assez sûrement la présence des vers ; mais leur évacuation par le vomissement ou par les selles, donne seule la certitude de leur existence , et fait quelquefois reconnoître en eux la cause des maladies les plus terribles. Selle rapporte une observation 'de rumination qui étoit causée par des lombrics (2). Brera a vu chez une jeune personne des douleurs articulaires et tous les symptômes d'un rhumatisme
( 1 ) Hipp. , Prœclictio , lib. 1 , I g in fine. (3) Selle, Médec. cliniq. , 1. 11 , p. i55.
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goutteux qui dépendaient de la présence des mêmes insectes (1).
Les vers donnent lieu aux maladies les plus graves, par les désordres qu'ils produisent dans les parties nobles où ils ont établi leur domicile ; ou par l'irritation des viscères qui les recèlent, répétée sympalhiquement dans les organes les plus sensibles et les plus imporlans. C'est ainsi que dans la première hypothèse nous avons des exemples d'apoplexie, de phthisie hépatique, de colique néphrétique, de signes même de calcul par des vers dans le cerveau , dans les sinus frontaux, dans le foie, les reins et la vessie (2). Chopart décrit les ravages que les vers sont capables de produire dans le canal intestinal, avec cette exactitude qui rend tous ses ouvrages si attacbans pour les gens de l'art. Les vers fixés dans une partie
(1) Brera, dci Vermi , lezione m , p. 86, et la note.
(2) Il y a tant de parties où l'anatomie pathologique a démontré des vers , qu'on n'en peut assigner aucune qui doive en être exempte. On en a trouvé dans les ventricules et dans la substance du cerveau, dans le tissu de la conjonctive, et dans l'angle même de l'œil ; dans les narines, dans les sinus maxillaires et frontaux , dans les oreilles, dans les mamelles , dans la cavité de la poitrine , dans les poumons , dans le eœur, dans les glandes de la trachée-artère , dans les tuniques de l'esjtomac et des intestins, dans l'épiploon , dans le foie, dans la vésicule du fiel, dans le pancréas, dans les reins, dans la vessie, dans l'utérus, dans le vagin, dans les abcès des muscles abdominaux , des bras et d'autres parties ; dans la moelle même des os; enfin, des plaies deviennent quelquefois vermineuses , ainsi que le sang, peu de temps après qu'il est tiré de la veine. Voyez l'ouvrage de Brera , sur les ver* , et la deuxième note de la première leçon , d'où celle-ci est prise.
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d'intestin peuvent y causer des douleurs aiguës, l'inflammation, et quelquefois promptement une crevasse gangreneuse par laquelle les vers, les matières alimentaires et fe'cales s'épanchent dans le bas-ventre, ce qui est mortel. Si ces insectes sont rassemblés dans le sac que forme une hernie, l'inflammation et la gangrène peuvent y être déterminées de la même manière , mais moins promptement; et l'abcès gangreneux se formant dans Ja partie extérieure du bas-ventre où la hernie est placée, quoique cet accident soit très-grave, il n'est pas inévitablement mortel comme le précédent, parce qu'il est facile d'y appliquer immédiatement les secours convenables (i).
Le tableau des maladies que les vers engendrent, a raison de l'accord sympathique qui unit toutes les parties, n'est pas moins imposant. J'ai vu deux enfans mourir dans des convulsions affreuses déterminées par les vers : l'un périt victime de la négligence de ses parens; l'autre eut le même sort, parce que sa maladie ne fut pas connue. On trouve dansRosen une observation de convulsions vermineuses moins funestes , mais très-singulière (2). Les observateurs fourmillent d'exemples d'épiîepsie, de catalepsie, de tétanos, de danse de Saint- Vile, de manie, de goutte sereine, d'asthme convulsif, etc., causés par les vers (3). On voit à chaque instant, dans cet ou-
(1) Chopart, Traité des Maladies et des Opérations chirurgicales, 1. 11, p. 36g et suiv.
(a) Traité des Maladies des en/ans , p. 335.
(3) t'oyez Selle , Médec. cliniq. , 1. 11, p. 1 54 ; Stoll , Médec.
vrage , le rôle important qu'ils jouent dans toutes les maladies des enfans.
Par la moindre réflexion sur ce que nous venons d'exposer, on conçoit qu'il peut se présenter des affections dont la cause vermineuse mette en défaut toute la finesse et toute la perspicacité du meilleur praticien. Mais c'est sur les faits les plus journaliers qu'il faut porter son attention : or nous sommes riches en moyens très-variés et excellens pour détruire les vers, pour les chasser, pour entraver, prévenir leur génération. Certainement il suffiroit le plus souvent, pour remplacer des revers quelquefois honteux, par des succès assez constans, de substituer à un empirisme aveugle une méthode tant soit peu rationnelle.
2 6°. Les poux se confondent, chez les enfans, avec la gourme, comme moyen dépuraloire. Il paroît même que leur génération se lie quelquefois à l'existence et à l'extinction d'une disposition humorale fort grave. On a vu leur destruction être suivie d'une fièvre putride maligne. Du reste l'explosion de ces maladies dangereuses pourroit être , en bien des cas, le fruit de la constitution excessivement vicieuse des fluides, plutôt que celui des soins pris pour se débarrasser de ces hôtes incommodes, et impuissans d'ailleurs pour remédier à une altération très-profonde ; néanmoins il est toujours prudent de ne les combattre que par une très-grande propreté et en peignant l'enfant avec exactitude.
pratiq. , t. in, chap. vi , de certaines affections nerveuses, observ. 7, 8 et 1 1 ; Brera , dei Fermi, lezione m.
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On ne doit pas avoir moins d'égards pour ces insectes, quand ils paroissent chez les nouvelles accouchées, comme cela arrive quelquefois. Des douleurs de tête insupportables et les plus grands désordres de toute l'économie, sont aisément le résultat de tous les soins inconsidérés qu'on prend pour les détruire promptement.
Mais il y a de véritables maladies pédiculaires, dues à une acrimonie particulière de l'humeur transpirable et à la malpropreté. Les poux sortent des yeux , du nez , et de toutes les parties du corps; les malades maigrissent considérablement et meurent pour l'ordinaire (1). On m'a consulté une fois pour un enfant scrophuleux , chez lequel une génération prodigieuse de poux étoit un gage de santé. Les moyens qu'on avoit pris plusieurs fois pour les détruire avoient toujours été suivis de graves dérangemens dans la santé. J'attaquai cette dégoûtante dialhese par un traitement intérieur. Chez une femme atteinte de fièvre maligne, la crise définitive a eu lieu au vingt-unième jour, entre autres moyens de dépuration, par une production prodigieuse de poux.
27 . Peu d'affections de l'enfance sont à la fois plus communes et d'une nature moins bien déterminée que les engelures. Reil les classe parmi les variétés de l'érysipèle. Une analogie plus exacte me paroît rapprocher ces inflammations du tissu cellulaire et graisseux des doigts, des orteils et du talon, du genre d'inflammation propre aux tumeurs eten-
(1) Selle, Médec. cliniq. , 1. 11 , p. 79.
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gorgemens lymphatiques. Ce genre d'inflammation a sa marche et ses traits particuliers, comme le phlegmon et l'erysipèle purs ont les leurs; la résolution, la suppuration et la gangrène, y ont des caractères qui les distinguent autant de ces mêmes phénomènes dans le phlegmon et l'erysipèle, qu'ils diffèrent entre eux dans ces deux dernières maladies.
Les engelures paroissent dans les saisons froides et humides , en hiver et quelquefois en automne ou au printemps. Les personnes dont la peau est fine, sensible, peu habituée à 1 impression du froid, dont les pieds et les mains suent facilement, y sont les plus sujettes. Ce n'est pas précisément le froid qui cause les engelures, mais le froid humide, ou son impression subite sur ces parties quand elles sont en sueur. La même cause avec les mêmes circonstances donne lieu à des gonflemens semblables , dans d'autres parties également cellulaires , comme le bout du nez, les lobules des oreilles.
Les parties affectées d'engelures sont gonflées d'un rouge obscur légèrement azuré; la douleur est prurigineuse et s'accroît par la chaleur. Quand la maladie est ou devient violente, l'inflammalion , qui n'étoit d'abord que cutanée, s'étend plus profondément, la rougeur est encore plus obscure, la douleur est intense, brûlante; enfin il s'y élève de petites vessies, et il survient une suppuration de mauvais caractère, ou cette affection passe en gangrène. Dans ces cas d'engelures graves, il s'allume presque constamment une fièvre, qui n'est pas pour
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l'ordinaire du véritable genre dos synoques, niais bien plutôt adynaniique.
La prophylactique des engelures consiste , non pas tant à soustraire les parties au froid (car leur exposition graduée à un froid sec est un moyen préservateur ) qu'à les prémunir contre une humidité froide , et surtout à ne pas les soumettre à l'impression brusque d'une température glacée qui puisse réprimer et repouseer dans le tissu cellulaire de ces parties l'humeur transpirahle dont elles étaient couvertes. Dans ces vues, on couvrira les mains de gants d'une peau légère et douce, on enveloppera les pieds dans des brodequins de taffetas ciré; mais on rejettera ( en conséquence même de ce que nous venons de dire ) les gants et les souliers doublés d'une peau garnie de poil. On pourra très-bien y relever le ton naturel de la peau par des fomentations d'esprit de vin camphré , matin et soir.
Quand les engelures existent, on peut en obtenir la résolution par deux moyens qui , quoique trèsopposés en apparence, ont pourtant les mêmes résultats : c'est de frotter les engelures avec de la neige ou de la glace jusqu'à ce qu'il se dégage une chaleur ardente dans la partie; ou bien, après l'avoir enduite d'une huile grasse, à l'exposer à une chaleur de feu aussi forte et aussi longtemps soutenue qu'il est possible, sans se brûler. Lorsque les engelures s'enflamment profondément, qu'elles suppurent, ou que la mortification s'en empare, elles réclament un traitement dont je n'établirai pas ici les bases , ni les règles , par cela même qu'il n'up-
partient pas à tout le monde de les bien saisir et d'en faire une juste application.
28°. Certains défauts de langue tiennent à des vices de conformation de cet organe, comme quand la langue est trop courte ou trop épaisse : il est alors difficile d'y remédier. Il paraît cependant que, même dans ces cas , on peut beaucoup les corriger: témoin Démosthènes , témoin surtout celte fille dont parle M. de Jussieu, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1718. Elle n'avoit point de langue; quelques bourrelets charnus seulement en occupoient la place. Néanmoins elle étoit parvenue à parler si distinctement qu'on n'auroit jamais soupçonné en elle ce vice de conformation. Quelquefois l'enfant en parlant adosse la langue au palais : alors la prononciation est confuse , grasse , nasale; il est même obligé de s'interrompre de temps en temps pour reprendre haleine.
Le balbutiement dépend d'une autre cause. Voici la théorie de Darwin : la prononciation de chaque mot exige , de la part de la langue , une série de mouvemens qui lient les consonnes et les voyelles , et enfin toutes les syllabes qui entrent dans la composition du mot. Chez la personne qui balbutie, la chaîne de ces mouvemens se rompt, et le plus souvent une sorte de honte ou la crainte de ne pas réussir y contribuentbeaucoup. L'association est le plus souvent rompue entre la première consonne et la voyelle suivante. Par exemple, en prononçant le mot parole le sujet va répétant plusieurs fois le p sans que Je reste du mot puisse suivre.
Pour corriger ce défaut, il faut faire dire à l'en-
fant, huit à dix fois de suile , à haute voix , la partie du mot sur laquelle il hésite, sans lettre initiale; comme, par exemple, arole. Après quoi on lui fait prononcer lentement le mot tout entier. Un semblable exercice doit être continué pendant des semaines entières pour chaque mot que l'enfant dit avec hésitation. Il faut toute la patience que l'amour maternel peut donner. On habituera surtout l'enfant à parler avec toute sorte de personnes et à surmonter cette crainte, qui suffit seule pour que les mouvemens de la langue ne se suivent pas avec régularité (t). L'exaclilude de celte théorie de Darwin se trouve démontrée par les guérisons de bégayement récemment obtenues au moyen de l'enseignement mutuel.