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CHAPITRE IV

Accidens et maladies des enfans depuis la première jusqu'à la troisième année.

A mesure que l'homme naissant s'avance d:ms la vie, les fonctions se compliquent , ses rapports avec les objets extérieurs deviennent plus étendus , les causes des maladies se multiplient, et leurs germes préexistans se développent. Parcourons celles qui appartiennent particulièrement à l'époque de l'enfance ci-dessus énoncée.

i°. Les enfans sont sujets à des excoriations à la partie interne des cuisses, qu'on prévient par la propreté. Quand elles existent déjà, on les fait dessécher, en les saupoudrant, non pas avec la céruse, mais avec la farine de lycopode.

2°. Les humidités qui paroissent derrière les oreilles des enfans, leur sont en général très utiles. Ces humidités des oreilles, les croûtes de lait, etc. , sont moins abondantes chez les enfans qu'on élève à la campagne, au grandair, à qui l'on fait faire de l'exercice, et qu'on ne surcharge pas de nourriture végétale farineuse. Nous avons indiqué au chap. I er , §. 3, comment elles doivent êire considérées. Elles se dissipent d'elles— mêmes avec 1 âge. Tout remède pour tarir cette sécrétion dépuratoire peut être funeste, surtout quand elle est établie depuis longtemps. Selle a très-bien reconnu que ces éruptions dépendent d'une exubérance de sucs Jympathiques propre à l'enfance , et qu'elles doivent même souvent leur origine à la disposition scmphuleuse de la constitution. Lorsque le père et la mère n'en présentent aucun iudice , il faut faire attention si la nourrice n'en a pas de traces. Du reste , ce même auteur fait la remarque judicieuse que, dans bien des cas, ces éruptions, après s'êlre affermies pendant quelque temps, semblent devenir indépendantes de toute affection interne, s'entretenir par elles-mêmes et par la viciation des fonctions de la peau. L'art n'en doit pas moins laisser à la nature le soin de corriger cette habitude vicieuse. C'est ce qu'elle fait en excitant une fièvre de laquelle il résulte une inflammation plus vive , la suppuration et la dessiccation des pus-

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tules (i). Cette excrétion puriforme influe sur les fonctions de plusieurs organes importons, notamment sur celles du cerveau , de la vue , de l'ouïe , sur la dentition et sur les fonctions digestives. Elle remplace souvent la diarrhée ou la toux qui surviennent d'ordinaire à chaque éruption des dents; et elle se dessèche de nouveau après que l'irritation a cessé par la sortie de la dent. Il ne faut donc pas s'étonner si sa suppression rapide est suivie d'affections trèsgraves, comme l'inflammation des yeux , la perle même delà vue (2), de coliques, de convulsions (3), d'épilepsie , etc. Alphonse Leroy a vu le dessèchement de ces humidités des oreilles ou des aines déterminer l'engorgement des testicules. Cette dépuration étant imprudemment interrompue, l'humeur se porte quelquefois sur les germes des grosses dents; elle les altère essentiellement , et ces enfans les perdent alors de très-bonne heure. Il faut donc respecter cet écoulement , au moins jusqu'à l'éruption des dents, en maintenant les parties où il a lieu dans la propreté la plus exacte. Cette règle générale admet cependant une exception : c'est lorsque la matière est résorbée et reportée dans le torrent de la circulation. Il y a alors gonflement des glandes du cou et dérangement sensible de la santé. Dans cette circonstance , on doit procurer le dessèchement de ces humidités , avec des précautions qui varient suivant

( 1 ) Selle , Médec. cliniq. , 1. 1 , p. s65 et suiv.

(2) Rosen Rosenstein , Traité des maladies des enfans * ehap. 1 , p. 17.

(3) Darwin , Zoonomia , t. iv , p- 5l.

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l'état de l'individu; et l'on fera bien de se diriger d'après des conseils éclairés : car cette affection et la suivante doivent être considérées, en général, comme des évacuations supplémentaires qui pourvoient à l'insuffisance de la transpiration insensible.

3°. Les croûtes de lait qui , chez les cnfa?is encore tendres , couvrent , dans une étendue plus ou moins considérable , la face et la partie chevelue de la tète, exigent les mêmes égards, commandent la mêmecirconspection dans l'emploi des répei cùssifs. On peut seulement adoucir la partie avec du beurre frais ou avec du lait chaud. On provoque un léger suintement derrière les oreilles, et on tient le ventre libre. Il faut laver les paupières avec du lait chaud pour les empêcher de se coller ensemble , et pour les séparer quand elles sont unies. Elles ne doivent point être détachées avec violence : on pourroit arracher les cils, et ceux-ci ne se renouvelleroient plus. On empêchera l'enfant de se déchirer avec les ongles.

4°. On remarque fréquemment que les enfans, dans leurs premières années , ont les jambes plus ou moins courbées. Tout remède est inutile. Les os sont le plus souvent redressés parla seule action des muscles. On aura soin que le jeune sujet ne reste pas trop long-temps debout.

5°. Ce n'est ordinairement que lorsque les en fins commencent à marcher, qu'on s'aperçoit qu'ils n'ont pas les jambes de la même longueur et qu'ils boitent. i u . La claudication peut, dépendre de la luxation de la tête du fémur ou de la fracture de son col , survenues pendant l'accouchement ; si on n'y a pas remédié sur-le-champ, et que ces accidens aient été

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long -temps méconnus ou négligés, ils sont audessus de la puissance de l'art. Là luxation accidentelle de la tête du fémur, chez les enfans rachitiques , a quelquefois des suites bien autrement fâcheuses encore que la claudication. Effectivement on a vu cette maladie long-temps négligée engendrer une vaste suppuration autour de l'article , avec des douleurs atroces , et déterminer une fièvre lente consomptive qui emportoit le pauvre malade (i). 2". Les enfans foibles sont exposés, surtout dans les climats humides , à un engorgement et un gonflement des cartilages et des ligamens internes de l'articulation de la hanche avec quantité accrue d'humeur synoviale. La tête de l'os de la cuisse est chassée de sa cavité articulaire , sur le bord de laquelle elle est poussée. L'action des muscles l'attire bientôt au-dessusde l'articulation, dans l'épaisseur descliairs; le membre, après avoir été quelque temps plus long, devient alors nécessairement plus court , et le pied est tourné en dehors. Les païens peuvent, sans le savoir , favoriser cette maladie , en plaçant les jambes de l'enfant au berceau, de sorte qu'il ait les pieds tournés en dehors d'une manière forcée. On voit que , dans ce cas , il faut distinguer si le déboîtement de la tête du fémur est secondaire par rapport à un état de maladie grave de sa cavité articulaire, ou si, au contraire , la maladie de l'articulation est la conséquence de la luxation du fémur.

Ces affections, telles que nous venons de les ca-

( I ) Deliaen , Ratio rnecl. , vol. I , cliap. 27. De virtute sir/guL quorumd. mcchcain.

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ractériser , ne sont pas exclusivement propres à l'en* lance. Une semblable luxation du fémur, cbassé de sa cavité par l'engorgement humide de celte dernière , a lieu aussi chez les adultes , et elle a été observée par Hippocrate (i). Celte luxation est précédée de longues douleurs dans les hanches ; et la claudication , et enfin la consomption , en sont les effets. La jambe du côté affecté est plus longue que l'autre pendant plus ou moins longtemps, et jusqu'à ce que la têtedu fémur soit chassée de son articulation. Hippocrate dit que les Scythes, qui étaient très-sujets à celte maladie, y remédioient par l'application du feu : il conseille cette méthode, et Pouteau l'a consacrée par les plus beaux succès. Je suis porté à croire que l'établissement de plusieurs cautères, dans la région correspondante à la cavité articulaire , donneroit, avec un appareil moins effrayant, et souvent avec plus de sécurité, des résultats également satisfaisans. Mais l'inuslion, qui peut convenir quand l'engorgement est froid, devient inadmissible et trèsdangereux quand il est inflammatoire. Il existe , en effet, une espèce de claudication qui dépend de l'inflammation du périoste du fémur au voisinage de l'articulation , ou même de son appareil capsulaire et ligamenteux. Ce cas est un des plus graves, et exige les secours les mieux entendus pour détruire cette inflammation, prévenir la carie de l'os, et, par suite, des ulcères sinueux qui entraîneraient la consomption , comme Van-Swielen en fit la triste observation sur un jeune homme (2). Il est évident qu'il faut

( 1 ) De aère , aquis etlocis, §. 47.

(a) Comment, in Herman Boerli. , Aphor. , 1. 1 , p. 857.

alors donner la préférence aux sangsues avec lesquelles Tissot a guéri des sciatiques invétérées qui avoient résisté à plusieurs années de remèdes.

Une inflammation de nature fâcheuse , d'énormes suppurations et la carie de l'os de la cuisse et de la hanche, peuvent avoir lieu par un dépôt de matière maligne à la suite des fièvres putrides. Dehaen eu fournit une observation , et l'on y voit avec plaisir les succès que l'art peut obtenir quelquefois dans des cas aussi déplorables (i).

Des douleurs inflammatoires chroniques des lombes, des cuisses et de la hanche, considérées longtemps comme rhumatiques ou goutteuses, et par conséquent mal traitées sous beaucoup de rapports, peuvent avoir les conséquences les plus funestes , comme le même Dehaen l'a vu. A l'ouverture des cadavres, il a trouvé l'os de la cuisse et les vertèbres lomhaires cariés, vermoulus par un pus acre. Celuici s'étoit ensuite ouvert un chemin , depuis le fémur jusque dans le bassin, en passant par le trou ovale et suivant le trajet de l'artère, de la veine, et du nerf qu'on trouve en cet endroit. Il avoil rongé les chairs le long des vertèbres des lombes , et avoit formé d'immenses collections de pus sur les muscles du dos et sur les omoplates (2).

(l)Ratio med. , v. I , chap. 47. De virtute singulariquorumd. médicament. Ed. Nap.

(2) Dehaen , Ratio med. , 1. 1 . cap. 7. Quœdam analomica. Il paroit que dans ces observations , dont le nom de Dehaen garantit l'exactitude , un long séjour au lit et la position horizontale du corps , dans le sens qui causoit le moins de douleur, avoient favorisé cette migration singulière du pus à«

lo8 ESSAI

La luxation de la tête du fémur, lors même qu'elle a été réduite, peut être suivie de l'engorgement inflammatoire de l'appareil ligamenteux et synovial de sa cavité articulaire dans l'os de la hanche ; engorgement par lequel la tête du fémur sera chassée de nouveau (i ).

Dans l'état ordinaire des choses , c'est presque toujours par quelque chute ou quelque autre grand accident que la luxation de la cuisse a lieu. Il peut se faire alors, en vertu du choc violent de la tête du fémur contre sa cavité colyloïde , que les deux surfaces articulaires remises en contact s'enflamment et finissent par se souder entièrement. Ce genre d'ankilose et la claudication qui en résulte ont été observés par Dehaen et J. L. Petit (i).

3°. Dans les enfans débiles le balancement de la cuisse peut naître de la mollesse du col du fémur , ainsi que de la partie supérieure de cet os. Le fémur, déjà naturellement plié dans cet endroit , se plie encore davantage et chancelé sous le poids du corps. Le membre, en apparence plus court , finit par le devenir réellement. Indépendamment de la claudication , le raccourcissement du membre peut, à cet îîge, donner lieu à une autre difformité,, la distorsion de la colonne épinière. En effet , tout le poids du corps portant sur le membre le plus court , le ma-

dehors en dedans, qui n'est pas naturelle , quelle que fût d'ailleurs son origine , ou les vertèbres lombaires cariées , ou la cavité cotyloïde de l'os des îles.

( i ) Dehaen , Rat. rned. t. n , cap. ri., de Morbo coxario. Petit, Malad. des Os, part, n , chap. 12.

(2) Ibid, p. 48.

lade est obligé de pencher la tête du côté opposé, et de faire effort sur les parties supérieures du tronc, pour le ramener dans la ligne de station , et alors la colonne vertébrale ( surtout si la mollesse des os s'y prêle ) prend une double courbure en sens opposé , semblable à la lettre S.

On voit assez , d'après l'exposé ci-dessus , à combien de considérations se lie un traitement judicieux des affections qui y sont indiquées, et quelle intelligence elles exigent dans l'emploi des moyens bygiététiques et mécaniques les plus propres à aider leur guérison.

6°. Dans les enfans d'un à deux mois on voit paroître au visage, au cou, aux mains, aux pieds et quelquefois sur tout le corps , des taches rouges , qui vont s'agrandissant toujours, et qui soulèvent le plus souvent la peau en petites vessies pleines d'une eau transparente. Cet exanibème se sèche et se dissipe de lui-même. On préservera seulement l'enfant du froid et de tout ce qui pourroit répercuter celle éruption.

7 . Les aphthes forment encore une maladie éruptive familière à cette époque de l'enfance que nous considérons actuellement. Ils sont bénins ou malins.

Les premiers ne sont autre chose que de petites vessies blanches en peut nombre, qui viennent sans fièvre aux lèvres, à la langue, dans l'intérieur des joues , qui disparaissent et reviennent alternativement, quelquefois pendant plusieurs semaines, sans inconvénient. On les touche avec un pinceau trempé dans l'oxycrat.

Celte maladie reconnoît pour causes toutes celles

qui , dans le même temps qu'elles diminuent la ira aspiration , portent une profonde impression de faiblesse dans l'organisation. Tels sont l'air froid et humide , le voisinage des marais , leurs émanations dans une saison chaude , les pluies continues ; il faut y joindre la mauvaise nourriture , l'atmosphère corrompu des hôpitaux , ou de tout autre séjour où un grand nombre de personnes seroient presque amoncelées , et dont l'air ne seroit pas suffisamment renouvelé.

Les aphthes malins ont de graves précurseurs. L'enfant maigrit, prend un air vieillissant, vomit Je lait presque aussitôt après l'avoir sucé : fièvre avec chaleurardente, anxiétés, douleurs de ventre, diarrhée aqueuse verdâtre. Alors apparition des aphthes : petites vessies ou taches blanches, d'abord à la partie moyenne de la face interne de la lèvre supérieure , s'étendantde là vers les deux angles de la lèvre. Taches semblables , irrégulièrement éparses dans tout le palais, aux parois de la bouche et sur la langue, qui se dilatent , confluent et couvrent toute la surface de la bouche , du gosier et de l'œsophage , d'une croûte blanche , comme si l'enfant avoit mangé du caillé. Quelquefois les pustules aphlhcuses agglomérées forment une croûte blanche , épaisse , reluisante comme du lard frais, qui monte lentement du fond de l'œsophage vers la bouche , dont elle couvre bientôt toutes les surfaces. On comprend alors quelle est la gravité des aphthes, puisqu'ils naissent et remontent des parties les plus sensibles et les plus nobles du canal alimentaire.

Il n'entre pas dans le but de cet ouvrage de don-

nerunedescription plusétenduedecettemaladie(i). Elle est contagieuse : il importe d'en être prévenu quand on a plusieurs enfans. Elle présente le plus grand danger : tout le tube alimentaire participe à l'état de la bouche. Son traitement est extrêmement épineux : il varie, ainsi que le pronostic, suivant que les croules, en se détachant, laissent une surface vermeille, ou sont remplacées par d'autres croûtes jaunes , obscures , noirâtres ; qu'il y a diarrhée , dyssenterie ; qu'il paroît à la peau des taches ou de petites vessies couleur de pourpre. Lorsque dans la première ou la seconde semaine qui suit la naissance , l'enfant dort excessivement , on peut prédire que les aphthes sont en chemin.

Les nourrices ne font rien d'utile en frottant rudement l'intérieur de la bouche du petit malade avec un linge : on ne doit pas le permettre. Vacca - Berlinghieri (2) conseille de faire, avec du borax pulvérisé enfermé dans un linge fin , un nouet de la grosseur d'un bouton ou delà forme d'un cylindre, qu'on attacheavecun ruban au cou ou au bonnet de l'enfant. On le lui met souvent à la bouche, il l'y porte de luimême, et le borax dissous par la salive déterge les ulcérations dont cette cavité est tapissée.

Il faut nourrir l'enfant du lait d'une bonne nourrice. Celle-ci est très-esposée à voir naître aux ma-

(1) Voy. le tableau de main de maître que Boerhaave a fait de celte maladie dans ses aphorismes. Rosen a pensé avec raison qu'il n'y avoit rien de mieux à faire que de le transcrire. Voy. aussi les aphorismes de Stoll sur les Fièvres.

(a) Codise élément, di med.prai., 1. 1, p. i3g. Ediz. Veneta,

l ,î a ESSAI

melons , par le contaci des aphthes, une rougeur ou desexcoria lions qui se dissipenlordinai renient quand on les fomente avec du vin chaud , mais qui se convertissent quelquefois en ulcères difliciles à guérir, et que , par un défaut d'attention , on pourroit confondre avec des ulcères vénériens ( Bosqudlon ). 11 importe surtout de préserver le jeune sujet du froid, et de lui faire respirer un air pur ; car l'air corrompu est peut être une des causes les plus constantes de la maladie, et il l'est sûrement de ses plus graves dégénérations. On doit enfin baigner l'enfant fréquemment , et lui faire des frictions sèches sur tout le corps.

8°. La difficulté de respirer, qui attaque les enfans encore tendres , est de différentes espèces , toutes tellement importantes, que la promptitude et la convenance des secours peuvent seules donner quelque espoir de salut.

Le premier cas consiste dans un épaississement de la mucosité des branches et de la trachée , laquelle reste adhérente à ces parties , et leur forme comme une espèce de doublure. C'est ce qu'on a appelé polypes des poumons (i). La respiration est courte, gênée , râleuse ; l'enfant ronfle fortement pendant le sommeil. Si on ne se hâte de lui administrer les meilleurs remèdes, il meurt dans les convulsions.

Le second cas , c'est la péripneunionie des enfans , qui ne tarde pas à leur être fatale, si elle n'est promptement et convenablement combattue. L'engorge-

(i) Transact. dujcollége médical de Londres, cité par Darwin , Zoonomia , t. iv . p. 63.

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ment inflammatoire sanguin des poumons détermine aisément des mouvemensconvulsifs. Sloll a vu deux cas de ce genre. Une fille de deux ans étoit le sujet de la première observation : elle avoit des convulsions violentes; dans les intervalles, la face étoit livide, il yavoit delà toux et une respiration bruyante. Le second malade étoit un enfant de six ans, qui, depuis peu de jours , avoit , de temps en temps , des attaques d'épilepsie et une douleur de côté comme dans la pleurésie. La saignée fut ,cbez ces deux malades, le meilleur antispasmodique (i).

Ces affections sont d'un traitement fort épineux, à raison des difficultés qui environnent le diagnostic. On peut d'abord les confondre entre elles , et de plus avec l'angine trachéale , l'asthme convulsif , la coqueluche, etc. Ces maladies ont en effet quelques traits de ressemblance , mais on ne peut méconnoître certaines différences essentielles sans s'exposer à des erreurs presque inévitablement funestes.

Les en fans très-irritables, pléthoriques , excessivement colères, sont très -sujets à tomber en pâmoison , s'ils trouvent quelque obstacle à obtenir ce qu'ils désirent avec violence. C'est un état nerveux trèsdangereux , auquel sont particulièrement exposés les enfans gâtés. L'enfant devient violet, les mouvemens du cœur et de la respiration sont suffoqués, et le jeune sujet court risque d'être asphyxié.

Baigner l'enfant de temps en temps, frictions sèches sur la poitrine , sur le bas-ventre et sur le dos. Il ne faut point lui jeter de l'eau fraîche sur la figure :

(i) Médec. pratiq. , t. n , pag. 146 et suiv.

cela pourroit augmenter la suffocation en refoulant le sang de la circonférence au centre. On ne doit pas non plus le fustiger : ce moyen rend l'enfant timide , il peut renouveler le mal ou produire des affections morales pires que celles qui y ont donné lieu. Il faut au contraire le caresser, et faire en sorte qu'il trouve de légers inconvéniens dans les choses même qu'il désire le plus, afin que peu à peu il prenne l'habitude de la modération.

g . Le corysa des enfans mérite d'être distingué parmi leurs maladies les plus dangereuses : heureusement il est rare. Le quatorzième ou le dix-septième jour après la naissance, et quelquefois plus tard, on observe que l'enfant respire avec peine par les narines. Il en découle bientôt une humeur purulente et tenace , ou claire et mêlée de sang. La respiration devient alors plus facile , et la maladie semble n'être qu'un rhume. Cependant la gêne de la respiration reparoît de nouveau, et même plus grave qu'auparavant, avec tumeur au cou, à la nuque, et strie rouge au bord de la paupière. Ces symptômes , et surtout le dernier, caractérisent la maladie et précèdent le développement le plus redoutable de cette affection. Tout à coup accroissement , fureur dans la maladie ; gonflement extrême des glandes, déglutition difficile , décadence sensible des forces. Enfin, l'enfant ne pouvant ni téter, ni avaler, meurt exténué dans les convulsions.

Cette maladie exige les secours les plus prompts et les mieux dirigés. Suivant Girtanner , elle affecte spécialement les enfans des riches. On aura recours immédiatement au bain chaud.

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io°. On donne le nom de crignons à des pointes jaunes-brunes qui font éminence dans la peau et la rendent âpre et inégale, principalement à la partie supérieure du corps. C'est une mucosité tenace réunie dans les pores ( Ackermann ) par défaut de propreté. L'enfant étant dans un bain , si on lui frotte la peau , il en sort de petits corps bruns semblables à des vers.

Bains fréquens , propreté de la cbemise , des draps de lit , des vétemens , et frictions légères avec une flanelle chaude.

1 1". Une maladie des nouveau -nés, connue depuis peu, ou qui du moins n'a fixé l'attention des médecins que depuis un demi-siècle , c'est l'endurcissement du tissu cellulaire , dont la graisse prend la consistance du suif le plus dur, tandis que la peau elle-même devient solide comme un cuir peu flexible. Elle est propre aux enfans nés depuis peu, tenus dans la malpropreté et dans un air corrompu ; mais on la trouve aussi chez les enfans nés dans l'aisance. Indépendamment des autres secours qu'exige une maladie dépendante du vice de plusieurs fonctions importantes, on fera un grand usage des bains chauds et des frictions avec une flanelle chaude.

12°. Dentition. C'est une des opérations les plus importantes de la nature dans le premier âge. On divise les dents en dents de l'enfance et en dents permanentes. Les premières sont au nombre de vingt pour les deux mâchoires , dont l'éruption commence ordinairement du septième au huitième mois. Les dents naissent par paires , alternativement d'une mâchoire à l'autre > en commençant par la

lit) ESSAI

mâchoire inférieure , dans l'ordre suivant : les deux incisives moyennes, les deux incisives externes, les deux canines, les quatre premières molaires. Pour l'ordinaire, cependant, les premières molaires naissent avant les œillères. Ce travail est achevé après deux ans. Ce sont proprement les dents de lait qui doivent être remplacées à sept ans , par un égal nombre de dents permanentes. Il paroît à quatre ans et demi deux molaires à chaque mâchoire, qui ne tombent pas à la seconde dentition; et à huit ou neuf ans sortent les quatre grosses dernières molaires, qui portent le nombre total des dents à vingthuit. Enfin, à seize ou dix -sept ans, quelquefois à vingt-six , trente ans et même plus tard , viennent les dents tardives ou de sagesse, deux à chaque mâchoire, complétant le nombre de trente-deux dents qui composent toute la denture.

Les dents permanentes croissent en même temps que celles de l'enfance, dans un alvéole particulier, non pas immédiatement au-dessous, mais à côté de ces dernières. Leur accroissement est lié aux progrès de l'ossification des mâchoires , et il se fait avec plus de lenteur que celui des dents de l'enfance, ce qui peut être cause qu'elles sont plus fortes ; quand elles sortent par l'ouverture qui leur est particulière, les alvéoles des dents de lait s'effacent.

Il est aisé de reconnoître le travail de la première dentition d'après l'âge de l'enfant, la tuméfaction du rebord alvéolaire , la chaleur et le gonflement de toute la bouche, l'irritation que le tendre sujet manifeste aux gencives, etc.

Les dents de l'enfance, qui n'étoient d'abord qu'un

suc glulineux enseveli dans l'épaisseur des mâchoires, prennent peu à peu de la consistance. Devenant plus grossesetplusdures(i), elles agissent contre le rebord alvéolaire qui s'amollit, et dontla substance estabsorbée par l'action des vaisseaux lymphatiques. Alors la dent ne se trouve plus recouverte que du périoste et de la gencive. Celle-ci est presque insensible , mais l'irritation du périoste est extrême. C'est à cette irritation du périoste, déterminée par la pression de la dent , et à celle qui naît de l'élargissement simultané des mâchoires , que tiennent tous les accidens de cette opération de la nature. Elle se communique par sympathie aux muscles et aux glandes du voisinage : elle retentit dans toute l'économie , altère toutes les fonctions, et produit un véritable état de maladie si grave que l'enfant quelquefois y succombe , ou en, éprouve les plus fâcheuses conséquences. Une dentition très-orageuse excite toujours une fièvre véhémente, des insomnies ou une grande agitation pen-

(i) La nature a donné aux dents , et surtout à leur émail , une dureté parfaitement adaptée aux fonctions de ces organes, mais qui d'ailleurs est telle , que les anciens avoient remarqué qu'elles étoient les seules de nos parties qui résistoient au feu des bûchers. En conséquence , ils regardoient les dents comme les élémens de la résurrection des corps, et , partant de cette idée , ils privoient les enfans des honneurs du bûcher, de peur que leurs dents moins fortes ne fussent consumées. Les Romains, suivant Pline (Hist. nat. , lib. xi , cap. 71 ) , croyoient que le cœur des personnes qui mouroient empoisonnées étoit inattaquable aussi par le feu , et ne brûloit pas sur le bûcher. C'est ce qui eut lieu chez Germanicus , suivant Suétone, in ■vita Calig. , lib. 1. Cela pouvoit arriver ainsi dans les cas d'hydropéricarde.

g ESSAI

dant le sommeil; il se manifeste quelquefois des niouvemens spasmodiques aux yeux , ou même, réclampsie; et, si le mal va croissant, il survient une léthargie qui se termine le plus souvent par la mort (Rosen). Whitt et Tissot ont vu les douleurs de la dentition déterminer le diabètes. L'odontalgie même , quand elle est violente ,peul avoir, chez les adultes , des effets extrêmement graves. C'est ainsi que Stoll a vu une affection paralytique de toute la moitié de la face correspondante à une vive douleur de dents qui avoit été négligée ou mal traitée.

La dentition , et l'état de maladie qui l'accompagne , sont d'autant plus dangereux, que l'enfant est plus jeune et plus foible , que la fièvre est plus violente, que la constipation est plus opiniâtre (r). Une légère diarrhée qui n'affoiblit pas, est au contraire avantageuse. Elle prévient en partie les convulsions qui sont l'accident le plus redoutable. Celles-ci en effet tuent quelquefois l'enfant. Suivant Selle, l'éclampsie est presque toujours mortelle et l'on a vu souvent, dans ces cas, les dénis paraître après la mort. Quand Les convulsions ont été violentes, ou ont duré long-temps, si elles ne donnent pas la mort, elles mettent l'enfant dans un état de stupeur et d'insensibilité (2); ou bien, comme Van-Swiéten l'a observé, elles laissent après elles une paralysie des membres qui peut durer toute la vie , malgré l'emploi des meilleurs remèdes (5).

(1) Hipp. , Aphor. 25, sect. 3.

(2) Darwin, Zoonomia, t. iv, p. 84.

(3) Comment, in Herman. Boerh., Aphor., t. ni, p. 353.

Quoique Ja dentition trop précoce ait ses dangers, on présume bien de la santé de l'enfant, et de la vigueur de son tempérament, quand elle se fait aisément et à son temps. L'éruption tardive des dents prouve la foiblesse de la constitution, et on a lieu de craindre, ou que cette opération de la nature se fasse d'une manière très-orageuse, ou même qu'elle détermine le rachitis. Ceci mérite d'autant plus d'attention , pour prendre les précautions convenables, que la dentition est une des révolutions qui entraînent le plus souvent le développement de cette fâcheuse maladie.

Les accidens graves de la dentition , et l'incision de la gencive et du périoste , pour les calmer sur-lecbamp (1) ; la fluxion inflammatoire vers la tête, et les moyens de la modérer ; la diarrhée quand elle est excessive; la constipation, plus redoutable encore ; la fièvre , les convulsions , etc. , sont des circonstances d'une importance à réclamer les plus grandes lumières de la part du médecin.

Pour que l'enfant puisse satisfaire à la démangeai-, son qu'il éprouve aux gencives, on lui donne ordinairement un cylindre de corail, ou de cristal. On croit que la pression d'un corps dur fait que les dents percent plus aisément les gencives : il en résulte au contraire qu'elles deviennent calleuses et plus dures. Il vaut mieux lui donner une croûte de pain qui

(l)Underwood ne doute pas que cette opération n'ait sauvé une foule d'enfans. Il peut être nécessaire de la réitérer. Hunter l'a répétée jusqu'à dix fois , toujours avec le plus grand succès.

d'abord remplit le même but, quant au prurit des gencives; et qui, amollie ensuite par la salive, agit sur elles comme émollient.

i3°. L'impureté et l'humidité de l'air 3 le froid, les passions tristes, la privation des choses nécessaires à la vie, les alimens gâtés et malsains, sont les causes ordinaires du scorbut. Cette maladie est très -fréquente chez les peuples du Nord, le long des bords delà mer, et par le concours de la plupart de ces causes. Rouppe (i) a remarqué que les matelots que l'on met à la chaîne, à bord des vaisseaux, pour avoir mal fait leur service, deviennent bientôt scorbutiques. Dans l'air corrompu , humide et froid des habitations des pauvres, les enfans sont très-sujets à la gangrène- scorbutique des gencives. Cette maladie fait des progrès effroyables à la bouche , et détermine une pustule gangreneuse aux joues, qui s'étend . les ronge entièrement. La dissolution générale marche à pas de géant, si on ne l'attaque à temps et par les remèdes les plus efficaces. La pustule scorbutique gangreneuse du visage n'est pas particulière aux enfans, exclusivement aux adultes, comme le prétend Girtanner. Je l'ai vue et traitée trois fois chez des soldats et des matelots. On en voit un exemple dans le tome premier de la médecine pratique de Stoll (2).

Dans les années humides, sous le règne des épidémies calarrhales, il survient aux enfans, surloutà

(1) Cité par Reil, Délia Febbre.

(a) Extrait des registres de l'hôpital de la Trinité, à Vienne.

ceux qui vivent dans les hôpitaux, des pustules qui remplissent le fond de la bouche et qui forment des ulcères circulaires et rongeurs , avec gonflement des gencives et fétidité de la bouche. On les appelle aussi ulcères scorbutiques; mais Bosquillonles considère, avec quelque apparence de raison , comme une affection calarrhale analogue aux aphthes (i). Van-Swiéten a aussi observé cette maladie avec toute la gravité dont elle est susceptible.

On touche ces ulcères avec une solution de vitriol blanc (sulfate de zinc) ou avec l'eau de Rabel.

i4°- L'insomnie des enfans doit être combattue suivant ses causes manifestes : à moins que celles-ci ne soient de nature à réclamer des secours particuliers et directs, on en triomphe par le remède suivant, qui effectivement se rapporte à la disposition qui détermine le plus souvent cet accident : on frotte un peu de sucre sur l'écorce d'une orange, on le réduit en poudre, on y mêle quelques grains de magnésie, et par dessus ce remède on donne une cuillerée d'eau.

i5°. Les convulsions sont d'autant plus dangereuses que les enfans sont plus tendres. Elles peuvent être déterminées par des causes très-variées : notamment la dentition, les vers, les acides dans les premières voies, l'éruption de la petite-vérole ou d'autres exanthèmes ; mais une autre cause des convulsions, c'est la corruption de l'air quand il n'est pas assez souvent renouvelé.

( i ) Trad. de la Médec. pra(. de Cullen , t. i , p. 466 , dans la note.

Voici un cas où leur nature réelle est souvent méconnue. L'engorgement sanguin du cerveau qui, chez les vieillards, détermine plus souvent l'apoplexie que les convulsions, chez lesenfans, au contraire, produit plutôt les convulsions que l'apoplexie. Cette diversité d'effets tient à l'état différent du cerveau dans ces deux âges opposés. Les mouveracns convulsifs de ce genre surviennent lout-àcoup , et plus souvent de nuit , où la pléthore cérébrale est plus considérahle que pendant la veille. Ils s'accompagnent des symptômes suivans : chaleur ardente au front, à la fontanelle; l'intérieur de la bouche est brûlant ; démangeaison au nez ; irritation générale à la poitrine, au bas-ventre , constipation; l'enfant pousse des cris de temps en temps , ou bien la voix lui manque. Les enfans les plus vigoureux sont ceux qui y sont le plus sujets; les convulsions de cette espèce sont plus fréquentes dans les villes que dans les campagnes, et se manifestent surtout à l'approche des orages. Si on ne les attaque pas convenablement dans leur cause, ou elles tuent le sujet , ou elles sont suivies de la perte de la vue , de l'ouïe, de mutité, de paralysie des extrémités inférieures.

Les convulsions peuvent encore être plus spécialement déterminées par l'irritation très-vive du système des membranes cérébrales, ce qui introduit quelques modifications dans le traitement qu'exige le cas précédent et qui y convient aussi , mais jusqu'à un certain point. L'état du cerveau, qui, dans ces deux cas, s'exprime par les convulsions, a la plus

SUR LES MALADIES DES ENFANS. T'-i3

grande analogie avec celui qui constitue l'hydrocéphale aigu (voyez cet article).

Quelquefois les convulsions reconnoissent pour cause l'engorgement sanguin de tout autre viscère que le cerveau; les poumons, par exemple (yoy. §. 8, difficulté de respirer). D'autres fois elles sont déterminera par une sérosité Acre ou tout autre matière qui stimule les nerfs, ainsi que Sloll en fournit une ohservation très-remarquable (i). Chez les enfans à la mamelle, les convulsions sont souvent l'effet de coliques qui peuvent dépendre elles-mêmes de vers, d'acides ou de vents. Mais elles sont aussi quelquefois le produit d'une inflammation des intestins, comme le même Stoll en fait faire la remarque. Voilà pourquoi ces tendres malades se trouvent souvent très-mal de l'emploi des remèdes qui conviendroient dans l'hypothèse précédente, et qui dans celle-ci sont directement nuisibles (2).

Quelque incomplète que soit peut-être cette énumération des différentes causes des convulsions chez les enfans, elle suffit pourtant pour faire apprécier combien de sagacité et d'instruction elles exigent dans le praticien pour les distinguer avec exactitude et faire une juste application des secours les plus convenables. Ou peut presque toujours retirer de grands avantages du bain tiède et des frictions avec une flanelle chaude sur le ventre, sur le dos et à la plante des pieds.

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