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SECTION PREMIÈRE

Maladies aiguës ; exanthèmes fébriles.

i . sfngine tonsillaire. Elle est épidémique , et attaque facilement, dans le printemps et dans l'automne, les enfans pléthoriques, surtout (à ce qu'on croit avoir observé) ceux qui ont les cheveux blonds ou rouges. Dans l'âge adulte, on est plus sujet à cette angine quand on l'a déjà eue ; et lorsqu'elle s'est une fois terminée par suppuration , c'est encore ensuite sa terminaison la plus ordinaire (t). Il semble que, dans quelques individus, les récidives fréquentes de celte maladie se lient à la conservation de la santé générale , parles mêmes rapports que les attaques de goutte ou l'éruption du flux hémorrhoïdal.

La résolution est la terminaison la plus désirable de cette angine. On peut l'espérer, quand l'inflammation est modérée, quand il paroît une grande sueur autour du cou , avec expectoration muqueuse abondante, ou une sueur générale copieuse; quand l'inflammation va d'une amygdale à l'autre, ou lorsque ces glandes ne sont pas attaquées toutes les deux à la fois. On voit la résolution se faire quelquefois

(i) J. P. Fra'nk, de Curand. homin. morbis Epitome, t. u, p. 122 , edit. Venet.

aussi par une dé tumescence graduelle sans sueur autour du cou, ni expectoration fort remarquable. Mais si la fièvre se maintient au-delà du temps de la résolution, et qu'il survienne des frissons irréguliers et des tremblemens dans les membres, la suppuration est certaine.

Cette espèce d'angine est assez fréquente pour que les dangers qu'elle peut avoir.soient connus. Quelquefois l'affection inflammatoire se borne à la membrane muqueuse des glandes amygdales et des parties adjacentes : elle n'est pas alors aussi dangereuse. Dans d'autres cas, les glandes elles-mêmes sont profondément enflammées, et leur gonflement arrive jusqu'au point d'empêcher la respiration et de suffoquer le malade , si l'on n'y porte les plus prompts secours.

Il est rare que l'inflammation se borne aux glandes amygdales , à la luette et au voile du palais : ordinairement elle s'étend plus ou moins jusqu'à la trachée , à l'œsophage, aux parotides , ou retentit dans l'oreille par la trompe d'Eustache. Quand l'angine a son principal siège à la partie supérieure de l'œsophage , l'inflammation intéresse ordinairement en même temps les hgamens qui unissent les vertèbres du cou , tant à la partie antérieure que sur les parties latérales. Outre le vomissement et l'impossibilité d'avaler , il y a une douleur brûlante qui occupe tout le cou, et en rend le moindre mouvement impossible. Dans le même temps , la colonne cervicale est obligée à la flexion par l'inflammation des ligamens antérieurs du cou , de sorte que le menton est appliqué au sternum d'une matière immobile. Mouve-

mens convulsifs effrayans, torpeur dans les deux extrémités supérieures et hoquet violent. L'intensité de la fièvre est proportionnée à celle de ces accidens. Il n'y a que les secours les plus prompts et les plus efficaces qui puissent prévenir la suffocation , quand celte inflammation est à ce degré dans dos parties aussi importantes. Hippocrate a observé aussi cette angine, qu'on pourroit appeler vertébrale, et il paroît qu'il a été rarement à portée de lui appliquer des secours assez prompts pour avoir du succès (1).

L'angine tonsillaire , qui intéresse la partie supérieure du conduit alimentaire, peut se terminer, chez les sujets scrophuleux, par l'induration de la région supérieure de l'œsophage ; et alors la déglutition est pour toujours extrêmement difficile, ou même impossible. On comprend où conduit à la fin un état qui ne laisse que la ressource de moyens trèspénibles et irès-embarrassans pour nourrir même incomplètement le sujet.

Une terminaison semblable de cette angine , mais moins terrible, à raison de la différence des parties, c'est le prolongement et l'induration de la luette. Cela a lieu plus fréquemment chez les sujets scrophuleux , mais d'ailleurs les vices du traitement peuvent favoriser celte fâcheuse terminaison.

Quand l'inflammation du pharynx est compliquée d'un vice vénérien , elle finit quelquefois par la carie des vertèbres du cou (2).

(1) Hipp., de Morbis popularibus , sect. u;Brera, Annotaz. medico-pratiche , t. 11 , cap. 1, p. 38 e seg.

(2) J. P. Frank, de Curand. homin. morbis Ephome , t. 11, p. 1 2 3 et seg. ; Richter , Chirurg. , vol. 1.

L'angine qui résulte d'une inflammation extrêmement acre, qui a lieu sans gonflement au cou, ni à la gorge , mais avec des douleurs atroces et sentiment de strangulation , devient bientôt gangreneuse et mortelle (1). Lorsque la strangulation va à ce point que les matières alvines sont rendues tout à coup , la mort est inévitable (2). Si l'inflammation abandonne le gosier, sans diminution de la fièvre, et se place au cerveau , ou descend sur les poumons, sur le foie, on même sur les extrémités intérieures, elle y porte, ou une gangrène immédiatement mortelle, ou des suppurations d'un mauvais caractère, qui le deviennent aussi quoique plus lard ^3). Mais lorsque l'inflammation , le gonflement, la rougeur ; se portent , des parties internes à la surface du cou ou de la poitrine , le malade se trouve immédiatement soulagé, et il guérit très -bien , pourvu que cette éruption à l'extérieur n'éprouve aucune répercussion (4).

La justessedu diagnostic peut seuledonnercelledu traitement. Celui-ci ne peut être approprié, et prévenir ou arrêter des accidens aussi formidables que ceux

(1) Hipp., Prœ.iagia, lib. m, Aphor. 17, cum notis Andr. Pasta ; Piquer, Praxis medica, t. 11 , p. 147 ; Borsieri, Instit. medicinœ practicœ , -vol. ni , p. 247, ««-4.

(2) Hipp., Prœnotion. coacœ , cap. xv, n° 7, cum Duret ; Borsieri , Instit. medic. pract. , vol. m , p. 249.

(3) Hipp., Aphor. 10, sect. v, ld. Prœsagia, lib. 111, Aphor. 2 1 ; Borsieri , vol. m , p. 248.

(4) Hipp., Aphor. 37, sect. vi, Aphor. 4g, sect. vil ; Borsieri , vol. m , p. 249 , J. P. Frank , de Curand. homin. morbis , vol. 11, p. 1 13.

SUR LES MALADIES DES ENFANS. \na

que je viens d'indiquer, qu'autant qu'il est conforme aux distinctions suivantes : savoir, si la maladie est essentiellement inflammatoire, bilieuse, catarrhale, érysipélateuse.

Voici un moyen très -simple qu'employoit Sims pour prévenir le développement de l'angine tonsillaire chez les personnes qui y sont très sujettes, et dont Reil a reconnu l'efficacité (i). Aussitôt que les premiers signes de cette inflammation se manifestent, on met clans la bouche un morceau d'alun, et l'on avale peu à peu la salive chargée de cette dissolution saline. Il en est de ce remède comme de presque tous ceux que nous connoissons, c'est-à-dire qu'il ne sauroit être toujours de mise.

L'émélique, qui satisfait à un plus grand nombre d'indications, fait souvent avorter aussi l'angine tonsillaire , si l'on y a recours dans le principe. Mais ce remède est , en général , inutile et même nuisible, quand la maladie s'est déjà affermie , en mettant dans une action violente les muscles du gosier et du cou. L'usage banal des gargarismes est souvent condamnable sous les mêmes rapports : ils sont plus propres à augmenter l'inflammation des parties en les obligeant à des mouvemens fréquens et précipités, qu'à la calmer par leur impression rafraîchissante momentanée. Il vaut beaucoup mieux que le malade tienne dans sa bouche une décoction émolliente , de l'oxycrat, ou même de l'eau tiède, qu'on renouvelle souvent. Du reste, bains tièdes, pédiluves

( i ) J. Christian Reil, délia Conoscenza e cura délia Febbre, part, n : vol. ii, p. 1 3g-

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chauds , inspiration de vapeurs chaudes émollientes, chambre plutôt chaude que froide ; que le malade ait la tête haute dans son lit; éviter toute nourriture succulente : la diète doit, au contraire, être des plus tenues.

i. On appelle oreillons ou angine parotidée , une esquinancie produile par l'inflammation des glandes parotides. Tout le monde connoît cette maladie. Elle est ordinairement épidémique, et le plus souvent sans danger.

Elle débute par un trouble fébrile général , suivi du gonflement des parotides , des glandes sous-maxillaires et de celles du cou. Le gonflement augmente pendant les quatre premiers jours, et décroît ensuite par degrés, ainsi que la fièvre qui en a accompagné l'éruption. Cette inflammation ne s'étend pas assez jusques aux voies de la respiration et de la déglutilion, pour mériter véritablement le nom d'esquinancie , qu'on lui donne. Elle se borne à l'appareil des glandes salivaires et du cou; mais le gonflement de ces parties est bien suffisant pour rendre la déglutition pénible, sans que le gosier ou la trachée soient intéressées. Cette affection a cela de particulier , que lorsque la tuméfaction du cou se dissipe, souvent un gonflement pareil a lieu aux mamelles chez les filles, et aux testicules chez les garçons. Vacca-Berlinghieri ( i) a vu un cas singulier dans lequel, outre l'engorgement du testicule , il survint une totale suppression d'urine, de sorte qu'il fallut extraire les

(1) Codice elementare di Medicina pratica, t. i, p. aoo e seg.

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urines avec la sonde, el l'ischuric dura trois jours. Il peut se faire une métastase dans d'autres p irties. Suivant Laghi, elle n'a pas lieu sur les organes de la génération chez les enfans qui n'ont pas atteint l'âge de puberté, ni chez les vieillards. Le même Laghi a vu survenir, sur la fin de la maladie, par l'effet d'une métastase semblable , un vomissement spasmodique considérable , extrêmement douloureux. Le gonflement des parties génitales se résout par degrés comme celui du cou, mais il faut éviter avec soin tout ce qui pourroit de'terminer un nouveau déplacement de cette affection : car elle se porte quelquefois alors ou sur le cerveau, ou sur d'autres viscères également importans.

Les oreillons sont, en général, une maladie bénigne pour laquelle il suffit d'employer des boissons adoucissantes, d'observer un régime doux, mais sévère, de se priver de vin, et d'éviter le froid, et toute cause de répercussion. Ils se manifestent le plus souvent dans l'hiver, le printemps, les saisons froides et humides; on les observe plus fréquemment dans certains pays que dans d'autres II p:iroît qu'on n'y est sujet qu'une fois dans la vie ( i ). La répercussion peut seule en faire une affection dangereuse.

Selle observe qu'il est des personnes qui ont une disposition particulière aux inflnnimations du cou. Chez ces individus, on remarque ordinairement des signes d'une diathèse scrophulense qu'il faut combattre avec le plus grand soin , dans les intervalles,

( i ) J. Christian Reil , délia Conoscenza e cura délia Febbre, part, il , vol. il.

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si l'on veut les préserver de la phthisie pulmonaire, à laquelle cette disposition les entraînerait inévitablement avec le temps (i).

3. U angine maligne, quoi qu'en dise Vogel, a été décrite par Aétius et Aretée de manière à ne pouvoir être méconnue. C'est une maladie épidémique dont le nom indique assez le danger, et chacune de ces épidémies dure plusieurs années. En 1620, elle porta la désolation dans toute l'Italie et l'Espagne. Depuis les années 17^9 jusqu'à 1^5) , elle dévasta la Belgique, la France et l'Angleterre.

Celte affreuse maladie plane sur les populations en automne et au commencement de l'hiver, après un été fort chaud. Une atmosphère chaude et humide en favorise la naissance et les ravages; aussi l'observe-t-on plus fréquemment dans les pays où cet état de l'air est habituel. Arétée dit qu'à raison de cette circonstance , aussi - bien qu'à cause de la qualité des alimens et des boissons, elle étoit trèsfréquente, de son temps, en Egypte et en Syrie. Elle attaque les sujets de tout âge, mais elle sévit de préférence contre les enfans avant l'âge de puberté, pour les deux sexes (2). Lorsqu'elle entre dans une maison , tous les enfans qui s'y trouvent en sont atteints, et les adultes en souffrent plus ou moins. Cette maladie , qui est épidémique , est de plus horriblement contagieuse :

1°. Le plus léger attouchement d'ulcères sordides et gangreneux, qui remplacent promptement des

(1) Selle, Médec. cliniq. , t. 1, p. gi.

(2) Aretsei Cappadocis liv. i, cap. ix, p. i3.

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aphthes malins et d'nne virulence insigne à toute la surface de la bouche, la communique avec rapidité;

2°. La fétidité cadave'reuse de l'haleine est un des signes caractéristiques de cette affection ; et cette haleine du malade suffit pour infecter les personnes qui l'approchent de trop près. Les observations suivantes ne laissent aucun doute à l'égard de ces deux voies de contagion.

Voici celle que Mercatus nous fournit. Un enfant atteint de celle angine , avoit déjà déterminé l'inflammation et la mortification du mamelon et d'une partie de la mamelle de sa nourrice, par le contact de sa bouche et des mucosités empoisonnées dont elle étoit remplie. Les soins qu'on lui donna firent dégorger les parties, et il commença à rejeter une si grande quantité de mucosités gluantes et fétides, qu'on étoit obligé à tout instant de les enlever et de lui laver la boucbe. Mais ces matières étoient d'une telle perversité, d'une âcrelé si active et si contagieuse, que le doigt indicateur, avec lequel son père avoit voulu les ôter, en fut excorié. Ce doigt devint rouge , douloureux , et ce malheureux père ne tarda pas à se plaindre, à son tour, de difficulté d'avaler, de respirer, de douleur et de tumeur au gosier, qui effectivement étoit déjà de couleur obscure. Toutes les glandes du cou se gonflèrent , et la fétidité que manifesta son haleine, ne permit plus de douter qu'il ne fût atteint de la même contagion que son fils (i).

(î)Ludovi. Mercati, Consultationes , consult. 14, p. 1 37 01 i3 9 .

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J. B. Cortesi nous fournit la seconde observation. François Custos, homme célèbre de son temps par son savoir, fut atteint de cette maladie. Il n'y avoil qu'une vive inflammation des tonsilles et de tout le gosier; mais il se plaignoit d'une puanteur insupportable dans la bouche. Custos pria un bachelier qui lui éloit entièrement dévoué , et qui l'assistoit avec la plus grande affection , de s'approcher et de sentir avec le nez s'il exhaloit véritablement cette puanteur, ou si c'étoit un effet de son imagination. Le bachelier approcha effectivement son nez de la bouche du malade, en présence de Cortesi et de plusieurs autres. Peu d'heures après , ce malheureux fut obligé de s'aliter ; pris d'une inflammation de la gorge et des glandes, mais sans autre corruption manifeste des parties; et malgré toute sorte de secours et de soins, il périt au bout de quatre jours. Cependant il n'avoit pas touché le malade , et n'avoit fait que recevoir son haleine par les narines (1).

Le pus corrosif qui découle de la bouche porte quelquefois profondément dans les parties voisines, comme les narines, la trachée-artère et les poumons, l'œsophage et l'estomac, le même genre d'ulcères gangreneux (2). Reil a vu un cas où l'ulcération, se propageant le long de la trompe d'Eustache, pénétra dans le méat auditif interne, s'insinua dans le vestibule, le labyrinthe, les canaux circulaires, le limaçon , et détruisit toute la fabrique de l'oreille

(1) J. B. Cortesius, Miscellaneorum medicinalium décades dence , Messanae , 1614.

(2) J. B. Borsieri, Institut, medic.practic. , vol. m , p. 2Ô5, in-l\°; Pinel, Nasograph. philos. , t. ir, p. 180.

interne (i). Cette angine accompagne quelquefois la peste, comme on l'observa dans la peste d'Athènes (2). Selle distingue une esquinancie maligne qui est sporadique, et qui emporte communément le malade à l'improviste , à raison de la difficulté qu'il y a de reconnoîlre la nature maligne de la fièvre dans son premier période (3).

L'angine maligne est plus funeste aux enfans qu'aux adultes , aux filles qu'aux garçons , aux sujets foibles qu'à ceux qui sont vigoureux. Les individus qu'elle trouve abattus par la crainte ou par des chagrins y succombent le plus souvent. Ses signes caractéristiques sont quelquefois enveloppés par la douceur de plusieurs symptômes, ce qui en impose facilement, surtout à ceux que leurs études ou leurs observations n'ont pas mis dans le cas de réfléchir sur cette maladie (4). Cette angine peut être trèspromptement mortelle. Les yeux , suivant Aélius , sont le véritable thermomètre de l'état du malade : tant qu'ils conservent leur éejat il y a espoir de guérison ; aussitôt qu'ils se ternissent la mort est certaine.

Les soins qui concernent les parens consistent surtout à entretenir la pureté de l'air qui environne le malade, en brûlant fréquemment du vinaigre

( 1 ) J. Christian Reil , délia Conoscenza e cura délia Febbre , part, ii, vol. ii, p. 12.8.

(2) Voyez Thucydide, liv. 11, §. 54, et les beaux vers de Lucrèce, liv. v, vers 1 1 36 et suiv.

(3) Selle, Médec. cllniq. , 1. 1, p. 8g.

(4) Voyez J. B. Borsieri, Institut, medic. praclic. , et l'observation qu'il rapporte, vol. 111, p. a65 e spg.

sur une pelle rougie. Du resle , tenir le sujet changement ; pédiluves chauds ; bains de vapeurs éniollientes an cou; bains même de tout le corps, suivant quelques médecins; vin généreux, bouillons succulens.

La saignée, les purgatifs, même les plus légers, el tous les sels neutres , y sont aussi redoutables que d'atroces poisons.

4- L'angine membraneuse ou polypeuse, qu'on appelle aussi croup (i), règne spécialement dans les contrées froides, dans les pays humides et marécageux , quand la constitution de l'air est catanhale, et elle est très - fréquente sur les bords de la mer , dans l'hiver et le printemps. On prétend qu'elle est endémique dans l'Amérique septentrionale, et qu'elle y devient épidémique toutes les années.

L'aptitude des enfans à cette maladie résulte de leur âge, d'un état pléthorique et d'une disposition marquée aux maladies inflammatoires. C'est clans les neuf premières années qu'ils y sont le plus sujets; ils y sont exposés même jusqu'à douze ans, mais rarement après. Cnllen dit que , passé le temps de l'allaitement , les enfans y sont d'autant plus disposés qu'ils sont plus jeunes. Cependant d l'observa lui-même dans une fille de quatorze ans. Brera rapporte un cas d'angine membraneuse sporadique chez un jeune homme de vingt-sept ans (2) ; et Ghisi dé-

(1) Cette maladie étoit inconnue aux anciens; elle a été observée et décrite pour la première fois vers l'année 1763 , par E. Home.

(2) L. Valer. Brera, Annotazione medico-pratiche , t. il, cap. 1, p. 4».

Clivant la constitution épidémiquede Crémone, poulies années 17/Î7 et 174^ , observe que les adultes n'en furent pns à l'abri , mais que la maladie fut pour eux beaucoup moins grave (1). Les enfans encore frais de la petite-vérole ou de la rougeole , en sont facilement atteints. Elle ne paroît pourtant pas contagieuse; car on trouve rarement deux enfans dans la même maison qui en soient attaqués. Mais elle peut revenir plusieurs fois dans la vie , et c'est une raison de l'avoir encore que de l'avoir déjà eue.

L'enfant, de vif et gai qu'il étoit, devient tout à coup triste et paresseux. Cbaleur brûlante à la peau, lassitude, affaissement, toux légère d'abord, mais bientôt avec un son aigre , semblable à l'aboiement d'un chien on au chant d'un jeune coq. Respiration difficile , fréquente , douleur obtuse dans la trachée ; pouls petit, vite, foible; désordre extrême d ans toutes les fonctions. Cette affection a tantôt une marche continue, tantôt elle a des rémissions ; elle observe quelquefois un type péridioque très -marqué, mais avec des paroxysmes le plus souvent irréguliers pour le moment de leur retour. Il y a ordinairement expectoration de mucosités mêlées de pus , ou de morceaux d'une membrane qui s'engendre dans la trachée-artère et en a la forme tubnleuse. On n'aperçoit quelquefois aucune apparence d'inflammation dans l'intérieur de la gorge, mais on y voit souvent de la rougeur et du gonflement , et l'on y reconnoît même parfois une matière semblable à

(1) Martino Ghisi, Lettere mediche.

celle qui est rejelée par la toux (i ). Dans des cas de péripneumonies très-graves , chez les adultes , il peut se faire , à la surface des bronches , une condensation du mucus et de la lymphe qui y transsudent , au point d'en prendre la forme tubuleuse (2).

Lorsque l'angine polypeuse tend à une heureuse terminaison , la membrane ci - dessus se détache ; elle est expectorée, et dès lors les paroxysmes et la maladie déclinent successivement. Il paroît que c'est dans des cas de cette maladie , ou dans des péripneumonies semblables à celle qu'a vue Dehaen , dont nous venons de citer l'observation , que Galien , Tulpius et plusieurs autres , ont pris cette membrane tubuleuse pour la veine pulmonaire rendue par les crachats (3) , ce qui est impossible. Callisen rapporte l'histoire d'un entant qui chassa,, par les crachats, une excroissance en tout semblable à la trachéeartère et à ses ramifications bronchiales. Elle éloit vide intérieurement (4)- Lorsque la production polypeuse dont nous parlons n'est pas expulsée, la respiration devient toujours plus difficile, plus fréquente et avec un son criard , qui est remarquable , surtout dans l'expiration , et quand le malade parle, tousse, ou éternue. Les symptômes les plus fâcheux s'accumulent dans une progression rapide , et se ler-

(1) Cullen , Médec. praliq. , t. 1, p. 23g.

(a) Dehaen, Ratio tnedend. , vol. I, cap. xvi, dp. Polypo, p. i43 et seq.

(3) Voyez Van-Svrieten, t. iv, p. 27-29.

(4) Acta societat. medic. Hafaicasis , vol. 1, 1 77 1, cité par Reïl, délia Febbre , part. 11, vol. 11.

minent par une mort qui est lente et insensible , ou subite et au milieu des convulsions.

Quelquefois, au lieu d'une membrane polypeuse, il se forme dans la trachée une quantité considérable de sérosité purulente qui tombe dans les poumons et les remplit. Plus souvent encore l'inflammation de la trachée se propage aux poumons, et, dans ce cas où le danger s'accroît dans les mêmes proportions que l'étendue de la maladie , les signes de l'angine trachéale sont combinés à ceux de la péripneumonie (r). Suivant Darwin , il est rare que la phlogose de la trachée ne se prolonge pas plus ou moins à l'organe pulmonaire (2).

Il est des cas où, sans cause manifeste, et sans expectoration de la matière qui obstrue les bronches et la trachée , le malade éprouve tout à coup un soulagement très- considérable : la respiration devient presque naturelle; il peut se lever du lit, promener; mais après quelque temps de ces douces et trompeuses apparences, et lorsqu'on s'y attend le moins, il est saisi d'un paroxysme si violent, qu'une mort subite enlève l'enfant qui naguères jouait gaîment et avoit mangé avec appétit (3).

Chez quelques sujets, il survient une tuméfaction considérable, inflammatoire, douleurs des glandes parotides, maxillaires et jugulaires, laquelle se dissipe au bout de quelque temps par une douce réso-

(1) J. P. Frank, de Curand. homin. morbis Epitomc , t. H, p. 116 ; edit. Venet.

(3) Darwin , Zoonomia , t. iv, p. 2q6.

(3) J. B. Borsieri , Institut, medic. practic. , vol. III, p. 278; et Rosen, Maladies des Enfans, p. 43i •

lution ; ou qui dispnroît tout à coup et se porte aux mamelles chez les femmes, et aux testicules chez les hommes. D'autres fois, une tuméfaction œdémateuse forme un collier autour du cou , gène plus ou moins la déglutition et la mastication , et s'étend successivement du menton à la poitrine, avec les dangers d'une imminente suffocation ( i).

Cette maladie finit rarement par gangrène, parce qu'elle détermine communément, auparavant, la suffocation et la mort. Reil en a vu cependant deux exemples : dans l'un , la gangrène étoit née autour de la glotte; dans l'autre, elle s'éloit établie et étendue le long de la membrane qui revêt la surface interne de la trachée (2).

Elle se termine plus souvent par suppuration , et l'abcès se forme alors ou dans la cavité du larynx , ou dans les ramifications de la trachée.

L'angine polypeuse peut avoir aussi la solution suivante : la membrane qui s'engendre dans ces circonstances , contracte adhérence avec la membrane naturelle qui tapisse la trachée , y prend une certaine organisation, et la cavité trachéale se trouve pour toujours rétrécie (3).

Enfin le croup est une complication assez fréquente de la petite-vérole maligne épidémique, comme Reil l'a observé (4).

(1) J. P. Frank, de Curand. homin. rnorbis Epilome , t. 11, p. 1 18 et seq.

(2) Reil , délia Conoscenza e cura délia Febbre , part, il, vol. ji , p. 200.

(3J .T. P. Frank j Oper. et volum. citât.

^4) Reil , opéra citata , part. 11 , -vol. 11 , p. 206.

Nous écartons l'examen de toute question étrangère aux considérations qui , pour un chef de famille , déterminent la mesure de ses espérances et la règle de sa conduite.

i°. Le phénomène particulier à cette maladie, c'est la formation assez ordinaire d'une membrane luisante contre nature à la surface de la trachée-artère. Cette membrane n'existe pas dans le principe; elle ne se trouve pas même toujours après la mort : elle est, non la cause, mais l'effet de la maladie. Ainsi son expulsion spontanée par les crachats, qui est ordinairement le gage d'une guérison prochaine, parce qu'elle dérive de la diminution de la maladie et de la réaction des organes, peut ne l'être pas si cette expulsion a lieu, comme cela arrive quelquefois , au milieu de la gravité toujours croissante de cette angine.

Il s'ensuit également de tout ceci, que la section de la trachée (trachéotomie), faite dans la vue d'extraire celte membrane, outre les dangers immédiatement attachés à cette opération, est d'abord souvent sans utilité : ainsi l'ont trouvée Rush et Cullen qui n'ont pu découvrir aucun vestige de cette membrane; de plus elle est nuisible , puisqu'il en résulte nécessairement un accroissement de l'inflammation de la trachée dont cette membrane est le produit. Cette opération ne doit donc être employée, ainsi que le pense Frank, que comme une dernière ressource, mais douteuse, contre la suffocation (i). Ces principes sont incontestablement de règle géné-

(1) J. P. Frank, de Curand, homin. morbis , t. 11, p. 1 3 1 .

raie. Nous ne devons pourtant pas dissimuler quelle admet quelques exceptions. On peut consulter avf'C avantage , dansBorsieri , une observation qui lui fut communiquée par le docteur Localelli de Milan. On y voit le procédé par lequel un chirurgien anglais fit celte opération devant ce dernier médecin , ainsi que le succès prompt et signalé dont elle fut couronnée (i).

2 . Il est plus important qu'il n'est aisé de bien saisir les caractères dislinctifs de l'angine membraneuse, et de ne pas la confondre avec l'oppression de poitrine, avec la toux convulsive et avec l'angine maligne. La justesse du diagnostic tire à d'autant plus de conséquence, que l'angine membraneuse a quelques traits de ressemblance avec ces maladies, dont elle ne partage pas les moyens curatifs. En effet, elle a pour elle, suivant Girtanner, une méthode de traitement qui lui est propre, et qui y est aussi spécifique et aussi sûre que le quinquina l'est contre les fièvres intermittentes : c'est le mercure doux. Voilà pourquoi cet auleur regarde , dans cette affection , le choix à temps d'un bon médecin , comme le plus juste motif d'un pronostic favorable. Mais Bréra a analysé les diverses méthodes exclusives que certains auteurs ont cru devoir adopter dans cette maladie : telles que la saignée par Michael, Alexander et autres; le mercure doux par Bard, Thilenius, Hahn, Girtanner; l'inspiration des vapeurs d'éther sulfurique par Pinel , Pearson ; le sulfure de potasse enfin par d'autres, etc. Le pro-

(i) J. B. Borsieri, Institut, medic. pract. , vol. ni , p. -85.

fesseur de Padoue établit , je crois avec raison , que le choix de ces méthodes doit être dirigé d'après la nature de la fièvre, et les dispositions du sujet. Il semble fondé à dire, de la méthode de M. Pinel, en particulier, qu'elle n'agit point sur la maladie, mais seulement sur ses produits (i).

5. Oppression de poitrine ou angine trachéale sp asmodique. On observe surtout celte maladie dans les pays humides et froids, et sous un climat inconstant. Elle y attaque de préférence les enfans des pauvres, qui vivent d'alimens malsains, depuis l'âge d'un an jusqu'à celui de treize , et toujours quelque temps après le sevrage. Les adultes et les enfans à la mamelle en sont exempts. Nous croyons utile de donner la description de cette maladie, pour que les parens sachent la reconnoître à temps; car elle exige de prompts remèdes : un traitement lardit n'offre aucune ressource.

Cette espèce d'angine se manifeste tout à coup , quelquefois de jour, mais le plus souvent de nuit. L'enfant se couche le soir avec toutes les apparences de la santé. Deux heures après , il s'éveille subitement, saute du lit, et se jette tout épouvanté dans les bras des assistans. Sa face est rouge et gonflée, d'autres fois elle est jaune et pâle. La poitrine est oppressée , la respiration est difficile , gênée , fréquente et avec un râlement qu'on peut entendre d'une certaine distance. S'il ne survient pas des rots, des éternuemens, de la toux , ou même le vomisse-

(1) L. V. Brera, Annotaz. medico-praliche , t. 11, p. 45, à la note.

ment, la suffocation va toujours croissant, et le malade meurt dans le paroxysme. Si, la nature ou l'art venant à son secours , il y résiste , il se rendort tranquillement, il respire sans difficulté, comme auparavant, et paroît sain jusqu'à la nuit suivante, où, à la même heure et souvent un peu avant, paroît le second paroxysme ordinairement plus fort que le premier.

La moindre chose effraye l'enfant; il pleure plus qu'à l'ordinaire; l'urine coule en petite quantité, et souvent avec quelque difficulté; elle est aqueuse et pâle. Le ventre est constipé; l'estomac et les intestins sont gonflés d'air; la respiration est pénible; le pouls est quelquefois naturel; plus souvent il est petit, vile, convulsif. A tous ces accidens se joignent quelquefois un délire triste, les soubresauts des tendons, un rire involontaire ou des pleurs, et autres symptômes nerveux. Tel est le premier stade de la maladie, qui dure deux, quatre, huit et même dix jours. Si dans cet intervalle, on n'emploie pas les remèdes convenables, la maladie passe à son second période, et le temps qu'il /allait saisir pour guérir est perdu.

Dans le deuxième stade les paroxysmes deviennent plus fréquens et plus intenses; l'oppression de poitrine est continue, la voix est rauque, la respiration est douloureuse, accompagnée d'un bruit aigre qu'on entend à une grande distance , et à chaque inspiration les épaules s'élèvent; le pouls est intermittent , extrêmement petit et fréquent ; l'estomac et le bas-ventre se gonflent ; une sueur copieuse couvre la tête ; le front et la poitrine ; les pieds et les mains

SUR LES MALADIES DES ENFANS. Iq3

deviennent froids; la face prend l'aspect cadavéreux ; les yeux s'enfoncent; les lèvres, la langue , le gosier sont secs et s'attachent ensemble ; la soif est brûlante, et cependant le malade ne peut pas boire, parce que chaque tentative qu'il fait pour avaler est accompagnée du péril d'une suffocation subite. Au milieu de ces affreuses angoisses , il survient de violentes convulsions qui mettent fin à cette scène désolante et à la vie du sujet.

L'angine trachéale convulsive est d'autant plus dangereuse que l'enfant est plus jeune et plus faible. Elle a une très-grande ressemblance avec la coqueluche dans son second période. Elle est guérissable dans son premier stade, passé lequel elle est audessus de tous nos moyens. Mais elle parcourt quelquefois son premier temps avec beaucoup de rapidité. Les bains et les pédiluves chauds y sont trèsutiles. Millar est un de ceux qui ont le mieux traité de cette maladie et en ont le plus parfaitement saisi le plan thérapeutique. On peut voir aussi dans Bardiez ( 1 ) les principes fondamentaux de la méthode qui convient en général aux affections spasmodiques ou convulsives de l'organe pulmonaire. Ces mêmes principes s'accordent parfaitement avec le traitement que Millar a reconnu être le plus utile dans l'oppression de poitrine.

6. La coquelucheou toux convulsive, toux ferme, etc., étoit une maladie entièrement inconnue aux anciens. Elle se manifesta , pour la première fois , en France ,

(l) Traité des Maladies goutteuses , t. h, p. 38g et suiv.

en 1 4 T 4 • F- Valeriola dit qu'elle y prit pied en 1570, et Baillou la range au nombre des maladies qui régnèrent en i5y8. Celle maladie a depuis éclaté plusieurs fois en Europe, précipitant, toutes les fois, des milliers d'en fans dans la tombe. La coqueluche présente trois périodes :

i°, Dans le premier, elle se montre sous la forme d'un catarrhe simple ou d'une fièvre de rhume. Ce premier période dure deux ou trois semaines plus ou moins.

2 . On ne peut plus méconnoître la toux convulsive , quand elle est passée à son deuxième stade. Ce qui la caractérise essentiellement, c'est une inspiration sonore, à laquelle succède une toux qui continue jusqu'à ce qu'il y ait expectoration d'un mucus épais, légèrement bleuâtre, le plus souvent suivie de vomissement. L'une ou l'autre de ces évacuations met fin à l'accès, et l'enfant reste libre de toux et d'expectoration durant un intervalle dont la longueur varie. Pendant l'accès , gonflement des veines , palpitations de cœur , impétuosité et vélocité extrêmes du pouls, douleurdc tête; gonflement et lividité delà face; les lèvres et les ongles deviennent bleuâtres, les yeux sortent de la tête; le malade est pris de tremblemens; le sang jaillit quelquefois tout à coup des narines, d'autres fois le sujet tombe en syncope ou dans les convulsions; évacuation involontaire des urines et des; matières alvines. Les paroxysmes sont d'abord plus ou moins violens. Quelquefois la fréquence de la respiration continue quelque temps, et les enfanssont abattus; d'autres fois ils reprennent leurs jeux im média-

SUR LES MALADIES DES ENEANS. Iq5

tcment après; si l'accès finit par le vomissement, ils sont ensuite d'une grande voracité.

Les accès n'observent aucun période déterminé : ils viennent tantôt de jour, tantôt de nuit; mais la toux s'aggrave de jour en jour. Leur nombre varie aussi dans un temps donné. Avant l'accès, l'enfant sent dans la trachée une espèce de prurit : il reconnoît à ce signe qu'il entre dans le paroxysme, il embrasse alors son cou avec les deux mains, il le serre , il se fixe , de toutes ses forces, à tout ce qu'il trouve de stable , et tousse.

Ce second stade peut continuer de quatre à douze semaines, et même quelquefois un an. La toux est si violente, dans ce temps de la maladie, qu'il se forme souvent des hernies et que les femmes enceintes avortent. Lancisi dit avoir vu des sujets affectés de toux férine mourir subitement dans l'accès (i). Dans la violence de la toux convulsive , les intestins se crevèrent, au rapport d'un médecin que Van-Swiéten cite comme digne de foi. Hoffmann rapporte le cas d'une vertèbre rompue dans son corps par la véhémence des efforts de la toux (2). Du reste si l'on ne guérit pas la coqueluche dans le cours de son second période, elle passe au troisième ou période des convulsions.

Dans ce troisième temps de la toux convulsive, il se déclare une violente fièvre nerveuse ou maligne, avec total abattement des forces et les plus fâcheux

(l)Jo. Mar. Lancisi, Opéra varia ; de subilaneis Mortibus, lib. 1 , cap. xvni.

(2) Van-Swielen , Comment, in Boerh. , Jpkor., t. iv, p. 90.

I g6 ESSAI

symptômes. Au milieu de ses progrès de jour en jour croissans, les paroxysmes deviennent plus fréquens et plus affreux par la véhémence des mouvemens convulsifs, et le désordre de toute l'économie. L'enfant s'égratigne la face, les parties génitales, cherche à s'arracher les ongles et les cheveux; il perd l'appétit, le sommeil; il devient tout-à-fait insensible et succombe enfin dans les convulsions. Ce troisième période dure deux ou trois semaines.

La face du cadavre est ordinairement toute égratignée. Il n'est pas rare, après la mort, que le corps se couvre de poux, quoique auparavant on n'en eût pas observé sur le malade , ni sur les personnes qui cohabitoient avec lui.

Stoll a remarqué, avec le talent d'un grand observateur, que dans cette maladie, le système gastrique est fortement affecté , et que le malade éprouve à l'orifice supérieur de l'estomac le pressentiment de l'approche de l'accès. Il a reconnu qu'elle étoit surtout singulièrement assujettie au génie de l'épidémie régnante. Mais il a poussé beaucoup trop loin ses idées favorites, lorsqu'il a nié la propriété contagieuse de la coqueluche; quand il n'a considéré que ses complications accidentelles d'inflammation, d'embarras gastrique bilieux ou pituiteux, et n'a point voulu y voir une maladie de son genre particulier, ayant son type et ses tendances déterminées. Quand un si grand homme se laisse égarer, à ce point, à des conséquences outrées de ses succès, que l'on doit être modeste (i)!

(i)M. Stoll, Méd.prat. y t. n, p. 167-173; trad.deMahon.

On n'a la coqueluche qu'une fois darft la vie, mais quand on ne l'a jamais eue, on y est toujours sujet. Sa cause consiste dans un venin contagieux , qui paroît analogue au miasme des marais qui engendre les fièvres intermittentes. A cet égard, il importe aux parens de savoir qu'on peut recevoir la maladie par l'entremise d'un individu qui a communiqué avec le malade. Rosen dit l'avoir portée lui-même involontairement d'une maison dans une autre. On peut apprécier d'après cela , combien il faut apporter de soin pour empêcher les enfans de fréquenter ceux qui sont atteints de touxconvulsive, ainsi que les personnes qui cohabitent avec eux ou qui les soignent.

Cette maladie , avons-nous dit , est facile à confondre, dans le principe, avec un simple rhume. Mais si la coqueluche règne d'une manière épidémique , on peut la soupçonner dans le sujet qui semble n'être qu'enrhumé , et l'on doit se prémunir contre elle. Toutes les précautions pour la prévenir sont d'autant plus importantes, que les enfans à la mamelle , ceux d'un an qui font les dents, ceux qui n'ont pas encore fait les dents œillères (1) , en souffrent considérablement et y succombent même le plus souvent ; qu'elle est presque toujours fatale aux sujets tendres qui proviennent de parens phthisiques ; aux personnes faibles et entièrement épuisées; qu'elle se change quelquefois en phthisie chez les adultes; qu'elle est fréquemment mortelle enfin par son association à la rougeole, à la fièvre lente

(1) J. B. Borsieri, Instit. medic. pract. , vol. iv, p. 6, in-^.

jg8 essai

nerveuse, et surtout à la péripneumonie. Suivant Rosen , le dépouillement des registres mortuaires a prouvé que, dans les années les plus douces, elle enlevoit deux mille enfans par an en Suède. Elle s'exerce avec plus de fureur sur les filles que sur les enfans mâles. Quant à la complication de la toux convulsive avec la péripneumonie, elle n'est pas rare, et c'est une des plus fâcheuses quand elle n'est pas convenablement appréciée et combattue. En effet, lorsque la difficulté de respirer se maintient entre les paroxysmes , le malade meurt de l'inflammation des poumons en trois ou quatre jours, si on ne recourt promptementaux secours appropriés (i). Celte maladie précède quelquefois la rougeole et la petite-vérole (2).

Notre plan ne comporte pas d'entrer dans des considérations de traitement. C'est au médecin qu'on appelle à déterminer les circonstances et les époques de la maladie où des méthodes très-différentes, telles que la saignée, les évacuans, les toniques, les anti-spasniodiques, et même certains poisons végétaux, peuvent trouver une juste application.

Quant aux soins de détail qui sont de la compétence des parens, la plupart varient suivant les cas, et doivent encore être réglés par le médecin. Voici ceux qui sont généralement de mise : diète rafraîchissante surtout dans le premier période; point de nourriture animale, atmosphère pure et sèche.

Dans le deuxième période , les indications clian-

(1) Darwin , Zoonomia , t. iv , p. 2q6 et 355, trad. ital. {2) Borsieri , Institut, medic. pract., vol. iv, p. 3, in-l±.

gent communément : nourriture plus abondante ; viandes de jeunes animaux , tendres et faciles à digérer; point d'alimens trop gras; observer surtout que rien n'aggraVe plus cette maladie que la surcharge de l'estomac. Ce sont, dit Selle, les enfans trop ou mal nourris qui en sont le plus facilement attaqués (i). Prendre tous les soins possibles pour empêcher l'enfant de se refroidir et de s'enrhumer. Dans le paroxysme lui tenir la tête et les épaules hautes ; veiller sur lui nuit et jour, pour venir à son secours quand l'accès le prend, et l'aider enfin dans la position qui lui paroît la plus commode et qu'il tend à prendre de lui-même ; avoir sohi , avec le doigt, ou avec un morceau de baleine fait en arc, de lui tirer les mucosités épaisses qui s'accumulent dans sa bouche et qui pourroient l'étouffer; se bien garder, surtout dans les quintes de toux, de lui fermer la bouche avec un mouchoir : il pourroil en résulter une suffocation immédiate , et cela est arrivé plus d'une fois (2). On expose l'enfant aux suites les plus funestes, si, pour le guérir de la coqueluche, on cherche à lui causer une peur violente et soudaine. Je ne parle de ce moyen que pour détourner de son emploi , quoiqu'il ait produit quelques guérisons qu'on eût pu obtenir aussi facilement par des procédés moins périlleux.

La coqueluche ayant duré long-temps, elle se maintient quelquefois par une sorte d'habitude. Le changement de pays est alors un excellent remède.

(1) Selle , Médec. cliniq., t. 11 , p. 125.

(2) Darwin, Zoonomia , t. iv, p. 358.

Des enfans en ont été délivrés au bout de deux ou trois jours , pour avoir été transportés de la ville à la campagne ou de la campagne à la ville. Rush a surtout insisté sur ce changement de domicile , pour rendre la guérison plus prompte et plus sûre. Quand on transporte le malade à la campagne , il faut avoir égard aux circonstances suivantes qu'indique Oribase pour reconnoître la salubrité de l'air : savoir, si les feuilles des plantes y sont bien colorées et d'un beau vert; si les fruits ont une odeur agréable, mûrissent bien et promptement; si les animaux y naissentsains et vigoureux , s'ils y prospèrent et sont généralement d'une couleur vive (i).

La toux convulsive ayant cessé, elle est susceptible de revenir , même avec plus de violence , au bout de quelques semaines et même de quelques mois. Celle qui a été guérie en automne revient facilement au printemps suivant, comme Morris l'a observé. De là dérive la nécessité d'insister, pendant un certain temps après la guérison, sur les moyens par lesquels on l'a obtenue.

7. Douleurs d'estomac. C'est encore une des maladies les plus dangereuses des enfans. Elle attaque ceux qui sont au-dessous de l'âge de sept ans. Douleurs aiguës à la région de l'estomac, qui redoublent tous les quarts d'heure. L'enfant souffre horriblement, il pleure, il contracte ses membres et porte continuellement les mains au siège de la douleur. Si on n'y remédie promptement, il succombe, et l'on

(1) Oribas , lib. ix , Collect. Oper. medic.

trouve, à l'ouverture du cadavre, l'estomac et les intestins enflammés.

Abondantes boissons acidulés, tenir le ventre libre avec des lavemens. Les secours plus énergiques que ce cas exige encore, ne peuvent être sûrement administrés et dirigés que par une main habile.

Stoll fournit un exemple très-grave de celte inflammation, où l'on voit à quels regrets s'exposent les parens par une médecine de commérage qui éloigne des secours éclairés jusqu'au moment où ils ne peuvent plus être qu'impuissans. On trouva l'estomac et les intestins non-seulement enflammés , mais gangrenés en partie , et les taches gangreneuses donnoient à l'estomac l'aspect moucheté d'une peau de tigre. La victime de celle maladie fut une fille de cinq ans d'ailleurs très-sujette aux vers. La maladie se masqua , dans les premiers temps, sous les apparences d'une fièvre intermittente. On lit encore une observation analogue à celle-ci dans le même volume ; et l'histoire de la douzième ouverture de cadavres décrite par cet auteur, démontre que cette inflammation est quelquefois de nature septique ou putride dans les adultes (i). '

Si l'inflammation de l'estomac (gastrite) est une maladie très-grave par elle-même quand elle se montre avec les traits qui la distinguent , elle est

(l) Voyez, dans le premier volume de la Médecine pratique de Stoll , la huitième ouverture , p. 182 et suiv. ; les Extraits des Registres de l'hôpital de la Très-Sainte-Trinité , p. 2j5 , et la douzième ouverture, p. 2o3 et suiv.

peut-être plus redoutable encore quand elle marche sourdement, avec douleur très-légère ou même sans douleur, sans vomissemens ni nausées, sans fièvre, enfin avec une telle absence ou , au moins, une telle obscurité des signes qui peuvent la faire reconnoitre, que l'on reste à cet égard dans une sécurité singulièrement funeste. On comprend de quel prix peut être la sagacité extrême d'un médecin déjà prévenu sur ces cas par des faits de même genre que les observateurs ont déposés dans les annales de l'art. Dehaen a consigné dans ses écrits deux exemples de celle gastrite latente ; Stoll nous en fournit également; et, avant ces grands hommes , Valsalva et Morgagni avoient éclairé les médecins, par leurs observations , sur ces cas de pratique aussi obscurs que dangereux (i).

Dans les diverses hypothèses ci -dessus, les douleurs d'estomac (cardialgies) dépendent de l'inflammation de ce viscère. Les boissons acidulés qui y conviennent ajouteroient , au contraire, à la cause du mal dans l'espèce suivante qui n'est pas moins grave. Une surabondance de sucs acides détermine souvent la colique d'estomac. De cette nature est la colique du Poitou , proprement dite , et celle de Devonshire , qui sont produites , l'une par les vins aigres, et l'autre par le vieux cidre qui a tourné. Ces coliques diffèrent beaucoup de la colique mé-

(1) Dehaen , Ratio medend. , vol. iv , cap. i , sistens analomicas aliquot sectiones , §. 4, et cap. 11, §. 6; Stoll, Mèdec. pratiq. , t. 1, p. 245, dix-neuvième ouverture; Morgagni, Epist. sllx, $. 14.

tallique qui résulte de la litharge dont on charge les vins aigres pour les adoucir , et de l'action des particules de plomb sur les voies intestinales. Au reste, les douleurs violentes, déterminées par l'action vive des sucs gastriques sur l'estomac , sont un salutaire avertissement d'y porter promptement remède. Ces sucs n'étant pas suffisamment absorbés par les alimens , et séjournant dans le bas-fond du ventricule , ont quelquefois assez d'énergie pour attaquer ses tuniques, les amincir et même percer entièrement ce viscère. Les matières qu'il contenoit, épanchées dans l'abdomen , peuvent même dissoudre en partie les organes voisins. Les cas d'une dissolution aussi active , qui sont à la vérité très- rares , se sont présentés chez des personnes mortes subitement , et jouissant jusqu'à ce moment , en apparence , d'une bonne santé (i).

Il y a une cardialgie spasmodique, déterminée par une mauvaise nourriture, que l'on appelle Pirosis ou fer chaud des Suédois , parce que Linné l'a surtout observée en Laponie et en Suède , mais que d'ailleurs on trouve dans tous les pays. Elle attaque, en général , les individus qui se trouvent entre l'âge de puberté et le moyen âge; plus fréquemment les femmes que les hommes; plus souvent les filles que les femmes mariées ; et, parmi celles-ci encore, elle atteint de préférence celles qui n'ont point d'en fans. A ce genre appartient la colique d'estomac, qui a lieu par le refroidissement subit de ce viscère, lorsqu'on boit une quantité considérable d'eau glacée ,

( i) Baillie , Anatomic palhol. , chap. vm , sect. v.

le corps étant considérablement échauffé. On ne peut dire combien de nos braves soldats ont succombé à ce mal , fruit ordinaire de l'imprudence. On en voit les accidens terribles et les suites funestes, ainsi que le vrai traitement qui y convient, dans les discours que Solengbi a ajoutés à la traduction du Traitéde J. Bell sur les plaies(i). Le pain très-chaud peut produire aussi de violentes douleurs d'estomac.

On observe , presque tous les jours , des douleurs d'estomac déterminées par les causes suivantes : des alimens ou des remèdes acres , les vers , une saburre bilieuse, des flatuosités, surtout chez les enfans ; la répercussion d'exanthèmes aigus ou chroniques ; la suppression de la sueur des pieds ou d'autres évacuations, une métastase goutteuse, etc.

Il y a des exemples de cardialgies opiniâtres chez les adultes , par des calculs plus ou moins nombreux, réunis ou formés dans l'estomac (a).

L'observation a fait reconnoître une colique traumatique, qui résulte d'une chute ou d'un coup violent porté sur la colonne vertébrale , et qui a lésé les nerfs de la moelle épinière qui vont se distribuer aux intestins.

A moins de vouloir entreprendre un traité sur ce sujet , je ne puis entrer dans l'énumération de tous les cas de cardialgie que les praticiens ont observés. C'est assez , je crois , de signaler quelques points

(i) Discorsi di Giovan. Bell, sulle Ferite, vol. il, p. 201 e seg.

(2) Chopart, Maladies des Foies urinaires , t. 1, part, il, p. lo3 et suiv.

principaux , pour faire comprendre à quel fonds de connoissances est le plus souvent subordonné , dans ces affections, le privilège d'être véritablement utile.

Exanthèmes fébriles ou aigus.

8. Petite-vérole. C'est une disposition bien étrange de l'esprit Immain, que celle en vertu de laquelle il conçoit , s'attache à certaines préventions et en fait un objet de culte ou de fanatisme , à mesure qu'elles soutiennent moins l'examen de la raison, et qu'elles se lient à des conséquences plus désastreuses pour l'individu et la société. De ce genre sont celles qui entravent la propagation de la vaccine, et qui font qu'on trouve par conséquent, même aujourd'hui , dans les campagnes et dans les villes , une foule d'enfans varioleux. Non-seulement les enfans atteints de cette contagion ne sont pas isolés, placés hors de toute communication , ainsi que les personnes qui les soignent,- mais à l'époque du dessèchement des pustules, c'est-à-dire lorsqu'elles sont le plus contagieuses, on les laisse sortir dans les rues, et jouer librement avec les amis de leur âge (i). Ceux-ci

( i ) Cette liberté qu'on laisse à l'individu atteint de la petitevérole, lui est sans doute très-utile, mais elle compromet singulièrement la santé publique. Tout sujet attaqué de cette maladie devroit , aussitôt qu'elle se déclare , être relégué dans une campagne isolée , où il n'auroit de communication qu'avec ses parens. La maladie étant finie , ses vêtemens et ceux des personnes qui l'ont soigné devroient être soumis aux purifications les plus exactes par les vapeurs acides. Les mêmes précautions sont applicables aux sujets inoculés.

2oC> ESSAI

contractent ainsi la maladie, ou la portent, avec leurs habits chargés de miasmes , an sein de leurs familles , au milieu des écoles destinées à la première instruction, et dans les quartiers les plus éloignés. La répression des désordres, en matière de police médicale, ne me concerne point; il est de mon ressort de les indiquer; mais je trouve plus doux de contribuer à les prévenir,- en éclairant les pères et les mères sur les motifs nombreux qui doivent les engager à préserver leurs rejetons d'une des contagions les plus redoutables par la méthode si simple et si douce de la vaccination. « S'il n'y avoil , dit » Selle en parlant de l'inoculation, ni épidémie de » petite - vérole maligne , ni mauvais médecins, ni «mauvais traitemens, ni pratiques absurdes de la » part des assistans , on feroit mieux d'attendre la » petite-vérole. » Tout en montrant, en faveur de la variole naturelle, un préjugé dont on n'a eu que de t/op bons motifs de se désabuser, Selle n'en pouvoit mieux recommander tous les préservatifs, qu'en exigeant , pour son issue avantageuse, des conditions aussi nombreuses et aussi difficiles à remplir.

Il n'y a pas de description exacte de la petitevérole avant les médecins arabes , surtout avant Rhazès , dont le traité sur cette maladie ne laisse presque rien à désirer. Elle fut apportée , du fond de l'Arabie en Espagne, en Europe, par les Sarrasins, vers la fin duonzièmeet le commencement du douzième siècle. 11 en est qui pensent que les Sarrasins eux-mêmes , lorsqu'ils pénétrèrent en Ethiopie , vers la fin du sixième siècle, en rapportèrent la petite-vérole, qui étoit confinée dans ces contrées reculées , ainsi que la

lèpre et la peste. Du reste , Rhazès pcnsoit que Galien avoit connu la petite -vérole. Il cite plusieurs passages où cette maladie paroît assez indiquée, et il soupçonne que les traités oiiGalien en parloit plus amplement pouvoient avoir été perdus (i).

Les dangers attachés à l'infection varioleuse sont tels qu'elle emporte le dixième des individus qu'elle atteint , lors même qu'elle est bénigne. Ainsi , dans les conjonctures les plus favorables, elle va de pair avec les épidémies les plus meurtrières. Il est bien vrai que les dangers de la petite-vérole, et le cortège hideux des infirmités qui la suivent si souvent, tiennent surtout aux circonstances désavantageuses dans lesquelles elle surprend l'individu ; mais la plupart de ces circonstances sont tout-à-fait hors de notre pouvoir , ou elles ne sauraient être éloignées quand la petite-vérole se déclare , et elles sont si nombreuses qu'il est presque impossible qu'une personne en soit attaquée si à propos , qu'elle n'ait pas les plus grands maux à craindre.

i°. On observe que celte maladie, plus qu'aucune autre , a le pouvoir de porter tout de suite au développement le plus dangereux tous les germes fâcheux que chaque individu peut avoir en soi. Telle disposition morbifique qui ne menaçoit nullement la vie, qui auroit pu rester assoupie jusqu'à la dernière vieillesse , ou s'éteindre par l'énergie des mouvemens organiques, reçoit de la petite - vérole une exaspération qui a les plus sinistres résultats. C'est

( i ) Vid. Rhazès , cap. i , p. 2 1 7 et seq. , t. vu , Princip.arlis med. , Haller, *>j-8.

ao8 essai

ainsi que les e'crouelles , la phlliisie pulmonaire, le rachitis , l'épilepsie et plusieurs autres maladies, font, à la suite de l'effervescence varioleuse, une explosion dont elle est la cause déterminante, et qui n'auroit peut-être jamais eu lieu sans elle. Nous ne dissimulerons pas que la petite-vérole fait quelquefois crise par rapport à ces mêmes maladies , et les dissipe pour toujours. Mais ce sont de ces cas heureux qu'on doit considérer comme les services qu'un ennemi rend à son insu , et qui ne font pas qu'on ne doive se défier de ses pièges et de ses coups. En général , au contraire , cette maladie contracte les caractères les plus fâcheux à raison de toutes les dispositions vicieuses de la constitution. Ainsi elle sévit, avec encore plus de violence, contre les cachectiques, les goutteux , les rhumaliques, et les enfans qui ont des vers.

Les enfans des pauvres , à cause de la mauvaise nourriture , de la malpropreté , de l'insalubrité de l'air et de l'humidité de leurs demeures , ont une tendance plus ou moins prononcée à l'étal scorbutique. Avec une telle disposition, la petite-vérole est presque toujoursmaligne, pétéchiale, umbiliforme, c'est-à-dire, se présente sous les formes et avec les accidensles plus redoutables , et emporte ordinairement sa victime. Il est aisé d'imaginer comment elle doit finir chez un sujet qu'elle trouve en proie à une fièvre pétéchiale, pourprée, miliaire, ou atteint de dévoiement ou de dyssenteiie. La gale même semble augmenter le nombre des pustules varioleuses.

1°. Non -seulement la petite - vérole s'aigrit par toutes les maladies préexistantes qu'elle rencontre

dans l'individu , mais encore par une foule de circonstances d'organisation. Les corps maigres, bilieux, chauds, secs, dit Rhazès, sont plus exposés à la rougeole qu'à la variole; mais si celle-ci les atteint, elle est de mauvais caractère (t). Chez les sujets très-vigoureux, chez les pléthoriques , chez ceux qui ont une sensibilité et une irritabilité excessives , ou dont la peau a une densité extrême , cet exanthème se développe avec une violence formidable ; si la peau , au contraire , est trop lâche , si le système est affoibli , la nature n'a pas des forces suffisantes pour l'expulsion du venin varioleux ; si le sujet est riche en sucs graisseux , la suppuration fait les plus grands ravages à la peau , et le propage quelquefois très-profondément dans tous les prolongemens du tissu cellulaire adipeux (2).

3°. D'après tout ce qui précède , on ne doit pas s'étonner si la petite -vérole confluente , maligne, etc. , semble être quelquefois héréditaire (3).

4°. L'épidémie varioleuse la plus douce prend un caractère malin, si la constitution de l'air devient catarrhale. Elle est d'autant plus à craindre aussi que la saison est plus chaude.

5°. Si la variole survient pendant la dentition, l'enfant résiste difficilement à la gravité que ces deux

(1) Rhazes, cap. n, t. vu, p. 223, Princip. artis medic. , Haller , in-8.

(2) J. B. Borsieri, Institut, medic. pract. , vol. 11, p. 121, i/2-4; J. P. Frank, de Curand. homin. morbis , t. m> p. 196 et seq. , in- 1 2 , edit. Venet.

(3) Girtanner, Morbi dei Bambini.

affections reçoivent l'une de l'autre. En effet, chez les enfans qui gagnent la petite-vérole dans l'imminence de la dentition , l'éruption se fait communément avec des accès épileptiques qui son t très-souvent mortels. Elle est également funeste aux enfans nés depuis peu. Elle maltraite tellement ceux qui n'ont pas atteint l'âge de deux ans , que l'inoculation même est redoutable pour eux. Il résulte, en effet , des registres d'inoculation qui étoient tenus à Paris , à Londres et à Vienne , que , sur mille enfans inoculés avant deux ans, il en mouroit trois cent cinquante (i). On voit combien , seulement sons ce rapport , la vaccine présente d'avantages. L'âge le plus favorable pour la petite-vérole , est celui de !\ à \[\ ans ; mais elle est fort à craindre aux approcbes de la puberté dans les deux sexes , et surtout chez les fdles , à l'époque de la première menstruation (2), de même que chez les femmes , à celle de la cessation des règles.

6°. Quelle que soit la sévérité de la petite-vérole envers l'enfance , on sait qu'elle sévit avec encore plus de fureur contre les adultes , et à mesure qu'ils sont plus avancés en âge. Rhazès croyoit que l'aptitude à cette maladie s'éteint dans la proportion du nombre des années, et que les vieillards ne peuvent en être attaqués que par la puissance d'un air pesti-

(1) Kirkpatrich , sur l'Inoculation , cité par Darwin , Zoonomia, t. iv , p. 365.

(2) Borsieri , Institut, medic.practic. , vol. 11 j p. 137, in-t^ ; J. P. Frank, de Curand. homin. rnorbis , t. m, p. jn6 et seq.

lentiel (i). Il est certain qu'elle ne respecte aucun âge , et que la dernière époque de la vie est celle que celte maladie traite avec le plus de cruauté.

7". La femme qu'elle surprend en couches périt le plus souvent d'hémorrhagie ou dans les convulsions. Quand la femme est enceinte, elle éprouve pour l'ordinaire un avortement dont l'affection varioleuse double le danger. Le fœtus enfin peut contracter aussi la maladie dans le sein de la mère , et c'est ici le cas de s'arrêter à des considérations du plus haut intérêt.

On n'est sujet qu'une fois dans la vie à l'infection générale qui produit la petite-vérole ; maison n'est jamais exempt d'une infection locale. Le pus varioleux, appliqué à une partie, y excite constamment une inflammation et une sécrétion de pus de nature varioleuse , et propre par conséquent à transmettre la petite -vérole. Rosen dit avoir observé plusieurs fois une éruption analogue à la petite-vérole sur le visage de ceux qui soignoient des varioleux , ou qui étoient restés quelque temps près de leur lit, quoiqu'à différens intervalles. Rirkpalrich rapporte que, dans une pareille circonstance, il lui étoit survenu un bouton varioleux à la lèvre supérieure (>.). Les nourrices qui allaitent un enfant atteint de cette maladie, contractent une infection locale aux mamelles, et inoculent très-sûrement un autre nourrisson en lui donnant le sein. Il y a plus enfin : en

(1) Rhazes, cap. 1.

(2) Rosen , Traité des Maladies des en/ans , chap. su,

communiquant, d'une manière plas ou moins intime , avec des personnes qui ont Ja petite-vérole, une femme enceinte , quoiqu'à l'abri de la maladie pour elle-même, ne laisse pas d'absorber les miasmes; et ceux-ci peuvent exercer toute leur puissance sur la constitution encore vierge du fœtus qu'elle recèle dans son sein. Josua Van-Ipern rapporte que sa femme , ayant assisté des enfans varioleux pendant sa grossesse , accoucha à son temps d'un enfant sain, mais dont le corps étoil couvert de taches et de cicatrices si distinctes , qu'il fut évident que cet enfant avoit eu la petite-vérole avant de naître. La mère se porta bien durant toute la gestation; mais, à une certaine époque , elle sentit un grand poids dans la matrice , et la respiration devint courte et fréquente. C'étoit sans doute le temps où l'enfant avoit la maladie. Les annales de l'art fournissent plusieurs faits semblables (i). Il est évident que, dans de pareils cas, non-seulement un avortement très-dangereux, mais encore une affreuse maladie de la femme enceinte , peuvent naître d'une petite - vérole grave que l'enfant contracleroit dans son sein ; soit que la petite- vérole fût de mauvaise nature, à raison de la malignité des miasmes absorbés , ou qu'elle le devînt à cause d'une fâcheuse disposition du corps dans lequel le fœtus se développe.

La mère ne communique la petite -vérole à son fruit que lorsque les pustules sont en parfaite sup-

(1) Marcellus Donatus , Ph. Ingrassias , Drelincourt , Forestus, Fouquet , P. Ortesrhi , Rosen , Watson, rapportent des faits de ce genre , ainsi que plusieurs autres observateurs.

SDR LES MALADIES DES ENFAWS. 'i l 3

puration. Cependant, comme l'infection de la mère a l'enfant n'est pas constante , on ne peut être assuré que ce dernier sera à l'abri de la contagion varioleuse, qu'en le soumettant à la vaccination ou à l'inoculation. Cette dernière ne détermine qu'une infection locale , s'il a eu la petite- vérole dans l'utérus.

8°. Que de causes variées , que d'erreurs de régime , fruit de l'ignorance , de l'imprudence ou du hasard , et qui sont capables d'altérer la marche et la nature de cette maladie ! C'est ainsi que les excès dans les plaisirs de la table et de l'amour, dans le vin et les liqueurs , avant que la petite-vérole se déclare ; qu'un régime échauffant , la chaleur excessive du lit et, de la chambre , la raréfaction et la corruption de l'air par un grand nombre de personnes dans l'appartement du malade , quand elle est déclarée , la rendent horriblement grave. D'un autre côté aussi, l'impression subite d'un froid intense, au moment de l'éruption des boutons, ou dans le temps de leur suppuration , peut répercuter l'exanthème et faire passer promptement le sujet de la vie au trépas, comme le prouve entre autres une observation très-marquante de Gédéon Harvée (i). Les passions tristes de l'âme, la crainte même, chez les jeunes personnes, de perdre leur beauté , suffisent pour abattre à un tel point les forces , que l'éruption nepuisse se faire, ou qu'elle se fasse d'une manière incomplète, et pour donner à la variole un

(1) Ars curandi Morbos expectaiione.

2l4 ESSAI

caracière malin et putride (i). Reil explique ces effets du froid et des passions déprimantes, parl'affoiblissement extrême de la peau et des artères cutanées, ce qui fait que ces organes ne peuvent plus soutenir l'éruption (2). Les mêmes causes ont les mêmes résultats dans tous les exanthèmes , la petite - vérole , la rougeole , la scarlatine , etc. Alors la rougeur et la tuméfaction de la peau se dissipent ; il y a refroidissement, changement dans la couleur des pustules et dans tous les traits de la physionomie.

9 . Lors même que la petite-vérole ne donne pas la mort, elle laisse après elle ou des maladies qui y conduisent , ou des infirmités qui empoisonnent l'existence. Ses conséquences fâcheuses les plus orninaires sont :

a. Pour les yeux, — un lanrioyement continuel, à raison de l'obturation des points lacrymaux ; — la fistule lacrymale , — des taches à la curnre : cellesci , non-seulement altèrent la physionomie dans un de ses plus beaux traits , niais encore , suivant qu'elles s'étendent plus ou moins au devant de la pupille, elles gênent ou empêchent entièrement la vue du côté affecté. D'un autre côté, la sensibilité de l'œil qui a éprouvé cette lésion n'étant plus absorbée comme d.ms l'état naturel, il se nourrit moins et devient plus petit que l'autre; de sorte qu'une première difformité en entraîne une seconde. A ces défi) J. P. Frank, de Curand. homin. morbis , t. III, p. 227, edit. Venet.

(2) J. Christ. Reil, délia Conoscenza e eu? a délia Febbre , part. 11 , vol. 1.

SUR LES MALADIES DES ENFANS. 2l5

gâls produits dans les organes de la vue par la petitevérole, il faut joindre l'hypopion ou abcès dans les lames de la cornée; — la cataracte , etc.

h. Un écoulement purulent par les oreilles : la fétidité de cette évacuation et les incommodités qui s'y rattachent sont ses moindres inconvéniens. Si la suppuration s'étend jusqu'aux sinuosités les plus profondes de l'oreille , et porte la carie aux petits osselets de l'ouïe, ceux -ci tombent successivement, et il en résulte une surdité complète. La surdité peut être encore, à la suite de la petite- vérole, uti effet de la paralysie des nerfs auditifs.

c. Dans une épidémie varioleuse observée par Sagar, à Iglaw en Moravie, le pus varioleux étoit, chez quelques-uns, d'une nature si caustique, que le gosier, la luette, le voile du palais en étoient détruits, les narines et les mâchoires ébranlées, gravement altérées , et les dents chassées de leurs alvéoles (i).

d. Malheur à ceux qui deviennent la proie de la petite-vérole à la suite de pleurésies ou de péripneumonies mal terminées, ou ayant une disposition à la phthisie pulmonaire! A cet égard, il faut observer que la toux se joint le plus souvent à la petite-vérole dans divers de ses temps , même sans le concours de ces circonstances. Dans le principe elle est, ou catarrhale, ou un symptôme de péripneumonie; dans le cours de la variole , elle peut provenir de pustules qui assiègent le gosier ou Je larynx ; et , dans ce cas, l'angine peut aller jusqu'à la strangulation , comme

(1) Sagar, de Variol, iglaviens., p. 19.

2lG - ESSAI

l'observe Rhazès (i). Ce médecin regardait alors le mal comme presque sans ressource. Aussi conseillet-il d'employer tous les moyens pour modérer cette affection de la gorge , et en prévenir les progrès excessifs. Sur la fin, la toux résulte ordinairement du transport de la matière varioleuse sur les poumons (2). On sent aisément quelles peuvent être ses conséquences dans tous ses cas : et effectivement toutes les sentences de pronostic des auteurs sont peu favorables. Suivant Stoll , une douleur de côté pleurétique, dans la fièvre d'invasion, est très-mauvaise. D'après ce grand observateur, les douleurs des membres rhumatisantes , continuelles , fortes , présagent un mauvais genre de petite vérole.

Du reste , l'impression de celle maladie sur les viscères internes a été niée par Tissot. Mais , d'après les observations positives de Haller , Fernel , Baillou , Horstius , Ambroise Paré , etc. , on ne peut douter que , dans un grand nombre de cas , la surface des organes internes ne soit dans un élat analogue ou semblable à celui de la peau (3). La lecture

(1) Rhazes, de Variolis , cap. vu.

(2) Borsieri , Institut, med. pract. , vol. il , p. 1 34 , in-^. -{3) Ibid , p. 1 12 et n3 , in nota. « On en a vu, ditLieu-

» taud , des quantités (de pustules varioleuses) à la surface » du poumon , dans la trachée-artère et les bronches , sur le » foie , la rate , le pancréas , les intestins , etc. » Il est évident que, dans ce passage, Lieutaud indique l'éruption varioleuse à la surface séreuse pour certains viscères, et à la surface muqueuse et séreuse pour d'autres, tels que le poumon. D'après ce que m'a présenté l'ouverture des cadavres , dans d'autres exanthèmes, il paroîtroit que ceux-ci affectent plus

des Aphorismes de Boerhaave et de Sloll démontre que ce fait étoit à leurs yeux à l'abri de toute contestation (1).

e. Le pus caché sous les pustules peut être porté sur les viscères nobles par une funeste métastase. « Quand l'intervalle des boutons , dit Sloll , est pâle m ou devient brun , il survient une angine mortelle » ou une péripneumonie , à moins qu'il ne survienne » une salivation liquide , ou un énorme gonflement » des mains ou des pieds (2). » Cette matière , trèsacre , n'a pas besoin d'éprouver ce déplacement pour faire d'énormes ravages. Elle peut , à la surface du corps , ronger le tissu de la peau , putréfier tout le corps graisseux , et pénétrant jusqu'aux os , y déterminer des douleurs ostéocopes, la carie, le spinaventosa (3).

La prodigieuse quantité de matière purulente que produit la petite-vérole, et qu'on regarde comme une dépuration utile ou même nécessaire , est bien loin d'avoir ces caractères qu'on lui suppose. Elle est réellement le produit de l'infection varioleuse;

volontiers la surface séreuse que la surface interne des viscères creux; mais j'ai remarqué que cette dernière n'en étoit pas toujours exempte. On peut présumer que Lieutaud avoit fait la même observation, quand il dit plus bas qu'il a trouvé l'estomac ulcéré à la suite de la petite-vérole, quoiqu'il n'indique pas suffisamment a laquelle des deux surfaces de ce, viscère l'ulcération étoit placée. Voyez Précis de Médec.pral., t. III , p. 167, {72-13.

( 1 ) Voyez les Jpkor. de Stoll sur les Fièvres , p. ) 86,

(2)Ibid, p. 181.

(3) Borsieri, Institut, med p-act, , vol. 11 , p. 121.

2l8 ESSAI

ce venin n'est pas séparé du sang , mais s'engendre immédiatement dans les pustules mêmes (i); il se forme surtout en très-grande abondance dans le tissu même de la peau. Voilà pourquoi , lorsqu'on ouvre les pustules , elles sont remplies de nouveau le lendemain. Dehaen a très - bien vu que cette immense génération de pus varioleux expliquoit un des accidens les plus formidables de la petite- vérole: c'est la mort subite qu'on a vu survenir quelquefois lorsque les pustules éloient à leur parfaite maturité , non-seulement sans affaissement des boutons , mais, au contraire , pendant que ceux-ci en versoientune quantité prodigieuse. Dans de pareils cas , le pus reste dans les pustules ; mais celui qui se forme dans le tissu adipeux , étant résorbé et porté sur les organes les plus essentiels à la vie , tue immédiatement le malade (2).

f. La génération de la matière varioleuse se continue souvent même long-temps après la dessication, ce qui donne lieu à tous les reliquats de la petitevérole. En effet , cette même matière , ebarriée en divers endroits par le système absorbant, et déposée aux parotides , aux aines , aux cuisses , aux jambes ou autres parties , y fait naître des abcès, des ulcères sordides , malins , d'une étendue qui varie, et d'une guérison toujours plus ou moins pénible Ci). Les

(1) Reil, délia Conoscenza e cura délie Febbre , part. I, 1. 1 , p. 355.

(2) Dehaen, Ratio medend. , vol. I, cap. xn, de Variolis, p. 106 et seq.

(3)Borsieri, Institut, medic. pract. , vol. I, p. ]22, 187, 188; Frank, de Curand. homin. morbis, t. m.

accidens suivans découlent de la même source : après le dessèchement des pustules, il survient parfois une douleur plus ou moins vive dans quelque articulation , avec rigidité de la jointure. Cette maladie, négligée ou mal combattue , finit , comme Hufeland l'a observé , ou par lankilose, ou par la carie des tètes des os dans l'article. L'amputation du membre est le plus souvent la seule ressource qu'offre celte carie , dont l'effet nécessaire est une fièvre lente consompiive qui mène le sujet à la mort.

g. D'après ce qui a été dit, d, e,f, il n'est pas étonnant que la petite - vérole soit suivie quelquefois d'une fièvre lente continuelle , accompagnée ou non de toux opiniâtre. Dans le premier cas , ces symptômes tiennent ordinairement à des adhérences du poumon avec la plèvre, à l'hydropisie de poitrine , l'empième , une ou plusieurs vomiques, enfin à la phthisie pulmonaire. Dans les autres cas, la fièvre hectique sans toux est entretenue par la suppuration des dépôts des ulcères ou des parties cariées.

h. Un prurit insupportable à la peau , pendant long-temps; des œdèmes, des paralysies, le développement des écrouelles, le rachilis, l'épilepsie et mille autres infirmités qu'il seroit trop long de dire, sont, depuis des siècles, les suites ordinaires de cette cruelle contagion. îl est si vrai que la petitevérole peut déterminer l'épilepsie, que les attaques d'éclampsie, suivant Sydenham , et les convulsions qui se prolongent, sont un signe certain de son éruption prochaine chez les enfans, si , d'ailleurs, ils sont exempts de vers et ont fût les dents. Peutêtre Rosen regarde- t-il 1 eclampsie d'un œil trop fa-

vorable dans celte circonstance, quand il la met an nombre des présages d'une bonne petite-vérole. Il est certain que les enfans n'ont pas toujours la force de résister à la violence des accès épilcptiques , qu'ils y succombent souvent; et loin d'être toujours d'un bon augure, lors même qu'ils ne sont pas mortels, Cullen prétend qu'ils préludent fréquemment une petite-vérole très-maligne (i).

Selle a observé le tétanos chez les enfans , dans des épidémies varioleuses. La matière de la petitevérole lui semble très-propre à causer cette redoutable maladie ; et il remarque que les spasmes qui précèdent assez communément l'éruption varioleuse , ont pour l'ordinaire une très-grande analogie avec ceux qui ont lieu dans le tétanos (2).

A la suite de la petite -vérole et de la rougeole, une fdle de neuf ans eut une toux fréquente, et ensuite une expectoration purulente, à laquelle succéda une danse de Saint-Weith au bras gauche et au pied, avec divers mouveniens convulsifs de la face. Debaen la guérit de ces affections nerveuses par l'électricité. Mais des pustules croûteuses horribles couvrirent les jambes et les bras. Elle en fut complètement délivrée aussi par des purgalions répétées (3).

Frank a donc raison de dire que la mortalité de la petite-vérole est beaucoup plus grande qu'on ne croit et qu'elle ne paroît être. En effet, bien des maladies qui conduisent une foule d'individus au trépas,

(1) Mêdec. pratiq. , t. 1.

(2) Selle, Médec. cliniq. , 1. 11 , p. 20.

(3) Dehaeu, Ratio medendi , vol. 1, eap. viiî.

quoique la petite - vérole ait fini son cours depuis quelque temps, et quoiqu'elles en soient fort différentes en apparence, sont cependant varioleuses et n'ont d'autre cause ni d'autre origine que la petitevérole elle-même (i).

10°. Les motifs de se prémunir contre la petitevérole , qui dérivent de tout ce que nous avons exposé ci-dessus , doublent de valeur par la considération des moyens infinis par lesquels se propage cette contagion. Tout corps muni de quelque duvet se charge de miasmes , et devient apte à transmettre cette périlleuse infection. Tels sont les habits de laine, de coton, de soie, le linge sale, même au bout d'un temps très-long , les fruits et même le papier , comme le prouve une observation de Werloff. Il n'est pas douteux que les parens d'un varioleux , que les personnes qui le visitent ou qui le soignent ne puissent, ainsi que le pensoit Pringle, porter innocemment çà et là la maladie dont les germes sont attachés à leurs vêtemens.

La petite-vérole n'est pas contagieuse dans les premiers jours : elle commence à le devenir au temps de la suppuration, et continue de l'être jusqu'à ce que les croûtes soient tombées, et que la peau soit renouvelée. Les croûtes varioleuses su rtoul le son t éminemment. Voilà pourquoi les encans qui n'ont pas eu la vaccine, doivent être soigneusement éloignés de la société de ceux qui ont eu la petite-vérole en dessication. Car des particules de ces croûtes, réduites en poudre et dispersées dans l'air , sont prises dans

( 1 ) Frank , de Curand. homin. inorbis , t. m , p. i 89 et seq.

la respiration : elles se fixent à la gorge , aux amygdales , et produisent une esquinancie formidable ; on elles sont porte'es aux poumons, ou bien enfin elles arrivent avec la salive jusqu'à l'estomac, et il en résulte le plus souvent une petite - vérole confluente du plus mauvais caractère (i).

1 1°. Les miasmes varioleux reproduisent en gênerai , d'un sujet à l'autre , le même genre de petitevérole , et de plus les autres maladies contagieuses qui existoient dans le premier sujet. Des observations contradictoires (2) n'ont pas empêcbé Vogel , Thilenius , Hufeland , de reconnoître ce principe , et ne sauraient affoiblir les justes raisons qu'on a de craindre et d'éviter celte contagion , même sous ce rapport. Monro a vu des enfans inoculés avec le pus de petites-véroles malignes, mourir d'une petite-vérole de nature semblable. Werbsters rapporte que la matière prise sur une femme qui , indépendamment de la petite-vérole , avoit des aphthes et une esquinancie , détermina dans un enfant une éruption varioleusc compliquée des mêmes affections (3).

On a de nombreux exemples de petite- vérole compliquéederougeoleoudescarlatine, passant à un second individu avec les mêmes complications. Cependant il arrive peut-être encore plus souvent que les deux maladies érdptives font leur cours l'une après l'autre. J. Hunter observa , cbez un sujet dans

(1) Darwin, Zoonomia , t. iv, p. 358 , et t. vi , p. 1 20.

(2) Telles que les observations de Becker entre autres; voyez aussi Pinel, Nosogr.philosop. , t. n , p. a3.

(3) Voyez Girtanner , Morbi dei Bambini.

lequel la rougeole se déclara après l'inoculation de la petite-vérole , que l'explosion de celle-ci fut suspendue jusqu'à ce que la première maladie eut parcouru tous ses temps. Il en tira la conclusion , beaucoup trop générale , que deux maladies ne peuvent exister en même temps dans le même sujet. Rosen dit n'avoir jamais vu la petite-vérole et la rougeole à la fois dans le même malade. Le médecin suédois fait encore la remarque que , si un enfant est attaqué de la petite-vérole pendant une fièvre intermittente, celle-ci disparoît généralement ; mais elle se rétablit souvent après que la petite - vérole est terminée. Quoique ces faits appuyent l'assertion de Hunter., cette assertion est cependant repoussée par un trop grand nombre de faits contraires , pour qu'on puisse s'y arrêter rigoureusement. En effet , d'après Dehaen , il arrive souvent , dans les temps où la petite-vérole et la rougeole régnent simultanément , que lorsque, d'après la nature de la fièvre, on attend la rougeole , c'est la variole qui paroît , et vice versa. A peine une de ces maladies est finie que l'autre se déclare; mais plus fréquemment encore on les voit , dit-il , faire éruption toutes les deux en même temps dans Je même individu. Enfin, il est des exemples de petite-vérole attaquant une moitié du corps , tandis que l'autre moitié étoit couverte de rougeole (i). Il est probable que les épidémies

(l) Voyez, sur ce sujet, J. Hunter, Maladies ve'nér. ; Darwin , Zoonomia , t. iîi , p. 72 ; Barthez, Malad. goutt. , t. I , p. 247 et suiv. ; Rosen , Malad. des Enfans , chap. xii ; Dehaen , Divisiofebrium, defebre morbillosa , vol. iv, p. 81, Ratio medendi , vol. 1 , cap. xv.

varioleuses les plus terribles naissent et se propagent ainsi , par la transmission de la maladie , d'un sujet à l'autre, avec des complications plus ou moins graves et nombreuses. C'est conformément à celte manière de voir que Sarcone établit , qu'il est bien peu de maladies épidémiques qui ne doivent leur naissance aux maladies isolées ou sporadiques (i).

Je me suis longuement étendu sur les motifs qui doivent faire recourir au moyen préservateur de la petite-vérole , qui est aujourd'bui connu. A présent, je suppose en proie à cette maladie un enfant assez malheureux pour avoir été privé des bienfaits de la vaccine. Je commence par prévenir que , lors même que la petite-vérole est bénigne , elle est du ressort de la médecine la plus relevée; et je passe ensuite à l'exposition des soins et des précautions par lesquels les païens peuvent diminuer sa gravité , prévenir ses accidens, et éloigner en partie les dangers auxquels leur négligence ou leur aveuglement ont abandonné un jeune être qui avoit toute sorte de droits à leur sollicitude. On distingue dans la petite-vérole quatre périodes.

Petite - ■vérole bénigne. Les deux premières périodes, Yincubalion et \ éruption , veulent à peu près les mêmes règles de régime. La chambre du malade ne doit être ni trop chaude , ni trop froide ; que l'air en soit frais et renouvelé fréquemment , s'il est possible. La fraîcheur de la température est recommandable sous plusieurs rapports : i°. pjrce qu'elle di-

( i ) Istoria raggion. dei mali osseiv. in TSapoli, anno 1 764» in prefazione, p. 27.

SUR LES MALADIES DES ENFANS. 2a5

minue l'activité du venin varioleux. La matière des pustules, ayant été exposée à 20 degrés de froid , a perdu sa propriété contagieuse, et n'a plus été propre à l'inoculation. i°. Par la même raison peut-être, la fraîcheur limite la violence de l'éruption comme la chaleur produit un effet contraire. Baker vit chez un homme , dont on côté du corps avoit été exposé au feu , que cette partie fut couverte de pustules , tandis qu'il y en avoit à peine de l'autre côté. Cullen fit une observation semblable auprès d'un serrurier dont le lit étoit près de la forge : les pustules furent infiniment plus nombreuses dans les parties exposées à la chaleur de la forge , que dans les autres. Il a vu résulter les mêmes effets de la chaleur habituelle qu'entretient la flanelle sur des parties rhumatiques , lorsqu'il survient quelque fièvre exanthématique. 3°. Cotunni a observé , chez certains enfans , que la chaleur extérieure du corps étoit forte au point de faire sentir ; à deux pieds de distance de leurs mains, une sensation aussi cuisante que si l'on s'étoit approché de charbons ardens (1). Les sensations du malade, les anxiétés qui résultent de la violence de l'effervescence varioleuse, recommandent donc fortement la fraîcheur de l'atmosphère. Reil a souvent remarqué, dans la petitevérole, que l'ardeur, la céphalalgie, les congestions de sang, cessent tout à coup lorsque le malade respire un air pur , libre et frais. Mais il observe , avec raison , qu'on doit user de ce moyen avec circonspection. La mesure de la fraîcheur, dit sagement

(1) Cotunni, de sedibus Variolarum.

Stoll , doit être estimée , non au thermomètre, mais d'après la sensation agréable du malade.

L'utilité d'une atmosphère pure autour du sujet n'est pas moins évidente. La matière varioleuse, exposée à l'air libre , perd bientôt sa puissance. Cet effet est encore plus prompt par le gaz oxigène pur, suivant les expériences de Girtanner; mais les vapeurs acides détruisent immédiatement ses propriétés. De là les avantages qu'on obtient, en faisant dégager , dans les divers temps de la petitevérole , des vapeurs acides autour du lit du malade, en faisant brûler du vinaigre sur une pelle rougie; en arrosant la chambre avec du vinaigre; ayant toutefois égard à l'irritation de la gorge et aux précautions que celle-ci peut réclamer dans l'usage de ces moyens.

La chambre de l'enfant devroit être exposée au nord plutôt qu'au midi ; car une forte chaleur et une lumière intense sont également à éviter. La vive lumière du soleil suffit pour donner une gravité extrême à la petite-vérole, dans les enfans les plus sains. Une observation rendra plus sensible la puissance de cet agent, non- seulement dans la maladie tjui nous occupe , mais encore dans d'autres affections. Chez un convalescent qui avoit l'habitude d'être dans une complète obscurité pendant la nuit, la fièvre se maintenoit continuellement et prenoit déjà , depuis quelque temps , le caractère et la marche des fièvres lentes. La privation du sommeil et le trouble général , déterminés par une lampe qu'on tenoit allumée dans sa chambre pendant la nuit , l'avoient presque réduit aux portes du trépas. Le

sur les maladies des enfans. 227

hasard fît connoîlre la cause de cette perturbation; elle fut éloignée , et , dès la première fois , le malade se tranquillisa , reprit le sommeil ; il se couvrit d'une douce transpiration , et dès lors récupéra promptement la santé (1).

On évitera qu'il y ait deux varioleux dans la même chambre, et, à plus forte raison, un plus grand nombre : l'air en seroit bientôt infecté. D'après les mêmes motifs , on n'y permettra pas le séjour de plusieurs personnes.

Il ne faut pas que le lit surtout soit en face des fenêtres ; premièrement , pour que la clarté du jour ne tombe pas directement sur les yeux du malade ; en second lieu , afin que , lorsqu'on est obligé de les ouvrir pour renouveler l'air , le sujet ne soit pas immédiatement frappé de sa fraîcheur (2). Ce renouvellement fréquent de l'air est d'autant plus nécessaire , que la petite-vérole est d'un plus fâcheux caractère ; car , dans ce cas , l'impression subite d'un air frais est beaucoup plus dangereuse. Voilà pourquoi il faut , toutes les fois qu'on veut améliorer l'atmosphère de la chambre , fermer soigneusement les rideaux du lit. L'emplacement de ce dernier doit encore être tel qu'on puisse approcher commodément l'enfant de partout, et qu'il ne soit pas adossé à un mur froid ou humide. Ce lit sera frais , composé d'un matelas, et tel que le malade ne soit ni trop ni trop peu couvert. On n'y admettra ni coussins,

(i) J. Christ. Reil, délia Conoscema e cura délia Febbre , part. 11, vol. 1, p. 272.

(2) Dehaen, Ratio continentium.

ni couches de plumes dont la chaleur rendroit la petiie-ve'role confluente , surtout à la lete et à la face. Il faut éviter, avec un soin égal , les excès en froid et en chaud. Sydenham craignoit tellement la chaleur du lit , qu'il ne vouloit pas que ses malades s'alitassent avant que l'éruption fût faite (t) ; et Frank conseille même de les laisser jouer au grand air. On comprend jusqu'à quel point tout ceci s'accorde avec ce que nous avons exposé plus haut. Cependant , quand les boutons commencent à se montrer, les malades doivent garder le lit ; mais il ne faut pas qu'ils y soient couverts à l'excès , surtout à la tête. Il est bon , de temps en temps , de faire lever l'enfant sur son séant. Stoll ne veut pas qu'on le laisse assoupir pendant le jour ; Dehaen recommande de le changer souvent de lit , de le faire lever et promener un peu en le soutenant, et surtout de renouve-? 1er les draps et les matelas aussi souvent qu'on le peut (2).

Autant il importe que la tête soit couverte légèrement, autant il est nécessaire de maintenir les pieds dans une chaleur naturelle. Si leur chaleur s'affoiblit, on la rappelle au moyen d'une bassinoire, d'une brique chaude enveloppée d'une flanelle ou d'une serviette ; par des pédiluves chauds (3) , par

(1) Sydenham, de Variol. regular. , ann. 1667, 68 , 69. Ce second Hippocrate met pourtant lui-même des exceptions à cette règle générale. Leur exposition appartient plus spécialement à un traité de médecine pratique.

(a) Dehaen, Ratio medendi , vol. 1, cap. xu , de Variolis.

(3) L'utilité des bains et des pédiluves chauds, pour détcr-

des vessies pleines d'eau chaude , ou enfin par des cataplasmes bien chauds , mais qu'on renouvelle fréquemment : car il vaudroit encore mieux ne pas les employer que de les laisser refroidir.

Les enfans à la mamelle atteints de la petite -vérole , ne doivent avoir d'autre nourriture que le lait de leur nourrice. Mais celle - ci doit s'abstenir de l'usage de la viande, des bouillons trop gras, des alimensâcresetéchauffans. Elle observera un régime végétal, auquel elle pourra joindre les œufs, le poisson frais et léger; sa boisson sera tempérée, et elle conservera, autant qu'il lui sera possible, la tranquillité de son esprit et sa gaîté. Quand le nourrisson est tourmenté par la soif, on lui donne à sucer une croûte de pain trempée dans une décoction d'orge ou de chiendent, ou dans l'eau sucrée. Pour les enfans plus avancés en âge , alimens tenus , humectans , rafjaîchissans , comme crèmes de ris ou d'orge trèsliquides, décoction de mie de pain blanc; fruits doux ou acidulés bien mûrs , tels que prunes , cerises, fraises , poires ou pommes cuites , et la plupart de ces fruits unis à beaucoup de sucre. Enfin bouillons légers, eaux de poulet ou de veau, boissons rafraîchissantes, limonade douce, orangeade , émulsions, petit-lait clarifié, etc. Éloigner les passions

miner l'éruption de la petite-vérole, ou pour appeler la matière varioleuse vers les extrémités inférieures, a été reconnue par les plus grands praticiens , tels que Senac, Bouvard , Tissot , Dehaen. Rhazès condamnoit les bains , et vouloit qu'on exposât tout le corps , excepté la tète , à la vapeur de l'eau cliaude. (Rhazès, diecis rébus quœ accélérant éruption netn variolarurn.)

tristes du jeune malade par des discours amusans, par tous les jeux de son goût et tous les moyens que la prudence peut permettre.

Quant aux soins que l'enfant varioleux exige dans les deux derniers périodes de la maladie , la suppuration et la dessication , j'ai très- peu à ajouter à ce que je viens d'exposer. On observera cependant que ces deux époques de la variole sont les plus périlleuses. C'est alors qu'il importe le plus d'observer avec exactitude les règles établies quant à la lumière, à la température égale et douce qu'il faut entretenir autour du malade , aux soins pour éviter un froid intense ou subit, et enfin pour conserver la pureté de l'air.

Dans le cas de douleur de gorge, à cause des pustules qui y sont placées , il faut faire tenir dans la bouebe, au malade, de l'oxycrat, une décoction d'orge , ou autres liqueurs analogues. Si des pustules situées au rebord ou au dedans des paupières, si le pus qu'elles donnent, ou l'acrimonie des larmes, menacent les yeux , on les lave avec une décoction de mauve , avec un mélange d'eau et de lait ; on décote les paupières avec précaution , et on injecte dans les yeux les mêmes liqueurs; on y dirige le lait exprimé du sein d'une nourrice. Quant aux autres soins que la petite-vérole peut exiger , ils réclament le discernement qu'une bonne instruction médicale et l'habitude de la pratique peuvent seules donner.

Petite-vérole maligne. Les soins externes, les règles de régime, le choix et le moment de l'application des remèdes, tout est ici de la plus haute importance, tout doit être dirigé par un praticien profon-

SUR LES MALADIES DES ENFAIfS. 23 I

dément versé dans son art. Celte direction absolue est même nécessaire dans la petite -vérole bénigne. Mais quand la variole est maligne , le danger est extrême , à cause de la tendance gangreneuse qui s'y manifeste par les pétécbies , lestacbes pourprées, les bémorrbagies passives , et le caractère de la fièvre qui est un véritable typhus.

Nous ne parlerons pas de l'inoculation. Les avantages de la vaccine sont aujourd'hui à l'abri de toute contestation solide , quand elle est pratiquée avec les soins simples et faciles qui suffisent pour en assurer le succès (i). L'inoculation doit donc, à mon avis , être sévèrement prohibée ; elle doit même être poursuivie par la puissance publique, comme étant un moyen sûr de conserver et de propager une contagion qui compromet le sort des populations (2).

(1) On a parlé de quelques observations qui prouveroient que la vaccine ne préserve pas constamment de l'infection varioleuse. La vaccine me paroît, malgré ces faits, devoir se maintenir dans la confiance que des contre-épreuves réitérées lui ont acquise. i u . Les sujets pouvoient n'avoir eu qu'une fausse vaccine ; 2°. des observations authentiques (de Diemerbroek , MarescottL, Rosen et autres ) prouvent que l'on peut avoir plusieurs fois la petite-vérole. Chez cette sorte d'individus, l'inoculation même n'est pas un sûr préservatif. C'est ce dont on peut se convaincre par des observations de Dehaen {Nonnulla de insitione variolarum). La vaccine peut très-bien avoir quelquefois le même sort. Mais ces cas sont trop rares pour renverser la règle générale , et changer des principes de conduite qui doivent être toujours conformes aux faits les plus constans.

(2) Il a été démontré qu'il y avoit un beaucoup plus grand nombre de morts par la petite-vérole depuis l'introduction de

Vaccine. Honneur à Jenner ! l'humanité doit bénir sa découverte. Reconnoissance éternelle aux médecins qui, par leurs travaux (i) , ont porté si rapidement nos connoissances à ce sujet aussi loin qu'on pouvoit le désirer! Rien au monde n'est plus aisé que l'inoculation de la vaccine. Elle n'exige que les précautions relatives aux qualités du virus. Mais elle est d'ailleurs exempte d'épines dans l'opération et dans ses suites. Elle ne réclame le plus souvent aucun changement dans le régime habituel , et elle se développe avec un mouvement fébrile si doux, qu'il est presque imperceptible. Autant elle est importante par ses résultats , autant elle l'est peu par ses difficultés ; et l'on doit se féliciter de ce que l'art s'est enrichi d'un moyen si parfaitement à portée de la plus triviale médiocrité, qu'il lui offre la gloire aisée d'être toujours utile, sans avoir des inconvéniens graves à prévoir ou à vaincre. H y a plus : la vaccine a souvent procuré , aux sujets qui y ont été soumis, les grands avantages qui rendoient la petite-vérole , ou au moins l'inoculation , précieuse à beaucoup de praticiens. Elle a déterminé , comme elles , une crise salutaire pour des maladies très-rebelles. C'est ainsi qu'on a vu des enfans d'une constitution foible, languissante, cachectique;, se développer avec énergie,

l'inoculation, D'après les tables de M. Letson, on voit que, dans une période de quarante-deux ans , la mortalité par la petite-vérole étoit , pour la seule ville de Londres , de 29,349 personnes de plus qu'avant que l'inoculation fût pratiquée. Les calculs de M. Pringle donnent les mêmes résultats. Voyez Girtanner , Morbi dei Bambini.

(î)Pearson, Woodwille, Odier, Husson, Sacco et autres.

SUR LtS MALADIES DES EPÎFAWS. 233

après avoir subi la révolution que la fièvre vaccinale avoit introduite. Cette perturbation , comme la fermentation varioleuse , a amené la solution de paralysies analogues au mal vertébral , d'affections rhumatismales invétérées; elle a guéri des gales humides, des opbtbalmies chroniques, des engorgemeus et des ulcères scrophuleux ; des dartres miliaires et écailleuses , les croûtes de lait , la teigne ; elle a quelquefois rompu pour toujours l'enchaînement vicieux qui ramenoit les accès des fièvres intermittentes, la coqueluche, les convulsions et l'épilepsie (i). Or, l'opération qu'exige l'insertion du vaccin sous la peau, est , comme nous l'avons dit , à la portée des intelligences les plus communes. Des paysannes ont été instruites par des médecins dévoués à l'humanité , et elles ont eu des succès aussi satisfaieans qu'ils auroient pu les avoir eux-mêmes. Il n'y a donc que les plus malheureuses préventions qui puissent borner les bienfaits de cette grande découverte.

Tels sont les avantages incalculables qu'ont reconnu à la vaccine les médecins qui en ont le plus multiplié les épreuves. Quoique les observations ne puissent jamais être trop nombreuses pour donner une solution incontestable de tous les problèmes que ce genre d'inoculation peut présenter, ces succès ne sauroient pourtant être révoqués en doute. Outre que l'expérience nous les présente tous les jours , ils sont garantis par des hommes scrupuleux , pénétrés d'un zèle éclairé , et qui savent que l'art veut

(1) Voyez Rapport du Comité central de Vaccine, sur les Vaccinations faites en 1812.

d'autant plus d'exactitude et de pureté dans l'exposhion des résultats de ses procédés les plus utiles , que les exagérations compromettent son crédit et profanent sa dignité. ,

Nous ne pouvons pas dissimuler cependant que la vaccine a paru partager quelquefois, avec la petite-vérole et l'inoculation , le désavantage de favoriser le développement des scropliules. Mais ces cas sont incomparablement plus rares, et toujours avec des conséquences moins graves en général. Le développement du ferment varioleux est lié à des dangers infinis ; celui du vaccin n'en a présenté jusqu'ici presque aucun : de sorte qu'une comparaison impartiale entre les deux virus , sous tous les points de vue possibles, est entièrement à l'avantage de la vaccine.

g. La varicelle ou pelile-vérole volante, paroît tout à coup ordinairement sans signes précurseurs; mais quelquefois elle est précédée de frissons , de lassitude et d'une véritable fièvre d'incubation , quoique légère. Les pustules se manifestent dès le premier jour; elles se remplissent d'une lymphe plus ou moins épaisse , le 2 e et le 3 e jour ; dès le 5 e ou le 6 e elles se convertissent en croûtes ou en écailles. Le nombre des pustules est très-peu considérable ; il ne va guère au-delà de deux cents sur tout le corps. Tous les soins qu'exige celte maladie se bornent à une température modérée et à une boisson légèrement acidulé, telle que l'eau tiède avec un peu d'oxymel simple.

io. Rougeole. C'est encore une maladie qui étoit inconnue aux anciens , et que nous devons , à cft

qu'il paroît , à l'invasion des Africains en Europe. Quelques phénomènes lui sont communs avec la petite- vérole : le fœtus peut en être atteint dans le sein de sa mère ; plusieurs auteurs du plus grand poids certifient avoir vu des sujets atteints plus d'une fois de cette maladie (i); enfin l'éruption morbillaire , comme la variole , affecte non-seulement la peau, le gosier, les narines, les yeux et le larynx, mais encore la surface des viscères de la poitrine et du bas-ventre (2). On observe très-souvent des taches de rougeole, plus ou moins élevées, à la langue (3).

Cette maladie peut n'attaquer que quelques sujets isolément ; mais le plus souvent elle est épidémique. Elle s'établit au commencement de l'hiver, et ensuite elle diminue et s'éteint à mesure qu'on avance dans l'été. La rougeole se rencontre plus rarement chez les enfans à Ja mamelle que chez ceux d'un âge plus avancé ; elle maltraite moins les enfans que les sujets adultes.

C'est une très-grande erreur, dans tous les cas, de considérer la rougeole comme une maladie de peu de conséquence. C'est au contraire une de celles qui demandent le plus de surveillance , d'habileté et de discernement. Quoique la rougeole bénigne guérisse souvent avec facilité par les soins les plus simples (une douce température autour du malade , des

( 1 ) Morton , Exercit- III, cap. m, p. 18; Targioni Tozzetti, j™ 3 Raccolta d'osservaz. , p. loi ; Dubosq de la Roberdière , Recherches sur la Rougeole.

(2) Lieutaud , Précis de Médecine , t. m , p. i5c) , in- 12.

(3) J. P. Frank , de Curand. hornin. morbis , t. m, p. 254.

boissons légèrement diaphoréliqnes, et un régime tenu), il n'en est pas moins vrai qu'elle réclame beaucoup d'atlentjon et de prévoyance. Comme l'infection morbillaire pénètre toute la constitution et lui imprime une puissante secousse, non-seulement elle met enjeu toutes les dispositions maladives de l'individu , mais encore, à raison de ces dispositions, elle se cbarge souvent d'accidens très orageux. C'est ainsi que le période d'effervescence est quelquefois accompagné d'éclampsie cbez lesenfans, de diarrhée chez ceux qui font les dents, d'bémorraghies nasales ou utérines, si les sujets sont pléthoriques. Les femmes en couche sont très-exposées, si elles sont prises de celte maladie (Rosen). Une observation de Frank prouve qu'une disposition naturelle à des affections spasmodiques peut donner à la rougeole une marche irrégulière et périlleuse, capable de mettre à l'épreuve tout ce qu'un médecin peut avoir de sagacité, desavoir et de prudence (i). Dans les sujets débiles, ou qui ont la poitrine délicate, les causes les plus légères déterminent la répercussion de cet exanthème : l'intensité de l'irritation pulmonaire paroît même suffire en bien des cas. Ce sont enfin les conditions du sujet qui déterminent la nature de la fièvre, comme celle-ci règle à son tour la forme de la maladie, et doit régler la conduite du médecin.

La coqueluche se range quelquefois au nombre des avant-coureurs de la rougeole, d'autres fois elle lui succède; celte dernière précède aussi en quel-

(i) J. P. Frank , de Curand. homin. morbis , t. ni , p. 263.

ques cas la petite-vérole, ou la remplace. Le plus souvent elles font leur cours séparément, comme nous l'avons déjà dit; mais, dans d'autres circonstances, elles s'associent, et soumettent à une double épreuve la constitution de l'individu.

La rougeole maligne est horriblement meurtrière. Elle dévaste quelquefois des provinces entières , parce qu'elle est ordinairement épidémique. L'éruption est ou prématurée et accompagnée de symptômes d'autant plus fâcheux, ou bien elle est tardive, à raison d'une totale résolution des forces. Ces deux cas sont d'un présage également sinistre. Après que la rougeole est sortie, les taches, de rouges qu'elles étoient, deviennent pourpres el noires , et la peau intermédiaire prend une couleurjaunâtre. Une éruption irrégulière, qui ne se termine pas par une bonne desquammation de l'épidémie, est souvent suivie d'une éruption nouvelle , de pustules miliaires , de phlyctènes, etc. La constitution s'épuise, ou par des hémorrhagies de foiblesse excessives , ou par une diarrhée immodérée, ou par des torrens de sueur , qui, outre la faiblesse qu'ils produisent, se lient au danger d'une répercussion immédiatement mortelle par le froid le plus léger, à moins qu'il ne survienne une diarrhée. Les inflammations des yeux, de la gorge, de la poitrine, y sont encore plus communes que dans la rougeole bénigne, et d'un plus mauvais caractère; la fièvre est putride, maligne, contagieuse (typhus) ; enfin cette rougeole se termine fréquemment par les gangrènes les plus graves, telles que celles des poumons , de l'anus , de la bouche , des joues , des parties génitales chez les filles , etc.

Il suffit, sans que la rougeole soit absolument maligne, qu'elle soit grave pour qu'elle puisse se charger d'accidens formidables. La péripneumonie, ou inflammation des poumons, est une des complications les plus fâcheuses, soit qu'elle résulte de l'abus d'un régime échauffant, ou de la répulsion de l'exanthème. Elle peut étouffer promptement le malade par sa violence, ou par l'engorgement muqueux des bronches et de la trachée , surtout chez les enfans; plus souvent encore elle entraîne la suppuration des poumons; quelquefois ceux-ci sont frappés desphacèle, et le sujet meurt tout à coup sans qu'on ail eu lieu de présumer une mort aussi prompte.

L'inflammation de la gorge se termine fréquemment par la gangrène, par des ulcères rongeurs, et la carie des mâchoires (i).

Une toux continuelle, avec diarrhée et une grande inquiétude, est un juste motif de crainte : ces signes indiquent une péripneumonie latente qui mène à la phthisie, à moins qu'on n'y apporte les secours les plus prompts et les plus puissans (2). Il est inutile de nous répéter, sur le compte des hémorrhagies, des mouvemens convu!sifs,de la diarrhée, et des sueurs intarissables.

Les maux que la rougeole grave peut laisser après elle sont loin d'être d'une médiocre importance. L'observation n'a que trop souvent démontré qu'elle

( 1 ) T'oyez l'analyse de l'ouvrage du docteur Watson , dan» les notes que M. Bosquillon a ajoutées à sa traduction de Cullen , Medec.pratiq., t. 1 , 399.

(2) Stoll, Jphor.sur les Fièvres , p. 196 et suiv.

peul avoir les conséquences suivantes : uneophthalmie chronique; suppuration des paupières; obscurcissement, ulcération de la cornée transparente; goutte sereine ; aposlhéme dans l'oreille, qui peut finir heureusement, mais dont le pus corrode aussi quelquefois la membrane du tympan, détermine la carie et la chute des osselets de l'ouïe, et enfin une surdité incurable; développement de tumeurs scrophuleuses, au cou et dans d'autres parties; formation de tubercules dans les poumons; engorgement des glandes du mésentère; vomiques; empième; hydropisie de poitrine; phlhisie pulmonaire; consomption mésentérique ; fièvre lenle et marasme liés à ces cruelles affections, anasarque ; hydropisie ascite , etc.

Un médecin instruit et dévoué aux malades peut être aussi utile dans la rc-ageole, en éloignant les remèdes inconsidérés et nuisibles, qu'en prodiguant les secours convenables. Voici la manière dont les païens doivent, en général, diriger le malade : température modérée de l'air, pédduves chauds fréquens; régime sévère; boissons diaphoréliques , adoucissantes, pectorales, de fleurs de tilleul, de coquelicot , de sureau et autres analogues. A raison de la toux ,,il faut généralement user avec plus de discrétion ici que dans la petite-vérole , des fruits et des boissons acidulés. Dans les premiers jours, le malade peut ne pas garder le lit, mais il doit éviter le froid; quand l'éruption est faite, il doit s'y tenir soigneusement sans être trop couvert. Défendre les yeux de l'éclat de la lumière par le moyen des rideaux. Calmer l'irritation trop vive des yeux, en les

lavant avec une décoction émollientc, ou bien avec les eaux de rose , de plantain , seules , ou mêlées avec le lait, et tièdes. S'il y a inflammation à la gorge, faire tenir dans la bouche une décoction de guimauve, ou un mélange d'eau et de lait.

Quoique la desquammation soit achevée , c'est-àdire que l'épidémie se soit détaché en petites écailles semblables à du son , et que la maladie soit finie, le sujet ne doit pas quitter le lit tout de suite. Il se lèvera quelquefois, pour un temps court d'abord, et que l'on prolonge successivement davantage. Mais il est prudent qu'il laisse écouler une douzaine de jours avant de s'exposer à l'air libre. Un asthme dangereux , une toux obstinée , une diarrhée consomplive, la leucopblegmatie (hydropisie générale), peuvent être les résultats d'une conduite opposée. Tels sont les soins et les précautions qui conviennent à cette maladie quand elle est bénigne.

Mais lorsqu'elle est grave ou maligne, un vrai médecin peut seul en conduire le traitement avec méthode, et par conséquent avec quelque sûreté; lui seul peut rcconnoîlre, apprécier la nature de la fièvre qui règle la marche de la maladie, et diriger convenablement ses moyens , suivant qu'elle est inflammatoire , bilieuse ou typhodée; lui seul enfin peut prévoir, prévenir, combattre les accidens et les graves complications de la rougeole , ainsi que les sinistres métamorphoses dont nous avons vu qu'elle est susceptible.

1 1 . "La fièvre scarlatine est ordinairement épidémique. Elle peut régner dans tous les temps de l'année, mais elle s'établit le plus souvent en été et au

commencent de l'automne. Cet exanthème se montre très-fréquemment dans certains pays, et il est très-rare dans d'autres. Cette maladie attaque les enfans de préférence aux adultes , mais ceux-ci n'en sont pas à l'abri. On n'en est guère atteint qu'une fois dans la vie.

La scarlatine est quelquefois si bénigne qu'elle ne demande presque aucuu secours; d'autres fois elle est si terrible qu'elle tue le malade en peu de jours. Dans cette maladie, les yeux et surtout le gosier sont fortement affectés. Son invasion , lors même qu'elle est bénigne, est souvent accompagnée de symptômes assez graves. Tels sont, outre la douleur de gorge, la soif, l'oppression de poitrine, la toux, des nausées, le vomissement, l'hémorrhagie nasale qui soulage ordinairement beaucoup, l'assoupissement, et chez les enfans les convulsions, l'éclampsie surtout quand il y a des vers ; la coqueluche enfin la précède quelquefois. Quelque favorables que soient les apparences, elle n'en réclame pas moins la plus grande surveillance. Il est des cas où elle paroît légère dans le principe, et tout à coup elle devient terrible et mortelle. Les jeunes enfans sont dans le plus grand danger, quand elle survient pendant les signes d'une dentition difficile.

Il n'est pas de maladie plus grave que la scarlatine maligne. Non-seulement elle se montre à son début sous des traits plus redoutables ; mais on jugera aisément de ses dangers d'après les associations suivantes qui lui sont ordinaires : les pétéchies, la mi- Jiaire, la rougeole maligne , d'où résulte une maladie affreuse; la péripneumonie la plus grave qu'on puisse

imaginer , l'angine tonsillaire, mais surtout l'angine gangreneuse maligne, avec parotides, bubons, etc. Il est aisé de confondre l'angine et la scarlatine malignes. Ces maladies sont toutes deux épidémiques ; elles régnent quelquefois en même temps; elles peuvent se réunir dans le même sujet et se simuler l'une l'autre jusqu'à un certain point. Les confondre cependant, quand elles sont distinctes t se lie nécessairement , quoi qu'en dise Cullen, à plusieurs erreurs de traitement qui ne sont pas indifférentes.

Quand la scarlatine est maligne, les taches se convertissent quelquefois en croûtes brunes, qui se dépriment au-dessous du niveau de la peau, et cachent des ulcères gangreneux. Dans d'autres cas , au moment où l'éruption est plus ou moins rouge et étendue, une métastase de l'humeur sur le cerveau est suivie ou d'hémiplégie ou d'une mort subite , à moins qu'il ne vienne du sang ou du pus par les oreilles (Piosen). 11 est très-fréquent que la diarrhée, qui accompagne cette scarlatine, continue même après que l'épidémie est tombé par écailles, avec une fièvre lente qui consume et lue enfin le malade. I^a scarlatine bénigne exige peu de remèdes, mais beaucoup de précautions. Diète tenue, point de viande ni de vin; éviter tout ce qui peut diminuer la transpiration , la supprimer ou répercuter l'exanthème: ainsi, température douce, ne point permettre au malade de s'exposer à l'air libre , et ne lui faire pourtant garder le lit que lorsque l'éruption commence. Boissons tempérantes, diaphorétiques, comme une infusion de fleurs pectorales avec un peu

d'oxymel; mais prendre surtout bien garde de ne pas faire dégénérer la maladie par une méthode échauffante.

On comprend assez que le traitement de la scarlatine maligne n'est pas du ressort d'un talent médiocre.

L'époque de la desquammation de la peau est celle qui demande le plus de précautions et de soins. Le malade ne doit pas abandonner le lit, quoique l'épidémie soit tombé par petites écailles ; car la nature paroît occupée , encore pendant quelque temps, à l'expulsion totale du venin par la voie de la transpiration. C'est ce qu'indiquent les accidens suivans, et les tristes effets d'une exposition trop prompte à l'impression de l'air libre. Une sensibilité de la peau, si grande que le malade, ne peut supporter le contact le plus léger; des douleurs rhumatiques; l'engorgement des glandes lymphatiques, des glandes maxillaires et parotides; des abcès internes ou externes en diverses parties; la répulsion de celle sueur morbifique sur les poumons, le cerveau , et autres viscères.

De tous les exanthèmes, la scarlatine est peut-être celui qui laisse la disposition la pins prononcée aux hydropisies, soit générales, soil locales. Celles -ci peuventêtre liées à un état de relâchement, ou être, au contraire, compliquées d'inflammations du premier ordre, telles que la péripneumonie et autres. Celle complication fâcheuse des hydropisies n'a pas échappé à la sagacité de Sloll (i).

(l) Médec. pratiq. , t. n, p. 34o.

On voit combien il importe de prévenir ces accidens par les pi -écaillions convenables. Le malade ne doit quitter le lit que cinq ou six jours après que 1'cpiderme est entièrement renouvelé, et il ne doit sortir de sa chambre qu'après quinze ou vingt jours, et même plus tard.

12. L' urticaire ou jièvre ortiée , la porcelaine et la fièvre miliaire , n'étant pas plus propres aux enfans qu'aux adultes, elles ne peuvent entrer essentiellement dans le plan de cet ouvrage. Les deux premières d'ailleurs n'exigent communément que les soins qui conviennent à la rougeole ou à la scarlatine les plus bénignes, c'est-à-dire des boissons pectorales légèrement diaphorétiques, et la chaleur modérée du lit. Quant à la jièvre miliaire, elle prend rang parmi les maladies les plus sérieuses , moins peut-être par elle-même que par les maladies trèsgraves dont elle est compliquée, ou pour mieux dire, comme symptôme de celles qu'elle complique.

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