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SECTION II

Des scrophules. — Des maladies scrophuleuses.

i5. Les scrophules forment une des maladies les plus importantes de l'enfance. Il n'y a pas d'année que celte affection n'enlève à la société des milliers d'individus, après leur avoir fait souffrir toute sorte de maux. Nous devons néanmoins convenir que , malgré le grand intérêt que donne le danger des affections scrophuleuses à toutes les recherches dont elles peuvent être l'objet, on n'a eu jusqu'à ce jour, à cet égard , que des idées ou erronées ou insufli-

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sanies. L'épaississement de la lymphe, sur lequel sont bâtis beaucoup de raisonneniens vicieux , est un effet des progrès de la maladie, et n'existe pas dans tous les stades qu'elle parcourt; quelque poids que puisse donner à l'opinion qui considère les scrophules comme une dégénération de virus-vénérien, l'autorité des grands hommes qui l'ont adoptée , il est certain qu'elle n'en soutient pas mieux un examen sévère ; on n'est pas plus heureux enfin, en recourant à un vice ou virus particulier, et lout-à-fait hypothétique, dont l'admission ne conduit à aucune vue utile de traitement, et dont aucune méthode curative constante n'explique la nature. Sans doute le mot vice ne renferme pas essentiellement, comme ceux de virus , d 'acrimonie , l'idée d'un ferment matériel ; mais il ne la repousse pas absolument. Ces dénominations , données à la cause des accidens scrophuleux, sont employées indifféremment par la plupart des auteurs et avec la blême signification. Or les fausses idées que l'habitude a attachées à une expression sont une raison suffisante de la proscrire. Pour peu qu'on y fasse attention , on s'aperçoit qu'elles se sont glissées, avec elle, dans les ouvrages des écrivains les plus réservés, de ceux qui s'accommodent le moins de pareilles explications , et qui n'ont voulu se servir de ce terme que dans un sens abstrait pour représenter un étal général du corps sans rien préjuger sur sa nature. D'ailleurs il vaudra toujours mieux analyser les circonstances d'organisation qui sont liées à une disposition comme celle dont il s'agit; et si cette disposition et ses conséquences émanent de ces circonstances organiques

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d'une manière naturelle, 1rs résultats lumineux de celte étude seront bien préférables au vague des expressions abstraites, lesquelles ne sont de mise qu'à défaut de tbéories positives , et en expectative de celles-ci.

a. L'ensemble des traits qui distinguent les constitutions strumeuses,et les désordres auxquels elles sont en proie, démontrent, dans ce genre d'individus, un ordre d'organisation tel que le système lymphatique en général (c'est-à-dire les vaisseaux absorbans, les glandes, le tissu cellulaire et toutes les parties qui composent son domaine), jouit, par rapport à tous les systèmes organiques , et surtout par rapport au système artériel, d'une supériorité d'énergie, dont une plétbore lymphatique universelle est le résultat. Les congestions , les engorgemens lymphatiques, qui en sont la conséquence, sont susceptibles dépasser, et passent, en effet, le plus souvent, quoique avec plus de lenteur , par les mêmes états d'inflammation , de suppuration et de squirrhe , que les congestions sanguines.il n'est pas plus raisonnable d'attribuer, à un vicescrophuleux , les maladies qui dérivent de la prépondérance du système lymphatique, ou de la perversion de ses fonctions, qu'il ne serait d'imaginer, pour les maladies qui dépendent de la redondance du sang, un <vice-phlegmoneux, sanguin, ou tout autre semblable.

b. L'appauvrissement du système artériel , qui se trouve joint à l'opulence du système lymphatique, contraste encore avec l'abondance du sang veineux; il peut se faire qu'en vertu de l'atonie de ses vaisseaux, ce dernier ne revienne pas assez prompte-

ruent pour qu'il y ail équilibre entre celui qui rentre au centre de la circulation et celui qui en est lancé ; la régénération à laquelle ce fluide doit être soumis, dans les poumons , peut éprouver des retards ; le mauvais état, des poumons peut encore contribuer à ces effets ou les aggraver: quoi qu'il en soit, l'abondance relative du sang veineux , à un certain âge, les engorgemens des vaisseaux veineux , et les ejnbarras que subit ce genre de circulation à d'autres époques, vont simultanément avec des désordres dans les fonctions du système lymplialique.

c. L'état florissant de ce dernier, dont l'excès engendre les maladies scropliuleuses, ne va guère avec une énergie proportionnée des organes digestifs. De là les vices ou les dérangemens fréquens des digestions, la tendance aux acides, la prédominance des sucs m uqueux et glaireux ; de. là la disposition vermineuse si marquée cbez certains sujets.

d. L 'appareil musculaire , dans son ensemble, ne ■souffre aucune comparaison avantageuse de ses masses peu volumineuses, de sa libre délicate et menue , avec l'abondance dessucs blancs, avec la richesse des tissus cellulaire, glandulaire et adipeux. Si par l'effet de l'ardeur générale qui s'allume quelquefois dans ces sujets, ils sont amaigris et dépérissent, les organes charnus entrent encore pour leur part dans cette consomption universelle.

e. C'est une vérité dont l'étude et la pratique de la médecine donnent à tout instant la preuve, que le système nerveux acquiert une prépondérance d'autant plus sensible , sur tous les phénomènes de santé et de maladie, qu'il y a moins d'équilibre entre touç,

les systèmes d'organes , et que plusieurs sont dans un élat de foiblesse relative plus prononcée. Cette exaltation d'activité dans le système nerveux se manifeste, chez les sujets scrophuleux , par leur excessive sensibilité , par la vivacité de leur esprit et de leurs passions, par leur disposition dans le jeune âge, aux convulsions, à des concentrations humorales et inflammatoires vers la tête, le cerveau et la moelle épinière.

Si l'accord de toutes les dispositions organiques, dont je viens de tracer un aperçu si incomplet et si rapide, est tel , que les rapports de cause et d'effet , qui existent réciproquement entre elles, puissent être facilement saisis par quiconque a les notions les plus légères des lois de l'économie vivante : on sentira l'avantage d'une théorie qui rend raison de tout par les principes les plus avérés de la physiologie et de la médecine pratique ; qui ramène a des maximes simples et rationnelles , le traitement jusqu'à ce jour purement empirique des maladies scrophuleuses; qui dégage leur doctrine de tous les raisonnemens appuyés sur des idées vagues on erronées, aussi bien que de toutes les préventions superstitieuses, et autour de laquelle enfin se rangent , d'une manière naturelle, tous les phénomènes qui les distinguent. En effet, en admettant que les scrophules dépendent d'une certaine disposition de l'organisme , on conçoit aisément comment la dialhèse scrophuleuse se transmet des pères aux enfans; on comprend comment elle est favorisée et développée par les circonstances de climat et de régime ; on se rend raison de l'influence qu'ont, sur cette disposition du corps,

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tes révolutions des âges qui renversent, jusqu'à un certain point, l'ordre des fonctions, et changent l;t prédominance relative des organes ; on explique comment elle peut être modifiée, détruite, ou du moins enchaînée dans son développement et dans ses progrès, par l'entrecroisement des familles, par le choix de l'air , et par un traitement judicieux; on apprécie plus justement l'opiniâtreté qu'opposent ordinairement ces maladies; on n'est plus étonné enfin qu'elles s'exaspèrent par tout ce qui tend à diminuer l'harmonie entre les systèmes, à détruire leur égalité d'influence, comme l'humidité, la malpropreté, une diète végétale, acescenle, peu nutritive, etc. Fodéré a très-hien reconnu que l'humidité favorise une inégale distrihulion du fluide sanguin, appauvrit, fait languir la circulation artérielle, donne heu à l'engorgement des vaisseaux veineux , et augmente la prépondérance du système lymphatique (i).

Girtanner dit qu'il n'y a pas d'exemple d'enfant à la mamelle qui ait été attaqué d'écrouelles : il est plus exact de dire que la maladie ne se développe presque jamais à cet âge, mais ordinairement vers la seconde ou la troisième année.

Par une foule de circonstances et de causes dont je ne puis entreprendre de dérouler ici les comhinaisons , la diathèse scrophuleuse s'exerce sur des organes différens, dans les divers sujets, et se manifeste par des accidens fort variés. Quand elle agit sur les glandes externes, elle se montre par le gon-

(1) Traite du Goitre et du Crétinisme , §. 124, p. 18g.

flemcnt, l'inflammation et la suppuration des glandes du cou, de l'occiput, des aisselles, des aines. Alors les organes intérieurs souffrent moins, et vice versa ; mais souvent les glandes des parties externes, et celles des viscères intérieurs; sont a ficelées en même temps. L'explosion des écrouelles externes précède ordinairement la puberté; elles s'évanouissent à cet âge; mais si elles s'exaspèrent à celte époque, ou si même elles ne se manifestent qu'alors , comme elles se fortifient de toute l'énergie que cet âge développe, elles éclatent avec fureur, et avec d'autant plus de danger, qu'elles intéressent ordinairement les viscères internes. La disposition scroplmleuse s'exerçant sur les glandes des viscères, du mésentère et des poumons, il en résulte le carreau et la consomption inésentérique , les tubercules et la plubisie pulmonaires.

Nous pouvons suivre son impression sur divers autres organes : à la surface de la peau , elle produit la teigne, les dartres, et autres éruptions cutanées analogues; à la surface de la membrane muqueuse des parties sexuelles de la femme, elle devient la cause de certaines fleurs blanches; agissant sur le lissu musculaire, elle détermine des douleurs rhumaliques , et même certaines paralysies, comme on peut s'en convaincre chez des personnes âgées qui, dans leur enfance, ont montré des accidens scrophuleux qu'on retrouve dans leurs enfans.

Arrêlons-nous un instant à l'examen de cet objet. Le rhumatisme ordinaire survient à la suite d'intempéries souffertes, de longues pluies essuyées, le corps étant échauffé , pour avoir dormi sur la terre,

contre un mur froid et humide, ou par des causes analogues. Mais le rhumatisme scrophnleux ou lymphatique n'a pas le plus souvent des causes extérieures aussi manifestes. Il attaque, à un âge plus ou moins avancé, des sujets dont la fibre est molle , dont les chairs sont abreuvées de sucs blancs , chez lesquels on remarque d'ailleurs plusieurs accidens auxquels les tempéramens lymphatiques sont assujettis, tels que la langueur des digestions , les engorgemens hémorrlioïdaux. Ces douleurs rhumatiques alternent fréquemment avec des efflorescences dartreuses; à raison de leur identité de cause , les moyens auxquels les affections lymphatiques cèdent quelquefois , y réussissent également ; on n'a pas de peine à concevoir les succès que la méthode tonique, le quinquina , ont pu avoir dans certains cas de ce genre. Selle a bien reconnu que le torticolis dépend souvent d'une dia thèse scrophuleuse : on est fâché qu'il n'ait pas clairement saisi cette cause du rhumatisme des vieillards, dont plusieurs circonstances importantes ne lui ont point échappé (i). Mais du reste la nature fréquemment lymphatique des affections rhumatisantes est encore démontrée par les douleurs opiniâtres auxquelles les femmes sont exposées par certaines imprudences à la suite de leurs couches. La nature scrophuleuse delà sciatique,en quelques cas, est prouvée par beaucoup de faits, et elle est évidente dans une observation que rapporte Barthez (a).

( I ) Selle , McJec. clinia. , 1. 1 , p. 1 4g.

(2) Barthez, Maladies goutteuses , t. 11 , p. 69 et suiv.

Que les effets de la diathèse scrophuleuse, tels que nous venons de les examiner dans les lissus musculaires , se réalisent dans les appareils ligamenteux et tendineux des articulations , nous en verrons naître le rhumatisme goutteux. Si nous considérons enfin que plusieurs maladies lymphatiques sont d'un caractère errant, et très-disposées à se porter, avec la rapidité de l'éclair, sur des parties fort éloignées, et même sur les viscères; si nous avons égard , d'un, autre côté, aux anomalies auxquelles la sécrétion du phosphate calcaire est soumise dans plusieurs affections évidemment scrophuleuses; on verra que celles-ci, le rhumatisme et la goutte, ont un air de famille si frappant, qu'il est impossible de le méconnoîlre.

Ces rapprochemens, qui recevront bientôt des éclaircissemens plus étendus, nous conduisent d'une manière naturelle à quelques discussions sur la généalogie qu'on a donnée aux écrouelles. Les points de pratique qui se rallient à cette digression la rendent intéressante.

Les rapports que la goutte, d'une part, et ceux que les fleurs blanches, la gonorrhée, les dartres ont de l'autre , avec les scrophules, n'ont pas échappé à la sagacité de Selle. Mais lorsque , d'après ces données, il établit que ce qu'il appelle le virus scrophuleux est un produit mixte des virus arthritique et vérolique (i); il me paraît évident qu'il n'a pas distingué, autant qu'il convenoil, les gonorrhées , les leucorrhées et les dartres vénériennes de celles

(1) Selle, Médec. cliniq. , t. i , p. 257.

qui ne le sont pas ; et celle distinction réduit à bien peu de chose l'influence, au moins constante, du vit us vénérien. En second lieu, l'affinité et les rapports des affections ci -dessus sont réels , et tels qu'il les a reconnus ; mais tout indique qu'il a renversé l'ordre naturel de leur filiation , et que la diathèse scrophuleuse est la source primitive d'où découlent les maladies auxquelles les écrouelles devroient, suivant lui, leur naissance. Quant à la part qu'on attribue au virus vénérien, dans la génération des écrouelles, voici les illusions qu'on me semble s'être faites à cet égard-

i°. Quoique les gonorrbées darlreuses soient peutêtre infiniment plus nombreuses que les gonorrbées réellement syphilitiques, l'opinion des praticiens et des malades a jusqu'ici établi entre elles des proportions totalement opposées. L'erreur a été d'autant plus facile que les préparations mercurielles y donnent souvent les mêmes soulagemens qu'elles procurent aussi dans les affections dartreuses. On conçoit qu'une gonorrhce darlreuse , ou même syphilitique , quoique assez bien traitée, peut mettre en activité la dialhèse générale d'un sujet scrophuleux, de manière qu'elle se prononce dès lors sous forme de dartres ou autres.

2°. Les médecins qui ont quelque exercice du traitement des maladies vénériennes, ont pu s'apercevoir que celles-ci opposent une opiniâtreté extrême, quand l'individu présente une disposition strumeuse plus ou moins sensible. La dégénérescence scorbutique , que le traitement anti-vénérien tend à introduire , se développe d'autant plus aisé-

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nient, chez celte sorte de sujets, que la sangnifieation est en eux plus incomplète, plus vicieuse. Le traitement éprouve donc des entraves et des difîicuile's que n'ont pas toujours le talent de vaincre ceux auxquels les malades se contient. Mais si les acciilens scropliuleux se développent, soit par l'action du virus vénérien sur le système lymphatique, ou par les vices du traitement, la confusion devient telle qu'il est difficile de distinguer ce qui appartient à une cause ou à l'autre.

Admettons que la cure anti-vénérienne, conduite par une main hahile, ait tout Je succès désirable , elle n'en aura pas moins introduit une tbihlesse générale dans toute l'économie ; elle n'en aura pus moins donné au système glandulaire cl lymphatique une irritabilité excessive j un traitement consécutif pourrait détruire ces effets, mais on n'y songe guère, et plus souvent, au contraire, le régime habituel de l'individu tend à les aggraver. Il n'est donc pas étonnant, d'après cela, que les sujets qui ont subi plusieurs troitemens anti-vénériens voient des accidens scropliuleux se développer dans leurs enfans; car c'est en introduisant des altérations semblables dans les constitutions, que le climat et le régime relâchant déterminent la génération des scrophules : or des causes qui, quoique différentes, ont les mêmes efiels, doivent entraîner aussi toutes les autres conséquences.

Les constitutions scrophuleuses présentent trois grands phénomènes auxquels se rattachent le plus grand nombre de leurs maladies, cl les circonstances les plus notables de ces maladies.

i*. Une disposition naturelle à des inflammations lentes et clandestines. Celle des écrouelles externes marche toujours avec lenteur, et c'est le caractère latent des inflammations scrophulcuses internes qui l'ail que rarement on les combat à temps, et qu'elles sont presque toujours funestes. Ceci paroît tenir à une circonstance d'organisation : les glandes lymphatiques, qui sont pourvues de vaisseaux sanguins, le sont aussi de nerfs ;' mais ceux-ci sont si petits et si peu nombreux qu'il est difficile de les suivre et de les rencontrer. Toutes les parties que la disposition scrophuleuse choisit pour le théâtre ordinaire de ses désordres, telles que les poumons, le mésentère, les os, sont également peu fournies de nerfs. C'est la disposition à ce genre d'inflammations, qui, mise en œuvre par divers exanthèmes (la petite-vérole , la rougeole, etc.) , entraîne leur fréquente dégénération en phlhisie , chez les sujets scrophuleux.

2°. L'altération des fonctions nutritives et assimilatrices. Ainsi, tandis que les sucs graisseux et lymphatiques abondent, les parties charnues sont relativement appauvries. Quelquefois les os' nonseulement sont peu volumineux , mais encore ou extrêmement ductiles ou très-cassans. Il est des sujets scrophuleux dans un état d'amaigrissement extrême, soit par l'effet d'une petite fièvre lente qui s'allume, soit, comme le pensent Heine et Soemmering, par l'activité excessive du système absorbant qui s'exerce même sur les solides.

3°. Je signalerai le troisième phénomène, sans chercher à déterminer la corrélation qu'il peut avoir avec les précédens. Ce sont les vices qu'on remarque

dans la sécrétion et la distribution du phosphate calcaire, qui donne la solidité aux os. J'ai souvent trouvé des tubercules pierreux dans les poumons , dans le mésentère , le péritoine des phlhisiques ; ces malades rendent quelquefois des graviers avec les crachais; on en rencontre au fond des abcès pulmonaires, mêlés à un pus caseux et mal uni. Chez ces mêmes sujets, on observe fréquemment des comniencemens d'ossification dans certains points de la tunique séreuse des viscères : la circonférence est quelquefois encore cartilagineuse , tandis que le centre est déjà osseux : c'est dans celle sorte de malades, ou au moins chez ceux qui présentent des signes évidens de scrophulcs, que l'ossification des valvules du cœur et des artères est la plus commune. Dans les goitres anciens et considérables, on découvre souvent des portions de la glande thyroïde devenues osseuses.

Celle tendance à l'ossification peut aller très-loin. Lieutaud trouva chez un vieillard le diaphragme cartilagineux et osseux , au point qu'en cherchant a le plier, il se cassoit avec un bruit semblable à celui que donne la cassure des os. Les poumons étoient remplis, en même temps, de tubercules calcaires (i). Une observation que rapporte Baillie n'est pas moins intéressante : on fut obligé de faire l'amputation de la cuisse à un homme, pourune tumeur osseuse trèsconsidérable qu'il avoit autour du genou. Il survint alors une grande difficulté de respirer, et, au bout de quelques semaines , il succomba. On trouva une

(1) Liculaud, Hist. anat. medic. , t. n, p. 99.

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portion des poumons convertie en os ; les deux poumons subissoient le même changement , qui étoit déjà très-avancé (i).

Uneautre remarque que l'ouverture des corps m'a souvent donné lieu de faire, chez les sujets phthisiques, ou qui me présentoient des désordres scrophuleux internes considérables, c'est que tantôt les côtes sont tellement ductiles, qu'elles plient presque comme des cartilages , et que d'autres fois elles sont si friahles qu'elles cassent avec une singulière facilité. Il m'a paru que la ductilité de la charpente osseuse étoit plus ordinaire quand on trouvoit des ossifications contre nature , ou lorsque les abcès internes conlenoient une matière comme gypseuse. Les os éloient , au contraire , très-cassans , lorsque les glandes étoient remplies de sucs purulens et muqueux ; lorsque le tissu cellulaire, le mésentère et les épiploons étoient chargés de grandes masses de graisse.

Les trois grands genres de désordres que nous venons d'analyser , se réalisant dans le cerveau , la moelle épinière et leurs enveloppes , et dans le périoste des autres pièces du squelette; on en voit naître l'hydrocéphale, le spina-bifida , le rachitis, la courbure de l'épine , le mal vertébral.

Considérons des altérations analogues dans les vaisseaux. Nous ne manquons pas d'exemples d'ossification des tubes sanguins, résultant de cette distribution vicieuse du phosphate calcaire que nous regardons comme un phénomène particulier aux

(i) Baillie, Traité d'Anat. pathol. , eliap. iv, sect. x.

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constitutions strumeuses. J. L. Petit ayant fait l'amputation de la cuisse à un gentilhomme, pour une fracture composée , il trouva l'artère fémorale tellement ossifiée, que son tourniquet ne faisoit aucune compression ; les ligatures , les caustiques étoient également inutiles : il fut obligé d'imaginer un moyen de faire une compression continue sur la surface du moignon. Stoll a observé une ossification encore plus générale de l'appareil vasculaire. Presque tous les vaisseaux principaux, les carotides et leurs ramifications, l'aorte et l'artère pulmonaire, les iliaques, à leur origine, etc., étoient dans cet état. Bartbolin rapporte qu'on trouva dans le cœur du pape Urbain VII, un os triangulaire qui approeboit de la figure d'un T. Vicq-d'Azir ouvrit le cœur du célèbre Macquer; les valvules sigmoïdes de l'aorte étoient ossifiées, et rélrécissoient le tube artériel; l'aorte elle-même étoit osseuse. Mais il vit une autre altération remarquable: la dilatation du cœur coïncidoit avec ces désordres, comme cela est d'ailleurs fort ordinaire. Or, les recherches du docteur Aglietli, sur l'anévrysme, démontrent que cette maladie des vaisseaux consiste dans une inflammation de l'artère, en vertu de laquelle celle-ci perd sa texture tendineuse pour en prendre une charnue. L'inflammation des tendons , des cartilages et des os produit constamment ce changement des parties dures en ebair , comme nous le verrons en un autre lieu. Quant à l'objet qui nous occupe , le professeur de Venise a fait voir encore que la paroi interne de la poche charnue qui forme l'anévrysme, présente presque constamment, ou de petits ulcères, ou des points

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d'ossification plus ou moins étendus , ou les uns et les autres à la fois. Dchaen a vu deux fois la surface interne de l'anévrysme osseuse, non pas partout, mais par plaques difformes. L'aorte du célèbre Wepfer présenta les mêmes vices , et ce médecin avoit si bien connu son état, qu'il avoit prédit qu'à l'ouverture de son corps , on trouveroit l'aorte ossifiée.

On conviendra qu'il est difticile , d'après cela , de rompre la dépendance dans laquelle ces maladies paroissent être de la diathèse scropbuleuse. Nous avons déjà vu que cette diathèse est inséparable d'un état presque pathologique du système artériel ; les concrétions calcaires accompagnent toujours les maladies scrophuleuses , ou tout au moins ne sont jamais complètement isolées des signes d'écrouelles externes ou internes; enfin, la dégénérescence charnue du tissu de l'artère est la même que celle qui a lieu par l'inflammation des tendons, des cartilages et des os, dans des maladies qui sont encore évidemment scrophuleuses. Une autre circonstance qui n'est pas à négliger , dans l'examen que nous faisons de la cause primitive des maladies anévrysmatiques, c'est que les personnes dartréuses , comme Testa l'a observé, sont singulièrement exposées aux affections cardiaques et artérielles de ce genre (i).

Vainement on voudroit éluder la conviction que ces rapprochemens entraînent; la vérité de cette étiologie jaillit de toutes les observations de ces maladies , où les autres désordres concomilans ont été décrits avec exactitude. Dans quelques histoires

(i) Testa, Malattie del Cttore, t. i, cap. xi.

a6o essai

que Dehaen nous a transmises, nous voyons, avec des ancvrysmes du cœur ou de l'aorte , des tubercules dans les poumons, les uns cartilagineux, les autres , ou contenant un pus sanieux , ou remplis d'une matière caseuse compacte, et, conjointement à tout cela , l'ossification de la trachée et des bronches (i). Que les autopsies cadavériques se multiplient , qu'elles soient faites avec soin , et qu'on y cherche les rapports des maladies des vaisseaux et desdésordreslymphatiques; pour peu qu'elles soient suffisantes , elles s'éclaireront entre elles , et celles qui paroissent le moins adaptées à celte doctrine, s'y rallieront bientôt par une foule de points qu'on n'avoit pas d'abord aperçus ou bien appréciés.

La goutte, dont nous avons déjà parlé, ne sera guèrcs difficile à ramener à la même cause, nonseulement d'après ce que nous avons dit plus haut, et ce que nous venons immédiatement d'exposer , mais encore par d'autres considérations que nous ne devons pas laisser échapper. Nous verrons à l'article Dartres ( et les dartres sont bien une affection scrophuleuse : à l'exception des dartres psoriquesou vénériennes , toutes les autres sont de ce genre), que, lorsque l'affection herpétique abandonne les surfaces externes , les fonctions de l'estomac et des intestins éprouvent le dérangement le plus fatigant, jusqu'à ce que l'exanthème soit venu reprendre sa place au dehors. Or, la même chose arrive dans la goutte, et ses attaques sont toujours précédées d'un trouble

(i) Dehaen, Ratio medendi, Toi. m, cap. it, de Anet minute vero , §. iv.

très-considérable dans les fonctions digestives. Chez un goutteux , perclus de tous ses membres , que je traitois, lorsque les remèdes que j'employai commencèrent à agir et à donner des avantages marquans, il parut à tout le coude-pied et au contour des chevilles , des pustules dartreuses qui Allèrent beaucoup et qui causoient la démangeaison la plus vive. Un homme de trente-cinq ans, qui éprouve plusieurs attaques de goutte chaque année , porte , en outre , une dartre humide au scrotum , qui flue habituellement ou se dessèche dans des rapports assez conslans avec les révolutions de la goutte. Quelquefois l'affection générale semble faire explosion de toutes parts , et les attaques goutteuses sont précédées ou suivies d'une dartre farineuse, qui couvre le front, le nez , les tempes et une portion plus ou moins étendue du cuir chevelu. Qu'un médecin observateur suive la chaîne qui lie ces maladies au sein des familles : parmi les enfans d'un goutteux , l'un sera ou menacera de devenir phthisique; l'autre, ou sera goutteux aussi, ou aura des dartres, ou présentera des engorgemens glandulaires, et celle abondance de tissu cellulaire et graisseux des constitutions strumeuses ; plus souvent encore toutes ces affections se remplacent successivement, chez le même individu , en suivant les révolutions des âges. Lorsque Selle , examinant la phthisie goutteuse , assigne ( fort hypothétiquement sans contredit ) un siège différent aux tubercules pulmonaires, suivant que la phthisie est scrophuseuse ou goutteuse, qui ne voit combien il eût mieux apprécié ces faits, s'il avait suivi l'analogie parfaite de ces affections , et se fût élevé à les

considérer comme des formes différentes delà même disposition générale.

Tout ceci nous conduit encore à l'étiologie Ja plus naturelle de la gravelle et du calcul vésical. Deliaen dit que la pierre est un mal endémique en Autriche, dans la Slyrie, la Croatie, le Tyrol; il observe, en même temps, que l'engorgement du thymus, des parotides et des autres glandes du cou, en tumeurs très-volumineuses, dures et même malignes , y sont aussi singulièrement familières (1).

La diathèse scrophuleuse concentrant ses effets dans les ligamens , les cartilages et les glandes synoviales des articulations, nous en voyons naître la claudication par engorgement lymphatique de la cavité cotyloïde de l'os des îles, et le fongus articulaire. Celle même affection , s'exerçant dans les extrémités spongieuses des os , ou dans leur cavité médullaire, il en résulte le spina-ventosa et le pédarthrocace.

Qu'on me pardonne de m'être livré, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, à une digression aussi étendue, et qui est exclusivement du ressort des médecins , aussi-bien que la détermination des lois en vertu desquelles , dans une semblable théorie , les vices du système lymphatique se monlreroient sous telles ou telles formes. Mais je n'ai pu m'em pêcher de ramener à une seule cause, qui me semble leur être commune , une foule de maladies donl l'éliologie n'a offert, jusqu'à présent, que des incertitudes, ou des théories , les unes trop grossières , les autres beaucoup trop métaphysiques.

(1) Dehaen, Ratio medendi, vol. 1, cap. ix, de Fards.

La disposition scrophuleuse du système peut rester endormie toute la vie, ou être réduite à un tel état de calme par les moyens de l'art, que l'individu parcourt toutes les époques d'une vie ordinaire, comme s'il en étoit exempt. Celte affection générale de la constitution se développe, chez les enfans, par un grand nombre de causes dérivant de la manière de vivre, et quelquefois spontanément, parce que celte disposition est poussée au plus haut degré. C'est parce qu'elle existe avec plus ou moins d'intensité chez les enfans de la même famille , qu'elle se réalise chez les uns avec tous ses désavantages et tous ses dangers , et que chez les autres elle reste assoupie jusqu'à l'âge le plus avancé, et jusqu'au terme naturel de la vie.

Suivant le docteur Pinel, les scrophules seroient un héritage plutôt paternel que maternel. Fodéré paroît du même avis par rapport au goitre et au crétinisme ; mais Girtanner admet une opinion directement opposée , et qui semble plus accréditée dans les pays où les scrophules sont très fréquentes. En Angleterre et dans le canton de Vaud, les païens d'un jeune homme, avant de le marier, n'épargnent ni recherches ni soins pour s'assurer que les scrophules n'existent pas dans la famille de celle qui doit devenir son épouse. Du reste , il me paroît qu'il en est à cet égard comme de plusieurs autres dispositions héréditaires , que les enfans reçoivent tantôt du père et tantôt de la mère.

Rien n'est moins prouvé que la propriété contagieuse des écrouelles. Il est seulement vrai de dire que les tumeurs scrophuleuses, tant internes qu'ex-

ternes , donnent , par la suppuration , une matière acre le plus souvent très-fétide. Les exhalaisons de eette matière , son application immédiate à des organes d'un tissu délicat, peuvent, chez certaines personnes qui portent déjà une disposition latente aux maladies de cette espèce , en exciter le développement le plus dangereux. Voilà pourquoi il est toujours prudent d'éviter l'haleine et l'odeur des crachats des phthisiques très-avancés.

Les causes qui favorisent la naissance de la disposition scrophuleuse , qui en excitent le développement, et que les parens doivent en conséquence, autant qu'il est en eux, éloigner de leurs enfans, sont les suivantes : 1". Un air froid et humide ; l'humidité de l'atmosphère y a surtout beaucoup de part. Voilà ce qui fait que les scrophules sont si fréquentes en Angleterre, en Hollande, dans la Maurienne , dans le pays de Vaud , et , en général , sur le bord des lacs. L'inconstance des saisons , et toutes les variations de l'atmosphère aigrissent les scrophules. C'est cette inconstance du ciel, réunie à une humidité habituelle, qui fait dominer les affections de ce genre dans quelques contrées de la France et de l'Espagne. 2 . La paresse , la fainéantise, une vie trop sédentaire, le défaut d'exercice en plein air, un sommeil trop prolongé, la malpropreté des habitations, des vêlemens, et l'impureté de l'air qui en est la suite. 3 1 . Une nourriture malsaine, surtout de végétaux farineux , tels que les pommes de terre, les haricots. 4°- Toutes les passions de l'âme débilitantes, la tristesse, la douleur, le chagrin, la crainte. 5°. Enfin, si la disposition scrophuleuse rend sou-

vent la petite-vérole naturelle fâcheuse, on voit souvent celle-ci, à son tour, servir d'occasion au développement le plus formidable des scrophules.

Que les scrophules se manifestent dans les parties externes ou sur les organes intérieurs , elles suivent constamment une marche dans laquelle on peut reconnoître trois périodes : i°. Celui où se prononce la physionomie scrophuleuse générale de la constitution et de la partie dans laquelle la maladie veut faire éruption. 2°. Celui où les engorgemens lymphatiques se forment , et où le travail sourd de l'inflammation lente qui leur est propre, commence et continue ses progrès. Le troisième période, le plus redoutable, et qu'en général tous nos efforts doivent tendre à prévenir, est celui où les parties affectées passent en suppuration. Ces suppurations, suivant leur étendue et la nature des parties où elles sont établies, en opèrent la destruction , y portent la carie ou des lésions plus ou moins graves et souvent incurables, déterminent la fièvre lente, la consomption , et , par un grand nombre de voies , conduisent à la mort.

Cette distinction dans les périodes que parcourent les écrouelles, est très-importante, surtout sous le rapport des indications curalives. Je vais déroger, en faveur du sujet intéressant qui nous occupe, au plan de cet essai, en traçant les règles générales de méthode préservatrice et curative, conformément aux principes que j'ai avancés. On verra que tous les moyens prophylactiques, dont l'expérience a démontré l'utilité, se rangent naturellement autour de notre théorie. Quant à la thérapeutique, elle

acquiert , par ma manière de voir, une étendue qu'elle n'avoil pas auparavant, et dont des succès nombreux m'ont démontré les avantages. La même théorie règle d'une manière régulière, et conformément à toutes les maximes avouées de pratique , l'emploi des principaux remèdes connus , qui, dans l'état actuel des choses, tantôt réussissent et tantôt échouent , comme cela doit avoir lieu dans tout traitement empirique où le hasard seul peut faire coïncider les remèdes avec les circonstances dans lesquelles ils conviennent.

Prophylactique des Scrophules. Si on se rappelle ce que nous avons dit au commencement par rapportau défaut d'équilibre des autres systèmes d'organes avec le système lymphatique, on concevra qu'il faut que la méthode préservatrice tende à remonter les systèmes relativement plus foibles, et à ranimer leurs fonctions languissantes; elle doit éloigner tout ce qui favorise la dialhèse lymphatique, et accumuler tous les moyens propres à régulariser l'action du système absorbant et glandulaire. La prophylactique qu'indiquent tous les auteurs, d'après les leçons de l'expérience, est conforme à ces vues. En revenant sur ce que nous avons dit des causes des scrophules, on y trouvera la série des choses qu'il faut éloigner. Voici ce qu'il reste à ajouter à ce plan de conduite : bons bouillons , viandes de jeunes animaux , vin généreux de temps en temps et modérément, éviter le thé et la plupart des boissons aqueuses chaudes, ainsi que les farineux, le lait, et en général les alimens qu'on en prépare. Sous l'influence d'un régime tonique , on peut retirer de très-grands avantages

du bain froid , pourvu que l'enfant ne soit pas trop foible , que Je bain ne soit pas trop prolongé , que le -corps soit ensuite bien essuyé, et qu'on mette , pendant quelque temps , le tendre sujet dans un lit bien chaud. Le bain froid, soit comme préservateur ou comme moyen curatif, demande une très-grande surveillance de ses effets , vu qu'il peut avoir de trèsgraves inconvéniens , de même qu'il donne quelquefois de très-grands avantages. Habit de flanelle sur la peau , renouvelé aussi souvent que l'exige la propreté ; frictions avec une flanelle chaude sur l'épine du dos et sur le ventre. Habitation dans un air sec , salubre , et , s'il est possible, dans un pays riant. Vêtemens toujours secs et propres ; équilation ; promenades à pied et en voiture, jeux du volant, de l'escarpolette , et , en général , tous les exercices qui donnent du plaisir, car, par cela même, ils sont plus salutaires. L'exercice et l'air de la campagne peuvent seuls, sans remèdes, dissiper les accidens scrophuleux les plus graves; mais il n'est pas de traitement qui , sans ces deux auxiliaires , donne des résultats satisfaisans.

Les moyens préservatifs ne déterminent pas toujours les moyens de guérison. Quand les scrophules et les divers accidens qui y tiennent sont déclarés, l'usage des toniques est directement contre-indiqné ou du moins singulièrement subordonné aux indications que l'état de la maladie fournit. Suivons les affections scrophuleuses dans leurs principales époques.

Lorsque la diathèse scrophuleuse se prononce dans une partie , le traitement doit tendre à l'assou-

piret à enchaîner son développement. C'eslle même, niais dans des degrés convenables , que celui qui convient quand les engorgemens sont formés. On passe ensuite aux moyens de régime et aux remèdes qui peuvent rétablir l'équilibre des systèmes.

Quand les engorgemens existent déjà, il faut prévenir ou détruire l'inflammation des congestions et des tumeurs écroueileuses, et réduire ainsi la maladie à cet état d'assoupissement où la disposition scropbuleuse est purement latente. Ce traitement qui , au premier coup d'œil , ne paroît que palliatif, est pourtant le véritable. Il est impossible de changer d'un moment à l'autre l'ordre de l'organisation primitive. En arrêtant le développement de l'affection scrophuleuse dans une partie , on prévient cet enchaînement de désordres qui s'y lient, et le sujet parcourt souvent alors toutes les époques de sa carrière comme s'il en étoit exempt. Réduite à cet état, cette disposition peut s'éteindre dans l'individu, sous l'influence d'une manière de vivre convenable et par la réaction des parties organiques mieux équilibrées.

Le vrai traitement repose sur ce principe fondamental : une tumeur écronelleuse est un phlegmon chronique, et, comme telle , elle est susceptible de toutes les terminaisons des inflammations, parmi lesquelles la suppuration est la plus ordinaire. Tous les moyens d'obtenir la résolution d'un phlegmon y sont donc applicables.

i°. On regarde comme moyen de résolution d'un engorgement, tout ce qui peut le dissiper, en partie par une transpiration à sa surface, en partie par la résorption des sucs. Tel est l'effet de l'application

des sachets de plâtre, de cendres chaudes, et des emplâtres dits fondans, etc.

2 . Rien ne conduit les inflammations chroniques plus promptement à résolution, que des émissions sanguines plus ou moins répétées ; l'application immédiate des sangsues réduit souvent , dès la première fois , les tumeurs scrophuleuses à la moitié de leur volume. Or, je le demande, que deviennent ces principes et ces indications tirées d'une théorie inexacte : les mauvaises qualités du pus dérivent d'une inflammation languissante qu il faut ranimer; il faut activer la suppuration pour faire dégorger, pour faire fondre les glandes, etc.

3°. Pour faire avorter une inflammation naissante, pour achever de la détruire quand elle est déjà abattue par les saignées, il suffit quelquefois de calmer l'irritation qui pourroit la ranimer; l'opium réussit ainsi en quelques cas. Les succès que peuvent donner les extraits de ciguë, de douce-amère, d'aconit, se rattachent au même principe.

4°. Les révulsions et dérivations procurées par les vésicatoires, les purgalions répétées, donnent ici les mêmes résultats que dans d'autres phlegmasies aiguës ou chroniques ; tous les autres remèdes rentrent dans ces indications ou dans celles-ci : équilibrer les forées des divers appareils d'organes; limiter la prépondérance du système lymphatique, et régulariser ses fonctions. C'est ce que font les uns , en activant la sanguification ; les autres , en excitant les urines ou la transpiration.

Les moyens qui abaissent l'inflammation sont ceux qui limitent la suppuration, s'ils ne la prévien-

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