PREMIÈRE RÈGLE
5i. Le participe passé employé sans auxiliaire , s'accorde, comme l'adjectif, en genre et en nombre avec le mot qu'il modifie. Exemples :
Que de remparts détruils, que de villes forcées, Que de moissons de gloire en courant amassées!
(BOIL
L'inconsolable Tatia , enveloppée de voiles funèbres
et couronnée de cyprès, jette sur le cercueil des fleurs
trempées de ses larmes. (Flop..)
Je plains Rome, César, et je la vois trahie. (Voi/r.)
J'ai vu la foi des contrats bannie, les lois les plus sain tes anéanties. (Montesq.)
Dans le premier exemple les participes détruits, forcées, amassées, s'accordent avec les substantifs remparts, villes et moissons qu'ils modifient.
Dans le deuxième, les participes enveloppée, couronnée et trempées , s'accordent avec les substantifs Tatia et fleurs, auxquels ils se rapportent.
Dans le troisième , le participe trahie s'accorde avec le pronom la, qu'il modifie.
Dans le quatrième, les participes bannie et anéanties s'accordent avec les substantifs foi et lois, avec lesquels ils sont en rapport.
Voici d'autres exemples à l'appui de la règle :
Horace les voyant l'un de l'autre écartés. Se retourne, et les croit déjà demi-domptés.
(Corneille.)
Dans ses yeux insolents j'ai vu ma perte écrite.
(Rac.)
Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes.
(Rac.)
De joie à ce discours je vois vos sens saisis. (Volt.)
La terre n'est couverte Que de palais détruits, de trônes renversés. Que de lauriers flétris, que de sceptres brisés.
(Rac. fils.)
55. Quelquefois le participe sans auxiliaire est précédé immédiatement d'un autre verbe, ce qui n'empêche pas le participe de s'accorder en genre et en nombre avec le mot qu'il modifie :
... Quand une fourmi bâtit des pyramides. Nos arts semblent bornés, et nos travaux timides.
(Aimé-Martin.)
Ma langue embarrassée Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée.
(Rac.)
On dirait qu'échappé des antres de Norwége, L'hiver revient armé de glaçons et de neige.
(Castel.)
56. La place qu'occupe le participe sans auxiliaire n'exerce aucune influence sur ce mot , dont l'accord a aussi bien lieu lorsqu'il précède que quand il suit le substantif ou le pronom qu'il modifie :
Fatigués du butin qu'ils iraîni^nt avec peine, De faibles voyageurs arrivent sans haleine.
(Rac. fils.)
Nourris à la campagne dans toute la rusticité champêtre, vos enfants y prendront une voix plus sonore.
(J.-J. Rouss.)
Touchés de mes accords, les chênes applaudissent.