‹ Nouveau traité des participesChapitre 58 sur 104 · SANS ACCORD · texte numérisé non relu

SANS ACCORD

Vous possédez autant de qualités que votre frère en a montré.

Il a fait à lui seul plus d'exploiis que les autres n'en ont lu.

Il m'avait promis moins de services qu'il ne m'en a rendu.

188. Dans la première colonne le participe prend l'accord, parce qu'il est précédé de son complément direct que, pour revenus dans la première phrase, pour espérances dans la seconde , et pour imitations dans la troisième.

189. Dans la seconde colonne le participe est invariable, parce qu'il n'a pas de complément direct exprimé: le que, placé après les adverbes de comparaison autant , plus , moins, est une conjonction , et comme telle n'influe point sur le participe.

190. De ce qui vient d'être dit on peut déduire cette règle mécanique qui s'applique à un grand nombre de cas.

191. RÈGLE. Après les adverbes de comparaison autant , plus et moins , suivis immédiatement de la préposition de et d'un substantif, le participe passé précédé de que est toujours invariable , n'ayant point alors de complément direct énoncé : il n'a pas mérité autant d'éloges qu'il en a reçu ; il a reçu plus de lettres que je ne lui en ai écrit; il m'a prêté plus de livres que je ne lui en avais demandé .

Il a lui seul fait plus d'exploits que les autres n'c» ont In. (BoiL.)

J'ai perdu plus de pistoles que vous n'en avez gagné.

(Vaugelas.)

Pendant un règne si court, les arts et les sciences firent autant de progrès qu'ils en avaient fait pendant les plus longs règnes. (Volt.)

En possédant les cœurs, il possède plus de trésors que son père n'en avait amassé par son avarice cruelle.

(Fénel.)

II ne fonda pas moins de villes que ses prédécesseurs en avaient détruit. (Barthél.)

192. Tous les grammairiens sont d'accord sur les principes qui viennent d'être établis, et que confirme l'autorité de tous nos grands écrivains.

193. Il n'en est pas de même à l'égard du participe précédé d'un adverbe de quantité et du pronom en. Doit-on écrire en parlant de fleurs , combien j'en ai CUEILLI, ou combien j'en ai cueillies? Parmi les grammairiens, les uns sont pour l'invariabilité du participe, les autres sont pour sa n ariabilité.

194.. Les grammairiens qui veulent que ce participe soit invariable, et c'est le plus grand nombre, considèrent le pronom en comme un mot vague qui signifie de cela, et par conséquent combien en, autant en , plus en, etc. , sont pour combien de cela, autant de cela, plus de cela. Combien j'en ai cueilli, c'est-à-dire combien de cela j'ai cueilli; autant il en a gagné, c'est-à-dire autant de cela il a gagné. Le participe est invariable, ou, ce qui est la même chose, se met au masculin et au singulier, par la raison que combien en, autant en, c'est-à-dire combien de cela, autant de cela, qu'il modifie, sont du masculin et du singulier.

195. Les grammairiens qui se prononcent en faveur de la variabilité du participe envisagent au

contraire le pronom en comme un mot dont le sens est déterminé, et qui représente , avec ses accidents de genre et de nombre, le substantif auquel il se rapporte. Selon ces grammairiens combien en, autant en, etc., signifient combien de lui, combien d'elle, combien d'eux, combien d'elles; autant de lui, autant d'elle, autant d'eux, autant d'elles, etc. Ils veulent que l'on écrive : des fleurs, combien j'en ai cueillies ; des batailles, autant il en a gagnées , comme on écrirait combien de fleurs j'ai cueillies, autant de batailles il a gagnées. A l'appui de ce principe, ils citent les exemples suivants :

Combien en ai-je vus, je dis des plus huppés, A souffler dans leurs doigts, dans ma cour occupés.

(Racine.) Pendant ces derniers temps combien en a-t-on vus Qui du soir au malin sont pauvres devenus.

(L.v Font.) Combien n'en a-t-on pas vus qui n'avaient aucun souvenir de tout ce qui s'était passé. (Blffo.v.)

dans lesquels les verbes pluriels qui sont, qui n'avaient, indiquent que le pronom en, antécédent du relatif qui, est au pluriel, et semblent justifier la variabilité du participe.

196. Boniface et quelques autres grammairiens, tout en adoptant celte manière d'écrire le participe précédé du pronom en et d'un adverbe de quantité, veulent que le participe resle invariable , lorsque le substantif auquel se

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rapporte le pronom en , est du nombre singulier, et qu'on écrive conséquemment : de la liqueur ^ combien j'en ai bu; de la faiblesse, combien il en a montré; de la gloire, moins il en a désiré , plus il en a obtenu. Cette exception ne nous paraît pas fondée.

197. Dès qu'on admet que le pronom en prend le genre et le nombre du substantif qu'il représente, peu importe que ce substantif soit singulier ou pluriel. Dans un cas comme dans l'autre, il communique le genre et le nombre au pronom qui est en rapport avec lui, et nous pensons qu'on devrait écrire, comme une conséquence du principe établi au paragraphe 195 : de la liqueur, combien j'en ai bve; de la faiblesse, combien il en a montrée ; de la gloire, moins il en a désirée , plus il en a obtenue, de même qu'on écrirait d'après cette règle : des liqueurs, combien il en a bues ; des sentiments, combien il en a montrés ; des richesses , moins il en a DÉSIRÉES , plus il en a obtenues.

198. Bien que la variabilité du participe précédé du pronom en et d'un adverbe de quantité, nous semble ra tionnelle , nous n'hésitons pas à nous prononcer en faveur de sou invariabilité , comme étant conforme à l'usage généralement suivi par les auteurs. C'est pourquoi nous écrivons :

Des fautes, combien il en a commis!

Des désagréments, que nous en avons éprouvé!

Des livres, autant on lui en a prêté, autant ileo q l^,

De la gloire, plus il en a ambitionné, moins il en a

acquis.

De la fortune, il en a tant amassé ; tant il en a amassé. Des amis, il en a tant possédé; tant il en a possédé. Des lettres, il en a plus écrit; plus il en a écrit. Des enfants, il en a moins perdu; moins il en âperdu.

Et non pas :

Des fautes, combien il en a commises!

Des désagréments, que nous en avons éprouvés!

Des livres, autant on lui en a prêtés, autant il en

a lus.

De la gloire, plus il en a ambitionnée, moins il en

a acquise.

De la fortune, il en a tant amassée; tant il en a

amassée.

Des amis, il en a tanl possédés ; tant il en a possédés. Des lettres, il en a plus écrites; plus il en a écrites. Des enfants, il en a moins perdus; moins il en a

perdus.

199. Dans ces exemples et dans leurs analogues, l'accord du participe est sylleplique (Voyez N° 180), Bien que nous ayons considéré l'adverbe et le pronom en comme formant le complément direct, ces deux mots renferment, rigoureusement parlant, deux compléments : un complément direct gramrmatical, et un complément direct sylleptique. Le complément direct grammatical est l'adverbe de quantité employé comme collectif, tels sont : cowr' bien, ;plus, autant, moins, etc. Le complément direçf

sylleptique est le pronom m; c'est le mol qui frappe le plus l'esprit, et avec lequel, pour cette raison, l'accord a lieu, quoique grammaticalement il dût se faire avec le complément qui figure le premier dans renonciation de la pensée.

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