‹ Nouveau traité des participesChapitre 64 sur 104 · Souvent, et surtout en poésie, le complé · texte numérisé non relu

Souvent, et surtout en poésie, le complé

ment indirect précède le mot en ont , au lieu de le suivre; cela ne change rien à la nature de ce mot : y a-t-il action, c'est le participe présent ; y a-t il état, manière d'être, c'est l'adjectif verbal. Ainsi l'on dira: |

Avec le participe présent :

On verrait les soleils, l'un sur l'aulre roulant, Entrechoquer dans l'air leur front élinceiant.

(Soumet.)

Le sens est : on verrait les soleils qui roulent l'un sur T autre; c'est de l'action qu'il s'agit.

Avec l'adjectif verbal :

Près d'un corps tout sanglant à leurs yeux se présente, Une femme égarée et de Sung dégouttante.

(Volt.)

, Le sens est : une femme égarée et Qui est dégouttante de sang; c'est l'état, la manière d'être qu'on représente.

Avec le participe présent :

Songe aux cris des vainqueurs

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirant.

:Rac.)

Le sens étant : songe aux cris des vainqueurs qui

EXPIRENT SOUS le fer; il est évident que c'est l'action que le poète a voulu peindre.

Avec l'adjectif verbal :

Ces infortunés, devant leur maître tremblants, n'osent le regarder, ni lui parler. (Bern. de S.-Piei'.re.)

Le sens est : ces infortunés qui sont tremblants devant leur maître, n'osent, etc. ; c'est donc l'état, la manière d'être qui est exprimée.

226. Lorsque la mesure ou la rime l'exige , les poètes ne se font pas scrupule de faire varier le participe présent précédé de son complément indirect :

Toi-même rappelant ma force défaillante, Et mon âme déjà sur mes lèvres expirante.

(Rac.)

On ne reconnut plus qu'usurpateurs iniques, Qu'infâmes scélérats à la gloire aspirants,

(BOIL

Mille usuriers fournis de ces obscurs brillants Qui vont de doigts en doigts tous les jours circulants.

(Reg.\ard.)

Je peindrai les plaisirs en foule renaissante, Les oppresseurs du peuple à leur tour gémissants.

(BoiL.)

Qui de ton sanctuaire au carnage courants Kevolaient enhardis à des forfaits plus grands.

(Lemercier.)

( i36) Il ne vous reste plus que des femmes tremblantes, Au pied de ses autels avec moi gémissantes.

(Volt.)

D'un nouvel univers il ouvrit la barrière ; Des mondes infinis autour de lui naissants. Mesurés par ses mains, à son ordre croissants, A nos yeux étonnés il traça la carrière.

(Volt.)

, 227. Cette licence , que les entraves de la versification font tolérer , serait considérée , dans la prose, comme une faute grave.

228. Le mot en ant qui n'a ni complément direct, ni complément indirect, peut avoir un complément circonstanciel exprimé par un adverbe ou une locution adverbiale, comme encore, toujours, également, constamment , j)artout , sans cesse, long-temps, au loin, eic.ha place que ce complément occupe par rapport au mot en ant peut influer sur la nature de ce mot.

229. Placé après le mol en ant, il en restreint la signification , la renferme dans des limites qui annoncent une action ; le mot en ant est alors participe présent.

230. Placé avant le mot en ant, il lui laisse la même étendue d'expression qu'il aurait si le complément circonstanciel n'existait pas; n'étant pas limité dans sa signification , ce mot est propre à peindre l'état, l'habitude; il est alors adjectif verbal.

Ainsi on dit avec le participe présent :

L'Angleterre, combattaxt toujours, est arrivée au terme, glorieuse et triomphante. (De Pp.adt.)

Us y trouvent une subsistance abondante, une pâture RENAISSANT Continuellement. (Buff.)

Télémaque lui-même arrose de liqueurs parfumées ses cendres fumant encore. (Fênel.)

Les besoins de l'homme augmentant sans cesse ont développé et perfectionné son intelligence.

(Volt.)

Et avec l'adjectif verbal :

De sa race divine à jamais renaissants, Ses fils sur tes autels feront fumer l'encens.

(Delille.)

A l'abri du danger son ame encor tremblante Veut jouir de ces lieux et de son épouvante.

(/rf.)

Maman toujours projetante, et ^oi'jowrs agissante, ne nous laissait guère oisifs ni l'un ni l'autre.

J.-J. Rouss.)

Le reine-mère, long-temps errantf. mourut à Cologne, dans la pauvreté. (Volt.)

Les Français combattaient dans les alliés une hydre toujours renaissante. (Volt.)

Aux cris de nos besoins sans cesse hf.naissants, NiCérès, niBacclius n'apportaient leurs présents.

(LUCE DE LaNXIVAL.)

Il y porte une image à jamais rekaissanti-:.

(Volt.)

231. Appartcnantj approchant, dépendant, descendant, existant, participant, prétendant, résidant, ressemblant, résultant, séant, subsistant, tendant, employés comme participes présents, devraient toujours rester invariables :

Une ville appartenant aux Anglais.

(Makmoxt.)

Les connaissances spéculatives ne conviennent guère aux enfants, même approchant de l'adolescence.

(J.-J. Roiss.)

L'idée de propriété dépendant de beaucoup d'idées antérieures ne se forme pas tout d'un coup dans l'esprit humain. (/</.)

Des gens participant à une mauvaise action.

(BKSCnER.)

Plusieurs hommes prétendant h celte place.

Les Turcs ont des ministres résidant continuellement chez eux. (Volt.)

Une figure ressemblant trait pour trait ù l'original.

(Uescheu.)

Celle union résultant de la nature des choses était la continualion de l'ouvrage du cardinal de Ricliolieu.

(De Pradt.) La Cour royale séant à Paris (*). (^Acad.)

Ces peuples ne subsistant que de brigandage.

(Ici.)

Des discours tendant à la révolte.

(lîOSSUIîT.)

232. Cependant dans le style usuel, familier, cl même dans des ouvrages d'un style plus élevé, on fait souvent varier ces participes présents. C'est ce que nous allons prouver par des exemples empruntés à nos bons auteurs.

APPAUTi jVANT :

Une ville appartenante aux Hollandais.

(Volt.)

Il apprit que quelques officiers appartenants aux premières familles d'Athènes méditaient une trahison.

^BAnTUI-.L.)

Les P-ivs-Bas étaient un assemblage de plusieurs seigneuries appartenantes à Pliilippo. (Volt.)

{*j Séant vient de seoir, vieux verbe qui n'est plus usité qu'au participe présent.

Page 1