‹ Nouveau traité des participesChapitre 71 sur 104 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

248. Dans le premier exemple, c'est à Buffon que se rapportent les gérondifs en lisant , en admirant, en soumettant. Dans le second, c'est avec nows qu'est en rapport le gérondif en lisant. Or ni Buffon ni nous n'y sont formellement ni virtuellement comme sujets. Ces gérondifs sont donc évidemment mal employés.

249. Au surplus , l'emploi du gérondif est quelquefois difficile à justifier; ce qu'il faut principalement pour que l'emploi en soit autorisé, c'est que le rapport du gérondif ne présente aucune équivoque, et soit facile à saisir. C'est du moins la conséquence à tirer de l'usage qu'en font nos bons auteurs.

250. Il résulte de ce qui précède que le gérondif ne doit jamais se rapporter au complément du verbe, et qu'ainsi on ne doit pas dire : je l'ai rencontré en se promenant, ilm'a vu en me promenant. l\ faut dire, en faisant usage du participe présent : je l'ai rencontré se promenant, il m'a vu me promenant, attendu que le rapport a lieu avec les compléments directs le, me, et non avec les sujets je, t7.

251. Lorsque dans une même phrase il se trouve de suite deux ou plusieurs participes présents ou gérondifs , on fait presque toujours précéder de la conjonction et le dernier participe présent ou le dernier gérondif :

Des bateaux de pêcheurs paraissant et disparaisiant entre les lames. (Berx. de S.-Pierke.)

Qui ne serait pas iouché de voir une mère aimaxt son fils à ce point, n'ayant d'autre bien au monde et tremblant de le perdre? (La Haupe.)

Je vous vois dans le grand chemin que tenait Panurge pour se ruiner, rr.EXA.xT argent d'avance, achetaxXT cher, VEXDAM à bon marché, et mangeant son blé en herbe. (.Molièp.e.)

252. L'emploi delà conjonction et dans ce cas n'est au surplus qu'une affaire de goût, et l'on ne saurait considérer comme faute l'omission de cette conjonction dans ces vers de Delille :

L'autre enfermant les vents, les chassant tour à tour, Irrite des brasiers les flammes paresseuses.

253. Quand plusieurs gérondifs se suivent, c'est le goût et l'oreille qui décident s'il faut répéter la préposition en, et s'il vaut mieux dire : il l'aborda en criant et en gesticulant , que : il l'aborda en criant et gesticulant.

25i. 11 ne faut pas mettre le pronom personnel en devant le gérondif , lorsque ce pronom est le complément d'un infinitif qui suit ; ainsi ne dites \)as:jevous ai confié mon fils E^ voulant faire quelque chose de bon; mais dites, en plaçant le pronom en devant l'infinitif : voulant en faire quelque chose de bon.

255. Quand la préposition en est énoncée devant le gérondif, il ne faut pas faire précéder celui-ci

(lu pronom en: l'emploi des deux mots en placés immédiatement l'un près de l'autre produirait un (îffot fort désagréable. Ne dites donc pas : le prince tempère la rigueur du pouvoir E^ en partageant les fonctions; il faut prendre un autre tour et dire : en partageant les fonctions du pouvoir, le prince en ter^' père la rigueur.

(ii4)

Page 1