DISSECTIONS
La dissection consiste à isoler avec l'instrument tranchant les différentes parties du corps, afin d'en étudier la disposition, la structure, les rapports, etc. Ce mode de préparation est presque exclusivement mis en pratique; les autres sont, le plus souvent, uniquement destinés à rendre la dissection plus facile.
Les instruments nécessaires dans la majorité des dissections sont: 1° des scalpels au nombre de six, deux droits, quatre demi-convexes ; 2° une pince à disséquer; 3° deux paires de ciseaux : l'une, plus forte, à pointe mousse; l'autre, plus faible, à pointe aiguë; il est encore bon d'avoir à sa disposition , pour la dissection des artères , des ciseaux de moyenne grandeur courbés sur le plat et à pointe mousse; 4" une scie ; 5° un marteau ; 6° un ou plusieurs ciseaux-burins d'acier trempé ; 7° deux ou trois érignes, l'une à main, l'autre à chaîne ; un tube à insuffler garni d'un robinet ; 8° un fort scalpel, très court, qui puisse servir de rugine. Ces instruments sont constamment en usage dans toutes les dissections et doivent toujours, avec de l'eau, une éponge et du linge, des aiguilles à suture, du fil, être sous la main de l'anatomiste. Il est encore quelques instruments qui, sans être aussi nécessaires , sont très utiles dans les dissections : par exemple, une loupe, un compas, un mètre divisé en plusieurs compartiments articulés entre eux.
Les scalpels et les pinces seront tenus comme Une plume à écrire, le scalpel de la main droite, la pince de la main gauche ; cette dernière saisit les parties que l'on veut enlever. On remplace souvent dans les dissections les scalpels par des bistouris. Si ces instruments ont l'avantage d'être plus commodes, parce qu'ils peuvent se fermer et qu'ils sont plus portatifs ; si cette substitution permet aux élèves de s'habituer à se servir d'un instrument dont ils auront plus tard besoin dans la pratique , nous trouvons aux bistouris l'inconvénient d'avoir une lame beaucoup trop longue : aussi dans la dissection minutieuse est-on obligé, quand on veut rapprocher les doigts de la pointe de l'instrument, de saisir la lame en plein tranchant. Si dans certaines préparations la lame du scalpel est déjà trop longue , à plus forte raison la lame du bistouri présentera- t-el le le même inconvénient. C'est pour remédier aux accidents qui pourraient survenir à l'élève qui tiendrait son scalpel par la lame, que l'on a fabri-
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que ces petits scalpels à lame très courte et très mince : ceux-ci sont destinés à la dissection des petits filets nerveux. Ces scalpels ne sont pas indispensables dans une boîte à disséquer ; nous recommandons, quand on n'en a pas sous la main, d'envelopper la plus grande partie de la lame d'un scalpel ordinaire, ou d'un bistouri, avec une bandelette de diachylon. De cette manière on pourra disséquer sans crainte de se couper.
On trouve souvent dans les boîtes à disséquer un scalpel à deux tranchants; nous n'avons jamais su apprécier l'utilité de cet instrument, qui est souvent la cause de coupures.
Les ciseaux servent à disséquer les artères, les parties profondément situées, ils servent encore à achever rapidement une préparation ; mais il faut avoir une grande habitude de cet instrument, sans quoi on s'exposerait à couper des parties qu'il est important de ménager.
Il est inutile de nous arrêter sur l'usage de la scie, du marteau et du ciseau-burin, nous ferons seulement remarquer qu'il est quelquefois difficile de maintenir solidement les parties que l'on veut scier ou les os que l'on veut séparer à l'aide du ciseau; un davier dans ce cas peut rendre de grands services.
Le tube à insuffler permet de distendre les cavités dont on veut étudier la forme; enfin les aiguilles à suture, le fil, servent à coudre la peau sur les parties que l'on veut recouvrir; les érignes servent à fixer les parties dans certaines positions.
Les dissections ne devront être faites que lorsqu'on aura déjà connaissance de la région que l'on veut disséquer; aussi conseillons-nous aux élèves de lire à l'avance la description des organes qu'ils doivent étudier sur le cadavre , sans cette précaution ils s'exposeraient à couper des parties qu'ils auraient dû ménager.
Il est un précepte sur lequel nous ne saurions trop insister,, et qui est recommandé par Lauth dans son excellent Manuel de l'analomisle : « Ce qu'il faut recommander surtout aux commençants, c'est de préparer proprement; il ne s'agit pas de travailler vite, la promptitude dans les dissections ne s'acquiert que par l'exercice. Outre qu'une préparation sale, hachée, n'est pas faite pour inspirer le goût de l'anatomie, il est souvent bien difficile de se faire une idée exacte de la disposition des parties ainsi préparées.»
Les élèves doivent encore faire attention à ne découvrir que la partie sur laquelle doit porter le travail de la journée. Lorsque les téguments ont été enlevés, les tissus situés au-dessous perdent rapidement leur élasticité, leur coloration normale, se putréfient beaucoup plus vite. Quand la préparation n'aura pas pu être terminée et étudiée dans le même jour, on aura soin de la recouvrir avec la peau ; c'est pour cette raison que nous avons recommandé d'avoir toujours des aiguilles et du fil afin de la coudre, car si on la laisse libre, en
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raison de sa rétractilité, il est presque impossible de garantir le centre de la préparation.
Malgré toutes les précautions qu'on ne saurait d'ailleurs trop prendre, souvent les anatomistes sont piqués par une pointe de scalpel ou une esquille, ils se coupent avec les tranchants des instruments : voici ce qu'il convient de faire aussitôt après l'accident. La plaie sera lavée à grande eau, on la fera saigner abondamment; on emploiera la succion pour faire saigner les piqûres, puis la plaie sera réunie avec du diachylon ou du taffetas d'Angleterre. On a conseillé et l'on emploie encore la cautérisation afin de détruire le prétendu principe délétère que l'instrument aurait introduit dans la plaie; mais il est parfaitement démontré que les accidents qui surviennent à la suite des piqûres anatomiques sont dus plus souvent à la cautérisation qu'à la blessure elle-même. Les déchirures faites avec les esquilles , avec les dents de la scie , donnent souvent lieu à une lésion spéciale de la peau désignée sous le nom de tubercules anatomiques. Ces tubercules se présentent sous la forme de tumeurs violacées couvertes de fistules à bord calleux; ils sont extrêmement rebelles. On peut prévenir le développement de ces tubercules à l'aide des précautions que nous avons indiquées pour les piqûres et les coupures. Si cependant la peau, au niveau de la déchirure, prenait une teinte livide, devenait dure, comme tuberculeuse, il faudrait se hâter de détruire cette tendance à l'aide d'un traitement convenable.
Le choix du cadavre est subordonné à l'espèce de préparation que l'on veut exécuter; nous aurons soin d'y revenir en décrivant les diverses parties de l'anatomic.
ïl est encore quelques points sur lesquels nous désirons fixer l'attention des élèves. Lorsque le cadavre sera placé sur la table de dissection, il sera nettoyé avec soin; les poils seront rasés, sinon sur tout le corps, du moins dans tout le voisinage de la région que l'on se propose de disséquer.
Lorsque la préparation sera terminée, on l'étudiera le livre à la main. Il faut toujours, en étudiant la préparation, avoir présents à l'esprit les principes suivants :
Le corps humain est symétrique, c'est-à-dire que si on le sépare en deux moitiés égales par un plan antéro-postérieur, on aura deux parties semblables, l'une droite, l'autre gauche. Les organes situés sur la ligne médiane sont impairs, et par conséquent symétriques; ceux qui sont situés en dehors du plan médian antéro-postérieur sont pairs, c'est-à-dire que si un organe existe sur le côté droit, on trouvera le même organe sur le côté gauche. Aussi ne décrirons-nous qu'un seul organe, bien qu'il en existe deux, et qu'un des côtés de l'organe lorsque celui-ci sera placé sur la ligne médiane.
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Cette symétrie, que Ton peut constater pour presque tous les organes de l'économie, n'existe point dans certains organes de la vie de nutrition: ainsi le foie, la rate, l'estomac, le cœur, etc., sont des organes impairs. Cependant ils ne sont pas complètement symétriques ou même ne le sont pas du tout : ainsi les cavités droites du cœur ne sont pas semblables aux cavités gauches ; le lobe droit du foie est beaucoup plus volumineux que le lobe gauche; l'estomac, la rate, ne présentent aucun caractère de symétrie.
Nous n'insisterons pas davantage sur les caractères de symétrie et de non-symétrie des organes, car nous aurons occasion d'y revenir en décrivant chaque organe en particulier, et nous ne nous y serions pas arrêté si nous n'avions voulu déterminer d'une manière précise la méthode mise en usage pour exposer les rapports des organes entre eux.
Nous supposerons toujours le corps de l'homme placé verticalement , la face tournée en avant, la tête en haut, les pieds en bas : il sera facile de rapporter à cette position toutes les attitudes qu'il sera nécessaire de faire prendre au sujet dans les dissections. De plus , nous le supposerons divisé par un plan antéro-postérieur qui passerait par l'axe du corps; de cette manière il sera extrêmement facile de déterminer les rapports des organes : en effet, l'organe le plus rapproché de ce plan sera le plus interne; celui qui, en sera le plus éloigné sera le plus externe. Lorsqu'un organe sera situé sur la ligue médiane , il sera divisé par ce plan fictif ; nous aurons à lui considérer une portion gauche et une portion droite.
Cette méthode sera appliquée non seulement aux cavités spîanclmiques, mais encore aux membres, et nous examinerons les rapports des muscles, des vaisseaux, des nerfs, des faces et des saillies des os, non pas suivant un plan qui passerait par l'axe du membre, mais bien suivant le pian que nous avons indiqué plus haut.
Nous engageons les élèves à bien se pénétrer de cette méthode afin d'éviter des erreurs ; nous ne nous en écarterons que dans deux circonstances : seulement lorsque nous décrirons les muscles interosseux de la main et du pied.
Les rapports des organes avec ceux qui sont placés en avant et en arrière seront aussi très faciles à déterminer, si l'on a soin de supposer toujours le sujet dans la position indiquée plus haut; nous insistons sur ce point atin d'éviter les erreurs qui pourraient être faites quand on dissèque le sujet couché sur le ventre. Ainsi, pour étudier le muscle grand dorsal, on le découvrira par sa face postérieure , et l'on ne dira pas il est en rapport en avant avec la peau, bien que celle-ci se trouve la première. Les rapports en haut et en bas ne présentent qu'un seul point qui puisse embarrasser les élèves, c'est dans la dissection des parties qui constituent le pied , et l'on évitera toute source d'erreur en se rappelant le principe gé-
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néral que nous ayons formulé. Ainsi les muscles de la plante du pied sont en rapport en bas avec la peau du pied, en haut avec les os de cet organe.
L'étude des rapports des parties constituantes de la main et de Pavant-bras pourrait peut-être quelquefois causer de l'embarras : il faut se rappeler que la main doit toujours être ramenée dans la supination, c'est-à-dire sa face palmaire dirigée en avant, le bord cubital placé sur le côté externe du membre inférieur.
Le corps humain est formé de plusieurs espèces d'appareils , qui sont : l'appareil de la locomotion, essentiellement constitué par des leviers résistants, les os, réunis par des liens fibreux, les ligaments, etc., mis en mouvement par un tissu d'une nature particulière, pouvant se raccourcir et reprendre alternativement ses premières dimensions, les muscles.
Les os ont une forme fixe invariable ; ils se présentent sous différents aspects. Tantôt ce sont des colonnes creuses, réunies entre elles par des liens plus ou moins résistants, les ligaments, les capsules fibreuses. D'autres fois ils s'élargissent , se réunissent d'une manière plus complète, ou par juxtaposition, ou par engrènement, et forment de vastes cavités destinées à protéger les organes : tels sont le crâne, le thorax, le bassin, la colonne vertébrale.
Les muscles s'attachent solidement par l'une de leurs extrémités à un os, par l'autre extrémité à un autre os; une de ces extrémités est fixe , l'autre est mobile. Le raccourcissement des muscles change les rapports des surfaces osseuses et permet des déplacements faciles; cette contraction musculaire se fait sous l'influence d'un appareil qui leur transmet la volonté : cet appareil est le système nerveux, composé d'une partie centrale, le cerveau et \<imoelle épinière , d'une partie périphérique , les nerfs. Les organes , tous sans exception, reçoivent les matériaux nécessaires à leur conservation et à leur développement. Ces matériaux se trouvent dans le sang qui leur est transmis par le cœur à l'aide de canaux: les artères, qui s'épuisent dans l'intérieur de chaque organe; d'autres canaux, les veines et les vaisseaux lymphatiques, reportent au cœur le sang dépouillé des matériaux propres à la nutrition des organes, ou un liquide sur l'origine et la nature duquel les anatomistes ne sont pas d'accord, la lymphe. Le cœur, les artères, les veines et les vaisseaux lymphatiques constituent Vappareil circulatoire.
Les appareils de la vie de nutrition sont renfermés dans les grandes cavités splanchniques ; ils sont destinés à la conservation et à la reproduction de l'espèce : tels sont les appareils de la digestion, de la respiration, de la sécrétion urinaire, de la génération.
Enfin il nous reste à parler d'une autre catégorie d'appareils destinés ou à la perception des sensations, les organes des sens, ou à les manifester, Vappareil vocal,
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Dans cet exposé rapide on voit que les organes de l'homme forment deux catégories d'appareils essentiellement distincts :
, Appareils locomoteurs.
Appareil de la vie de relation.
'•Les os.
| Les articulations.
I Les muscles, p Les aponévroses.
! Le larynx.
( Organes des sens.
) Système nerveux.
' Appareil vocal. . . .
^Appareil sensitif. . .
(Appareil circulatoire.
Appareil digestif, «■nnuw uc ia vio uu iiuumuii. / Appareil respiratoire.
I Appareil urinaire.
\ Appareil génital.
Tel est l'ordre que nous nous proposions de suivre, mais nous avons cru qu'il était bon de lui faire subir une légère modification : ainsi la difficulté de disséquer et de poursuivre au milieu d'organes encore inconnus un grand nombre de filets nerveux, nous a fait penser qu'il valait mieux ne décrire la névrologie qu'après avoir donné une description exacte de tous les organes; nous ne décrirons donc l'appareil sensitif qu'après avoir examiné tous les appareils de la vie de nutrition. Quant à l'appareil vocal, il est tellement lié à l'appareil respiratoire que nous n'avons pas cru devoir l'en séparer. Nous décrirons donc successivement : 1° les os, osléologie; 2" les articulations, arthrologie; 3° les muscles et les aponévroses, myologie et aponévrologie; 4° le cœur et les vaisseaux, angéiologie ; 5° la splanchnologie, c'est-à-dire les appareils de la digestion , de la respiration et de la voix, de la sécrétion urinaire, de la génération; 6° les organes des sens; 7° le cerveau, la moelle épinière et les nerfs, névrologie; 8" nous terminerons enfin par la description de l'œuf humain et l'anatomie du fœtus, embryologie.