NERFS CARDIAQUES
Les nerfs cardiaques sont formés par les trois rameaux qui émargent sur les côtés internes des trois ganglions cervicaux, et par des filets nombreux qui partent du pneumo-gastrique et du récurrent. Il n'est aucune partie du système nerveux qui offre autant de variétés que les nerfs cardiaques : ainsi, ceux d'un des côtés sont plus volumineux que ceux du côté opposé; dans certains cas, les rameaux qui viennent du pneumo-gastrique suppléent les rameaux du grand sympathique. La description que nous allons donner se rapporte à la disposition la plus fréquente.
Les nerfs cardiaques fournis par le pneumo-gastrique naissent du côté interne de ce nerf, se portent en bas, en avant et en dedans et s'unissent, dans le thorax ou le long du cou, aux nerfs cardiaques proprement dits, ils se jettent rarement dans les plexus cardiaques. Le rameau le plus inférieur passe du côté droit, en avant de l'artère carotide primitive et du tronc brachio-céphalique ; du côté gauche, en avant de la crosse de l'aorte : ces deux nerfs se jettent dans les nerfs cardiaques supérieurs.
Le nerf récurrent fournit de nombreux filets cardiaques qui ont des connexions intimes avec les nerfs cardiaques moyen et inférieur ; ce sont ces anastomoses auxquelles se joignent encore des filets, nés de la portion thoracique du grand sympathique, qui constituent les plexus cardiaques.
Les nerfs cardiaques qui viennent du grand sympathique, sont :
1° Nerf cardiaque supérieur (fig. 132, 8). — Il naît de la partie inférieure et interne du ganglion cervical supérieur, quelquefois du rameau de communication, d'autres fois il a deux racines, l'une qui vient du rameau de communication et l'autre du ganglion; dans un certain nombre de cas , il reçoit des filets des nerfs cardiaques du pneumo-gastrique. Ce nerf se dirige en bas et en dedans, se place entre le cordon de communication et la carotide primitive, passe entre ce dernier vaisseau et l'artère thyroïdienne inférieure, envoie quelques filets au larynx , et pénètre dans la poitrine sur les côtés de la trachée; à droite, il passe derrière l'artère sous-clavière et le tronc brachio-céphalique qu'il croise obliquement, et se jette dans le plexus cardiaque près de l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire; à gauche, rapproché de l'œsophage, il descend entre l'artère sous-clavière et la carotide primitive, i croise, en avant, la crosse de l'aorte et se jette dans le plexus cardiaque dans le même point que le nerf cardiaque droit avec lequel il s'anastomose largement.
2° Nerf cardiaque moyen (fig. 132, 9). — Il naît du ganglion
NÉVR0L0G1E.
cervical moyen ou du rameau de communication quand ce ganglion n'existe pas; il est très variable quant à son volume, quelquefois le plus petit; Scarpa l'a trouvé le plus volumineux des trois, et Ta nommé grand nerf cardiaque. Il se dirige en bas et en dedans, derrière la carotide primitive; à droite, il passe derrière l'artère sous-clavière, le tronc brachio-céphalique et la crosse de l'aorte; à gauche, il se place entre l'artère carotide primitive et la sous-clavière, partie en avant, partie en arrière de la crosse de l'aorte. Ces deux nerfs s'anastomosent avec le nerf cardiaque supérieur, les nerfs cardiaques du pneumo-gastrique et du récurrent; ils se terminent dans les plexus cardiaques.
3° Nerf cardiaque inférieur. — Il naît du ganglion cervical inférieur; à droite, il passe derrière l'artère sous-clavière, le tronc brachio-céphalique, la crosse de l'aorte; à gauche, il accompagne le nerf cardiaque moyen, et passe avec lui tantôt en avant, tantôt en arrière de la crosse de l'aorte. Ces deux nerfs s'anastomosent avec les filets cardiaques du récurrent, le nerf cardiaque moyen, et vont se jeter dans les plexus coronaires postérieurs.
Tous les rameaux que nous venons d'examiner convergent en un même point circonscrit entre l'aorte, l'artère pulmonaire, le canal artériel ; là ils se confondent en un plexus où l'on a signalé un ganglion, que Wrisberg a indiqué, sur la première courbure de l'aorte, entre ce vaisseau et l'artère pulmonaire; ce ganglion appelé ganglion cardiaque n'existe pas chez tous les sujets. Par opposition il y en a quelquefois plusieurs.
Derrière la crosse de l'aorte, au-dessus du tronc pulmonaire, en avant de la trachée, existe un autre plexus, grand plexus cardiaque de Haller, où l'on rencontre quelquefois un ganglion : ce plexus est surtout fourni par les nerfs cardiaques moyen et inférieur.
De ces plexus partent : 1° des rameaux antérieurs, qui descendent au-devant de l'aorte et de l'artère pulmonaire, se distribuent au péricarde et concourent à former le plexus coronaire antérieur; 2" des rameaux moyens, qui se portent en partie dans le plexus pulmonaire; ils pénètrent encore entre la trachée et la crosse de l'aorte, entre la crosse de l'aorte et l'artère pulmonaire droite; 3° des rameaux profonds, situés entre l'artère pulmonaire droite et la trachée; ils sont principalement destinés au tissu du cœur.
Tous ces rameaux forment deux plexus, qui ont été désignes sous le nom de plexus coronaires, ce sont :
1° Plexus coronaire antérieur. — Formé principalement par les filets antérieurs, il est situé entre l'aorte et l'artère pulmonaire, il entoure de ses rameaux l'artère coronaire antérieure, et se jette dans le tissu charnu du cœur.
2° Plexus coronaire postérieur. — Beaucoup plus volumineux que l'antérieur, il est formé par les rameaux moyens et profonds, se place à la partie postérieure de la base du cœur, se porte sur Par-
PORTION THORAC1QUE DU GRAND SYMPATHIQUE, 8| 3
{ère coronaire postérieure, et se perd dans le tissu du cœur et sur la face postérieure des oreillettes.
Les nerfs cardiaques envoient encore des rameaux dans les tuniques de l'aorte et au péricarde,
PORTION TIIORACIQUE DU GRAND SYMPATHIQUE
Le grand sympathique forme dans le thorax un cordon nerveux présentant douze ganglions correspondant à chacune des vertèbres dorsales (fig. 132, 28, 29); ces ganglions, inégaux en volume chez les divers sujets, sont situés au-devant de chaque articulation costo-vertébralc ; ils sont recouverts par la plèvre ; les veines et les artères intercostales sont situées derrière le cordon du grand sympathique; du côté droit, celui-ci est côtoyé par la veine azygos. Quelquefois il n'existe pas douze ganglions; cette variété tient à la fusion du premier ganglion dorsal avec le ganglion cervical inférieur (fig. 132, 27), et du dernier ganglion dorsal avec le premier lombaire.
Chaque ganglion reçoit des rameaux externes, il envoie des rameaux internes vasculaires et viscéraux. Les rameaux de communication supérieure et inférieure sont très courts ; chez quelques sujets, dont les ganglions dorsaux sont peu développés, ils forment presque toute la portion thoracique du nerf grand sympathique.
a. Rameaux externes. — Les rameaux externes, au nombre de deux pour chaque ganglion, doivent être considérés, moins comme des anastomoses du grand sympathique avec les paires rachidiennes, que comme des rameaux d'origine. Le rameau externe de ces racines est le plus long, le plus blanc ; il vient du nerf intercostal correspondant, et se porte à l'angle externe du ganglion. Le rameau interne se porte à la partie postérieure du ganglion; il est court, gris, se dirige vers le trou de conjugaison; il vient du nerf rachidien avant sa division en deux branches. Arrivés aux ganglions, ces rameaux d'origine peuvent être suivis à travers le cordon du grand sympathique, on les voit se diriger : en haut vers le ganglion supérieur, en bas vers le ganglion inférieur.
b. Rameaux internes. — Les rameaux, qui partent des cinq ou six premiers ganglions, se portent en dedans, passant à droite derrière la veine azygos, à gauche derrière l'aorte à laquelle ils envoient quelques filets, s'anastomosent avec les filets œsophagiens et les filets pulmonaires du pneumo-gastrique , et forment les plexus œsophagiens et pulmonaires qui se distribuent à l'œsophage et au poumon ; il n'est pas rare de voir un filet cardiaque sortir du premier ganglion thoracique. De chaque ganglion dorsal naît un filet qui pénètre dans le corps de chaque vertèbre; cette disposition se rencontre encore aux régions lombaire et sacrée.
Les filets internes, qui partent des six derniers ganglions, for-
NÉVROLOGIE.
ment : les quatre premiers, le nerf grand splanchnique , les deux derniers, le nerf petit splanchnique ; ces deux nerfs, qui se distribuent à la plupart des viscères abdominaux, méritent une description particulière.
De même que nous avons décrit les nerfs et les plexus cardiaques avec la portion cervicale du grand sympathique, de même nous décrirons, avec la portion thoracique, les nerfs splanelmiques, les plexus et les ganglions qui en dépendent.
NERFS SPLANCHNIQUES.
1° Le nerf grand splanchnique (fig. 132, 30) est, comme nous l'avons dit, formé par des rameaux qui partent du septième, huitième, neuvième, dixième, quelquefois du cinquième et du sixième ganglion dorsal et qui se réunissent pour former un gros cordon nerveux. Ce nerf se porte en bas et au-devant de la colonne vertébrale, pénètre dans l'abdomen en traversant le diaphragme par une petite ouverture particulière, et se termine au ganglion semi-lunaire.
2° Le petit nerf splanchnique naît des deux ou trois derniers ganglions thoraciques; il se porte en bas et en dedans parallèlement au nerf grand splanchnique, en dehors duquel il est placé, et se jette dans le plexus rénal. Quelquefois on voit partir du douzième ganglion thoracique un filet qui se porte isolément au plexus rénal.
A. Plexus solaire, ganglions semi-lunaires.
Plexus solaire. — Au-devant de l'aorte et des piliers du diaphragme, autour du tronc cœliaque, au-dessus du pancréas, existent un grand nombre de ganglions , étendus du grand sympathique du côté droit à celui du côté gauche; de ces ganglions partent, en divers sens, de nombreux filets nerveux , qui sont désignés sous le nom de plexus solaire, plexus épigastrique. Ce plexus est limité à droite et à gauche par les capsules surrénales ; les ganglions qui le composent, ganglions solaires, sont de forme extrêmement variable , ils se présentent souvent sous l'aspect de cercles , d'arcades ganglionnaires réunis par de gros cordons très courts offrant euxmêmes l'apparence des ganglions. Dans les intervalles que ces divers corps laissent entre eux on trouve des ganglions et des vaisseaux lymphatiques dont on peut facilement les distinguer à leur couleur; les deux plus externes, plus importants, ont reçu le nom de ganglions semi-lunaires. Les rameaux qui partent du plexus solaire enlacent les artères qui naissent de l'aorte abdominale , et vont constituer un grand nombre de plexus secondaires, plexus diaphragmatiques inférieurs, hépatiques, spléniques, mésentriques supérieurs, etc. Nous décrirons les plus importants de ces plexus.
NERFS SPLÀNCHNIQUES .
Ganglions semi-lunaires. — Les ganglions semi-lunaires ainsi nommés en raison de leur forme, sont situés en avant des piliers du diaphragme, en partie sur l'aorte, en dedans et au-dessus des capsules surrénales; leur bord convexe qui regarde en bas, est divisé en plusieurs dents, desquelles part un faisceau de nerfs; leur concavité regarde en haut et en dehors, donne également naissance à un grand nombre de filets nerveux; leur angle externe reçoit le nerf grand splanchniquc ; par leur extrémité interne, ils communiquent entre eux à l'aide d'une chaîne de petits ganglions dont nous avons déjà parlé.
Le ganglion du côté droit est plus volumineux que celui du côté gauche , il reçoit une partie du nerf pneumo-gastrique droit. Le gauche, en partie recouvert par la queue du pancréas, n'a pas de communication avec le nerf pneumo-gastrique; ils reçoivent tous deux des filets du nerf phrénique ; l'ensemble de ces filets et de ces ganglions constitue le plexus solaire, d'où partent des filets nerveux qui forment les plexus suivants :
a. Plexus diaphragmatiques inférieurs. — Ils suivent les artères diaphragmatiques inférieures, puis s'en séparent et se perdent dans le diaphragme, s'anastomosant avec le nerf phrénique.
Le plexus diaphragmatique droit est plus considérable que celui du côté gauche et présente vers l'extrémité de la capsule surrénale un petit renflement grisâtre, ganglion diaphragmatique ; le plexus du côté gauche ne présente pas de ganglion.
b. Plexus surrénaux. — Ils se rendent aux capsules surrénales, le long des artères capsulaires ; les filets nerveux qui composent ces plexus viennent en partie des plexus diaphragmatiques inférieurs et du ganglion semi-lunaire correspondant.
c. Plexus cœliaque. — Formé par l'entrelacement des nerfs qui, du plexus solaire, se portent au tronc cœliaque, il forme trois plexus secondaires, ce sont :
1° Le plexus coronaire stomachique, qui prend son origine de l'extrémité supérieure du plexus solaire; il enlace l'artère coronaire stomachique où il présente un certain nombre de petits ganglions auxquels aboutit le pneumo-gastrique du coté droit ; il est destiné à la petite courbure de l'estomac, à l'extrémité inférieure de l'œsophage; les filets nerveux qui le composent s'anastomosent avec les filets gastriques du pneumo-gastrique, s'avancent vers la petite courbure de l'estomac entre les deux feuillets de l'épiploon gastro-hépatique et se terminent dans l'épaisseur des tuniques de l'estomac. Les nerfs du plexus coronaire stomachique se prolongent sur les différentes branches de l'artère du même nom, de telle sorte qu^ils se rendent au foie, quand l'artère coronaire stomachique fournit une branche hépatique.
2° Les plexus hépatiques sont au nombre de deux; l'Un, antérieur, formé par des filets venant du ganglion semi-lunaire gauche, du
NEVUULOGIL.
pneumo-gas trique droit et de quelques lilets provenant du ganglion semi-lunaire droit, se jette dans le foie en suivant la face antérieure de l'artère hépatique; l'autre, postérieur, formé par le ganglion semi-lunaire droit, pénètre dans la scissure du foie, et suit les ramifications de la veine-porte.
Des plexus hépatiques partent les plexus gastro - épiploïque droit, cystique et pylorique, qui se portent sur les artères gastroépiploïque droite, cystique et pylorique. Sur le fœtus les nerfs du plexus gastro-épiploïque droit se prolongent sur la veine ombilicale. M. Hirschfeld les a suivis jusqu'au placenta.
3° Le plexus splénique, qui vient du ganglion semi-lunaire gauche, et de la partie supérieure du plexus solaire, enlace l'artère splénique et se porte à la rate. Ce plexus fournit le plexus gastroépiploïque gauche et le plexus pancréatique. Il fournit en outre quelques filets qui accompagnent les vaisseaux courts et se rendent au grand cul-de-sac de l'estomac.
B. Plexus mésentérique supérieur.
Les nerfs du plexus solaire , après avoir fourni les plexus dont nous venons de parler, se prolongent sur le tronc de l'aorte, arrivent à l'artère mésentérique supérieure , et donnent naissance à un nouveau réseau qui enlace de ces branches l'artère mésentériepic supérieure et ses divisions. Ces nerfs se rendent avec cette artère à l'intestin grêle, au cœcum, au côlon ascendant, à la moitié du côlon transverse, à la troisième portion du duodénum et à la partie inférieure de la tête du pancréas. Les filets nerveux glissent entre les deux lames du mésentère, sont très allongés et ne s'anastomosent pas en arcade comme les artères mésentériques, et ce n'est qu'auprès du bord concave de l'intestin qu'on rencontre des arcades d'où partent des filets qui pénètrent dans la tunique de l'intestin et se rendent à sa tunique musculeuse, à sa tunique fibreuse et à sa membrane muqueuse.
De ce plexus partent des rameaux anastomotiques avec le plexus mésentérique inférieur.