ÉVOLUTION DE L'OEUF
L'évolution de l'œuf commence à partir du moment où il est fécondé; les modifications les plus importantes qu'il éprouve con* sistent dans son accroissement en volume et dans les changements que subit son contenu. Ces premières métamorphoses s'opèrent pendant le temps que l'ovule met à traverser la trompe pour parvenir à l'utérus. Ce temps, il faut le dire, n'est pas exactement connu dans l'espèce humaine; il en est de même des premières phases du développement de l'embryon humain; c'est à l'aide d'expériences nombreuses, faites sur les animaux, qu'on a pu acquérir les notions que nous allons exposer.
Du reste, ces observations ont été faites sur des espèces animales assez voisines de l'homme (brebis, lapine, chienne, etc.), pour qu'on puisse, sans forcer l'analogie, en tirer des conclusions relatives à notre espèce. Résumer en quelques pages ce sujet qui comporte d?s volumes, est une tache difficile que nous allons néanmoins chercher à accomplir.
Dans l'état actuel de la science, aucun fait concluant ne prouve? que l'œuf ait été vu dans la matrice de la femme avant le dixième ou le douzième jour après la conception (Cazeaux) : les observations contraires n'ont pas une authenticité suffisante. Notons, en passant, que la progression de l'œuf est rapide dans la moitié externe de la trompe, beaucoup plus lente au contraire dans sa moitié interne.
En regardant comme démontré que la fécondation a lieu aux environs de l'ovaire, il est facile de comprendre l'utilité de la lenteur avec laquelle l'ovule parcourt la trompe pour que la matrice puisse se préparer à le recevoir et à le retenir sur sa paroi interne.
Quoi qu'il en soit, les œufs qu'on a observés dans l'utérus â l'époque la plus prématurée présentaient déjà des changements très notables.
1° A l'extérieur, les granulations du cumulus proliger, que l'ovule avait entraînées dans sa chute, se dissolvent; elles sont remplacées par un enduit albumineux fourni par la trompe; il est souvent disposé en couches concentriques, entre lesquelles on a assez fréquemment rencontré des spermatozoïdes emprisonnés (fig. 138, 5,4, 4);
EMiilUOLOGlE.
rudiineutaire chez les mammifères, ce dépôt albumineux forme, dans l'œuf de l'oiseau, la masse épaisse connue sous le nom de blanc de l'œuf. Cet enduit a du reste une durée éphémère, car il a presque complètement disparu au voisinage de l'orifi'ee utérin de la trompe.
2° La tache de Wagner, la vésicule germinative de Purkinjc et Coste ne sont plus apparentes; ces éléments, auxquels on a fait jouer un si grand rôle, et qu'on a considérés comme la partie essentielle de l'ovule, n'ont donc qu'une existence temporaire; il semble même que leur disparition est spontanée et peut s'effectuer sans l'acte de la fécondation. M. Coste parait adopter cette opinion; suivant lui, lorsque l'ovule est en maturité, tache et vésicule germinatives s'effacent comme des organes dont le rôle est terminé.
3 Alors se manifeste le curieux phénomène de la segmentation du vitellus; voici en quoi il consiste : la masse du vitellus, qui remplissait complètement la cavité de l'œuf, se racornit, diminue de volume, elle flotte alors librement dans cette cavité, des parois de laquelle elle est séparée par une couche mince de liquide; un espace ovoïde clair et transparent apparaît au centre du vitellus; bientôt, aux deux extrémités d'un des diamètres de celui-ci se dessine une échancrure qui , augmentant progressivement de profondeur , le divise en deux masses ovoïdes juxtaposées, par un mécanisme en tout semblable; ces deux premières moitiés, ramenées d'abord à la forme sphérique, se divisent elles-mêmes en deux, et la division dichotomique continuant, le vitellus est successivement fractionné eu iy 8, 16. 32, etc., etc., sphères de plus en plus petites; chaque
Fig. 138.
(Euf dans la trompe et segmentation du vitellus.
i. Corps mùriformc flottant. — 2. Espace rempli de liquide entre le corps mûriforme et la membrane vitelline. — 3. Membrane vilelline. — 4. Spermatozoïderampant sur la face externe et maintenus appliqués contre elle par — 5. une couche albumineuse sécrétée par la trompe.
ÉVOLUTION DE t/oEUF.
sphère porte à son centre une large tache ou noyau dans lequel commence, d'après M. Coste, le travail de la segmentation.
Il est difficile, dans les premiers moments, de comparer les sphères vitellines à un élément anatomique connu; mais bientôt elles prennent la forme de cellules granuleuses bien dessinées : à la segmentation succède la formation du blastoderme.
4° Le blastoderme , au sein duquel paraîtra bientôt le rudimeni de l'embryon , et d'où procéderont de plus ses annexes , est constitué par les sphères vitellines. Nous avons vu qu'après la segmentation toutes ces sphères constituaient , par leur réunion, une masse mûriforme. Le liquide albumineux qui occupe le centre de cette masse, et dont la quantité augmente incessamment, refoule les sphères du centre à la circonférence et les applique contre la paroi interne de l'œuf sous forme de couche. Elles deviennent alors polygonales, puis se sondent entre elles et ne tardent pas à constituer, par leur fusion, une membrane mince, sphérique, dont la cavité est pleine de liquide, c'est le blastoderme ; il présente, en un point déterminé de sa surface, un amas plus épais de sphères formant une lâche blanchâtre circulaire ou ovale, c'est la tache embryonnaire de Coste, Varea germinativa de Bischoff. L'apparition de ce point, qui marque la place de l'embryon, correspond assez exactement au huitième ou au neuvième jour de la conception.
5° La rapidité de l'évolution permet bientôt de constater que le blastoderme se compose de deux feuillets accolés qu'il est possible de séparer avec la pointe d'une fine aiguille. Cette disposition est surtout manifeste au voisinage et au niveau de la tache embryonnaire qui, vue de profil, se présente sous l'aspect d'un épaississement, d'une plaque saillante du côté de la cavité. Ces deux feuillets ont été désignés sous le nom de feuillet interne, muqueux ou végétatif, et feuillet externe, séreux ou animal; entre eux deux apparaît presque aussitôt un réseau vasculaire très délié qui s'étale entre les deux membranes, et prend le nom de feuillet intermédiaire ou vasculaire.
Mais simultanément la tache embryonnaire augmente , prend en ^'allongeant la forme elliptique, s'incurve de manière à devenir concave du côté du centre de l'œuf, convexe du côté de la membrane vitelline, se renfle à ses deux extrémités; à son centre se voit un strie, une ligne obscure qui n'est autre que le vestige de l'embryon, dont on a comparé la forme à cette époque à celle d'une guitare. Le renflement le plus considérable est dit céphalique ; l'autre, plus grêle, caudal, parce qu'ils correspondent aux deux extrémités du nouvel être. Pendant que ces métamorphoses se sont effectuées à l'intérieur, la membrane vitelline qui, dans les premiers jours, n'avait éprouvé d'autre changement qu'un accroissement dans ses diamètres, se dégage vers la fin de la trompe de la couche albumineuse dont nous avons parlé plus haut ; elle perd son apparence lisse ei homogène; de sa surface externe surgit une foule de petits pro-
EMBRYOLOGIE
longements filiformes semblables aux villosités intestinales; l'œuf affecte une ressemblance grossière avec une châtaigne recouverte do sou calice épineux. Ces villosités , en rendant rugueuse la face externe de l'œuf, contribuent puissamment à la fixer ; mais leur apparition ne devait avoir lieu, et n'a lieu, en effet, que lors de l'arrivée de l'œuf dans l'utérus.
Il est possible que le germe ait acquis, à son arrivée dans la matrice, un degré de développement moindre ou plus considérable que celui que nous venons d'exposer; mais, néanmoins, et ne fût-ce que pour la facilité de l'étude, nous croyons utile de marquer ici un temps d'arrêt et de nous résumer en quelques mots. Dix à douze jours se sont écoulés depuis la fécondation; ce laps de temps, pendant lequel le canal tubaire seul a été franchi, forme une première période embryonnaire délimitée, il faut l'avouer, d'une manière un peu arbitraire ; l'œuf a quintuplé de volume; de tous les éléments qui le composaient alors qu'il était infécondé dans la vésicule de de Graaf, la membrane vitelline seule persiste, encore a-t-elle changé d'aspect; la tache et la vésicule germinative ont disparu; par suite de la segmentation le vitellus, d'abord granuleux, s'est divisé en sphères nombreuses; le blastoderme s'est formé par leur condensation, puis s'est divisé en deux couches séparées par des vaisseaux; l'ovule est réduit à trois membranes concentriques, adossées, interceptant une cavité centrale pleine de liquide.
La place de l'embryon est marquée, on distingue déjà les points qu'occuperont ses deux pôles; on voit également les membranes
\. Membrane vitelline avec ses villosités naissantes (premier chorion). — 2. Feuillet externe ou animal du blastoderme. — 3. Corps de l'embryon. — 4. Renflement céphalique. — 5. Renflement caudal. — fi. Réflexion du feuillet séreux, origine de l'amnios. — 7. Cavité centrale pleine de liquide qui formera plus tard la vésicule ombilicale,
Fig. 139.
Œuf dans l'utérus.