AUTOMATISME OU QUATRIÈME DEGRÉ DE L'IDIOTIE
Définition. — Nous définirons l'automatisme : une affection cérébrale, essentiellement congénitale, caractérisée par l'absence complète des facultés de Tintelligence, de la sensibilité morale et de l'instinct, correspondant toujours à une altération profonde du squelette primordial, et par conséquent à des vices de forme extérieure trèsmarqués.
Habitude extérieure. — Dans tous les cas, mais particulièrement dans les cas les plus graves, il est intéressant d'observer les faits et les gestes spontanés des idiots. Il y a, dans ces ébauches de la vie psychique, quelque chose d'énigmatique qui attire singulièrement l'observateur. Chez les uns, c'est un balancement continuel du corps, accompagné d'un certain bourdonnement ou fredonnement, destiné sans doute à marquer la mesure des mouvements. D'autres branlent constamment la tête, se lèchent les doigts, battent des mains, frappent contre le mur, soufflent avec la bouche, etc. Un geste caractéristique qui n'est pas trèsrare, c'est de les voir porter les mains vers l'une des paupières, frotter l'œil, le presser ou étirer la paupière. Dans tous les traits de la face, et dans le maintien de ces idiots, on lit l'hébétement le plus complet, inler-
rompu seulement de temps en temps par des rires ou des pleurs superficiels, ou les signes fugitifs d'autres impressions passagères. Chez beaucoup d'entre eux les fonctions sexuelles manquent entièrement ; les parties génitales sont petites, rabougries; la menstruation ne se présente qu'après la vingtième année, ou môme pas du tout ; cependant l'on rencontre aussi des cas oh elle se montre à l'époque habituelle, et régulièrement. Quelquefois l'on voit des idiots des deux sexes se livrer avec fureur à des habitudes vicieuses (1).
La forme de la tête est très-variable ; tantôt les automates sont microcéphales, tantôt macrocéphales. Généralement les différents diamètres normaux sont ou dépassés ou ne sont pas atteints ; le crâne est tantôt allongé, tantôt plat, raccourci, oblique en divers sens, en pain de sucre, etc. La face est bouffie, vullueuse, couverte d'éruption papuleuse, lichénoïde, etc.; elle est rarement en proportion avec le crâne; ainsi chez les macrocéphales elle' est comparativement trop petite, tandis qu'elle est trop grande chez les microcéphales. Les yeux sont strabiques, le plus souvent petits, enfoncés dans l'orbite; le nez est épaté, à racine plate et large ; les lèvres sont épaisses, renversées en dehors, et écartées l'une de l'autre par une langue épaisse, charnue, gonflée; la bouche est remplie de salive, les automates bavent presque tous ; les dents sont inégales, difformes, écourtées et cariées ; les oreilles sont anguleuses et mal implantées; les cheveux sont crépus ou raides et hérissés ; la barbe manque le plus souvent; le cou est épais et court, parfois allongé outre mesure ; la tête est généralement penchée en avant ; la peau est, dans la plupart des cas, rugueuse et couleur de bistre; elle est enduite d'une espèce de vernis poisseux qui exhale une odeur rance très-prononcée.
L'ensemble de la face résume les traits de l'enfance confondus avec ceux de la vieillesse, de sorte qu'à première vue il est difficile de fixei' l'âge des automates. L'expression de la physionomie est le plus souvent hébétée et porte le cachet du néant psychique. (Voir planche VII, fig. 5.)
La colonne vertébrale offre diverses formes de déviation ; le bassin est de même dévié, le plus souvent atrophié. Les membres ne sont pas en proportion avec le tronc; les os sont tordus en divers sens, raccourcis, épaissis, amincis. Les articulations sont épaisses, difformes; fréquemment les cavités cotyloïdes manquent, la tête des os n'offre presque pas de volume, et ces êtres déshérités, incapables de marcher, sont obligés de passer leur triste existence assis sur leurs jambes entrecroisées ou blottis dans leur lit. On remarque des contractures musculaires, des rétractions tendineuses : pied-bot, piedéquin, varus ; des fausses ankvloses, etc. Un ventre énorme surplombe un bassin et des cuisses atrophiées.
(1; Griesinger, Des ma/, ment. Paris, 1844.
Le thorax est étroit, aplati, sans aucune synnétrie. Les mamelles sont peu développées ou flasques, pendantes et ridées. Les parties génitales sont ou rabougries ou démesurément développées ; mais l'érection est incomplète,
La marche, si elle est possible, est canetante, incertaine ; tous les mouvements sont disgracieux. La plupart des automates offrent le tic du balancement; presque tous se lèchent la lèvre supérieure ou gardent constamment un doigt dans la bouche. Ils font sous eux, et croupiraient dans l'urine et les excréments, s'ils n'étaient soumis à des soins charitables. Il en est auxquels il faut porter les aliments jusque vers l'œsophage; d'autres prennent les aliments avec leurs mains pour les porter à la bouche; ces derniers mangent avec avidité et ne prennent pas le temps de mâcher. Ils ne sauraient se servir d'aucun ustensile de table. L'épilepsie complique fréquemment l'automatisme, et la cachexie scrofuleuse en est la compagne presque inséparable.
Sens et sensibilité générale. — Les sens sont à peine ébauchés chez les uns, nuls chez les autres.
Chez les uns la vue est bornée, d'autres sont aveugles ; presque dans tous les cas la pupille reste immobile, de sorte qu'il est difficile de décider s'il y a cécité ou non; en tous cas l'impression de la lumière est mal perçue et ne transmet que des sensations fugaces.
L'ouïe, l'odorat etlegoûtsont presque toujours affaiblis : lesautomates mettent à leur bouche les choses les plus sales; ils mangent des orties, des excréments, de la paille, du tabac, etc. ; les choses les plus fétides, enfin, ne sauraient leur répugner. Esquirol a trouvé dans l'estomac d'une idiote des fragments du linge qui avait fait partie de ses vêlements ; chez une autre, le cœcum était distendu par un tampon de paille qui avait déterminé une inflammation, et la gangrène des membranes intestinales.
Le toucher est obtus ; les automates saisissent et tiennent mal les objets ; ils les laissent tomber sans paraître s'apercevoir que l'objet n'est plus entre leurs mains. Le plus souvent il y a anesthésie et analgésie de la peau et des muqueuses ; dans certains cas, l'analgésie existe seule.
La plupart semblent peu sensibles à la douleur. Esquirol a vu une idiote qui, avec ses doigts et ses ongles, avait percé sa joue, et qui, jouant avec un doigt placé dans l'ouverture, avait fini par déchirer la joue jusqu'à la commissure des lèvres, sans paraître souffrir. Les automates sont généralement peu sensibles aux variations climatériques ; il en est qui s'exposent au froid de manière à avoir les extrémités gelées et qui y paraissent totalement insensibles. La chaleur animale n'attemt pas chez eux le degré normal.
Ces infortunés, dit Esquirol, sont dans un tel état d'insensibilité et d'abrutissement, qu'ils ignorent quelle est la cause de leur douleur, qu'ils ne distinguent pas si cette cause est en eux ou hors d'eux; ils ont si peu
lesenlimentdu moi, qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appartient; aussi en est-il plusieurs qui se mutilent; lorsqu'ils sont malades ils ne se plaignent point ; ils restent couchés, roulés sur eux-mêmes, sans témoigner la moindre souffrance, sans qu'on puisse deviner les causes et le siège du mal ; ils succombent sans qu'on ait pu les secourir.
Motilité. — Les anomalies du mouvement consistent en spasmes, contractures et paralysies.
Les spasmes sont généraux et locaux. Dans le premier cas le malade est atteint d'une sorte de chorée; dans le second cas l'affection spasmodique se porte ordinairement sur les orteils, sur un bras, une jambe, etc. Les plus graves sont les convulsions épilepliformes; leur présence est d'un mauvais pronostic.
Parmi les contractures, on remarque surtout celle des orteils, le caput obsûipum (torticolis), le pied-bot, etc. On en voit d'une nature plus étendue, par exemple dans l'articulation fémoro-tibiale ; en ce cas, les talons sont fortement maintenus contre les fesses.
La paralysie est beaucoup plus fréquente : beaucoup d'idiots ne peuvent ni marcher ni se tenir debout; leurs extrémités inférieures sont ramollies ou raidies, ou atrophiées, et parfois le siège de contractions involontaires. Quelquefois, outre l'atrophie musculaire, on remarque une obésité prématurée, une taille de nain, des extrémités froides et bleuâtres, en un mot un état semblable à celui qu'on désigne sous le nom de paralysie des enfants, Kinderlàhmung (1).
Le développement physique des automates est très-tardif : les enfants sont presque incapables de prendre le sein ; on est obligé le plus souvent de les nourrir en leur versant le lait jusque dans l'isthme du gosier. La puberté aussi est en retard; le plus souvent les femmes ne sont réglées qu'à l'âge de vingt ans, d'autres ne le sont jamais.
Le plus grand nombre de ces malheureux se trouvent dans l'impuissance de marcher, parce qu'ils sont paralytiques, hémiplégiques, ou parce que le rachitisme a tordu leurs membres pelviens et les a atrophiés. Ceux qui peuvent se livrer à la progression ont la marche incertaine, chancelante, canetante; la plupart d'entre eux s'adossent au mur et s'avancent ainsi en prenant un point d'appui avec le dos, pendant que les pieds se soulèvent imperceptiblement et se remplacent en glissant sur le sol. Les membres thoraciques, le plus ordinairement inégaux, ne se meuvent pour ainsi dire que d'une manière convulsive. Ce que Duchenne, de Boulogne (2), appelle la conscience musculaire, leur manque ; chez eux les mouvements sont désordonnés et irréguliers comme ceux des aveugles qui procèdent en tâtonnant ; les muscles ont, pour ainsi dire, perdu la sensation de leur propre contraction.
L'obtusion du toucher rend la palpation incomplète ; aussi écraseronl-
1) Heine, cité par Griesingcr,
?) Duclienne, de Boulogne, Eleclrisation localisée, 3« édition. Paris, 1872.
ils entre leurs mains les objels susceptibles d'être écrasés, car la perception du tact ne saurait leur faire connaître ce qui est dur de ce qui ne l'est pas ; il est inutile de dire qu'ils ne peuvent se livrer à aucune espèce de travail manuel. La plupart abandonnent leur tronc à un balançcment monotone qui est tantôt latéral, et tantôt s'exécute d'arrière en avant.
Beaucoup d'entre eux, à l'instar des béliers, se ruent sur leur entourage en donnant des coups de lôte ; d'autres encore cherchent à enfoncer le mur avec leur crâne, et paraissent totalement insensibles à la douleur qui devrait résulter d'une pareille commotion. Ceux qui ne peuvent marcher restent blottis dans leur lit, se remuant à peine, et faisant entendre UQ grognement sourd lorsqu'on les dérange de leur position ou qu'on leur enlève la couverture ; ce grognement n'est qu'un éclair de colère, ils ne cherchent pas à se recouvrir; une fois découverts, ils le resteraient indéfiniment, soit par apathie, soit qu'ils demeurent insensibles aux variations de la température.
En un mot, tous les mouvements sont lents, convulsifs, saccadés ; une apathie constante et invincible cloue ces malheureux sur le fauteuil ou le lit dans lequel ils végètent, et une somnolence apparente ou réelle les réduit pour ainsi dire à l'état de cadavre vivant.
Facultés intellectuelles. — Chez beaucoup d'idiots on ne trouve aucun symptôme de vie psychique : ce sont des enfants déshérités de la nature qui, ignorant absolument ce que sont le monde et le temps, traversent l'existence sans se soucier aucunement de ce qui se passe autour d'eux; toute leur spontanéité consiste à avaler la nourriture qu'une main étrangère a placée dans leur bouche. L'animal perçoit le monde extérieur ; son organisation spécifique est complète ; il a des moyens pour faire connaître à ses semblables ou à l'homme ses instincts, ses affections, ses sensations, ses désirs; les créatures dont nous parlons sont donc placées beaucoup plus bas que l'animal sain, sans que pour cela ils cessent jamais d'être des hommes, quoiqu'on ait voulu leur enlever ce titre Un des caractères principaux de tous les cas graves,
c'est le manque du langage ; jamais les idiots du plus haut degré ne font un effort pour parler; c'est-à-dire que le caractère essentiel, distinctif de l'idiotie au plus haut degré, c'est le mutisme idiotique, qu'il ne faut pas confondre avec celui des sourds-muets. Le mutisme idiotique a sa raison d'être soit dans l'absence des idées, soit dans l'impuissance du sujet de les reproduire mécaniquement (anomalie des organes de la parole). Dans le premier cas, le sujet n'a rien à dire : celui qui ne pense pas ne parle pas ; dans le second cas le sujet n'éprouve pas le besoin de communiquer ses quelques pensées ; et comme on ne peut penser qu'avec des paroles, en parlant intérieurement il s'ensuit que l'idiot muet est incapable de former toute idée abstraite (1).
(I) Gricsinger, op. cit.
L'intelligence est nulle, toutes les facultés sont abolies ; il existe tout au plus un peu de mémoire locale, applicable seulement aux besoins habituels. Les automates sont des êtres sans volonté aucune; on ne trouve pas chez eux la moindre trace d'initiative. Leur vocabulaire consiste en quelques cris plus ou moins rauques ou stridents. Les impressions qu'ils sont susceptibles de recevoir n'ont chez eux que la durée d'un éclair. Il en est qui expriment leurs désirs, s'ils en ont, par des signes ou par un langage particulier, compris seulement de ceux qui vivent avec eux; les automates qui sont arrivés à ce perfectionnement ne l'ont atteint que par imitation et par habitude ; il n'y a chez eux aucune spontanéité qui leur ait fait adopter cette manière de s'exprimer. Privés de toute faculté intellectuelle, incapables par conséquent de juger, comparer et raisonner, ils ne sauraient avoir conscience des dangers qui les menacent ; aussi, comme le dit Ferrus, tel idiot que le moindre geste menaçant effraie, reste impassible en présence d'un grand péril. C'est à peine si les automates reconnaissent les personnes qui les soignent constamment ; en tout cas ils n'en gardent aucun souvenir : leurs serviteurs les plus dévoués peuvent être successivement remplacés sans qu'ils paraissent avoir la moindre conscience de ce changement. En un mot, toute vie psychique est éteinte en ces corps atrophiés.
Instincts et passions. — Quelquefois les idiots n'ont même pas les facultés instinctives : ils sont au-dessous de la brute, car les animaux ont l'instinct de leur conservation, de la reproduction, et ces idiots n'ont pas cet instinct; ils n'ont pas le sentiment de leur existence; ils n'ont ni douleur, ni plaisir, ni haine, ni amour; ce sont des êtres avortés; ce sont des monstres voués par conséquent à une mort prématurée, si la tendresse des parents ou là commisération publique ne protégeait pas leur existence (1).
Chez les uns l'appétit sexuel est complètement aboli; d'autres se livrent avec fureur à l'onanisme, en public, sans le moindre sentiment ae pudeur. Outre le penchant à l'onanisme et le besoin d'ingérer des aliments, les automates ne manifestent aucun autre désir. 11 en est qui ne sentent même pas le besoin de nourriture, et que la vue des aliments ne saurait tirer de leur torpeur ; d'autres manifestent leur voracité par de l'agitation, des grognements sourds, des cris aigus ou des rires stridents. Là où pas une lueur de sentiment affectif ne saurait trouver sa place, il ne saurait exister non plus de haine; aussi les automates sont-ils complètement indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux, et leur vie se réduit au mécanisme plus ou moins parfait des fonctions de digest on, de respiration et de circulation. Ceux qui peuvent marcher s'emparent de tout ce qu'ils trouvent sous la main, sans qu'on puisse en conclure qu'ils sont voleurs, car ils prennent les choses publiquement, et n'em-
(1) Esquirol, op. cit.
ploient ni ruses ni détours pour arriver à les posséder. Ils sont aussi vite calmés qu'ils sont faciles à irriter, car toutes leurs sensations sont fugaces.
Observation. — Catherine M... . est âgée de 13 ans et demi; elle a une taille de naine. La tôte présente les mesures suivantes :
Circonférence 48 centimètres 0 millimètres.
Diamètre occipilo-frontal 22 — '6 —
— bi-pariélal 44 — 0 —
— bi-temporal 10 — 5 —
— occipito-menlonnier. 21 — 0 —
Les cheveux sont droits, raides et assez fournis. Les oreilles sont petites et bien implantées. Le front est bas, étroit et fuyant; les bosses coronales sont peu développées, les bosses pariétales le sont davantage, la droite plus que la gauche; l'occipital est assez convexe. La forme de la tûte est allongée, oblique d'arrière en avant, et un peu de droite à gauche. La face n'est pas anguleuse, elle est ovoïde, allongée; le menton fait fortement saillie. Le nez est petit et arrondi, les os propres du nez font peu de saillie, sa racine est concave; il existe une dislance de 3 centimètres entre les angles internes des yeux. La bouche est grande, les lèvres sont légèrement déjetées en dehors. La langue est épaisse, et semble plus longue qu'à l'état normal. Les dents sont mal implantées, leurs bords tranchants sont dentelés, les molaires sont énormes. Les yeux sont légèrement strabiques et les pupilles dilatées. La face, les lombes et les fesses sont le siège d'une éruption lichénoïde. La peau est rugueuse, farineuse, et exhale une odeur rance toute particulière. Le cou est très-court et très-épais; le thorax est rélréci, aplati d'arrière en avant; la colonne vertébrale est fortement déviée à droite. Le bassin est oblique de droite à gauche; il est atrophié, et ne mesure que 9 centimètres de la crôte iliaque postérieure à la crête iliaque aniérieure. Les seins ne sont que rudimentaires, le ventre est énorme. Les bras sont longs, les muscles en sont atrophiés ; le radius et le cubitus sont tordus, bosselés, renflés en certains endroits, amincis en d'autres. Les doigts, longs et effilés, ne présentent pas de nodosités. Les cuisses ne paraissent tenir au corps que par la continuité de la peau et l'implantation de leurs muscles atrophiés. La cavité cotyloïde manque, la tête des fémurs est à peine perceptible; les fémurs eux-mêmes sont contournés, très-amincis à leur tiers inférieur, fortement épaissis et bosselés au tiers moyen et de nouveau très-frêles à leur tiers supérieur. L'articulation fémoro-tibiale est épaisse; des muscles atrophiés recouvrent des tibias et des péronés frôles et contournés; les pieds sont déjetés en dehors. On ne remarque des contractures ni aux doigts ni aux orteils. La malade lèche constamment sa lèvre supérieure ou suce l'un de ses doigis ; elle est toute la journée assise sur ses jambes à la. manière des tailleurs. Les sens ne manquent pas absolument. La vue paraît assez étendue, les pupilles se contractent à une lumière vive et subite; l'ouïe n'est pas dure. La peau et les muqueuses n'offrent ni anesthésie ni analgésie; lorsqu'on la pince ou qu'on la pique, l'idiote se met à pleurer; elle refuse les mets trop chauds. Le goût n'est pas non plus totalement aboli, il en est de même de l'odorat: ainsi elle se montre très-friande des sucreries, cl lorsqu'on lui oflre du vin, elle se recule dès qu'on porte le verre sous ses narines. Elle ne peut
pas boire dans un verre, elle lape lorsqu'on veut la faire boire ainsi. Ses fonctions digestives s'exécutent très-bien. Elle mange avec voracité et ne mâche pas les aliments, mais elle les retourne néanmoins plusieurs fois dans la bouche avant de les avaler. On est obligé de la nourrir, parce qu'il lui est impossible de se servir de cuiller; elle porte cependant elle-mOme à la bouche le pain el les sucreries qu'on lui donne, mais elle s'y prend mal ; ainsi, lorsqu'on lui donne un morceau de pain, elle cherche à l'introduire par le milieu, et ce n'est qu'en tâtonnant qu'elle finit par entamer un des bouts ; elle mord dans des raisins sans les égrainer, et si on n'y fait attention elle avale la grappe après les grains. Elle mange pour ainsi dire toute la journée. A la vue des aliments ou des sucreries elle s'agite sur son siège et pousse une sorte de clameur rauque et prolongée, en tendant les mains vers l'objet de sa convoitise. Elle laisse tout aller sous elle. Elle n'est pas absolument dénuée de mémoire, et son. éducabilité a pu être poussée assez loin pour qu'on soit parvenu à lui faire retirer le doigt de la bouche lorsqu'on le lui ordonne. Elle paraît reconnaître la sœur du service, lorsque celle-ci s'approche d'elle, mais elle ne lui témoigne aucune affection; elle paraît du reste indifférente à tout, et mène, assise dans son fauteuil matelassé, une vie végétative dans laquelle ne perce d'autre désir que celui de manger. L'épilepsie complique un état déjà si grave,. Les accès^ sont rapprochés; il y a des jours où ils sévissent jusqu'à 4 ou 5 fois. La malade ne jette aucun cri; les bras sont simplement portés en pronation forcée, les yeux tournés en haut, et une espèce de tremblement convulsif secoue, pendant l'espace de dO minutes environ, la masse informe et rachitique de cette malheureuse.
Résumé. — En général, pour arriver à décrire l'automate, il suffit de considérer les qualités physiques, intellectuelles et morales de l'homme doué d'une intelligence ordinaire, et de procéder ensuite par voie d'exclusion. Les automates sont rachiliques; ils sont, à de rares exceptions près, privés de toute intelligence, de sensibilité physique et morale, de tout instinct et de toute passion. Les uns restent indifférents à la vue de tous les aliments, et n'ont pas même l'instinct de la conservation ; les autres ne vivent que pour manger. Ils sont très-gâteux, et pour la plupart frappés de paralysies partielles. En un mot, ils mènent tous une vie essentiellement végétative et incombent nécessairement à la charité publique ou privée.
L'épilepsie complique fréquemment l'automatisme ; les scrofules et la phthisie pulmonaire en sont les compagnes presque inséparables.
Étiologie. — Les causes de l'idiotie, dit Esquirol, presque toujours locales et physiques, empêchent le développement des organes et les rendent impropres à la manifestation de l'intelligence; à la différence de la folie, dont les causes ordinairement intellectuelles et morales surexcitent le cerveau, exaltent les sensations, et jettent cet organe dans l'épuisement. Au nombre des causes physiques el prédisposantes de l'idiotie, il faut compter : les influences du sol, de l'eau et de l'air, la manière de vivre des mères, l'hérédité, certaines localités favorables
aux scrofules, les pays montagneux tels que TÉcosse, la Norwége. Il y a plus d'idiots dans les campagnes que dans les villes. Il n'est pas rare qu'il y ait plusieurs idiots dans une môme famille. Quelquefois aussi, dans une famille, il y a un idiot et d'autres enfants qui sont aliénés. Les causes active des l'idiotie sont nombreuses. Les affections morales, vives de la mère pendant la gestation, influent sur l'organisation de l'enfant qu'elle porte dans son sein ; les fausses manœuvres dans l'accouchement; l'usage anciennement signalé par Ilippocrate (1), oti sont certaines matrones de pétrir en quelque sorte la lôLe des enfants nouveau-nés, en blessant le cerveau, peuvent causer l'idiotie ; les coups sur la tête, soit que l'enfant ait été frappé, soit qu'il ait fait une chute ; les convulsions, quelle qu'en soit la cause, l'épilepsie provoquent aussi cette affection; quelquefois il suffit d'une convulsion, d'un accès épileptique, pour arrêter le développement des organes et les progrès ultérieurs de l'intelligence d'un enfant qui, jusque-là, avait paru très-spirituel ; l'hydrocéphale aiguë et chronique a des effets aussi funestes; on a vu l'idiotie produite par une fièvre cérébrale ou méningite qui a éclaté dans l'enfance.
Les effets de ces influences se font sentir dès la naissance de l'enfant, c'est l'idiotie innée ; ces nouveau-nés ont la tête volumineuse ou trèspetite, leslrails de la face délicats ; ils ont de la peine à prendre le sein, ils tètent mal, et ne se fortifient pas; leurs yeux sont longtemps avant de suivre la lumière et sont louches. Ils sont maigres, décolorés, ne marchent point avant l'âge de 5 à 7 ans, et quelquefois avant la puberté: ils ne peuvent apprendre à parler, ou ils ne retiennent que quelques mots, que quelques monosyllabes, et encore ce n'est que très-tard.
Quelquefois les enfants naissent très-sains, ils grandissent en même temps que leur intelligence se développe, ils sont d'une grande susceptibilité, vifs, irritables, colères, d'une imagination brillante, d'une intelligence développée , l'esprit est actif. Cette activité n'étant pas en rapport avec les forces physiques, ces êtres s'usent, s'épuisent vite, leur intellif^ence reste stationnaire, n'acquiert plus rien, et les espérances qu'ils donnaient s'évanouissent, c'est l'idiotie accidentelle ou acquise; quelquefois aussi une cause accidentelle arrête le développement des organes et de l'intelligence (2).
(( Les causes de l'idiotie, dit Ferrus (3), agissent au moment de l'acte générateur, pendant la grossesse ou pendant i'accoucheme.it. » Cette division est bonne et doit être conservée.
Au nombre des causes qui agissent au moment de la génération, on a placé un état d'ivresse, de débilité, de répugnance, d'inquiétude ou de terreur; la constitution scrofuleuse, l'infection syphilitique, la préexis-
(1) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. Littré. {p.) Esquirol, op. cit.
(3, Ferrus, Gazette des hôpitaux, 1838, t. XII, p. 32".
IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE. «i»»
tence d'excès alcooliques ou vénériens, de maladies mentales, de manvaises conditions morales, de travaux intellectuels excessifs, etc. L'mûuence de ces différents modificateurs est loin d'être rigoureusement démontrée. L'hérédité est, parmi les causes de ce genre, la seule dont l'action soit manifeste. Les idiots engendrent les idiots, et l'idiotisme des enfants est d'autant plus prononcé, que l'intelligence des parents a un moindre développement. « L'idiotisme, dit M. Calmeil, est encore fréquent dans les familles qui comptent parmi leurs membres des épileptiques, des aliénés, ou de nombreux exemples de paralysie. »
Les causes dont l'action s'exerce pendant la grossesse se rattachent toutes à la mère, et sont physiques ou morales. Parmi les premières, on a placé les tentatives d'avortement, les coups, les chutes sur l'abdomen, l'usage de vêtements trop serrés et susceptibles de gêner le développement du globe utérin, les hémorrhagies, les maladies graves. Parmi les secondes, on a énuméré les émotions morales vives, la colère, la frayeur, les chagrins violents. L'effet de toutes ces causes n'est encore qu'hypothétique.
Les causes s'exerçant pendant l'accouchement seraient les violentes hémorrhagies, l'expulsion prématurée du fœtus, l'accouchement laborieux, les contractions utérines trop énergiques et trop prolongées, l'étroilesse du détroit inférieur, une application vicieuse du forceps, les manœuvres que quelques sages-femmes ignorantes exercent sur la tête de l'enfant; en un mot, toutes les causes qui ont pour effet d'exerCer sur la tête du fœtus une compression prononcée et énergique.
Foville a considéré, comme une cause d'idiotie s'exerçant après la naissance, la mauvaise habitude qu'on a, dans certaines familles et dans certaines localités, de soumettre la tête des enfants à une compression circulaire au moyen de serre-tête, de rubans ou de toute autre coiffure.
Il est hors de doute, dit Griesinger, que dans l'idiotie, la faiblesse intellectuelle, et par suite l'impossibilité du développement des facultés, sont dues à un état anormal de l'encéphale. Go fait est, en général, plus facile à constater dans l'idiotie que dans toute autre maladie mentale, car chez l'immense majorité des idiots on trouve des altérations pathologiques de l'encéphale ou de ses enveloppes, beaucoup plus graves que chez les aliénés proprement dits ; de sorte qu'on peut dire que, chez les idiots, le manque de développement intellectuel est une conséquence nécessaire du manque de développement organique. L'on ne rencontre pas toujours, il est vrai, dans l'idiotie, des altérations évidentes et palpables ; de sorte que, plusieurs faits venant à l'appui, on est obligé d'admettre que la faiblesse intellectuelle chez l'idiot n'est pas constamment due à une altération de la substance cérébrale, mais qu'elle peut être le résultat d'un fonctionnement anormal du cerveau. On pourrait rattacher à cette cause plusieurs cas :
4° De fréquents accès d'épilepsie dans la plus tendre enfance, ou bien des habitudes précoces d'onanisme ont amené l'épuisement de l'activité cérébrale ;
2° Une cachexie quelconque de l'enfant a entravé chez lui la nutrition de tous les organes, ainsi que celle de l'encéphale, et par suite le fonctionnement normal de ce dernier;
3" Il y a eu arrêt de développement intellectuel par manque de réaction objective sur les facultés de l'enfant, ou bien lorsque ce dernier est livré à une désastreuse incurie ou entouré constamment d'autres idiots;
4° Enfin, il existe des enfants débilités chez lesquels l'intelligence ne peut se développer parce que, timides et craintifs et possédant une sensibilité morale excessive, ils se laissent aller à une surexcitation passionnée toutes les fois qu'on tente sur eux des essais de culture intellectuelle, ou que la moindre sensation un peu vive vient les frapper; de sorte qu'il est fatalement impossible que leurs facultés arrivent à un développement normal. Un pareil état n'est pas, il est vrai, le fait de l'idiotie, mais il n'en mérite pas moins d'être cité comme amenant dans ses résultats, de môme que l'idiotie, l'arrêt de développement intellectuel. Nous ajouterons que tous ces cas de trouble fonctionnel cérébral sont très-rares, en comparaison de ceux où l'on rencontre des lésions organiques palpables.
Il est constant que, dans le plus grand nombre des cas, le germe de l'affection a été déposé, pendant la conception, dans l'être qui se développe, et qui plus lard sera un idiot : ainsi, dans les familles où régnent l'épilepsie, les maladies mentales, les affections paralytiques, la surdi-mutité, l'idiotie à son tour est plus fréquente ; parfois elle ne se manifeste que comme une apparition partielle, un signe de décrépitude d'une race, de telle sorte que, dans une série de frères et sœurs, on trouve des idiots à côté d'individus chétifs, malingres et physiquement mal développés. Une pareille dégénérescence est le résultat d'un défaut de croisement ; mais elle prend aussi son origine dans l'âge trop avancé des parents, ou dans leur trop grande jeunesse, lors de la fécondation et de la conception, ou bien lorsque les ascendants directs se livrent aux excès alcooliques.
Parfois tous les enfants issus d'un pareil mariage portent le cachet de l'idiotie ou d'une autre forme de décadence ; cette dernière se manifeste, dans certains cas, par différentes gradations qui vont en augmentant du premier au dernier né ; de sorte qu'il arrive par exemple que les premiers enfants ont, ou éprouvé un arrêt de développement physique, ou sont hystériques, aliénés, épileptiques, sourds-muets, tandis que le dernier ou les deux derniers sont idiots. D'autres fois ces êtres disgraciés de la nature sont entremêlés d'enfants sains et n'offrant aucune anomalie; mais il n'est pas à dire, pour cela, qu'il ne faille pas alors conidérer les cas d'idiotie rencontrés dans une pareille famille comme signe
de sa dégénérescence ; car, lors de la conception, les causes constantes de dégénérescence ont pu tantôt être plus actives, tantôt considérablement contre-balancées par des états variables de santé chez les parents.
On a soutenu que ce n'est pas toujours l'aliénation ou l'ivrognerie des parents qui sème l'idiotie, mais que celle-ci est, dans ces cas, le plus souvent le résultat de l'incurie et de la négligence qui président à l'éducation des enfants en pareille circonstance; cette objection est sans valeur et ne saurait infirmer l'influence de l'hérédité.
Enfin, il existe une série de causes puissantes, inhérentes à certaines localités, et que nous considérons actuellement encore comme miasmatiques, réservant à l'avenir d'en déterminer la nature. Ces causes sont plus spécialement assignées au crétinisme. D'autres causes analogues à celles-ci, et locales aussi, résident dans l'intérieur des habitations : ce sont les miasmes exhalés par les eaux ménagères et ceux qui altèrent l'air des chambres ; l'humidité ; un air vicié pas assez souvent renouvelé, la malpropreté, etc. Toutes ces causes doivent naturellement exercer leur influence pernicieuse sur les petits enfants qui y sont constamment soumis. Les miasmes engendrent bien plus souvent des maladies du crâne que des affections du cerveau même ou de ses enveloppes ; ils agissent en partie déjà sur le fœtus, et en partie seulement sur le nouveau-né (1).
Pronostic. Marche. Terminaison. — L'idiotie, dit Esquirol, commence avec la vie ou dans cet âge qui précède l'entier développement des facultés intellectuelles et affectives ; les idiots sont ce qu'ils doivent être pendant tout le cours de leur existence ; tout décèle, en eux, une organisation imparfaite ou arrêtée dans son développement. On ne conçoit pas la possibiUté de changer cet état. Rien ne saurait donner aux malheureux idiots, même pour quelques instants, plus de raison, plus d'intelligence. Ils ne parviennent pas à un âge avancé ; il est rare qu'ils vivent au delà de trente ans (2).
Le pronostic, comme on le voit, est toujours fâcheux. L'idiotie n'avance ni ne recule dans son évolution, et mène le malheureux qui en est atteint, à la fin de ses jours, sans que jamais une lueur d'intelligence soit venue éclairer les ténèbres de cet anéantissement moral. La vie est généralement courte chez l'idiot; cependant, dans l'idiotie endémique, on a vu des exemples remarquables de longévité.
Morel, après avoir déduit les conséquences pathologiques des lésions de l'appareil circulatoire, lésions qu'il attribue au défaut d'innervation, et après avoir parlé de l'insuffisance fonctionnelle du système cutané, s'exprime ainsi :
(( D'un autre côté, les relations intimes qui existent entre les fonctions de la peau et celles de la membrane muqueuse intestinale, peuvent
(1) Griesinger, op. cit.
(2) Esquirol, op. cit., t. II, p. 284.
308 PATHOLOGIIi SPÉCIALE.
expliquer jusqu'à un certain point les diarrhées si communes chez eux; mais ce n'est pas dans celte circonstance que gît l'unique cause d'une affection si fréquente chez les idiots et les imbéciles. Ils mangent gloutonnement, et le défaut de perfectionnement de leurs sens ne les rend pas difficiles sur le choix des aliments » La mauvaise conformation du thorax, le défaut de la parole, sont des causes essentielles qui s'opposent au libre développement des poumons et laissent ces organes dans une inaction fatale. Ces circonstances ne sont pas les seules dignes d'être appréciées ; et ce que nous avons dit jusqu'à présent defonctions physiologiques des idiots et des imbéciles, de leurs mauvaises habitudes et de leurs instincts dépravés, nous instruit à propos de la fréquence de la phthisie pulmonaire qui, concurremment avec les affections diarrhéiques, plonge ces malades dans le marasme, et termine leur existence à un âge peu avancé.
La brièveté de la vie chez ces individus incomplets mérite de fixer notre attention ; ce fait se rattache à des lois générales que nous retrouvons en étudiant les êtres organisés ; leur longévité est en rapport, on le sait, avec le plus ou moins de développement intellectuel. En vain objeclera-t-on que l'accomplissement parfait des phénomènes de la vie purement végétative, un sommeil que rien ne trouble et qui va jusqu'à la torpeui*, une menstruation abondante et régulière, l'absence des peines du cœur ainsi que la soustraction à cette dévorante activité de l'esprit, qui consume tant d'êtres intelligents, sont des conditions d'une existence plus longue ; nous ne pouvons adopter cette explication pour ce qui regarde les imbéciles, les idiots et les crétins. Elle est tout au plus admissible pour les simples d'esprit qui offrent, en effet, des exemples assez remarquables de longévité (1).
Il est, on le comprend, dit le docteur Griesinger, difficile de donner un aperçu général de la marche d'affections cérébrales aussi variées que le sont celles qu'offre l'idiotie dans ses diverses formes. Il peut arriver que la cause qui produit l'arrêt de développement agisse dès la naissance, et donne lieu à l'impossibilité d'apprendre h parler, à une faiblesse native des facultés mentales, etc., et par suite à un état stationnaire ; ou bien l'affection cérébrale, quoique ayant sa source dans l'hérédité, peut ne survenir que plus tard, après l'exercice normal des facultés, et apparaître alors à l'état aigu ou s'être développée lentement et à l'état chronique; en ce cas, il y a arrêt de développement psychique; les facultés rétrogradent, la parole s'oublie, et la pauvreté intellectuelle imprime sur la face son cachet d'hébétude. Les enfants hydrocéphales, surtout, sont sujets à des attaques aiguës d'irritation cérébrale plus ou moins' grave et accompagnées d'un état congestif ; on remarque qu'après chacune de ces attaques, l'apathie et la torpeur deviennent plus
(1) Morel, Maladies ment., t. J, p. 11.
marquées et plus persistantes. La coexistence de l'épilepsie exerce dans tous les cas une influence fâcheuse sur les nianifestations psychiques. La nature de la lésion cérébrale chez les idiots, est le plus souvent telle, qu'elle devient par elle-même cause de mort : c'est ce qui arrive par exemple dans les degrés élevés d'hydrocéphalie et peut-être aussi d'atrophie cérébrale. Ou bien encore cette lésion provoque les afFections cérébrales intercurrentes telles que : méningite, épanchemenls aigus, etc. Abstraction faite des lésions cérébrales, beaucoup d'idiots n'en meurent pas moins dans le premier âge de la vie, soit que les influences délétères aient plus d'empire sur eux que sur les enfants sains, soit qu'ils opposent effectivement moins de résistance à la maladie. 11 est donc rare que les idiots atteignent un âge avancé (!).
Anatomie pathologique. — Nous étudierons successivement le crâne, la face, l'encéphale, le thorax, le bassin et les membres.
Conformation, volume et capacité du crâne. — Les idiots ont généralement la tête ou trop petite ou trop grande.
Dans ce dernier cas, ils sont le plus souvent hydrocéphales; néanmoins l'hydrocéphalie peut exister chez eux sans volume extraordinaire de la tête, mais le plus souvent ce volume est exagéré. L'ossification alors ne se fait que lentement, les fontanelles ne se ferment que très-tard ou pas du tout, l'espace qui sépare les os persiste, et ces derniers, amincis, presque transparents, peuvent acquérir la flexibilité du parchemin, mais ce dernier cas est rare ; Gall en cite un exemple. D'un autre côté on rencontre des idiots â tête énorme, sans que pour cela il y ait hydro-céphalie ; en ce cas, l'exagération du volume peut tenir a une ostéose trop active (2), ou à l'interposition surabondante d'os wormiens, ou bien enfin à différents autres vices de conformation, dont nous mentionnerons la cause dans le cours de cet exposé. Les différentes mensurations sur le vivant, à moins de les multiplier à l'infini, ne sauraient donner la configuration exacte du crâne, pas plus qu'elles ne peuvent déterminer sa capacité : un crâne volumineux peut avoir une capacité très-petite et renfermer un cerveau exigu, grâce à l'épaisseur de ses os ; en outre, on ne saurait jamais parvenir à tenir exactement compte de tous les renflements et de toutes les dépressions que présentent le plus souvent les têtes des idiots. Parfois les os du crâne ne renferment pas de diploé, et les lames, immédiatement juxtaposées et épaissies, forment une paroi éburnée ; d'autres fois, la substance diploïque est hypertrophiée et tient les tables osseuses largement écartées. Parfois encore, le frontal, fortement développé, donne à l'idiot une apparence d'intelligence et paraît augmenter la capacité du crâne ; mais la nécropsie prouve que ce développement n'est dû qu'à la dilatation trop
(1) Griesinger, op. cit.
(2) Voir Dr Behrend, Sjjnostose préifialiu ée de^ os du crâne du z les enfants et sur ses siiiles. {Union n.éd., mars J8C4.}
grande, et par conséquent anormale des sinus frontaux. Le plus souvent néanmoins les sinus manquent, mais alors les os sont d'une épaisseur remarquable.
Dans la microcéphalie, les os sont peu écartés, parce que le cerveau ne se développe que faiblement; les sutures, qui se réunissent de bonne toeure, sont vite effacées, surtout en avant, où elles ne laissent que des traces à peine sensibles ; on ne trouve jamais non plus d'os wormiens interposés, comme dans la macrocéphalie, et particulièrement chez les 'hydrocéphales.
En général, chez l'homme doué d'intelligence, la réunion des sutures est tardive et le cerveau est susceptible d'un accroissement lent et continu; tandis que chez l'idiot les sutures se réunissent trop vite, et d'une •manière tellement intime, que le plus souvent la trace de leur existence n'est décelée que par une simple ligne ilexueuse. Chez l'homme intelligent, l'ossification des fontanelles, surtout celle de la fontanelle antéirieure, suit une évolution lente et graduelle, tandis que chez les idiots, ■les fontanelles ou se ferment très-vite, excepté chez les hydrocéphales, •ou même n'existent pas. M. Baillarger a eu occasion d'observer des idiots provenant de la même mère : cette femme avait eu cinq enfants, les deux premiers bien conformés, les trois autres au contraire atteints de microcéphalie. Or elle affirmait que les trois microcéphales étaient nés avec le crâne dur, et qu'ils n'offraient pas, comme les deux premiers, l'espace mou qu'on observe sur la tête de tous les enfants nouveau-nés.
Depuis lors il a vu un autre idiot microcéphale, âgé de deux ans, dont la mère qui avait eu quatre autres enfants bien conformés, et qu'elle avait nourris, prétendait aussi que l'idiot seul était né avec le crâne complètement dur.
Dans le même compte rendu, M. Baillarger parle d'un crâne qu'il a présenté à l'Académie de médecine (1 ), et qui est celui d'un enfant de quatre ans complètement idiot ; les dimensions en sont très-petites, et la grande circonférence est à peine de 35 centimètres. Examiné au point de vue de l'ossification, il offre cela de très-remarquable que la suture lambdoïde est déjà complètement soudée en dedans, et remplacée même dans une partie de son étendue par une crête saillante. Vers le quart postérieur une barre osseuse transversale très-épaisse réunit encore les deux os en un seul. En dehors, la suture est visible, excepté dans le point occupé par la sailUe dont je viens de parler. La suture frontale est soudée dans ses parties externe et inférieure, et l'on perd complètement sa trace en dedans. Elle n'est plus du tout visible. Au point de section de l'os, le coronal et les pariétaux ne semblent, dans ce point, former qu'un seul os. Quant à la suture médio-frontale, qui disparaît la pre-
(i) Baillarger, Ossificalion précoce du crâne chez les microcéphales {Ann. méd.-psychologiques, t. II, 18ûG.)
mière, mais à un âge plus avancé, elle semble déjà effacée depuis longtemps. On n'en voit plus aucune trace, ni en dedans ni en dehors ; elle est remplacée par une crête éburnée assez saillante à la partie inférieure. La suture lambdoïde est la seule qui persiste intacte, mais elle est comme la suture frontale, presque linéaire, sans apparence d'os wormiens, et il est probable que la soudure n'aurait pas non plus ici tardé à avoir lieu (1).
M. Baillarger cite encore Vrolik et Cruveilhier, qui ont rencontré des cas analogues.
Vrolik a vu un fait semblable d'ossification prématurée chez un idiot microcéphale âgé de sept ans, et dans le crâne duquel les sutures étaient déjà soudées.
Le cas observé par Cruveilhier (2) est plus remarquable : il s'agit en effet d'un enfant de dix-huit mois dont tous les os du crâne, surtout ceux de la voûte, étaient déjà soudés et sans sutures. L'occiput offrait au niveau de sa protubérance externe, et de la ligne demi-circulaire supérieure, une crête transversale très-proéminente, analogue à la crête occipitale des animaux. Le diamètre vertical du crâne n'était que d'un pouce. Cet enfant n'avait d'ailleurs donné aucun signe d'intelligence.
Chez les simples d'esprit, la conformation du crâne n'est généralement pas défectueuse.
Chez les imbéciles, les différentes mesures donnent déjà un total plus petit : on trouve un front étroit, légèrement fuyant en arrière, parfois une tête en pain de sucre, un occiput vertical, etc.
Chez les idiots proprement dits, la conformation du crâne laisse beaucoup à désirer; le front est bas, étroit et fuyant; le crâne est restreint en certaines régions, développé en d'autres ; il existe différentes obliquités ; l'occiput est ou anormalement développé ou tout à fait aplati ; la tête est ou trop grosse, ou trop petite. Toutes ces défectuosités se rencontrent à un degré élevé chez les automates, sauf de rares exceptions.
M. Belhomme dit qu'il n'y a pas de forme de tête particulière à l'idiotie. M. Séguin (3) pense qu'il eût pu ajouter qu'il y a de telles formes de la tête qui emportent nécessairement avec elles l'idiotie dans leur expression la plus tranchée ; or ces formes sont : 1° l'excès de développement antérieur, latéral et supérieur ; 2° l'extrême saillie par hauteur et prolongement de l'arcade temporale sur des crânes, d'un beau style d'ailleurs ; 3° les dépressions frontales et temporales jointes à un renflement delà base des pariétaux près l'apophyse mastoïde du temporal; 4° les dépressions postérieures des bosses du crâne correspondant au
(1) Baillarger, Ossification précoce du crâne chez les microcéphales. {Bull, de l'Acad. de médecine. Paris, 1855-5G, tome XXI, p. 954, et A7in. médico-psych., tome II, 1856.)
(2) Cruveilhier, Traité d'Anatomiepalkologique générale. Paris, 1856, tomeIII,'p. 1C4.
(3) Séguin, Traitement moral, hygiène et éducation des idiots. Paris, 1846.
Daoonet. 26
cervelet; 5" les dépressions circulaires el coniques, à partir d'une base large et arrondie ; 6" les inégalités choquantes des deux côtés de la boîte osseuse.
Nous dirons avec Esquirol qu'il n'y a pas de forme de crâne propre aux idiots. Leur crâne offre, en général, des vices de conformation plus ou moins prononcés, et sa forme et son volume présentent autant de variétés que le volume el la forme du crâne des hommes complets.
Nous extrayons d'un travail de Parchappe les passages suivants :
« La coïncidence de l'idiotie avec une conformation défectueuse delà tête est une des vérilés d'observation les mieux démontrées, et il n'est guère possible de contester que cette défectuosité n'influence le plus souvent le volume, de manière à ce que la tête ne soit, en général, sensiblement plus petite chez les idiots de naissance que chez les individus à intelligence normalement développée.» Suivant Meckel, qui cite Greding, le rapetissement de la tête chez les idiots tient surtout à l'aplatissement du crâne dans sa partie antérieure, et à son rétrécissement transversal. Pinel a comparé à une tête d'enfant de sept ans la tête d'une idiote de onze ans ; il a trouvé les mesures suivantes :
Chez l'enfant : Chez l'idiote :
Longueur de la tête. . 180 millimètres. 130 millimètres.
Largeur 130 — 90 —
Hauteur 160 — 130 —
Gall a formulé en loi absolue le rapport constaté entre la petitesse de la tête et l'étal d'idiotisme. Il n'admet pas la possibilité d'une intelligence ordinaire coïncidant avec un volume de la tête au-dessous d'une limite déterminée. Au-dessous de cette limite de volume il y a idiotie. Esquirol ne regarde pas le rapetissement de la tôle comme un phénomène constant dans l'idiotie. Suivant lui, les imbéciles ont souvent un crâne volumineux et épais. Chez les idiots, la tête, toujours mal conformée est tantôt trop petite, tantôt trop grosse. Les opinions émises par Georget sur l'étal de la tête chez les idiots sont tout à fait analogues à celles d'Esquirol.
Les différences, très-considérables si on compare les têtes des idiots à des lêtes d'hommes ordinaires, encore très-sensibles si on les compare môme à des tôles de femmes, portent sur toutes les dimensions, et sont surtout très-grandes pour les mesures dans le plan vertical, qm expriment le développement du crâne au-dessus de sa base, et pour la oourbe antérieure dans le plan horizontal, qui représente le développement de la partie antérieure. De ce résultat incontestable il ne faïuira.t pas pourtant conclure que, chez les individus, il y a. comme 1 a pense Gall, une liaison nécessaire entre l'imbécillité ou l'idiotisme, e l une petitesse déterminée de la tôle. Une telle limite n'exisle pas, etc. (ij.
(l) Parchappe, Recherches sur Vencéphak, sa structure, etc., 1«' mémoire. Paris, 1836.
Dans ces mêmes recherches, Parchappe donne les mesures prises sur six têtes d'imbéciles et sur trois têtes d'idiotes ; il en résulte que la moyenne proportionnelle de la circonférence de la tête est représentée par 528 millimètres pour les premiers, et par 504 pouf les autres ; la moyenne pour les neuf têtes est de 522. Le crâne des idiots est, comme on le voit, plus étroit que celui des imbéciles. En faisant la somme deschiffres qui représentent les différentes courbes et les différents diamètres de 90 têtes d'hommes et de 70 têtes de femmes à intelligence normale, le volume chez l'homme est représenté par 1,636 et chez la femme par d,o5'l,2; sur 6 têtes d'imbéciles, le volume moyen est de 1,484; sur 3 têtes d'idiots, il est de 1,440. On voit, par ces chiffres, que les dernières têtes s'éloignent sensiblement du volume normal. Pour l'idiotie, dit Parchappe, les différences de volume sont partout considérables. Les têtes d'idiots sont à la fois petites, courtes, et surtout trèsétroites. En général, selon cet auteur, la tête chez l'homme sain est à la tête chez l'homme idiot, comme :
Total général 100 est à 91, différence, 9.
Diamètre antéro-postérieur ... — 93, — 7.
Diamètre latéral. ...... — 90, — 10.
Esquirol (1) dit que, généralement, le sommet du crâne est surbaissé ; le diamètre fronto-occipital est étendu ; les pariétaux sont aplatis vers la suture temporale, ce qui rend le front de quelques idiols presque pointu ; iraplatissement de l'occipital, celui du coronal, l'inégalité des deux portions droites et gauches de la cavité crânienne sont les phénomènes les plus constants et les plus dignes d'attention. Le même auteur donne, dans le tableau suivant, les moyennes résultantes de mesures prises sur des femmes bien portantes et sur le plâtre moulé, après la mort, de 36 femmes aUénées, de 17 femmes imbéciles et de 17 idiotes. Les mesures des trois idiotes dont la têle était extrêmement petite ont été prises sur le crâne :
i Femmes à l'état sain.
lldiotes
1 Idiotes microcéphales
Courbe
Diamètre
antéro-posté-
antéro-posté-
Diamètre
Circonférence.
rieure.
rieur.
transversc.
• Totaux.
0,513 'O/iT
1,119 Vi7
0,506 Vi7
0,171 Vi7
0,383 Va
0,124 Vs
Esquirol tire de ce tableau les conclusions suivantes : 1° La circonférence de la lôte, mesurée chez des femmes jouissant de lia raison, sur des femmes aliénées, imbéciles 'et idiotes, diminue dans
(I) Esquirol, op. cil.
une proportion presque égale, de la femme ordinaire à l'idiote privée môme d'instinct.
2° La courbe fronto-occipitale diminue singulièrement de la femme saine d'esprit à la femme aliénée, tandis que celte courbe ne varie point de l'aliénée à l'imbécile, et qu'elle ne perd que 6 millimètres de celle-ci à l'idiote.
3° Le diamètre fronto-occipital ne varie point de la femme ordinaire à la femme aliénée, et ne diminue que de 6 millimètres de l'aliénée à l'idiote, tandis que la différence est énorme si on passe au dernier degré de l'idiotie.
4° Le diamètre bi-temporal est plus considérable chez la femme aliénée, et môme chez l'imbécile et l'idiote, que chez la femme d'une intelligence ordinaire.
5° En supposant que la somme de ces quatre mesures exprimât le volume du cerveau, il en résulterait que le volume de cet organe, diminuant dans la même proportion que la capacité intellectuelle, le volume du crâne serait l'expression de cette capacité.
M. Follet (1) a trouvé, comme moyenne des mensurations du crâne chez les idiots, les mesures suivantes :
Circonférence occipito-frontale ... 50 centimètres.
Courbe supérieure occipito-frontale. . 28 —
Diamètre antéro-postérieur 17 —
Courbe supérieure inter-auriculaire. . 28 —
Diamètre bilatéral 14 —
Du grand nombre de mesures comparatives qu'il a prises, l'auteur conclut qu'à l'égard de l'oblitération congénitale ou acquise, les moyennes céphalométriques sont faibles en général, sauf des cas particuliers oîi la mensuration externe fait exception.
M. Lunier (2) a trouvé dans 38 malades du sexe féminin, dont 13 idiots et 5 imbéciles, une ou plusieurs des déformations suivantes qu'il décrit ainsi :
l» Les uns ont le front déprimé, fuyant, comme déjeté en arrière. Il semble que l'os coronal ait cédé à l'action permanente d'une force agissant d'avant en arrière et de haut en bas. Aussi la convexité de cet os est-elle alors moins prononcée que dans l'état normal, en même temps que la suture qui l'unit aux pariétaux est située plus en arrière que de coutume.
2° Chez d'autres, le crâne est aplati au niveau de la fontanelle antérieure et un peu en dehors de cette fontanelle. Une surface plane a remplacé la convexité qu'on observe habituellement sur cette partie de
(1) ToUet, Annales médico-psycfi., t. III, 1857.
(2) Lunier, Recherches sur quelques déformalions du crâne. {Ann. médtco-psycii.y t. IV, 1852.)
la calotte du crâne. Celte déformation coïncide presque toujours avec •un allongement de la tête, et quelquefois aussi avec une saillie de la partie postérieure de cet organe.
3° A un degré plus avancé, ce n'est plus même une surface plane qui a remplacé la convexité normale, mais bien une véritable dépression transversale, qui se prolonge parfois sur les parties latérales du crâne.
4° Quelquefois cette dépression transversale, extrêmement prononcée, •se prolongeait sur les côtés et en arrière, au-dessus du pavillon de l'oreille et au-dessous de la protubérance occipitale externe; elle formait ■comme un sillon circulaire qui divisait le crâne en deux segments de spbère, h la façon d'une calebasse.
Outre ces déformations, M. Lunier a rencontré cbez une imbécile une saillie du bord antérieur des pariétaux par suite de la dépression du •frontal. Chez une autre, il y avait saillie du bord postérieur du frontal, à la suite d'abaissement des pariétaux. Cbez d'autres, il n'a trouvé la dépression du crâne que du côté droit.
D'autres, enfin, lui ont présenté un défaut de symétrie entre les deux côtés du crâne.
Il ajoute que ce défaut de symétrie consiste presque toujours dans la proéminence de l'un des pariétaux, et plus souvent encore de l'une des moitiés du frontal.
Schnepf, après avoir donné l'observation d'une idiote chez laquelle il avait constaté la déformation des os du crâne, et l'asymétrie de celuici, donne l'énumération suivante de certaines diûormités que les auteurs signalent chez les idiots :
A la périphérie du crâne existe le plus souvent, dans la région occipitale, un aplatissement prononcé. De la direction moins oblique de l'occipital résulte un rétrécissement du trou occipital, sur le diamètre duquel Stahl s'explique longuement (1). Les bosses pariétales sont plus saillantes et plus éloignées de la suture lambdoïde que dans l'état normal; elles correspondent le plus souvent à la portion la plus culminante du crâne ; au-dessous et en arrière d'elles, paraît exister presque constamment une dépression que les auteurs allemands appellent •empreinte crétine. Stahl localise cette dépression au niveau de l'angle postérieur et supérieur du pariétal. L'asymétrie porte le plus souvent sur le frontal et sur l'occipital. La charpente osseuse de la face, d'après les recherches de Stahl, offre fréquemment aussi de l'asymétrie.
Quant à la structure propre des os du crâne, elle varie à l'infini, pour ainsi dire; mais la présence si considérable du diploé dans le frontal et les pariétaux, en même temps que son absence à peu près complète dans l'occipital, est particulièrement digne de remarque. Schnepf a trouvé les sutures parfaites, et sans aucun os wormien, quoiqu'il paraisse
(1) Stahl, Neue Beilrâge zur PInjsionomik. De idiolia ea'.lemka, 184S.
en exister le plus souvent, surtout dans la suture lambdoïde, d'après la description que Slahl donne du crâne des idiots (1).
M. Foville, en parlant des dimensions du crâne, dit que M, Lélul a mesuré cent crânes d'individus idiots ou imbéciles à différents degrés; il a trouvé que la moyenne de la mesure de ces infirmes était inférieure, absolument parlant, à la moyenne dans l'état normal. Chose remarquable, la plus grande diminution chez les imbéciles et les idiots a lieu dans la moitié postérieure de la circonférence du crâne. La moitié frontale de cette même circonférence se rapproche davantage des proportions de l'état normal. Il ne faudrait pas conclure de ce fait que c'est le développement des parties occipitales du cerveau qui influe le plus sur le développement de l'intelligence. La raison de la différence observée par M. le docteur Lélut est toute autre, si je ne me trompe.
La partie antérieure de la base du crâne, combinée avec les os de la face, est la partie la moins variable de la boîte crânienne, par cela précisément qu'elle est combinée avec la face. Toutes les fois que la mâchoire supérieure, les fosses nasales, les cavités orbitaires, seront bien développées, il est inévitable que la moitié antérieure de la base du crâne offre également un développement normal ; et c'est cette moitié antérieure de la circonférence du crâne qui cbange le moins chez les imbéciles. Celle qui change le plus est celle qui obéit le plus exclusivement au cerveau, c'est-à-dire la voûte, dans ses parties les plus élevées et les plus postérieures; et ce sont aussi ces dernières parties qui se renflent le plus dans le cas de grand développement général de l'encéphale (2).
Virchow combat cet opinion : il dit que cette explication ne saurait s'appliquer à tous les cas, et que le développement du crâne se trouve particulièrement sous la dépendance de l'état des sutures ; il ajoute que les plus fortes difformités du crâne peuvent être ramenées à une cause constante, qui est l'ossification prématurée des sutures. Le même auteur, en expliquant en même temps leur mode de production, classe les différentes difformités crâniennes de la manière suivante :
1° Macrocéphalie simple: elle comprend les hydrocéphales, WasserkôpfCy Hydrocephali, et les macr acéphales, Grosskôpfe, Kephalones ; 2° Microcéphalie simple, Zwergkôpfe, Nannocephali ; 3° Dolichocéphalie, têtes longues, Langkôpfe : cette forme est due à une réunion prématurée des sutures, soit de la région supérieure moyenne, soit des régions latérales inférieures. L'ossification supérieure moyenne donne lieu :
(a) à la Dolichocéphalie simple, qui est le résultat de la réunion prématurée de la suture sagittale;
(Jb) à la tête cunéiforme, Keilkôpfe, Sphenocephali, qui est due à la
(1) Sclinepf, yln». médico-psijc/i., t. V, 1853.
(2) Foville, Traité du syst. tierv. cérébro-spinal, Impartie.
réunion prématurée de la suture sagittale, avec développement compensateur de la' région de la grande fontanelle.
L'ossification prématurée des régions latérales inférieures produit :
{a) les têtes étroites, Schmalkopfe, Leptocephali : elles sont le résultat de la réunion prématurée des sutures fronto-sphénouiales ;
(ô) les têtes en forme de selle, Sattelkôpfe, Klinocephali : elles sont produites par la réunion prématurée des sutures, soit sphéno-pariétales, soit temporo-pariétales
40 Brachycéphalie, têtes courtes, Kurzhôpfe : elle est le résultat de la réunion prématurée, soit des sutures de la région postérieure du crâne, soit de celle des régions supérieures, antérieures et latérales, soit de la région inférieure et moyenne. L'ossification prématurée postérieure produit :
(«) les grosses têtes, Dlckkôpfe, Pachycephan: cette forme est le résultat de la réunion prématurée de la suture lambdoïde de chaque côté;
{b) les têtes pointues ou en pain de sucre, Spitz-oder Zuckerhutkôpfe :^ Oxycephali : elles sont dues à la réunion prématurée des sutures qui unissent les pariétaux à l'occipital et aux temporaux, avec développement compensateur de la région de la fontanelle antérieure.
L'ossification prématurée des régions supérieures, antérieures et laté-
térales donne lieu :
{a) aux têtes plates, Flachkôpfe, Platycephali : cette forme est due à la réunion prématurée du coronal avec les pariétaux ;
{b) aux têtes rondes, Runâkôpfe, Trochocephali : cette forme est le résultat de la réunion prématurée partielle du coronal et des pariétaux à la région moyenne de la suture fronto-pariétale de chaque côté -,
(c) aux têtes obliques Schiefkôpfe, Plagiocephali : elles sont dues à la réunion prématurée du coronal et du pariétal, soit d'un côté, soit de l'autre.
L'ossification prématurée de la région inférieure et moyenne donne lieu à la Brachycéphalie simple, qui est le résultat de la réunion prématurée du sphénoïde et.de l'apophyse basilaire.
Telles sont les principales difformités crâniennes signalées par Virchow. Selon lui, d'autres causes encore qu'une réunion prématurée des sutures donnent lieu aux différentes déviations du crâne ; parmi elles il signale surtout l'interposition surabondante des os wormiens. Il entend par là, non la formation de ces os en cas de sutures écartées, comme cela a lieu chez les hydrocéphales, mais une ossification prématurée, due à un superflu d'organisation, et s'irradiant de points insoUtes. Le but de cette interposition n'est pas, comme dans l'hydrocéphalie, de remplir l'espace qui sépare les bords des sutures; le résultat qu'elle fournit est plutôt coarctant, en même temps qu'elle donne lieu à l'écartement des os normaux ; elle les déplace, et produit ainsi des difformités, particulièrement à la région occipitale. 11 peut en résulter une
dolichocéphalie particulière par suite d'une proéminence exagérée de l'occiput; d'autres fois elle produit >une obliquité du crâne telle, que la croix, formée par l'intersection de la suture fronto-pariétale avec la suture sagittale, est complètement déplacée, et que la suture sagittale interrompue dans son parcours se trouve divisée en deux portions qui ne sont plus contiguës (1) .
M. Gosse, de Genève (2), pose d'abord en principe qu'un crâne est déformé lorsque, étant privé de sa mâchoire inférieure et placé sur un plan horizontal, de manière que les dents incisives et les apophyses mastoïdes appuient, la ligne abaissée du point d'intersection de la suture médiane et de la suture transverse du coronal ne correspond pas au conduit auditif externe. Partant de là, il ramène toutes les déformations à seize groupes principaux : 1° tête cunéiforme; 2° tête symétrique allongée; 3° tête irrégulièrement comprimée et dilatée; 4° tête quadrangulaire; 5° tête trilobée; 6° tête aplatie sur le front; 7° tête avec dépression ou saillie du nez; 8° tête mongole; 9° tête prognathe; dO" tête aplatie sur les côtés; 11° tête aplatie sur le côté et le front; 12* tête sphérique; 13° tête annulaire; 14° tête bilobée; lo" tête déprimée par derrière; 16° tête conique tronquée.
Griesinger (3) formule les considérations suivantes, que nous nous bornerons à résumer : Certaines difformités reposent tout particulièrement sur une pénurie de dépôt calcaire, dont la cause est parfois constitutionnelle, mais le plus souvent due à un état maladif et inflammatoire des bords des sutures , état qui entraîne la réunion prématurée de ces dernières. A l'endroit où se fait cette réunion, un rétrécissement se forme, en même temps que l'ossification qui devait émaner de la suture se trouve anéantie. Les conséquences d'un pareil rétrécissement peuvent s'irradier au loin ; ainsi une réunion prématurée des sutures de la voûte arrête en même temps le développement osseux de la base. Dans un certain nombre de cas, les difformités du crâne ne sont dues qu'à ce rétrécissement, mais dans beaucoup d'autres cas il se forme en même temps des développements compensateurs dus à la tendance qu'a le cerveau à augmenter de volume vers les points les moins résistants. Il résulte de là que la capacité de la cavité crânienne n'est que peu ou point diminuée, mais les difformités sont plus grandes que s'il n'y avait que rétrécissement sans développement compensateur.
Ces différentes ditibrmités peuvent être ramenées à quelques types principaux; ainsi, s'il y a réunion prématurée de toutes ou d'un grand nombre de sutures, il en résultera une microcéphalie simple et régulière, surtout si la suture sphéno-basilaire est en même temps réunie; la tote
(2) L. A. Gosse, Essai sur les déformations artificielles du crâne. {Ann. d/n/ff. . bCrie, 1855, t. HI, p. 317.)
(3) Griesinger, op. cit., p. 358.
gardera alors toutes ses proportions. Si, au contraire, la suture sphénobasilaire n'éprouve pas en même temps que les autres sutures une ossification prématurée, la base du crâne subira une dilatation anormale, et donnera lieu à un type tout particulier de figure, de forme corporelle et de vie psj^chique ; ce type est celui des Aslèques.
Des crânes trop étroits transversalement proviennent surtout de la réunion prématurée de la suture sagittale; lorsque la région frontale offre ce rétrécissement, il y a eu réunion prématurée de la suture sphénofrontale de chaque côté. Lorsque, des deux côtés, la suture occipitotemporale est prématurément ossifiée, l'espace qui loge le cervelet se trouve considérablement rétréci ; en pareil cas les compensations ont lieu suivant le sens longitudinal et donnent un développement plus grand de la région frontale, ou une voussure en forme de capsule à la région occipitale.
Les têtes trop courtes sont surtout le résultat de l'ossification prématurée de la suture lambdoïde de chaque côté; cette dilformité, poussée au plus haut degré, est caractérisée par l'absence totale de région occipitale, ce qui lui a fait donner le nom de masque. Les têtes trop courtes présentent un développement compensateur de la région de la grande fontanelle, ce qui donne lieu aux têtes pointues ou en pain de sucre.
L'ossification prématurée des sutures fronto-pariétales, dans une certaine étendue, engendre un raccourcissement antérieur et un crâne bas et peu voûté; d'autres têtes trop basses doivent leur conformation anormale à la synarthrose des ailes du sphénoïde avec le frontal, et à la réunion prématurée des sutures temporo-pariétales et temporo-frontales.
Les têtes asymétriques, obliques et obliquement rétrécies, sont dues à des sutures prématurées d'un seul côté du crâne. Cette difformité a lieu en avant, par suite de l'ossification prématurée de l'une des moitiés de la suture coronale; en arrière, par suite de celle de l'une des moitiés de la suture lambdoïde; les compensations se font par un développement plus grand des parties opposées. La formation surabondante des os wormiens, dans la suture lambdoïde, engendre ordinairement les têtes longues. Enfin, chez les enfants rachitiques, les difformités peuvent résulter d'un déplacement partiel des os du jcrâne, par suite du peu de résistance de ces os, de leur peu de densité, et de l'écartement prolongé des sutures ; ou bien par suite d'un développement disproportionné dans le mode d'ossification, soit d'un côté du crâne, soit de l'autre.
Le docteur Karl Stahl (1) n'attribue pas aux sutures un rôle aussi important. Nous citerons ici le résumé de son mémoire : Quand on examine avec attention le mode d'évolution de la configuration de la tête, on reconnaît que le développement des sutures n'y joue pas un
(J) StM, A/lgemeine Zeitschrift fur Psychiatrie, al Annales méJico-psyc/iologiqucs, 2« série, tome VII.
rôle de causalilé aussi marqué qu'on serait tenté de le croire au premier abord. Les difformités apparaissent ordinairement dès les premiers moments qui suivent la naissance, et l'auteur en a constaté un assez grand nombre oh l'agrandissement des sutures n'était évidemment pour rien. La consolidation des sutures est évidemment la clef de voûte qui maintient et rend invariable une certaine déformation du crâne; mais, en fait, celte déformation avait son origine soit dans la vie fœtale, soit dans la première période de la vie, et elle est plutôt en rapport intime avec le développement môme du cerveau. Le rétrécissement des sutures diminue l'espace crânien. Enfin, les difformités du crâne n'ont d'influence ultérieure sur la vie psychique qu'autant qu'elles n'ont pas obéi à une certaine loi de compensation dans le développement de certaines parties. C'est ce que démontre l'auteur dans deux cas de dolicho-céphalie dont il donne la figure. Dans l'un, d'une remarquable intelligence, la compensation se trouve dans le développement du front et de la région postérieure aux dépens des parties latérales, tandis que chez un autre dolicho-céphale, atteint d'aliénation mentale, la région frontale est loin de présenter la même compensation. La platycéphalie, difformité qui forme l'antithèse de la précédente, est la plus fréquente, et se combine très-souvent avec les autres anomalies; c'est là surtout que l'on observe le défaut de symétrie entre les deux parties latérales. Le caractère pathologique consiste en ce que la synostose n'existe que d'un seul côté. Les compensations sont plus rares, et, chose assez remarquable, c'est que dans ce cas le défaut de symétrie s'étend à tout le squelette. Cette platycéphalie est partielle ou générale, antérieure ou postérieure, et ce sont, surtouLles idiots et les crétins qui présentent cette difformité.
Face. — Yirchow (1) avance qu'il faut nécessairement faire remonter l'asymétrie des os de la face aux anomalies des sutures de la base du crâne. Suivant cet auteur, outre la forte saillie des os maxillaires et l'épaississement du derme et du tissu cellulaire sous-cutané, qui luimême entraîne l'épaississement des lèvres et leur projection en dehors; outre la laxité des joues et le gonflement des paupières, on remarque surtout au premier abord, et presque constamment, la dépression de la racine du nez et sa largeur anormale. Sur un crâne nu cette difformité est plus apparente : les os propres du nez sont très-courts, et leur surface, vers leur point d'insertion, est ordinairement incurvée; leur insertion même est profondément située, et toute la racine du nez est très-large; il résulte que les orbites sont plus distantes les unes des autres, et en même temps plus larges et moins profondes. En exammant attentivement la disposition des os de la base du crâne, on arrive nécessairement à en conclure que, si la racine du nez est déprimée, cela tient uniquement au peu de proéminence des os de la base ; ceci admis
(1) Virchow, Abhundlmi'jen.
IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE. 411 il est plus que probable que l'apophyse basilaire, le sphénoïde eLl'elhmoïde ont subi une restriction due soit à une réunion prématurée des sutures, soit à un arrêt de développement intrinsèque.
Griesinger attribue principalement les anomalies de la base du crâne à un manque, ou plutôt à un désordre de nutrition dans les os et les cartilages de cette base. De même que l'évolution osseuse se trouve à la voûte, sous la dépendance des sutures, de même elle se trouve influencée à la base par les symphyses cartilagineuses ; l'ossification prématurée de ces cartilages arrête surtout le développement en longueur de l'apophyse basilaire, arrêt qui doit nécessairement entraîner à sa suite le raccourcissement général de la base du crâne. Les conséquences de* cette anomalie sont multiples et peuvent s'irradier au loin : ainsi elles donnent lieu à une déformation de la face, à la physionomie crétine caractérisée par un nez retroussé, à racine large et fortement déprimée, d'où il résulte que la distance qui sépare les yeux est augmentée ; les orbites, plus larges, sont moins profondes; les os malaires proéminent d'une manière anormale, ainsi que les os maxillaires. L'arrêt de développement de la base du crâne produit en outre une direction plus plane et plus transversale des rochers, ainsi qu'un rétrécissement des grandes ailes du sphénoïde, et par conséquent de la fosse moyenne de la base du crâne (I).
Nous lisons dans Esquirol : « Les imbéciles et les idiots ont une physionomie toute particulière qui les fait reconnaître dès qu'on les aperçoit, » Lavaler dit que le front rejeté en arrière, et dont la courbure est sphéroïde, que de grandes lèvres proéminentes et ouvertes dont les commissures sont très-élevées, que le menton en forme d'anse, ou qui se retire en arrière, signalent l'idiotie.
Camper, qui, au reste, n'a cherché dans la ligne faciale qu'un caractère de beauté de la face, fixe à quatre-vingt-dix degrés le terme extrême de la ligne faciale.
Il est des idiots dont la ligne faciale a plus de quatre-vingt-dix degrés, et des individus très-raisonnables dont la ligne faciale n'en a pas quatre-vingts (2).
Quant aux oreilles, qui sont généralement mal implantées et de grandeur inégale, leur difformité tient à la déformation même du crâne, s'il est vrai toutefois, comme l'affirme de Blainville, que les connexions qui rapprochent la forme générale de la tête de la forme générale de l'oreille externe, sont tellement étroites, que jamais on ne trouve deux oreilles semblables quand les moitiés de la tête ne le sont pas. Le défaut de symétrie du crâne entraîne nécessairement le défaut de symétrie des oreilles. La proportion inverse n'est pas également vraie : on peut trou-
(1^ Griesinger, op. cit.
\l) Camper, op. cit.
442 PATnOLOGIE SPÉCIALE.
ver deux oreilles dissemblal)les, une d'elles atrophiée, par exemple, appartenant à une tête symétrique (1).
Quant à présent, nous ne chercherons pas à discuter la valeur absolue des opinions de Blainville, par rapport aux connexions étroites qui rendent la symétrie des oreilles tributaire de la symétrie des moitiés de la tête. Nous nous contenterons de faire observer que l'idiote automate, dont nous avons cité l'observation, possède des oreilles très-bien implantées, très-bien confoTmées, et parfaitement égales et symétriques, malgré l'asymétrie qu'offrent entre elles les deux moitiés de la tête.
Poids et volume de l'encéphale. — La pesanteur moyenne de tout l'encéphale, chez des hommes d'une intelligence ordinaire et saine, et de l'âge de vingt à cinquante ans est, suivant M. Lélut, de i ,346 grammes; celle du cerveau seul de 1,170 grammes, celle du cervelet de 170 grammes.
Chez les idiots (les idiots observés par M. Lélut présentaient tous un degré très-élevé d'idiotie), la moyenne du poids de l'encéphale est de 1,218 grammes ; celle du cerveau de 1,043 grammes, celle du cervelet de 165 grammes.
Il résulte de ces chiffres : 1° que le poids moyen de l'encéphale des idiots est, au poids moyen de l'encéphale des hommes d'une intelligence ordinaire, comme 922 est à 1,000, c'est-à-dire que l'encéphale des premiers est plus léger d'environ Vu que celui des seconds ; 2° que le poids moyen du cerveau des idiots est, au poids moyen du cerveau des hommes d'une intelligence ordinaire, comme 891 est à 1,000, c'est-à-dire que le cerveau des premiers est plus léger que celui des seconds d'environ ; 3° que le poids moyen du cervelet des idiots est, au poids moyen du cervelet des hommes d'une intelligence ordinaire, comme 931 est à 1,000, c'est-à-dire que le cervelet des premiers est plus léger que celui des seconds d'environ Vn ; ^° que, chez les idiots, les rapports de l'encéphale au cervelet (: : 133 : 135) eldu cerveau au cervelet (: : 150 : 149) sont plus considérables que chez les hommes d'une intelligence ordinaire, tandis que, au contraire, le rapport de l'encéphale au cerveau (: : 886 : 856) est moins considérable chez les premiers que chez les seconds. Les poids les moins élevés, que M. Lélut ait trouvés, sont ceux-ci : encéphale 1,025 grammes; cerveau 890 grammes; cervelet 135 grammes; mais Parchappe a vu un idiot dont l'encéphale pesait 970 grammes, le cerveau 852 grammes, le cervelet 118 grammes ; chez un autre l'encéphale ne pesait que 720 grammes (2).
Les poids les plus élevés que M. Lélut ait rencontrés sont les suivants : encéphale 1,380 grammes, cerveau 1,188 grammes, cervelet 192 grammes.
(1) Foville, Traité complet de l'Anal, et Palti. du stjsl. tio v. Paris, tSi4, tome 1.
(2) Parchappe, Trailé théorique et pratique de la folie. Paris, 1841, p. 3G9-37I.
Altérations de structure de l'encéphale. — Chez les idiots de tous les degrés on a vu l'encéphale être parfaitement normal, ne présenter aucune espèce d'altération appréciable (1). D'autres fois le cerveau offre un très-petit volume, mais il est parfaitement régulier : il constitue comme la miniature d'un cerveau ordinaire. Leuret a plusieurs fois rencontré cette disposition. Dans la grande majorité des cas, néanmoins, le cerveau des idiots offre des vices de conformation, des défauts de développement plus ou moins nombreux, plus ou moins prononcés. Il est impossible d'énumérer toutes les altérations de ce genre qui ont été observées : les plus fréquentes sont le petit développement des circonvolutions et le peu de profondeur des anfractuosités, l'induration de plusieurs circonvolutions, des dépressions plus ou moins profondes, l'atrophie des lobes antérieurs, qui sont souvent comme tronqués ; l'atrophie de l'un des lobes cérébraux, du corps strié, de la couche optique; le rétrécissement des ventricules latéraux (2); l'absence du septum médian (3); des lobules antérieurs (4); une augmentation de consistance de la substance blanche (5); une diminution de la substance grise ; une inégale répartition des vaisseaux de l'encéphale et une diminution de leur calibre (6).
M. Yirchow, après avoir posé les questions suivantes : Quelle peut être l'influence de la réunion prématurée de certains os du crâne sur le développement cérébral, et quels sont, outre cette anomalie, les autres désordres qui peuvent influer plus directement sur l'intégrité du cerveau, les a résolues comme il suit : le cerveau, renfermé dans des crânes prématurément réunis, est le siège de deux espèces de lésions dont la nature est essentiellement différente. En premier^lieu, c'est un développement incomplet partiel ; cette anomalie frappe le plus ordinairement les hémisphères cérébraux, tandis qu'elle ne se remarque que rarement dans le cervelet qui, le plus souvent, est normal. Skae (7) a publié une longue série de recherches sur les poids absolus, relatifs et spécifiques des régions partielles du cerveau chez les aliénés. Ces recherches l'ont amené à constater que le cervelet participe le moins aux anomalies qu'on rencontre si fréquemment dans les affections mentales; le contraire a lieu, paraît-il, pour les idiots, chez lesquels, selon l'opinion de plusieurs auteurs (Malacarne, Niepce), le cervelet présente le plus souvent un arrêt de développement. L'atrophie de l'une des moitiés du cerveau s'observe presque toujours en même temps que la synostose crânienne du même côté, c'est-à-dire en même temps que la réunion
(() Parchappe, op. cit., p. 371.
(2) Esquirol, op. cit.
Reil, op. cit.
(4) Breschet, op. cit.
(5) Belhomme, op. cit.
(G) Nat. Guillot, op. cit.
(7) Skae, Montlily Journ. 1854, Oct. p. 289.
prématurée de la moitié de la suture coronale correspondante à l'hémisphère atrophié. Outre cette atrophie, on en rencontre d'autres qui occupent des régions partielles, les lobes antérieurs, par exemi)le ; il n'est pas rare de trouver en môme temps les circonvolutions rabougries ou incomplètement développées. Ces altérations sont assez réguUèrement accompagnées de la réunion prématurée des os crâniens correspondants. Enfin, l'arrêt de développement peut avoir eu lieu soit dans une seule, soit dans une série de circonvolutions non-avoisinantes ; en pareil cas, les circonvolutions sont ordinairement très-grandes, très-larges, tantôt profondes, tantôt superficielles. Virchow attribue toutes ces anomalies à l'influence des sutures prématurées.
En second lieu, on rencontre les différentes lésions dépendantes de l'encéphalite. Les épanchements internes sont les plus fréquents. On peut rarement constater l'inflammation franche des méninges (1).
Lésions et anomalies cérébrales. — Nous terminerons par le résumé d'un travail de Griesinger sur les lésions et les anomalies cérébrales rencontrées chez les idiots.
En tête de ces anomalies se trouve l'atrophie cérébrale avec ses diflérentes modifications. La microcéphalie doit être considérée comme un arrêt dans la croissance, et dont le siège peut aussi bien être l'encéphale que le crâne ; ce dernier cas est le plus fréquent, et c'est principalement à l'ossification prématurée de tout le crâne qu'est dû l'arrêt de développement général de l'encéphale. L'ossification prématurée des fontanelles, qui parfois même ont déjà disparu dès la naissance, ainsi que celles des difterentes sutures du crâne, s'oppose à la croissance rapide de la masse encéphalique dans les premiers temps de la vie, et influe d'une manière d'autant plus active sur l'arrêt du développement cérébral, que la dilatation d'autres régions ne vient pas établir une compensation. L'encéphale lui-même peut, quoiqu'étant très-petit et réduit pour ainsi dire à l'état de miniature, n'offrir aucune autre anomalie et présenter de justes proportions dans toutes ses parties ; mais le plus souvent la microcéphalie est accompagnée d'induration cérébrale, d'épanchement, d'inégalité dans les hémisphères, d'autres asymétries enfin. 11 existe des microcéphales chez lesquels le volume de l'encéphale est de beaucoup inférieur à celui qu'eût dû faire présumer l'aspect extérieur du crâne, soit que les os de ce dernier aient subi un épaississemeni considérable, soit que sa capacité renferme, outre l'encéphale, un épanchement abondant. Dans l'atrophie générale on trouve ordinairement les circonvolutions aplaties, peu profondes, n'ofl'rant que peu d'anfractuosités, et par conséquent une surface moindre.
On rencontre très-fréquemment chez les idiots des atrophies partielles : ainsi les hémisphères sont souvent le siège d'un arrêt de dé-
{\) Virchow, Abhandlungen.
IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE. 4Io
veloppement partiel, qui réside le plus souvent aux lobes antérieurs ; d'autres fois, les bulbes olfactifs sont sensiblement racornis, parfois encore l'atrophie occupe les lobes postérieurs, au point que ces derniers ne recouvrent plus qu'imparfaitement le cervelet. Il arrive presque toujours, dans ces cas, que les circonvolutions correspondantes sont plus petites, rabougries, et semblent ne plus s'être développées depuis l'enfance. Lorsque les deux hémisphères sont inégaux, il est rare que l'on puisse attribuer cette inégalité à l'hypertrophie de l'un deux; elle est plutôt le résultat de l'atrophie du plus petit, et peut être due soit à une difformité même du crâne, soit à un arrêt de développement primordial; ou bien encore elle est la conséquence de lésions antérieures, telle qu'une encéphalite, des foyers apoplectiques, etc. On peut trouver tous les degrés de l'atrophie, depuis le rétrécissement le plus léger fusqu'à une lésion où tout un hémisphère a complètement disparu, pour être remplacé par une sorte de réseau à mailles infiltrées de sérosité ; même dans les degrés moins avancés, le parenchyme de l'hémisphère atrophié est devenu racorni, rugueux, induré; le ventricule latéral correspondant est dilaté, et offre un épendyme épaissi. L'asymétrie s'étend très-fréquemment jusqu'à la protubérance, la moelle allongée et le cervelet. Ce dernier offre une atrophie du même côté, lorsque l'hémisphère a subi un arrêt de développement à la suite d'un raccourcissement du crâne; lorsque, au contraire, l'atrophie est due à une autre cause, elle est croisée. Très-souvent cette lésion entraîne soit une atrophie des membres, soit une paralysie, soit des contractures dans la moitié du corps opposée à l'hémisphère lésé.
Sous le nom porencéphalie , Heschl (1) a décrit une lésion caractérisée par une absence complète d'une partie des circonvolutions et du centre semi-ovalaire, de manière â permettre ;\ la vue de pénétrer dans le ventricule. La substance cérébrale qui manque est remplacée par une sérosité abondante contenue dans une poche formée par la pie-mère. La porencéphalie ne paraît pas être due à un arrêt de développement, elle est plutôt le résultat d'une maladie fœtale qui a détruit le parenchyme manquant. Elle entraîne après elle, presque constamment, l'idiotie avec paralysie ou contractures des membres du côté opposé.
On a encore trouvé dans les différentes régions du cerveau des idiots, mais plus rarement, toutes sortes d'autres défectuosités partielles ; telles sont par exemple : absence de tout le cervelet ; de la glande pinéale; imperfection de la voûte; arrêt de développement des olives, des pédoncules, des corps mamillaires, des couches optiques, des corps striés ; racornissement du chiasma; état rudimentaire ou absence totale du corps calleux, etc.
Parmi les lésions les plus fréquentes, rencontrées chez les idiots, on
(1) Heschl, Frager Vierteijahrsschr., Dd. LXI, 1859, p. 59.
peut ranger l'hydrocéphalie chronique, soit congénitale, soit survenue à un âge peu avancé, offrant tous les degrés, et accompagnée ordinairement d'un épaississement très-marqué de l'épendyme. Dans beaucoup de cas l'hydrocéphalie semble être le point de départ de la lésion primordiale et principale; dans beaucoup d'autres cas, au contraire, l'épanchement séreux qu'on rencontre dans le crâae de certains idiots est consécutif à un arrêt de développement, à des atrophies partielles, en un mot à des imperfections cérébrales quelconques, et dans lesquelles il figure comme complication accidentelle. Le volume de l'encéphale est nécessairement diminué dans l'affection dont nous venons de parler.
Dans beaucoup de cas d'idiotie les lésions principales qu'on rencontre sont dues à l'encéphalite : elles sont plus ou moins étendues, tantôt sous forme de foyer, tantôt diffuses, et ont donné lieu à divers résultats qui consistent soit en une induration du parenchyme cérébral, soit en une atrophie des endroits lésés. Ces phénomènes morbides, qui datent de la vie fœtale, ou des premiers mois de la vie extra-ulérine, ou de la première période de dentition, ou enfin de l'âge de quatre à cinq ans, sont devenus à peine appréciables à la vue, lorsque l'idiot meurt seulement à un certain âge : les endroits atrophiés ne se reconnaissent alors de ceux qui ont simplement subi un arrêt de développement que par un tissu condensé, comme cicatriciel, et par des dépôts pigmentaires, etc. L'épilepsie, l'hémiplégie, sont les compagnes fréquentes de l'idiotie en pareil cas.
On rencontre bien plus rarement l'hypertrophie cérébrale chez les idiots. Il est du reste impossible, pendant la vie, de la distinguer de l'hydrocéphalie, parce que, comme cette dernière, elle peut produire une tête volumineuse. M. Baillarger (1) cite le cas d'un enfant de quatre ans, dont le cerveau avait un poids de 1,305 grammes ; le môme auteur cite un autre cas (2), où le corps de l'enfant pesait 46 livres, tandis que le poids de l'encéphale était de 1,160 grammes. MM. Briquet et Delasiauve ont cité des faits semblables.
Un phénomène assez curieux, peu observé jusqu'ici, et dont Stahl, Rœsch et M. Niepce ont fait mention, c'est la grande richesse en substance grise trouvée dans l'encéphale de quelques idiots : cette substance occupait du reste les places qu'elle occupe normalement, seulement sa masse dépassait de beaucoup la masse de la substance blanche. Par-ci par-là, on rencontre parfois aussi de la substance grise qui s'est déposée dans des places insolites (3).
A propos de porencéphaUe, nous relaterons l'autopsie d'une fille
(1) Baillarger, Ossification précoce du crâne avec les microcéphales (Bull, de PAcad. de méd. Paris, 1856, tome XXI, p. 954.)
(2) Baillarger, Gazette hehdonu, 1859.
(3) Griesinger, Mal. mentales. Paris, 186 i.
idiote épileptiqne, décédée à la suite de phthisie pulmonaire, et chez laquelle on observa les lésions suivantes :
La dure-mère est assez épaisse et plissée, au niveau de la partie antérieure de l'hémisphère droit. Il s'écoule à son incision une grande quantité de sérosité. L'arachnoïde est mince et décolorée. L'hémisphère ■droit semble atrophié ; il est beaucoup plus petit que l'hémisphère gauche, et porte latéralement, au niveau de la scissure de Sylvius, un enfoncement recouvert par une membrane translucide très-mince. Lorsqu'on enlève cette membrane, on voit une cavité de la circonférence -d'une pièce de 2 francs; elle est due à l'absence totale des circonvolutions sur la partie correspondante du centre ovale qui forme le fond immédiat de cette cavité, dont la direction est obliquement inclinée -vers la couche optique droite. Un peu plus en arrière, et en haut, se trouve une autre cavité en forme d'entonnoir ; elle communique avec la :partie postérieure du ventricule latéral du même côté, et l'on peut voit <lans son fond une partie du plexus choroïde. Le temporal, de ce côté, •est bien plus épais que celui du côté opposé. On ne remarque aucune différence de volume dans les lobes du cervelet. L'encéphale est généralement petit, pâle, légèrement empâté, et ne pèse que 975 grammes.
Thorax, bassin et membres. — Nous ne nous étendrons pas sur l'ostéomalacie, les kyphoses, les lordoses, les scolioses et les déviations du bassin qui en sont la conséquence, l'étude de ces phénomènes morbides étant celle du rachitisme.
Traitement. — On s'attend bien, dit Esquirol, à ce que je n'ai rien à dire sur le traitement d'un état constitutionnel ; néanmoins on peut, jusqu'à un certain point, améliorer le sort des imbéciles en donnant une bonne direction à leurs habitudes, à leurs actions, en les astreignant à quelque travail qui tourne au profit de l'imbécile pauvre, ou serve de distraction à l'imbécile riche. Les idiots réclament des soins domestiques très-attentifs et très-assidus.
Sans imiter l'espèce de culte qu'on rendait aux idiots et aux crétins dans quelques contrées, oii l'on regardait comme une faveur du ciel d'avoir un idiot ou un crétin dans sa famille, on entourera de soins assidus et actifs ces infortunés qui, abandonnés à eux-mêmes, sont -exposés à toutes les causes de destruction. Par l'habitude on les accoutume à un régime convenable ; leur paresse, leur apathie, leur ■résistance à tout mouvement, leurs infirmités, leur état habituel de malpropreté, leur disposition à l'onanisme, exigent une surveillance éclairée et très-active (1).
Au milieu de sa dégradation, l'imbécile, l'idiot et le crétin conservent encore, dit Morel, quelques aptitudes que l'on peut utiliser, quelques ■éléments de Tégénération morale. Or l'expérience prouve, comme le dit'
(1) Esquirol, op. cit.
Dagonet.
avec beaucoup de justesse M. Delasiauve, qu'il n'est pas impossible, même chez l'idiot, de féconder tous ces germes dans une certaine mesure, d'agrandir la sphère restreinte de son intelligence en mullipliant autour de lui les impressions extérieures, de développer en lui quelques sentiments de sociabilité, de l'inilier par l'imitation et l'usage à la pratique de diverses professions manuelles, sous ime direction intelligente. La gymnastique, ajoute le même auteur, qui augmente la vigueur de la constitution en même temps qu'elle imprime à l'attitude de la grâce, aux mouvements de la rectitude, détruit ou modifie ses tics si disgracieux, ses balancements si choquants pour la vue. La constante activité à laquelle on l'oblige, amortit la violence de ses penchants brutaux, corrige les appétits déréglés, les habitudes vicieuses qui parfois contribuent à augmenter l'infirmité de son esprit. Une communication permanente avec le monde qui l'entoure, ses rapports avec ses maîtres et ses camarades, les récompenses qu'il obtient, les privations qu'on lui inflige tout cela suscite dans cette imagination, inerte en apparence, une notion confuse du bien et du mal, du plaisir et de la peine, soulève des sensations affectueuses, avive l'amour-propre. La pitié se fraie un chemin dans son âme; il vivait dans la fange, objet de dégoût; la propreté et la décence lui sont devenues familièrs. C'était en un mot un fardeau pénible, embarrassant; l'éducation en a fait un être supportable et parfois même un serviteur utile (1).
« Dans la triste situation congénitale où sont réduits les êtres dégénérés dit Morel (2), tous ont besoin de soins hygiéniques appropriés leur situation maladive. Livrés à eux-mêmes, les uns sont incapables de manger, de se vêtir, de satisfaire à leurs besoins les plus naturels.
« Tantôt il y a chez eux exagération du système locomoteur, tantôt torpeur apathie du mouvement ; les exercices gymnastiques qui leur conviennent sont donc différents selon les indications de l'état pathologique.
« Si nous pénétrons dans la sphère des facultés intellectuelles, sentimentales, instinctives, que de diversités encore n'avons-nous pas observées, depuis l'absence complète de ces facultés jusqu'à la persistance de quelques autres, sur lesquelles il faut savoir s'appuyer afin de développer « ce qui existe.) selon l'aphorisme de Félix Voisin (3).
« Il ne faut pas craindre de le répéter, dit un juge très-compétent en cette matière. M. Delasiauve : l'éducation de l'idiot, vue d'ensemble, do. être tout émotion, tout action. Stimuler sans cesse par des sensations et des œuvres en rapport avec sa sensibilité morale par 1 attention, es comparaisons, le désir, le goût, est l'unique moyen de faire eclore en lui Vidée. Plus le progrès est tardif, moins il faut risquer de le compro-
■ (1) Morel, Etudes cliniques. Traité sur les maladies mentales, Paris, 1851-Ô3.
1-2) Idem, Traité des maladies mentales, Varis, ISGO. ■,;,^^.„ipiiinn»rpmt 3 Félix Voisin. De l'idiotie chez les enfants, et des Pf^'^f'''''^'^^^^^^^^^^
de caraclère qui nécessitent pour eux une instruction et une éducation spéciales. Pans, 1843.
mettre par une précipitation maladroite et des soins avortés. La lecture, l'écriture, le calcul, petits talents, ne sont véritablement, pour l'être privé d'intellect, que des outils défectueux entre des mains incapables. »
« Ce n'est pas que M. Delasiauve rejette les initiations intellectuelles, lorsque surtout il existe chez ces êtres dégénérés de ces aptitudes originelles spéciales dont j'ai parlé ; mais il est des indications plus positives et qui sont en rapport avec ces natures défectueuses. Je veux parler du développement de la sensibilité morale, au moyen des soins affectueux dont on les entoure, et de l'application du plus grand nombre à des travaux manuels et à des exercices réguliers qui leur apprennent à coordonner leurs mouvements et à se rendre utiles et serviables. Plusieurs ont été trouvés capables d'apprendre un métier et d'exercer quelques-uns de ces états où l'homme n'a besoin que d'employer des mouvements automatiques. Il ne faut pas oublier non plus que les résultats du traitement intellectuel, physique et moral, dans ces cas, ne doivent pas tendre à amener une comparaison entre ces êtres congénitalement frappés dans leurs facultés et les individus nés intelligents. Il s'agit de les comparer à ce qu'ils seraient si on les avait laissés dans l'état d'abjection et de dégradation où les avait placés la maladie (1). »
La première condition de toute amélioration psychique des idiots, a dit Griesinger, c'est la cessation graduelle et enfm complète de l'altération cérébrale, qui fut la cause première de l'idiotie. Il faut donc entendre, par guérison de l'idiotie, la guérison radicale du mal physique qui engendra le mal psychique. Ce n'est qu'après que cette guérison a eu lieu, que doit commencer l'œuvre éducatrice consistant dans le développement régulier des facultés, mais ce n'est que dans les cas de seul trouble fonctionnel que ce résultat peut être obtenu ; ou bien encore, lorsque l'altération physique a pu être arrêtée dès la première enfance. En règle générale, lorsque l'idiotie est constatée dès le jeune âge, il est déjà trop tard pour y remédier, car l'affection est devenue incurable. Dans ces cas, qui forment l'immense majorité, ce qu'il y a de mieux à faire c'est de tirer le meilleur parti possible des restes psychiques, survivant à la ruine de l'intelligence et de la sensibilité morale ; c'est ce que Guggenbiihl nomme le sauvetage de Vidiot.
En fait d'idiotie, il ne peut donc être question que d'amélioration et non de guérison ; or ceci est déjà beaucoup, d'abord pour les malheureux eux-mêmes, puis pour leurs familles. C'est là ce qui doit faire désirer de plus en plus la création ou la désignation, par les autorités, d'asiles spécialement consacrés au soulagement des idiots.
Ces établissements spéciaux doivent chercher à réaliser, autant que possible, une direction à la fois médicale, pédagogique et religieuse ; mais, comme le dit avec raison Brandes. l'une ne doit pas être appliquée
(1) Morel, op. cit.
à l'exclusion de l'autre ; un traitement purement médical, une éducation purement religieuse ne saurait qu'aboutir aux déceptions les plus lâcheuses.
On doit se proposer pour but de fortifier la santé, de régulariser les fonctions, d'imprimer aux individus de bonnes habitudes, de leur apprendre à devenir propres, convenables, s'habiller et se déshabiller euxmêmes, à manger proprement ; beaucoup qui étaient muets peuvent apprendre à parler. Parfois on parvient k leur enseigner un métier, celui de cordonnier, tailleur, ébéniste, etc. Quelquefois on peut tirer parti chez eux d'une aptitude spéciale pour la musique, la peinture, la mécanique. Quelques-uns sont capables d'acquérir des idées, il est enfin possible d'éveiller chez le plus grand nombre des sentiments religieux ; chez tous, les travaux de la campagne exerceront la plus heureuse influence (1).
M. Séguin cherche d'abord à habituer les enfants idiots au travail soit manuel, soit intellectuel; mais, pour réussir, il faut, dit-il, que le redressement des instincts et l'éducation morale dominent l'ensemble de l'enseignement. En un mot, M. Séguin fait d'abord l'éducation du système musculaire, puis celle du système nerveux ; et enfin, l'éducation morale. Nous renvoyons, pour plus amples détails, à l'ouvrage de M. Séguin (2).
Nous sommes absolument de l'avis de Morel et nous pensons, comme lui, que les effets salutaires produits par le traitement moral ne vont pas jusqu'à pouvoir comparer l'intelligence de l'idiot à celle de l'homme doué dune intelligence ordinaire; et que, s'il y a lieu à comparaison, cette comparaison ne peut être établie qu'entre ce qu'est l'idiot abandonné k lui-môme et ce qu'il est lorsque des soins assidus l'environnent de toutes parts.
Ces malheureux, déshérités de la nature, doivent être l'objet de toutes les marques possibles de dévouement et d'affection, de manière à ce qu'à la longue on obtienne d'eux qu'ils finissent par s'attacher à leurs bienfaiteurs, ce qui n'arrive pas toujours. Bien certainement toute notre sympathie doit être acquise aux hommes courageux qui se vouent à l'éducation ingrate des idiots ; on ne peut que regretter seulement l'exagération qu'on a cru devoir quelquefois donner aux succès obtenus.
(1) Brandes, Mo<wmM5. Hanovre, 18G2. ^ • , n • .ctr
(2) Séguin, Traitement morai, hygiène et éducation des idiots. Pans, 1S4G.