‹ Nouveau traité élémentaire et pratique des maladies mentales suivi de considérations pratiques sur l'administration des asiles d'aliénés [electronic resource]Chapitre 43 sur 95 · IMBÉCILLITÉ OU DEUXIÈME DEGRÉ DE LIDIOTIE · texte numérisé non relu

IMBÉCILLITÉ OU DEUXIÈME DEGRÉ DE LIDIOTIE

Synonymie. — Shipidiias, Amentia, ImbecUily (angl,). — ïmbecillita, deboli dimenfe (ital.). — Verstandesschwliche, Dummheit, Blôdsinn (allem,).

Définitions. — Esquirol dit que l'imbécillité est un état dans lequel les individus, par la faiblesse des organes destinés à la manifestation de la pensée, sont d'une médiocrité telle, qu'ils sont incapables de s'élever aux connaissances et à la raison communes à tous les individus du môme âge, du même rang et de la même éducation qu'eux.

L'imbécillité est un état dans lequel les facultés se sont développées jusqu'à un certain point, mais pas assez, pour que les individus qui en sont atteints puissent s'acquitter convenablement de tous les devoirs de la vie sociale (1).

Selon M. Séguin (2) l'imbécillité est un arrêt de développement physiologique et psychologique.

Parchappe (3) définit l'imbécillité un affaiblissement de l'intelligence produit par une cause quelconque autre que la folie.

Monneret et Fleury désignent, sous le nom à.' imbécillité, le premier degré de l'idiotie.

Habitude extérieure. — Les imbéciles sont généralement bien conformés, et leur organisation diffère peu de l'organisation normale

La conformation du crâne n'offre aucune anomalie. Les cheveux sont ordinairement abondants ; chez les uns ils sont crépus, chez les autres droits et couchés à plat sur le cuir chevelu, ou bien raides, s'irradiant dans plusieurs directions et récalcitrants à la brosse. La barbe est généralement peu fournie. La peau est blanche et souple. Dans la majorité des cas, les yeux sont petits, enfoncés dans l'orbite, sans vivacité et sans expression ; le regard vague, incertain, se dérobe à l'attention de ceux qui le cherchent (voir planche VII, fig. 1, 2). La physionomie est empreinte d'un cachet d'indécision, et parfois de timidité, qui semblerait témoigner de la conscience de l'infériorité morale. On remarque rarement une disproportion entre les membres et le tronc.

(1) Briand, Méd. lég. 9^ édition. Paris, 1874.

(2) Séguin, Traitement des idiots. Paris, 1816.

(3) Parchappe, Ti-aité théorique et pratique de la folie. Paris, 1841, p. 355

(4) Esquirol, Des mal. ment. Paris, 18J8.

Ces individus ont peu le soin d'eux-mêmes ; leur mise est généralement négligée. La parole est ordinairement libre et facile, quelquefois cependant on observe un vice particulier de la prononciation.

Sens. — Les sens, s'ils ne sont parfaitement intacts, ne sont du moins que légèrement émoussés, et si les imbéciles ont souvent l'air de regarder sans voir et d'écouter sans entendre, cela ne tient nullement à l'imperfection du sens de la vue et de l'ouïe chez eux, mais plutôt à l'affaiblissement intellectuel qui ne leur permet que des sensations faibles et fugaces, et les rend incapables d'attention.

Motilité. — Les imbéciles ont généralement une enfance tardive et maladive; ils apprennent à marcher tard, et restent longtemps sans pouvoir articuler distinctement. Leur démarche est le plus souvent lente, ils sont embarrassés de leurs bras, tous leurs mouvements sont incertains et disgracieux. Ils sont très-paresseux, et resteraient assis ou couchés toute la journée, si on ne les stimulait; on dirait qu'ils ont peur de se mouvoir, tant il y a d'indolence dans les mouvements qu'ils font pour se lever et pour se mettre en marche ; mais, une fois en mouvement, il n'y a pas de raison pour qu'ils s'arrêtent.

Facultés intellectuelles. — Le succès ne vient jamais couronner les efforts qu'on fait pour développer Tintelligence des enfants. Ils n'apprennent à lire et à écrire qu'avec une grande difficulté. Les imbéciles sont incapables d'attention. Ils sont nuls par eux-mêmes, dit Esquirol, ils ne produisent rien, tous leurs mouvements intellectuels et moraux sont provoqués par des impulsions étrangères. Ils ne pensent et n'agissent que par autrui, leur volonté est sans énergie; ils veulent et ne veulent pas; ils ne peuvent suivre une conversation, encore moins une discussion; ils ne sauraient conduire à ses tins un projet. Il prennent au sérieux les choses les plus plaisantes et rient des choses les plus tristes. Quelque chose les intéresse-t-il, leur yeux sont fixes, mais ils ne voient pas ; ils écoutent, mais ils ne comprennent pas, quoiqu'ils affectent d'avoir vu et d'avoir compris. Ils répondent juste, mais ne leur faites pas beaucoup de questions, n'exigez pas d'eux des réponses qui les forcent de réfléchir, ou qui soient hors de leurs habitudes. S'ils ne sont point dirigés pour ce qu'ils font, dans l'accomplissement des usages et des devoirs sociaux, dans la gestion de leurs affaires, ils sont victimes de leur incapacité, de leur imprévoyance. Ils apprennent à lire, à écrire, la musique ; ils exercent des arts mécaniques, mais ils font imparfaitement tout ce qu'ils font. Leur mémoire est peu active et peu sûre ; leur volonté sans énergie; ils peuvent combiner, comparer, mais ils ne peu vent s'élever à des notions générales et abstraites. Us sont susceptibles d'une certaine éducation (i).

En général, les imbéciles ne possèdent pas de jugement, ou n'ont qu'un

(1) Esquirol, op. cit.

IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE. 37t)

jugeraenterroné.Ils;sefonttous illusion sur leurs capacités intellecluelles. Leur intelligence est peu développée; la mémoire est courte, l'imagination est nulle. L'imbécile n'invente rien, il ne saurait créer, il ne sait qu'imiter, et tout ce qui sort de ses mains porte le cachet de l'imperfection. Il a beaucoup de penchant k parler seul. Les opinions et les jugements qu'il émet ne lui sont jamais propres.

L'imbécile n'est rendu attentif que par les choses objectives à action vive et su-bite, il ressemble en cela à l'enfant qui est plus spécialement impressionné par les couleurs les plus éclatantes d'un objet, ou par les notes les plus aiguës d'une musique, tandis que les couleurs moins vives et les notes intermédiaires échappent à ses sens. Il diffère de l'enfant, en ce que la conception intellectuelle de celui-ci progresse du jour au lendemain, grâce à l'attention qu'il porte aux choses objectives, tandis que l'imbécile reste slationnaire, ne s'intéressant qu'aux choses subjectives (1).

Les imbéciles, manquant de volonté, obéissent facilement aux injonctions qu'on leur fait; aussi s'en sert-on avec avantage dans les travaux journaliers qui n'exigent aucune participation de l'esprit. Une fois que l'impulsion leur est donnée, ils accomplissent machinalement leur tâche, mais ils manquent totalement d'initiative. S'ils combinent un plan quelconque, ils ne réussiront jamais à l'exécuter, faute d'avoir prévu les plus simples obstacles.

Instincts, passions. — Nous lisons dans Esquirol : « Puisque les imbéciles ne sont pas dépourvus de toute intelligence, ils ont des désirs et des passions proportionnés au développement de leurs facultés sensitives et intellectuelles. Ils ont des penchants plus ou moins impérieux, et quelquefois des penchants pervers : ils volent pour satisfaire leur gloutonnerie ; ils volent pour se procurer des objets de toilette ou pour tout autre motif. Il y a des imbéciles incendiaires. A l'époque de la puberté, l'instinct de la reproduction se développe, les imbéciles deviennent amoureux, se livrent à l'onanisme d'une manière d'autant plus effrénée qu'ils ignorent les maux auxquels les expose cette horrible habitude. Les hommes recherchent les femmes ; les filles sont coquettes, et l'on conduit souvent dans les hospices des filles âgées de 14 à 18 ans qui, devenues pubères, courent après les hommes, sont indociles et méconnaissent la voix de leurs parents (2). »

Les imbéciles ne sont pas totalement privés de sentiments affectifs ; il y en a qui sont reconnaissants des soins qu'on prend d'eux, et qui s'attachent aux personnes de leur entourage, plutôt peut-être par habitude que par véritable besoin d'affection, car généralement ils perdent leurs parents et leurs amis sans manifester des regrets. On peut affirmer que

(1) Spielmann, Diar/n. der Geisleskranklieit.

(2) Esquirol, op. cit., t. II, p. 301.

les sentiments affectifs, s'ils existent, sont pervertis et en tous cas de courte durée. Les imbéciles sont très-vaniteux et se laissent facilement exploiter. Ils sont rusés, menteurs, voleurs et gloutons ; ils sont irèsirascibles, grâce à une susceptibilité outrée due à leur orgueil. Malgré cette irascibilité ils sont très-poltrons, obéissent volontiers, et se lais sent diriger par le premier venu. Ils s'attaqueront toujours à plus faible qu'eux.

^ Observation. — Le nommé R. . . est âgé de 21 ans; sa taille est de 1 mètre 63 centimètres. Les cheveux sont blonds, la barbe manque totalement. La circonférence de la tête est de 56 centimètres. Le front est étroit et légèrement tuyant, l'occiput est aplati, les bosses pariétales sont très-marquées. Les yeux sont assez grands; ils fuient les regards et manquent de vivacité et d'intelligence. Les dents sont longues et larges; celles de la mâchoire supérieure sont fortement obliques de haut en bas et d'arrière en avant. Les oreilles sont grandes et mal implantées. Les membres sont proportionnés au tronc. La verge, à l'état de flaccidité, a 12 centimètres de longueur; le pubis est recouvert de poils rares; les testicules sont petits, le scrotum peu développé. Le malade se tient mal, ses gestes manquent de grâce et d'harmonie ; sa mise est entièrement négligée, jamais ses boutons ne se trouvent dans les boutonnières correspondantes; ses poches sont constamment remplies de débris d'aliments. 11 mange beaucoup et avec avidité.

Le vocabulaire est très-restreint; il faut insister pour avoir des réponses, toujours courtes, et l'on fixe difficilement son attention; lorsqu'on y est parvenu, ses yeux s'ouvrent largement et son front se couvre d'une multitude de rides transversales. La mémoire est très-courte, l'imagination nulle; il en est de môme du jugement. La volonté est abolie, si toutefois elle a jamais existé ; on fait de R. . . ce que Ton veut. Les sentiments affectifs n'existent pas- Il n'y a chez lui ni intelligence, ni initiative; il travaille machinalement sous une impulsion étrangère. Cet état paraît congénital.

Orphelin de père et de mère et livré à lui-même, R... travaillait parfois, mais le plus souvent s'abandonnait à sa paresse innée et incombait ainsi à la charité publique. Dans les derniers temps, il est devenu très-impudique, il se mettait tout nu, et parcourait ainsi tout son village. Il poursuivait les femmes dans un état fort indécent, et a parconséquent dû être séquestré. Il recherchait beaucoup la société des enfants ; ces derniers l'approchaient sans crainte, en faisaient leur jouet et avaient l'habitude de le mener en laisse. Il est d'un naturel très-doux, il obéit volontiers aux injonctions qu'on lui fait et peut être très-bien utilisé dans le service de l'intérieur. 11 recherche de préférence la société des jeunes gens, et surtout celle de ceux qui s'adonnent à la masturbation ; on est obligé, sous ce rapport, de le surveiller de près. Lorsque le dîner est servi, on ne parvient plus à détourner son attention de la table, la vue des aliments l'absorbe complètement.

Résumé. — L'imbécile, tout en n'offrant au premier aspect aucune anomalie de conformation dans l'ensemble, ne laisse pas que d'en offrir dans les détails : ainsi le front sera plus ou moins fuyant," l'angle facial

plus OU moins ouvert; presque toujours l'oreille, mal implantée, aura le pavillon déformé et l'hélix mal arrondi. Les fonctions de la vie de nutrition sont normales. Les imbéciles sont indolents, paresseux, peu soigneux de leur personne, inertes ; leur enfance est tardive, leur intelligence a de la peine à être cultivée, et cette culture ne porte d'autres fruits que l'aptitude à lire, à écrire, calculer un peu sur les doigts, faire de la musique, et exécuter des travaux manuels toujours mal réussis. Ils sont incapables de raisonner et de gérer leurs affaires, ont le jugement erroné, l'imagination nulle ou très-pauvre. Ils sont onanisles, susceptibles d'amour et de haine, vaniteux, gloutons, rusés, dissimulés, hypocrites, menteurs, voleurs, luxurieux et très-irascibles. Ils n'ont aucune initiative, sont Irès-susceptibles, poltrons, faciles à mener et se laissent duper par le premier venu.

L'imbécillité est très-souvent compliquée de manie ou d'épilepsie. Les imbéciles maniaques sont très-méchants, très-obstinés et très-vindicatifs.

ARTICLE m.

IDIOTIE PROPREMENT DITE d'eSQUIROL, OU TROISIÈME DEGRÉ DE l'iDIOTIE.

Synonymie. —Wiocy (angl.) ; Idiotismo fital.) ; Gefûhllosigkeit, Stumpfsinn (allem.). — Synonymie selon les auteurs : Amentia (Sauvage) ; Imbecillitas ingenii (Sagar) ; Fatuitas ingenii (Vogel); Morosis (,Linné); Démence innée (Gullen et Fodéi'é)'; Stupiditas (Willis).

Étymologie, du mot ÏSio;, privatus, solitarius, qui exprime l'état d'un homme qui, privé de sa raison, est seul, isolé en quelque sorte du reste de la nature.

Définitions. — Pinel (1) a défini l'idiotisme : une abolition plus ou moins absolue, soit des fonctions de l'entendement, soit des affections du cœur.

Esquirol (2) recommande de ne pas confondre l'idiotie avec la démence. Selon cet auteur, l'idiotie n'est pas une maladie ; c'est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais manifestées, ou n'ont pu se développer assez, pour que l'idiot ait pu acquérir les connaissances relatives à l'éducation que reçoivent les individus de son âge, et placés dans les mômes conditions que lui.

Georget (3) définit l'idiotie : un défaut de développement des facultés intellectuelles. Il range les idiots parmi les monstres.

Selon M. Calmeil (4), l'idiotie est une absence des facultés mentales et affectives, une presque nullité des fonctions cérébrales, provenant

(1) V'mel, Tr. méd. pfiil. sur talién. ment. Paris, 1809, p. 181.

(2) Esquirol, Des mal. ment. Paris, 1838.

(3) Georget, De la folie. Paris, 1820, p. 100.

(4) Calmeil, Did. de méd. en 25 vol.

d'un vice congénital ou pseudo-congénital du principal instrument de la pensée.

M. Foville (1) dit que l'idiotie consisle dans l'oblitération, la destruction plus ou moins complète de l'intelligence.

Griesinger (2) définit l'idiotie un état dans lequel il existe, depuis la naissance ou depuis le plus jeune âge, une faiblesse intellectuelle qui empêche, ou du moins enraye le développement des facultés psychiques.

Par idiotisme ou idiotie on entend, dit Brandes, cette variété de la faiblesse intellectuelle {Schivach-und-Blôdsinn) dans laquelle les facultés intellectuelles n'ont pas paru, ou ne se sont développées que très-imparfaitement; ou encore dans laquelle ces facultés, ayant primitivement suivi leur évolution naturelle, ont été entravées de bonne heure dans leur développement ou ont plus ou moins rétrogradé (3).

M. Belhomme dit que l'idiotie est un état dans lequel il y a oblitération des facultés affectives et intellectuelles.

Selon M. Séguin, l'idiotie est une infirmité du système nerveux qui a pour effet radical de soustraire, tout ou partie des organes et des facultés de l'enfant, à l'action régulière de sa volonté qui le livre à ses instincts et le retranche du monde moral.

Monneret et Fleury donnent le nom d'idiotie au défaut de développement plus ou moins complet, mais essentiellement congénital, des facultés intellectuelles, morales, affectives, et des instincts, accompagné ou non de certaines difformités.

En définitive, le troisième degré de l'idiotie sporadique, ou l'idiotie proprement dite d'Esquirol, est une affection cérébrale presque toujours congénitale, caractérisée par l'état rudimentaire des facultés de l'intelligence, de la sensibilité morale et de l'instinct, correspondant ordinairement à une certaine altération du squelette primordial, et par conséquent à des vices de forme extérieure plus ou moins marqués.

Habitude extérieure, — Suivant Esquirol, les idiots sont rachitiques, scrofuleux, épileptiques ou paralysés. Leur tête, trop grosse ou trop petite, est mal conformée, l'occipital aplati est petit relativement à la face. Les traits de la face sont irréguliers, le front est court, étroit, presque pointu, très-fuyant en arrière, plus saillant à droite qu'à gauche; les yeux sont convulsifs, louches, d'inégale grandeur; les lèvres sont épaisses (voir planche VII, fig. 3,4, 3). La bouche, largement fendue, entr'ouverte, laisse écouler la salive ; les gencives sont fongueuses, les dents cariées. Bourneville a noté avec soin les altérations que présentait la conformation de la bouche chez les idiots. Suivant lui, l'ouverture buccale est généralement grande et souvent béante, les dents ont une

(\) Foville, Dict. de méd. et de chir. prat. Paris, 1829, t. I, p. 513.

(2) Griesinger, Des maladies mentales. Paris, 18!j4.

(3) Brandes, Der idiotismus. Hanover, 18G2,

coloration noire ou jaunâtre; elles sont très-souvent mal plantées, cariées, le bord libre des incisives est dentelé comme une scie et l'évolution des dents est retardée et irréguliôre. La voûte palatine est plus étroite que dans l'état normal, quelquefois creusée en forme de gouttière. A ces caractères, il faut joindre quelques troubles fonctionnels tels que la bave, qui s'écoule fréquemment de la lèvre inférieure pendante, la perversion du goût et un vice dans l'articulation des mots.

On rencontre assez souvent aussi un vice de conformation des dents, sur lequel M. Noël Guéneau de Mussy a particulièrement insisté. C'est une rainure transversale à la face antérieure de la couronne dentaire, coupant perpendiculairement les stries longitudinales que cette face présente. On les rencontre surtout sur les incisives et les canines. Cette altération permet d'établir que le sujet qui la présente a été, durant son enfance, atteint d'une maladie assez sérieuse, fièvre typhoïde ou fièvre éruptive, à l'époque de la deuxième dentition. Si la rainure est très-voisine du sommet de la couronne, c'est que la maladie a eu lieu au commencement de la deuxième dentition, vers l'âge de 7 ou 8 ans. Si, au contraire, elle est rapprochée de la racine, c'est que la maladie s'est développée vers la fin de la poussée dentaire de 10 à 12 ans. La raison physiologique consiste dans le trouble apporté à la nutrition au moment du développement des dents (1).

Les idiots ont les bras d'inégale longueur, contractés, atrophiés ; les mains sont déformées, tordues, minces ; les doigts sont effilés, crochus, estropiés ou privés de mouvement; la peau est épaisse, rugueuse et insensible. Les idiots tendent les bras et les mains d'une manière vague, convulsive; ils saisissent gauchement les corps, ne peuvent les retenir, et les laissent échapper de leurs mains; ils marchent lourdement, en canetant, par saccade, etc., sont facilement renversés à terre. Les fonctions digestives s'accomplissent ordinairement très-bien, ils mangent beaucoup, et même avec voracité. Chez les femmes, la menstruation est régulière et abondante. Quelques idiots ont des tics très-singuliers ; ils semblent être des machines montées pour produire toujours les mêmes mouvements, etc. (2).

En général, les membres ne sont pas en proportion avec le tronc, ni la face avec le crâne, qui est mal conformé. Les idiots ont le front bas, plus ou moins fuyant et étroit. La tête est le plus ordinairement en pain de sucre, la région occipitale tantôt développée, tantôt formant une paroi aplatie et verticale (ce dernier cas est le plus fréquent). Les oreilles sont mal implantées. Les os malaires sont volumineux, l'arcade zygomatique est très-arquée, l'angle de la mâchoire est saillant, et proémine en dehors de chaque côté. La disposition de ces os et la structure ré-

(1) Guéneau de Mussy, Union médicale. 13 septembre 186G.

(2) Esquirol, op. cit.

trécie du crâne rendent la face d'une étendue trop considérable, relativement au reste de la tête, et imprime à l'idiot ce cachet particulier qui le fait connaître à première vue. Le cou est gros et court. Le nez est épaté, les narines sont obliquement dirigées de bas en haut, et de dehors en dedans ; la racine du nez, Irès-large, forme une séparation anormale entre les yeux, qui sont le plus souvent strabiques, et se meuvent dans des orbites plus larges, mais moins profondes qu'à l'état normal. La peau est rugueuse, épaisse, et comme enduite d'un vernis jaunâtre et poisseux ; sa sécrétion répand une odeur sui gencris trèspénétrante, et particulière à beaucoup d'idiots. Les cheveux sont épais, tantôt droits elraides, tantôt crépus.

Les organes génitaux sont généralement développés. Esquirol a vu un idiot qui, dès l'âge de 7 ans, avait tous les signes de la virilité, le pénis très-volumineux et le pubis couvert de poils ; il paraissait ne vivre que pour l'onanisme.

Les idiots sont très-voraces, très-malpropres, ennemis des bains et des ablutions. La plupart laissent aller sous eux pendant la nuit. On remarque souvent chez eux l'œdème des extrémités inférieures. Ils sont toujours mal habillés, et leurs poches sont le réceptacle d'une multitude de choses hétéroclites, parmi lesquelles les restes d'aliments se trouvent en plus grand nombre. Généralement leur lèvre supérieure est le siège d'un exanthème dû aux mucosités nasales qui la baignent constamment, et à l'habitude qu'ils ont d'y porter le bout de leur langue.

Sens. — Les sens sont imparfaits.

L'ouïe est dure ou manque tout à fait; cependant il est parfois difficile de distinguer si la surdité existe réellement, ou si l'on n'a affaire qu'à un manque absolu d'attention. Quelques-uns sont sourds et muets. Chez ces derniers la respiration est tantôt faible, tantôt bruyante, comme soufflée, ce qui tient sans doute à la conformation vicieuse du thorax d'abord, et peut-être au défaut de la parole, le manque d'exercice de l'organe pulmonaire pouvant entraver la respiration normale.

La vue est moins distincte, en raison du défaut de symétrie des yeux, qui sont fréquemment strabiques; il existe souvent de l'amblyopie.

Le goût et l'odorat sont peu développés, et ne transmettent que des sensations imparfaitement perçues ; le plus souvent ces deux sens sont pervertis au point que l'idiot ingère, sans s'en rendre compte, les substances les plus nauséabondes et les plus fétides.

Le toucher est obtus.

Quoique les idiots ne soient pas complètement insensibles à la douleur, il en est qui restent impassibles, soit qu'on les pince ou qu'on les pique. Esquirol a vu une idiote, devenue enceinte, accoucher sans se douter de ce qui lui arrive, et voulant quitter son lit ne se sentant pas malade.

Les fondions cutanées sont en partie enrayées ; la chaleur animale

est au-dessous de la normale. Les uns ne sont pas insensibles aux changements de la température ambiante, aussi les voit-on s'éloigner ou se rapprocher du feu, tandis que d'autres paraissent être peu influencés par le froid et la chaleur extrêmes, car ils ne songent pas à se garantir du rayonnement solaire ou de celui d'un calorique artificiel intense, ni à se soustraire à un froid capable de geler leurs pieds. Il en est qui ne se plaignent pas lorsqu'ils sont malades; cependant la plupart indiquent, par des gestes, le siège de leurs souffrances, et continuent à gémir jusqu'à ce qu'ils se trouvent soulagés. Dès qu'un idiot refuse la nourriture, il faut l'explorer attentivement, car on peut être certain qu'en ce cas il couve une maladie.

Motilité. — Le développement physique est très-tardif chez les idiots ; ils tètent mal, et, plus tard, apprennent difficilement à mâcher et à avaler les aliments. Les mouvements sont généralement bornés. Les idiots sont apathiques, endormis; ils aiment le repos et ne se meuvent volontairement que pour rechercher la place oîi l'habitude les a condamnés à passer leur triste existence, et où ils restent cloués, tantôt les bras croisés sur les genoux et le tronc penché en avant, tantôt assis sur leurs mains et imprimant à leur corps un balancement quelconque, monotone, et toujours le même pour le même individu. Leur démarche est titubante, les jambes sont écartées et le tronc s'appuie alternativement à droite et à gauche, à mesure que la jambe droite ou gauche se meut; les talons restent tout près du sol et le pied glisse plutôt qu'il ne se soulève pour s'appuyer de nouveau. Le corps est penché en avant, pendant la marche sur un terrain horizontal ; ce n'est qu'en descendant un plan incliné que l'idiot redresse son tronc et le porte en arrière, tout en avançant ses bras, comme s'il cherchait en tâtonnant un appui dans le vide. Il est facilement renversé, et le moindre obstacle détermine sa chute à terre. Tous ses mouvements sont gauches, incertains et disgracieux ; les objets appréhendés sont mal tenus et le plus souvent s'échappent de ses mains. Les mouvements sont comme convulsifs, la plupart sont involontaires ; telles sont les convulsions partielles des muscles de la face^, certains mouvements spasmodiques du tronc, et surtout de l'épaule ; ceux qui, en un mot, constituent ce qu'on a appelé des tics. Lorsque les idiots sont sous l'influence de la colère, ils se meuvent en tous sens, frappent le sol du pied, se démènent et gesticulent beaucoup; leurs mouvements, plus étendus en ce cas, offrent néanmoins une gêne évidente et une restriction que l'on n'observe ni chez l'homme doué d'une intelligence ordinaire, ni même chez l'imbécile, lorsque la colère les agite.

Facultés intellectuelles. — Les facultés intellectuelles, en rapport avec l'imperfection des sens, se trouvent chez l'idiot à l'état rudiraentaire. Nous dirons avec Esquirol qu'on peut juger du degré de l'intelligence des idiots par l'étendue de leur vocabulaire.

Les idées sont excessivement restreintes; le jugement est nul • les idiots sont totalement privés de la capacité de juger et de comparer les faits ; aussi la mémoire, lorsqu'ils en sont doués leur est inutile, quoiqu'elle paraisse diriger quelques-uns de leurs actes.

Ils sont dépourvus de toute imagination ; on constate chez eux le défaut de toute initiative, le manque de toute spontanéité, l'absence de toute volonté. Leurs sens incomplets, en leur faisant éprouver des sensations confuses, leur enlèvent la faculté de percevoir; ils ne sauraient donc se rendre compte de leurs impressions; il leur est impossible de les analyser, de les rapporter à une cause connue, et de les comparer à des impressions antérieurement reçues.

Griesinger s'exprime ainsi : « Les impressions des sens ne fournissent à l'entendement que fort peu d'idées, et ces idées sont si fugaces et si superficielles qu'elles s'effacent aussitôt après leur formation. L'abstraction est une opération presque entièrement inconnue, de sorte que ces individus ne peuvent jamais s'élever au-dessus des idées individuelles et presque entièrement matérielles. Ce qui leur manque, c'est non-seulement la production des idées, mais encore leur association et leur transformation, et surtout leur appropriation par la réflexion et la méditation. Ce qui leur manque encore, c'est un fond de pensées sur lequel les idées nouvelles puissent s'appuyer, la volonté prendre une détermination, le jugement se former, en un mot, le moi se constituer.

« Il n'y a donc plus chez ces individus ni attention, ni application de la pensée, ni mémoire, ni jugement, ni spontanéité psychique. Dans les cas complets, toutes ces anomalies ne se présentent pas seulement sous des formes très-diverses, mais encore elles se produisent avec des symptômes très -variés. Chez l'un, il n'y a aucune production d'idées, tandis que chez un autre l'idée s'efface aussitôt qu'elle a été produite. Chez l'un, c'est la perfection sensorielle qui manque; chez un autre c'est seulement l'idée abstraite, et ainsi de suite (1). »

Les idiots ne sauraient être capables d'attention. M. Archambault cile une idiote qui avait le plus grand désir de se laisser mouler le visage ; quelque attention qu'elle y apportât, on ne put réussir; elle essayait en vain de conserver la pose qu'on lui donnait, elle ne pouvait fermer les yeux plus d'une ou deux minutes.

Il est rare, sinon impossible, de pouvoir enseigner aux idiots la lecture, et surtout l'écriture; on parviendra tout au plus à les faire épeler et tracer quelques lettres éparses.

Ils ne parviendront jamais à savoir calculer ; c'est tout au plus si on arrive à les faire compter jusqu'à dix, sans qu'ils intervertissent l'ordre des unités. Il en est de même de l'alphabet : ils diront tout au plus les

(1) Griesinger, Des maladies mentales. Paris, iSGî.

cinq ou six premières lettres dans leur ordre successif; puis, de Vf, ils sauteront à Vu, pour revenir au b.

Quelques-uns ont des aptitudes spéciales pour les arts, tels que le dessin, la musique, etc.

II se trouvait à Stephansfeld une idiote qui est morte il y a quelques années. Son vocabulaire était très-restreint ; on la comprenait à peine, et elle n'avait commencé à prononcer quelques mots qu'à l'âge de neuf ans ; on n'était jamais parvenu à lui enseigner quoi que ce soit; elle n'avait aucune notion des notes ; néanmoins elle faisait preuve d'une aptitude remarquable pour la musique : ainsi, elle répétait sur le piano les airs, sans doute peu compliqués, qu'elle entendait pour la première fois. Elle était, du reste, fille et sœur de musiciens distingués.

M. Morel (l)cite un idiot privé de la parole qui avait un talent particulier pour battre la caisse. Un jour, on avait fait venir un tambour pour exerceruninfirmier; àlavuede cet instrument, l'idiot s'anime, murmure quelques mots dans son langage, finit par s'emparer des baguettes, et fait signe qu'il veut battre de Ja caisse. On céda à son désir, et on fut trèsétonné, lorsque après plusieurs essais infructueux, quelques motifs de marche se firent remarquer au milieu des roulements pour ainsi dire convulsifs qu'il produisait sur son instrument. Au bout de quelques essais il réussit, et finit par faire marcher toute la population, lorsqu'il s'agissait de la conduire au travail ou à la promenade. Il est résulté de renseignements ultérieurs que jamais cet idiot n'avait connu cet instrument. Son grand-père avait été tambour, puis tambour-major, son père tambour, et son frère n'avait jamais aspiré qu'à devenir tambour au régiment dans lequel il avait servi, mais ses vœux ne furent pas exaucés.

Le vocabulaire des idiots est très-restreint ; ils articulent à peine et ne prononcent distinctement que des monosyllabes. Chez quelques-uns la mémoire locale est assez développée. La faculté de comparer n'est pas complètement abolie, mais ils généralisent toujours, les notions abstraites leur restant étrangère.

Avec beaucoup de patience, et une surveillance incessante, on peut faire arriver les idiots à un certain degré d'éducabilité ; degré très-minime, il est vrai, si on le compare à celui dont est susceptible l'homme doué d'une intelligence ordinaire; mais manifeste, lorsqu'on considère le même idiot livré à lui-même d'abord, puis soumis à des soins intelligents.

Instincts et passions. — L'idiot est d'autant plus susceptible de sensibilité morale, qu'il est moins dégradé; mais les sensations agréables ou désagréables qu'il éprouve ne sont jamais que corporelles. Il semble parfois que ces sensations ne sont nullement motivées, mais elles se rap-

(1) Morel, Etud. clin., 1. 1, p. 49.

portent à des modifications mystérieuses survenues dans le cerveau ou dans le système nerveux (1).

La personnalité prédomine dans tous les actes des idiots. La plupart ne vivent absolument que pour manger : lorsque la table est servie, on les voit se remuer, se tordre pour ainsi dire sur la place où ils sont assis, rien ne saurait plus les distraire. Ils mangent avec voracité et ne prennent pas le temps de mâcher: la plupart ne savent pas se servir de la cuiller.

Les idiots sont presque tous onanistes, parfois sodomistes. Il y a néanmoins chez certains d'entre eux plutôt affaiblissement qu'exaltation de l'appétit sexuel, et si généralement ils passent pour être très-lubriques, c'est plutôt parce que, n'ayant aucun sentiment de pudeur, ils se livrent ouvertement à la satisfaction de leurs désirs. Le membre viril, quoique souvent développé, n'atteint pas toujours une rigidité absolue.

Les passions mauvaises semblent prévaloir, plutôt que les bons instincts. Les idiots sont dissimulés, généralement voleurs et enclins à l'avarice. M. Archambault parle d'un aliéné de Bicêtre qui, en quelques années, était parvenu à ramasser une somme de plus de 500 fr., en faisant des commissions dans l'intérieur de l'hospice.

Les idiots sont très-irascibles, vindicatifs, et parfois susceptibles d'exaltation passionnée. Esquirol cite l'exemple d'une idiote qui, après avoir été frappée par une de ses compagnes, en conçut un si grand chagrin qu'elle se laissa mourir de faim. Ils sont cruels, en ce sens que, incapables d'apprécier la portée de leurs actes, ils commettront un meurtre avec une impassibilité extraordinaire. Harder raconte qu'un idiot égorgea un homme après avoir vu écorcher un cochon. Un autre, après avoir tué deux enfants de son frère, vint en riant raconter à ce malheureux pèi e ce qu'il venait de faire (2).

Les idiots ne sont pas étrangers aux sentiments affectifs, et reconnaissent fort bien les soins qu'on prend d'eux. Il en est qui montrent une préférence marquée pour telle ou telle personne, tandis que telle autre leur inspire un profond éloignement. Cette affection et cette haine n'ont aucune raison d'être, c'est un phénomène mystérieux, encore à l'état d'énigme. Chez d'autres, les sentiments affectifs sont nuls; ainsi il y a des idiotes qui accouchent sans avoir le moins du monde le sentiment de la maternité; une fois débarrassées de leur fruit, elles ne le regardent même pas, ne s'en inquiètent seulement pas et le laissent !à; les pères ne connaissent pas leurs enfants. En général, le caractère des idiots dépend beaucoup de leur entourage et de la manière dont ils sont traités : ainsi, dans les établissements consacrés à l'idiotie, la plupart des enfants se montrent doux, obéissants et éveillés; ils sont de bonne

(1) Griesinger, op, cit.

(2) Gall, op. cit.

'humeur et sociables. Si, au contraire, on les traite mal, ils s'aigrissent et deviennent méchants et hargneux.

Observation. — J, F... est née dans un pays où l'idiotie est endémique. Elle est âgée de 20 ans. Sa taille est de 142 centimètres ; la circonférence de la téte en mesure 54. Le front est bas et légèrement fuyant; il n'est pas étroit, les bosses coronales sont assez développées. Le crâne paraît peu voûté : ainsi toute la région limitée par les bosses coronales et les bosses pariétales forme une sorte de section de prisme dont la surface médiane est presque plane, oblique d'arrière en avant, et dont la base se trouve vers l'occiput ; ce dernier est aplati. Le développement des os malaires et la saillie des angles de la mâchoire inférieure rendent la face disproportionnée au crâne. La racine du nez est large, les yeux ne sont pas symétriques ; les oreilles sont mal implantées. Les cheveux sont droits et bien fournis. La bouche est grande et limitée par des lèvres épaisses et renversées en dehors. Les membres sont proportionnés au tronc; celui-ci est très-haut, tandis que les membres pelviens sont très-courts; on ne remarque aucune déviation de la colonne vertébrale. Les mamelles sont développées, pendantes, ridées et coniques. Le pubis est couvert de poilSj les petites lèvres font saillie. La peau est blanche, mais elle est poisseuse et exhale une odeur rance toute particulière. Le règles ont apparu à l'âge de 18 ans; elles sont assez abondantes et mensuelles. Les mains saisissent et retiennent mal les objets ; la marche est canetante.

Le vocabulaire est très-circonscrit ; lorsqu'elle parle, la langue nage dans la salive et vient heurter les arcades dentaires; on parvient tout au plus à comprendre une syllabe des mots qu'elle prononce et qu'elle ne parvient pas à articuler. Elle est douée d'une mémoire locale assez développée. Elle sait fort bien distinguer les objets les uns des autres, seulement lorsqu'on lui en demande le nom, elle ne spécialise pas; elle s'en tient à la forme générale; ainsi un flacon est pour elle une bouteille, un encrier à soucoupe, une écuelle; tout ce qui porte un couvercle est une boite, etc. Elle connaît par leur nom la majeure partie de ses compagnes; si la sœur du service la charge de porter les aliments aux malades qu'elle lui désigne par le nom, les aliments arrivent exactement aux destinataires. Cette jeune fille a été susceptible d'une certaine éducabilité : ainsi, lors de son arrivée, elle était complètement abrutie. Elle offrait le tic du balancement latéral, crachotait, bavait de manière à tremper son fichu, ne se mouchait jamais et léchait constamment sa lèvre supérieure qui avait fini par devenir le siège d'un exanthème rebelle. A force de patience et de soins on est parvenu à lui faire réciter sa prière, quoique d'une manière inintelligible; elle fait le signe de la croix, sait se rendre utile dans le service de l'intérieur, ne bave plus, ne crachote plus, se tient assez proprement et a perdu le tic du balancement; seulement, n'étant pas occupée, elle balance une de ses jambes lorsqu'elle est assise sur le banc. Elle est lellement maladroite de ses mains qu'on n'est pas parvenu à la faire tricoter ni coudre; elle fait de la charpie, mais les fils sont mal tirés. Elle s'habille elle-même,' mais elle fourre entre ses vêtements tous les chiffons qu'elle peut trouver. Elle a l'habitude de porter, sous sa robe, de chaque côté du thorax, deux larges morceaux de bois, tels qu'on en met dans les poêles, et dont elle se sert en guise de castagnettes dans ses moments de récréation. Elle mange beaucoup

DAt;ONET. 9;;

PATnOLOGIE SPÉCIALE.

et avec avidité ; elle n'est pas voleuse, et ne prend les aliments de ses compagnes que lorsque celles-ci n'en veulent plus. Elle est Irùs-douce de caractère et ne s'emporte que rarement. Elle n'a aucun sentiment de pudeur. Elle ne sait ni lire ni écrire. On est parvenu à lui enseigner l'alphabet, elle sait en dire les lettres, mais toujours dans un ordre inverse; il en est de môme de la numération parlée. Elle n'est pas étrangère aux sentiments d'aileclion et de reconnaissance : ainsi elle se montre très-dévouée à la sœur du service, et paraît savoir apprécier les soins qu'on prend d'elle; toute intelligence, enfin, n'est pas ét&inte dans ce corps à formes lourdes et ramassées.

Résumé. — Les idiots sont mal conformés, leur état est congénital; la face est en disproportion avec le crâne, et les membres avec le tronc. Ils se font remarquer par divers tics tels que le balancement, l'action de sucer les doigts ou la lèvre supérieure, etc. La démarche est canetante, les mouvements incertains. La mémoire locale est la seule faculté intellectuelle sensible, les autres facultés ne sont que rudimenlaires. Leur vocabulaire est très-restreint, ils ne savent pas articuler les mots. Ils ne possèdent que des notions générales. La personnalité domine chez eux. Ils sont malpropres, voraces, dissimulés, voleurs, onanistes, et ne connaissent aucun sentiment de pudeur. Ils peuvent éprouver des sentiments affectifs et des passions haineuses. Ils sont susceptibles d'une certaine éducabilité.

Page 1