‹ Nouveau traité élémentaire et pratique des maladies mentales suivi de considérations pratiques sur l'administration des asiles d'aliénés [electronic resource]Chapitre 46 sur 95 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Considérations générales, — L'étude des causes qui viennent produire l'aliénation mentale présente des difficultés nombreuses, et, jusqu'à un certain point, une obscurité qu'il n'est pas toujours facile de faire disparaître. Moins on connaît l'essence d'une maladie, dit Flemming (I), plus on lui assigne de causes ; il en est ainsi pour l'aliénalion. L'on a remonté la série des siècles ; on s'est donné la peine d'aller fouiller dans les souvenirs historiques et dans les traditions des temps les plus reculés pour enrichir, outre mesure et hors de propos, l'étiologie des maladies mentales.

On a recueilli minutieusement tout ce qui, dans des cas individuels, a pu ou a dû contribuer à leur développement. Ce qu'il importerait de connaître, c'est le rapport des éléments étiologiques avec le trouble de la fonction psychique, c'est la démonstration de leur connexion réciproque. Cette démonstration restera sans doute encore longtemps un problème difficile à résoudre. Pour l'aliénation, comme pour un grand nombre d'autres affections, il est à peu près impossible, dans l'état actuel de la science, de connaître la nature intime, et d'apprécier le mode d'action des différentes causes qui en ont favorisé le développement.

Essentiellement complexe dans son origine, comme dans ses manifestations, l'aliénation mentale peut être la conséquence des conditions les plus diverses et quelquefois les plus opposées.

Tantôt simple névrose, on la voit survenir à la suite d'émotions vives, prolongées, ordinairement pénibles. Elle peut, dans quelques cas, laisser des traces de son passage sur le cerveau, mais il n'en est pas moins difficile alors d'en préciser exactement le siège anatomique.

L'aliénation est quelquefois une affection purement syraplomatique; elle est, dans ce cas, une conséquence directe d'altérations cérébrales plus ou moins graves, d'hémorrhagies, de tumeurs, d'exostoses, d'une irritation des méninges, etc. ; toutes conditions matérielles, quelque-

(1) Flemming, Psychosen. Berlin, 1859.

foisdiathésiques, qui peuvent indifféremment donner lieu aux manifestations délirantes les plus diverses.

Dans d'autres cas elle constitue, comme on l'a désignée, une affection purement sympathique. Le désordre des facultés se manifeste comme une conséquence naturelle du trouble même qui est venu atteindre les autres fonctions de l'économie, et entraver le jeu régulier d'appareils organiques plus ou moins éloignés du système cérébral.

Celte relation sympathique, quoique la science ne puisse encore l'expliquer d'une manière satisfaisante, n'en existe pas moins ; elle nous donne la raison de l'influence réciproque de nos organes sur l'intelligence, et de celle-ci sur l'organisme tout entier. Des individus deviennent tristes, inquiets, découragés, tombent même dans un éta de profonde mélancolie, par le seul fait d'une simple hypérémie du foie? Il a suffi d'une irritation intestinale, de la suppression d'un écoulement physiologique, pour déterminer une impressionnabililé morbide, et, consécutivement, un trouble particulier des facultés intellecluelles.

Guislain, et plusieurs auteurs après lui, ont cherché à séparer les déhres symptomatiques de ce que l'on appelle Valiénation mentale vraie essentielle {{). Cette distinction théoriquement importante, et qui doit être maintenue dans le cas oii cela est possible, est en pratique à peu près impossible à conserver. Nous le répétons : une même forme d'aliénation mentale peut être produite par les causes les plus diverses, organiques ou morales ; seulement il est important de connaître ces causes, lorsqu'il s'agit de fixer le pronostic et d'indiquer le traitement.

On comprend donc combien il importe d'étudier l'homme devenu aliéné, dans son ensemble, dans sa constitution morale, aussi bien que dans sa constitution physique, et combien il est nécessaire pour le médecin de scruter les antécédents du malade, et de peser toutes les circonstances qui le concernent. Après cette étude seulement, il est possible de trouver les indications thérapeutiques qui doivent être suivies.

Nous devons aussi faire une remarque importante : c'est que le plus souvent il n'existe pas une action unique, une seule et môme cause palhogénique. Presque toujours les causes sont multiples ; elles se combinent entre elles pour arriver au développement du délire ; et s'il est possible de les isoler, quand il s'agit de les étudier, il n'y a plus lieu de les envisager séparément chez l'individu devenu aliéné, et de faire abstraction de l'élément moral ou des conditions organiques qui se seraient montrées, comme phénomène précurseur ou concomitant de l'affection mentale.

Dans l'étude qui va suivre, nous jetterons d'abord un coup a'œil rapide sur les causes générales ; nous examinerons ensuite avec les détails nécessaires les causes spéciales.

(1) Guislain, Leçons sur les phrénopathies, U, 131.

Les premières résultent, on le sait, d'une iniïuence étrangère à la famille et à l'individu ; les secondes, au contraire, dépendent d'influences essentiellement individuelles ; celles-ci se subdivisent en causes héréditaires^ en causes morales et en causes physiques.

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