LIVRE IV
TRAITEMENT DE I.' AT.IÉN ATIO X MENTALE
Nous avons vu que, sous le nom d'aliénation mentale, on comprenait une classe d'affections essentiellement différentes entre elles. L'aliénalion présente, en effet, des phénomènes complexes et des particularités qui peuvent être considérées comme une véritable complication, et qui, par cela même, réclament déjà des moyens de traitement spéciaux.
C'est ainsi qu'elle est le résultat des circonstances les plus variables, qu'elle se lie à des conditions particulières de tempérament, de constitution, de diathèse, d'altérations organiques, etc. On voit dès lors combien il importe de l'étudier sous toutes ses faces, avec tous ses caractères; c'est seulement après qu'une appréciation aussi exacte que possible aura été faite, qu'on devra choisir la méthode de traitement la plus rationnelle, celle qui est appelée à donner les résultats les plus rapides et les plus efficaces.
Envisagé d'une manière générale, le traitement de l'aliénation mentale doit résumer les moyens prophylactiques qui peuvent prévenir le retour de la maladie, ou en arrêter le développement en cas de prédisposition héréditaire; ceux tirés de l'hygiène et qui comprennent, surtout pour les établissements d'aliénés, les soins de propreté ; les conditions qui doivent assurer un état sanitaire favorable, le régime alimentaire, le chauffage, les mesures de sûreté, la classification, etc.
Le traitement médical, proprement dit, aurait besoin d'être examiné à un point de vue général et à un point de vue particulier. Ainsi, le traitement général comprend celui des formes mêmes de l'aliénation ; nous avons eu soin, dans la description que nous avons faite de ces dernières, de poser à ce sujet les règles principales. Le traitement particulier, en quelque sorte individuel, renferme les indications les plus nombreuses et les plus variables. On doit, par exemple, rechercher tout d'abord si la folie, quelle qu'en soit la manifestation extérieure, est la conséquence de lésions cérébrales ou d'affections qui viennent exercer sur le cerveau une action directe, telles que la syphilis, la diathèse rhumatismale, certaines intoxications, etc. ; ou bien si elle est sympathique d'altérations éloignées, qui agissent indirectement sur le système nerveux, tels sont les troubles de la menstruation, les affections du tube
digestif, des organes Ihoraciques, etc.; ou enfin si elle est seulement idiopathiqiie, essentielle, et comme le résultat d'une disposition morale particulière, d'un tempérament nerveux qu'il s'agit de modifier, dont il importe de prévenir les conséquences fâcheuses, etc.
Nous ne pouvons, on le comprend, que donner sous ce rapport des indications, sans aborder les développements qu'elles réclameraient cL dans lesquels nous sommes d'ailleurs entré chaque fois que l'occasion s'en est présentée. Il nous suffit d'exposer cette manière de voir que le praticien ne doit pas perdre de vue. Dans les considérations qui vont faire l'objet de ce chapitre, nous nous bornerons à jeter un coup d'oeil rapide sur \a. prophylaxie ; nous ferons ensuite l'histoire aussi succincte que possible des moyens employés dans la thérapeutique de l'aliénation mentale, et qui constituent ce que l'on désigne sous le nom de traitement physique de traitement moral.