CHAPITRE H
Le traitement médical proprement dit de l'aliénation mentale, comprend les indications thérapeutiques spéciales, et surtout les agents pharmaceutiques habituellement employés dans les diverses formes de la folie.
Une première et très-importante indication consiste à ne rien employer
(1) Calmeil, op. cit., p. 650 et suiv.
(2) Esquirol, t. I, p. 157.
qui puisse tendre à all'aiblir le malade, à détériorer sa constitution physique et à aggraver du même coup, dans la grande généralité des cas, l'affection mentale. Au nombre des moyens débilitants dont l'usage abusif (trop fréquent de nos jours encore) ne saurait être assez réprouvé, se trouvent la saignée générale et les émissions sanguines locales souvent répétées.
Émissions sanguines. — Cette pratique funeste doit son origine à l'idée fort accréditée autrefois, et très-erronée, que le délire est l'expression symptoraatologique d'un état inflammatoire ou subinflammatoire des diverses parties du cerveau.
Or nous avons vu, lorsque nous avons été amené à traiter cette question (1), quelles différences doivent séparer les diverses formes d'aliénation du délire qui est symptomatique d'une inflammation du cerveau ou d'autres affections graves.
Lorsque la saignée est pratiquée dans des conditions qui la contreindiquent, il est rare qu'elle ne donne pas lieu aux phénomènes morbides les plus fâcheux. Presque toujours l'irritabilité du malade est augmentée; elle l'est d'autant plus que la déperdition sanguine est plus considérable, et que la vitalité est plus déprimée, en raison de l'antique précepte : sanguis moderator nervorum.
Certaines formes aiguës d'aliénation ne tardent pas, en effet, à passer ;\ l'état chronique et à se transformer en une démence consécutive que des moyens mieux appropriés auraient pu conjurer. Ajoutons que nous avons vu quelquefois des maladies incidentes, occasionnées par l'étal mental lui-même, devenir rapidement dangereuses, et souvent compromettre l'existence du malade par le fait seul de cette regrettable pratique.
On sait d'ailleurs que dans les diverses névroses, l'hystérie, la chorée, l'épilepsie, les émissions sanguines comme la plupart des moyens débilitants doivent être proscrits en règle générale.
Pinel, Esquirol, Georget et la plupart des médecins aliénistes sont aujourd'hui unanimes pour réprouver cette pratique, à moins qu'une indication spéciale ne vienne à se présenter.
Pinel s'éleva avec force contre la médication antiphlogistique; il montra que les émissions sanguines répétées, abondantes, sont extrêmement nuisibles aux aliénés; qu'elles les plongent dans un affaissement extrême, ou au contraire dans un état d'agitation et de fureur ; qu'elles hâtent le développement de la démence.
Esquirol confirma les assertions de Pinel : «J'ai vu plusieurs fois, ditil, la folie augmenter après des règles abondantes, après des hémorrhagies, après une, deux ou trois saignées. J'ai vu l'état de tristesse passer à la manie, à la fureur, aussitôt après la saignée, et réciproquement la démence remplacer la manie (2). »
(1) Chap. Si/mpt.
(2) Esquirol, tome I, p. 152.
Est-ce à dire que l'on doive abandonner d'une manière absolue les émissions sanguines ? nullement ; nous ne le pensons pas. Nous les croyons utiles au contraire dans des circonstances spéciales, mais à la condition que celles-ci se présentent d'une manière formelle : tels sont les cas d'aliénation qui se compliquent de congestion cérébrale; les émissions sanguines locales doivent être alors préférées à la saignée générale.
Voici quelques-unes des indications qui pourront en rendre l'emploi nécessaire :
Chez les femmes, à l'âge de retour ; pour les jeunes filles chez lesquelles les règles se sont momentanément supprimées, l'application de sangsues à la région du périnée, à la partie supérieure des caisses peut être suivie de résultats avantageux. Il en est de même chez les individus sujets à des hémorrhoïdes, dont la fluxion et la turgescence ont complètement cessé de se manifester, ainsi que cela se présente dans quelques cas particuliers.
Les émissions sanguines locales sont quelquefois d'une grande utilité dans les affections mentales qui succèdent à des causes Iraumaliques: dans les cas de chute, de coups sur la tête, ou à la suite de diverses causes qui ont occasionné des lésions symptomatiques ; dans la folie par insolation, par rétrocession d'un érysipèle, etc.
On peut avoir recours à ce moyen chez quelques filles érotiques, quand il y a rougeur à la face, gonflement des paupières, injection des conjonctives, etc.
Guislain a eu quelquefois recours à la saignée locale chez des aliénés pour lesquels on observe des symptômes spéciaux: lorsque les yeux ont une teinte jaunâtre, que la peau a un aspect congestionné, que les lèvres sont livides, que le pouls a de l'ampleur, que le patient éprouve des angoisses; enfin, lorsque la maladie est caractérisée par des accès d'abattement ou par des pensées sinistres. Dans tous les cas, il évite des déplétions copieuses.
Les émissions sanguines sont encore utiles chez les paralytiques sujets à des retours fréquents de congestion cérébrale, et à des convulsions épileptiformes en rapport avec la compression cérébrale et la fluxion ■méningitique.
Il en est de même pour certains accès d'épilepsie, lorsqu'il se forme des ecchymoses de la conjonctive, et chez les ivrognes atteints de fortes attaques de delirium tremens. Chez ceux-ci, l'emploi des émissions sanguines, joint à l'usage modéré de l'opium, peut rendre des services incontestables.
Narcotiques. — En tête des médicaments qui de tout temps ont attiré l'attention des médecins, se trouvent les narcotiques. Nous résumerons rapidement les principales opinions émises par les auteurs et les données les plus importantes sous ce rapport. Nous devons toutefois Dagonet. 38
rappeler un fait physiologique remarquable chez quelques aliénés, qui peut donner l'explication de certains phénomènes, eh même temps qu'il doit engager les médecins favorables à cette médication à se tenir dans dans les limites d'une conduite prudente.
Nous avons eu déjà l'occasion de le dire : on observe chez certains aliénés une sorte d'insensibilité qui leur permet d'avoir des affections plus ou moins graves, des blessures, sans qu'ils paraissent en être le moins du monde incommodés. Cette disposition particulière, cette espèce d'analgésie semble même être souvent une condition favorable à la guérison de ces diverses lésions.
De même, il n'est pas de médecin aliéniste qui n'ait rencontré des aliénés affectés de maladies graves, dangereuses, quelquefois mortelles, chez lesquels les symptômes extérieurs habituels ne s'étaient pas manifestés. C'est ainsi que ces malheureux peuvent mourir de pneumonie, de pleurésie, de péritonite, sans que l'attention du médecin soit éveillée de ce côlépar la douleur, la fièvre, etc.
Ce qui vient d'être dit de cette insensibilité particulière, s'applique bien plus encore à la tolérance pour les médicaments, que l'on remarque chez quelques malades. Nous l'avons surtout rencontrée à la période d'exacerbation des diverses formes d'aliénation mentale, par exemple dans la manie aiguë. 11 est curieux de voir des maniaques fortement agités prendre, sans en sentir le moindre effet, des doses répétées d'émétique, et supporter sans paraître en être impressionnés des quan- • tités considérables d'opium, d'acétate de morphine, etc., alors même qu'elles étaient administrées pour la première fois et non d'une manière croissante. On comprend, en pareille circonstance, les causes d'erreur et les inconvénients qui peuvent résulter de ce fait, et avec quelle prudence on doit procéder dans tous les cas; puisqu'à un moment donné, sous l'influence de conditions favorables, la tolérance peut cesser brusquement, et le malade peut alors subir tout à coup l'action dangereuse du médicament. Hâtons-nous de dire que c'est là cependant un fait exceptionnel, et que, dans la généralité des cas, les ahénés sont loin de présenter une immunité aussi complète à l'action thérapeutique.
Opium. — L'opium et ses composés devaient, on le comprend, fixer l'attention des médecins. L'irritabilité nerveuse de la plupart des malades, l'insomnie opiniâtre à laquelle ils sont sujets ; chez les uns, celte tension cérébrale, ces angoisses que ne peut apaiser aucun raisonnement; chez les autres, celte volubilité, cette excessive mobilité que les admonestations les plus fermes ne peuvent arrêter : tout devait engager les praticiens à soumettre les individus atteints d'aliénation à l'action des narcotiques.
Prôné avec engouement par quelques médecins, l'opium a eu ses detracteurs ardents. Nous nous proposons de résumer avec impartialité les opinions diverses émises à ce sujet.
Parmi les partisans les plus connus de ce remède, il faut citer Van Swieten et CuUen. Ce dernier le considère môme comme infiniment propre à calmer le maniaque; il le préconise surtout dans la manie, lorsqu'il n'y a pas lieu de craindre un état congestionnaire.
Reil affectionne ce moyen dans la manie qu'il nomme nerveuse^ Daquin, sans attribuer à cet agent une action infaillible, lui accorde cependant une puissance incontestable dans le traitement de la manie (1).
Esquirol est peu favorable à l'emploi de l'opium. Les opiacés, dit-il, sont plus nuisibles que salutaires, surtout lorsqu'il y a pléthore ou congestion vers la tête. L'insomnie elle-même ne justifie pas suivant lui l'emploi de l'opium.
En Allemagne particulièrement, la question de l'emploi des narcotiques a été l'objet d'ardenles discussions.
Le docteur Engelken, médecin de Brème, s'estfait l'enthousiaste admirateur de l'emploi de l'opium. Il considère cet agent comme spécifique de la plupart des maladies mentales, et en général des diverses formes de la mélancolie (2). Le docteur Flemming combat fortement cette pratique. « On a été jusqu'à prétendre, dit-il, que ce spécifique guérit la dépression aussi bien que l'exaltation, la mélancolie aussi bien que la manie. Quelques médecins, entraînés par les éloges excessifs répandus à profusion à rencontre de ce médicament, ont fait quelques essais, et ils se sont hâtés de faire chorus d'applaudissements avec les inventeurs. Je pense, ajoute-t-il, que le principal mérite de l'opium est de modérer la sensibilité anormale du système nerveux, lorsque déjà le malade est en voie de guérison. Comme il est très-difficile de reconnaître cet état à des signes objectifs, il faut user de beaucoup de précaution. J'ai donc toujours pensé que l'emploi de l'opium et de ses alcaloïdes ne doit être indiqué (j'ajouterai qu'il ne m'a pas été utile), qu'après que les anomalies des fonctions organiques ont à peu près disparu (3). »
M. Michéa (4) a publié le résultat de ses expériences sur l'emploi des narcotiques dans l'aliénation mentale. Celles-ci, faites sur un nombre d'ailleurs restreint de malades , indistinctement atteints de diverses formes de fohe, ne nous paraissent pas concluantes; il est d'ailleurs arrivé à des résultats contradictoires.
Nous devons citer aussi la pratique adoptée par Guislain.
Pour cet auteur distingué, l'opium est un médicament précieux dans les formes simples de la folie. Il agit favorablement, suivant lui, lorsque le malade revêt une disposition alfective, sans trouble notable dans les idées; il produit surtout d'excellents résultats, lorsque la mélancolie se
(1) Daquin, t. III, p. 149.
(2) Flemming, PaUi. und Ther . der Psych., 1859.
(3) Flemming, op. cit., p. 316.
(4) Michéa, Gazette médicale de Paris, 1853.
rattache à une frayeur, à une crainte, h une vive impressionnabilité, à un caractère inquiet et surtout à une complexion hystérique.
Il se borne, dans l'administration de ce médicannent, à des doses assez fractionnées ; il faut faire des pilules d'un demi-grain, et il en donne deux, trois, quatre, cinq à prendre chaque jour ; l'usage doit en être continué pendant un et deux mois, à moins bien entendu d'indications contraires.
Guislain accorde surtout plus de confiance à l'acétate de morphine ; il en a obtenu des résultats très-satisfaisants là oh l'opium brut était resté sans effet, chez des malades atteints de mélancolie sans délire, anxieux, offrant une dépression dans le pouls et une profonde altération dans les traits, dans la tristesse, avec le caractère hypochondriaque.il commence par un huitième, un quart de grain donné le soir ; il continue cette dose pendant cinq à six jours, puis il l'élève à la quantité d'un deniigrain. C'est alors qu'il a vu insensiblement le mélancolique se ranimer. On augmente la dose jusqu'à 3/4 de grain par jour, d'abord donnés de jour à autre ; ensuite tous les jours, 1/4 le matin, 1/4 dans l'après-dîner et un dernier quart le soir. Lorsque ce traitement est convenablement dirigé ; lorsque, suivant ce médecin, on discerne bien les cas, on obtient parfois des guérisons inattendues.
L'auteur que nous citons croit également à l'efficacité de l'opium dans la manie, mais il pense qu'il ne convient pas dans tous les cas indistinctement ; il doit être limité à certaines variétés de celte affection ; lorsqu'on remarque un affaiblissement de la constitution, l'appauvrissement du sang, la diminution des forces et un excès d'impressionnabilité. Il réprouve, dans tous les cas, la médication préconisée par quelques auteurs, et qui consiste à prescrire de très-fortes quantités d'opium.
L'importance de cette question nous a engagé à exposer d'une manière succincte les principales opinions qui se sont produites à cet égard . Nous croyons, en résumé, que l'opium est un médicam.ent d'une importance réelle, mais dont il est difficile de déterminer les indications avec une exactitude rigoureuse. Il nous paraît prudent de s'en tenir à des doses moyennes et de procéder par des quantités fractionnées. Toutefois, nous l'avons plus d'une fois employé à des doses élevées, sans avoir remarqué, ainsi que l'avait déjà fait observer M. Baillarger, que la durée delà maladie en fût augmentée. Ce savant médecin n'a même pas craint de prescrire l'opium pour calmer l'irritation maniaque des paralytiques, sans qu'il ait eu à observer des effets autres que ceux qu'on observe dans la manie simple (1).
Si nous précisons lès indications qui rendent nécessaire l'emploi des opiacés, nous trouverons d'abord la mélancolie caractérisée par des frayeurs, de vives inquiétudes, des angoisses précordiales, une tristesse
(I) Baillarger, Ann, médico-psycfi.^ 1855, p. 556.
anxieuse, l'élat panophobe de quelques auteurs; les Anglais l'adniinis- Irenl volontiers dans les affections qui se compliquent d'idées de suicide. Si, sous l'influence de cette médication, une amélioration plus ou moins marquée ne se manifeste pas huit, dix, quinze jours après, ou si même l'état mental s'aggrave; si l'on remarque plutôt une sorte d'exaspération, il vaut mieux cesser l'usage du médicament; car l'indication n'étant pas encore venue,il est alors préférable d'attendre et de le reprendre plus tard, s'il y a lieu. En général, il est bon de lui associer l'aloès et quelque extrait amer, tel que la gentiane, le quinquina, l'extrait de rhubarbe, etc.
L'opium a réussi dans quelques cas de manie aiguë; ici il est peutêtre encore plus difficile de bien résumer les indications. Guislain, nous l'avons vu, le prescrit plus particulièrement chez les maniaques qui s'annoncent par une certaine faiblesse de la constitution, par l'état cachectique, la petitesse du pouls, la dilatation des pupilles, etc.
Il y a, sous ce rapport, une sorte de tâtonnement à faire, une recherche des indications qu'il serait presque impossible de reconnaître à des signes nettement caractérisés. Rarement nous l'avons vu réussir dans la forme franchement aiguë de la manie, surtout à la période ascendante de cette manie.
Nous avons obtenu des succès inattendus chez les maniaques chroniques^ habituellement irritables, et dont l'irritabilité cessait ou diminuait d'une manière notable, sous l'influence d'une certaine dose d'opium. Nous nous rappelons entre autres une femme atteinte de manie chronique, extrêmement irritable, et dont l'irritabilité disparaissait chaque fois qu'on lui administrait de l'opium. Tant qu'elle était sous l'influence de ce médicament, elle travaillait volontiers ; elle cessait de travailler et devenait fort méchante aussitôt qu'on supprimait la médication. La dose d'opium, donnée sous forme d'extrait, était portée à 30 centigrammes par jour.
Ce médicament nous a également réussi, mais à la dose déjà élevée de 30 à 50 centigrammes, chez les individus atteints de cette forme de manie qui se caractérise par des instincts destructeurs, et par un état de profonde perversion morale ; chez ces malheureux qui se couvrent de leurs ordures, et qui se plaisent dans la malpropreté la plus repoussante.
Dans les diverses formes de la folie puerpérale, l'opium, associé à l'aloès, a été utilement employé. C'est, on le sait, un remède que l'on a considéré comme très-efficace dans les attaques de delmum iremens ; mais on sait aussi que celles-ci se dissipent ordinairement d'ellesmêmes, sous l'influence de moyens calmants et d'un régime approprié.
Il est inutile d'ajouter que l'action bienfaisante de l'opium est souvent favorisée par l'emploi d'autres moyens qui peuvent être indiqués pour le traitement des différentes formes d'aliénation: tels sont les bains répétés, plus ou moins prolongés, un régime analeptique, les toniques, l'application intelligente du traitement moral, etc.
Nous répéterons ici que l'usage des opiacés doit être immédiatement suspendu, dès qu'on s'aperçoit qu'il peut indisposer le malade. On reconnaîtra cette contre-indication, s'il se manifeste peu de temps après l'emploi de cette médication une exacerbation du délire, si la tète se congestionne, si les yeux s'injectent, si le malade se plaint d'une sorte de pesanteur, enfin si l'on remarque une tendance à l'hébétude et à la somnolence. Nous avons vu, dans quelques cas, une disposition aux vomissements et la perte de l'appétit.
Le chlorhydrate de morphine administré en injections hypodermiques a été, depuis plusieurs années, mis en usage particulièrement à l'asile d'Illeneau, en Allemagne ; dans les derniers temps il a été préconisé par M. le docteur Aug. Voisin, à la Salpêtrière.
Cet honorable médecin emploie la morphine à des doses quotidiennes qu'il a pu élever à 20,30,40 centigrammes, et même un gramme par jour. Il en a fait une méthode générale de traitement, s'appliquant à toutes les formes d'aliénation, à l'exception de celles où il existe une lésion des centres nerveux, ou une complication telle que la paralysie générale, l'épilepsie, une disposition aux congestions, etc.
M. Aug. Voisin faitre marquerque l'influence morphiniqueest d'autant plus courte, que les malades sont plus agités; dans ce dernier cas elle ne dépasse guère huit heures, et alors il considère comme nécessaire de faire une seconde et même une troisième injection dans les vingt-quatre heures, mais à des doses chaque fois moins élevées (1).
Nous croyons, avec d'autres médecins, que cette pratique ne saurait être instituée comme règle générale du traitement de l'aliénation ; elle peut reconnaître des indications spéciales et être suivie alors de résultats favorables. Les doses élevées de morphine si facilement supportées par quelques malades, réfractaires à ce traitement, ne sauraient être employées dans tous les cas qu'avec une extrême prudence (2).
Narcotiques divers. — La belladone, le datura stramonium, la jusquiame, ont été prescrits avec des résultats variables.il est assez difficile de tracer ici avec quelque précision les indications spéciales qui peuvent réclamer l'une ou l'autre de ces substances. Quelques auteurs ont préconisé l'extrait de jusquiame dans les cas de manie aiguë, et surtout l'association de ce médicament avec le camphre et la lupuline, mélangés à proportion égale pour chaque dose de deux à cinq grains.
D'autres médecins ont également recommandé la stramoine dans la manie aiguë, mais seulement quand l'agitation violente est calmée. M. Moreau, de Tours, l'a préconisée dans la manie avec hallucinations, se fondant sur ce fait, que le datu7'a donne des hallucinations et que, dans ce cas, il agit par une sorte de médication substitutive, comme une
(1) Aug. Voisin, Gar. cfes hôpitaux, 14-lG mai I87i.
(2) Voir Séance de la Société mddico-psyc/i., i&m\ 1875 (Ann. médko-psyr.h., p. 12G et suiv.).
inflammation spécifique peut être remplacée par une inflammation franche par l'application de certains moyens irritants.
La belladone a été recommandée particulièrement dans la manie compliquée d'épilepsie, plutôt encore en vue de combattre cette dernière affection. On sait que la méthode du Père de Breyne consiste à donner des pilules contenant 3 centigrammes d'extrait de belladone obtenu par décoction aqueuse, en commençant par une pilule le premier jour, et en augmentant chaque jour d'une pilule, jusqu'à ce qu'on arrive à la dose de 8 à 10 pilules par jour. Il n'est pas inutile d'observer que cet extrait, obtenu par décoction aqueuse, prive en grande partie la belladone de sa partie vireuse.
Bretonneau a préconisé, dans le même but, la poudre de belladone portée successivement- de un à 10 centigrammes, et administrée pendant plusieurs mois, même plusieurs années, en interrompant de temps à autre, pendant deux à trois semaines, l'usage du médicament.
La belladone peut être employée avec avantage chez quelques malades maniaques ou mélancoliques devenus gâteux, et chez lesquels l'hypéreshtésie des sphincters peut devenir une cause d'incontinence.
Nous ajouterons que ce médicament, associé à la digitale, peut rendre d'utiles services dans les cas de mélancolie anxieuse, lorsqu'à la fréquence des battements du cœur et à la petitesse du pouls se joint un embarras réel de la respiration.
Digitale. — A l'exemple de Guislain, d'Alberts et de Fleraming, nous considérons la digitale comme un adjuvant précieux du traitement de la folie.
La digitale a été particulièrement employée par Guislain dans le traitement de la mélancolie, caractérisée par des angoisses, lorsque le pouls est d'une fréquence excessive.
La lypémanie anxieuse, qui a pour manifestation extérieure des inquiétudes vagues, des terreurs non motivées, s'accompagne constamment aussi, qu'elle soit cause ou effet, d'une gêne plus ou moins profonde de la respiration. L'entrave apportée à cette importante fonction est tellement manifeste, que les malades atteints de cette névrose ne tardent pas à offrir les attributs de la dyscrasie veineuse ; la face est cyanosée, les lèvres, les ongles, etc., présentent une coloration bleuâtre, tout indique une hématose imparfaite, et, comme conséquence fâcheuse, les plus importantes fonctions de l'économie sont frappées d'atonie et d'un véritable état d'engourdissement.
Les battements du cœur sont alors peu énergiques, quoique souvent précipités, sous l'influence de cet état d'anxiété; les mouvements respiratoires sont incomplets, la respiration courte et insuffisante ; il en résulte une véritable oppression des forces vitales qui fait tomber le malade dans une sorte d'inertie et de nonchalance.
On comprend que, dans ces conditions, la digitale seule ou associée à
d'autres substances, selon les indications, puisse rendre d'importants services. Quelques grains, quelques gouttes de teinture, dit Guislain, amènent du calme; le plus souvent on détermine un bien-être et la cessation des angoisses.
Suivant MM. Homoile et Quevenne (i), l'influence de la digitale sur la respiration ne serait pas parfaitement démontrée, malgré les expériences de MM. Boulay et Raynai, qui ont obtenu chez les chevaux un ralentissement notable de la respiration par la digitale administrée à dose thérapeutique. Mais il est naturel de penser, ajoutent les auteurs que nous venons de citer, que cette influence puisse se montrer comme effet secondaire de la modification imprimée à la circulation.
Guislain emploie assez fréquemment une mixture calmante composée de teinture de digitale, d'eau de laurier-cerise, de thridace et d'eau de camomille romaine. Il donne généralement cette mixture aux maniaques qui éprouvent de fortes angoisses, qui poussent des cris, à ceux qui ont le pouls très-fréquent. Il prescrit la teinture de digitale à la quantité de 3 ou 4 grammes, et il a élevé l'eau de laurier-cerise jusqu'à une once.
Le docteur Albers (2) considère, sous différents points de vue, les effets importants déterminés par cette substance. La digitale, dit-il, a une action sédative sur le cœur et l'appareil circulatoire, elle porte en même temps son action sur la sécrétion de l'urine. Sous son influence, l'urine gagne beaucoup en poids spécifique. Cette substance tendrait à diminuer l'élément fibrineux du sang, en agissant sur tous les produits azotés qui se trouvent répandus dans ce liquide. Il lui reconnaît aussi une action narcotique. Conformément à l'avis d'autres praticiens, il conseille de faire précéder la digitale de remèdes laxatifs, ou de l'associer à. quelques sels neutres tels que le sulfate de soude et le sel de nitre, afin d'en favoriser l'absorption.
Celte médication par la digitale a été particulièrement préconisée en Angleterre par le docteur Cox. Nous nous souvenons avoir entendu citer l'exemple d'un maniaque qui avala par mégarde huit grammes de teinture de digitale. Il en éprouve aussitôt un malaise général, des nausées, puis des vomissements abondants; en même temps il survient de l'abattement, une prostration des forces, le délire devient beaucoup moins intense, le pouls descend à 35 pulsations. Cet état dura environ dix jours, après lesquels l'agitation ne tarda pas à reprendre toute son intensité.
Sulfate de quinine. — Quelques auteurs ont recommandé le sulfate de quinine, surtout dans la manie.
Nous trouvons (3) deux faits de manie aiguë traités par M. le professeur
(1) HomoUe et Quevenne, Archives p/itjs. et thérap., jam. 1854.
(2) Albers, Ally. Zeilschrift, t. XIV, p. 493.
(3) Piorry, Am. médico-psych.y 1850, p. 497.
TRAITEMENT MÉDICAL PROPREMENT DIT. bU!
Piorry, et rapidement guéris à la suite de l'administralion du sulfate de quinine à haute dose. On l'a conseillé, dans les accès intermittents et répétés, à court intervalle; nous avons souvent employé cet antipériodique dans ces circonstances, sans en obtenir d'effet bien marqué.
Guislain l'a, en général, administré dans les formes mélancoliques et paraît s'en être bien trouvé. Il l'a également donné à des maniaques qu'il était parvenu à rendre calmes, quelquefois même à guérir, sous l'influence de ce médicament. Mais il reconnaît lui-même qu'à l'époque oh il constatait de véritables succès sous ce rapport, la localité dans laquelle il se trouvait était sous l'influence d'une épidémie de fièvres pernicieuses qui se rattachait à l'établissement d'un canal; il croit avoir eu affaire alors à des affections mentales symptomaliques de fièvres paludéennes.
Éther. Éthérisation. — Quelques médecins ont eu l'idée d'employer l'élhérisation dans le traitement de l'aliénation.
M. Brierre deBoismont nous a fait connaître les résultats obtenus par l'éthérisalion mise en usage dans l'asile de New-York (1).
Depuis, le docteur More! a fait, à Maréville, de nombreuses expériences à ce sujet (2). D'après ses . indications, et après avoir assisté à quelques-unes de ses expériences, nous avons nous-même expérimenté ce moyen.
L'effet produit par l'éthérisation chez les aliénés n'est pas, en général^ sensiblement différent de celui qu'on obtient chez les personnes non aliénées.
L'excitation est fugace, et l'individu, une fois sorti du sommeil anesthésique, reprend les conditions psychologiques qu'il présentait auparavant. Jamais nous n'avons vu le délire disparaître sous l'influence de ce moyen. Nous nous souvenons avoir observé, dans le service de l'un de nos confrères les plus distingués, M. le docteur Renaudin,un jeune maniaque reprendre l'intégrité de sa raison pendant quelque temps, après avoir été soumis à l'éthérisation; mais cette bonne disposition fut de courte durée, et déjà le lendemain l'excitation maniaque s'était reproduite.
L'éthérisation peut être suivie d'effets favorables chez les individus atteints de stupidité. On peut voir, chez quelques-uns de ces malades, une sorte d'excitation remplacer peu à peu l'état d'engourdissement et d'affaissement moral dans lequel ils restaient plongés. Nous avons rencontré plusieurs cas dans lesquels l'excitation maniaque, plus ou moins marquée, s'était substituée au délire lypémaniaque.
En dehors de ces cas spéciaux, nous ne croyons pas l'éthérisation utile; nous la croyons même dangereuse dans toutes les circonstances oh l'affection morale se complique d'une tendance à la congestion céré-
(1) Brierre de Boismont, Atm. médico-psych., 1850, p. 472.
(2) Morel, Archiver générales de médecine.
602 TllAITEMENT DES MALADIES MENTALES.
brale, ou à la paralysie. Morel préconise celle médicalion comme un excellent moyen d'invesligalion dans certains cas de médecine légale. Par exemple, chez les individus qui simulent la folie, il est, suivant lui, très-facile d'arriver à la connaissance de la vérité en employant l'élhérisalion. Sous l'influence de l'espèce d'ivresse où ils se trouvent plongés, les individus ne font plus aucune difficulté à révéler les faits qu'ils cherchent à cacher dans d'autres circonstances. Malgré les allégations du médecin que nous venons de citer, nous ne croyons pas à l'innocuité parfaite d'un pareil moyen; nous doutons môme de son efficacité constante pour arriver à cette connaissance si désirable de la vérité. Chez une foule de personnes, aliénées ou non, l'éthérisation produit une excitation qui donne lieu à des manifestations délirantes, sur lesquelles il serait imprudent de s'appuyer en cas d'investigation médico-légale; à mesure que le délire se dissipe, l'individu ne tarde pas à reprendre la conscience de sa situation.
Dans quelques cas d'hypocondrie, accompagnée d'insomnie, de névralgies intestinales, on a vu l'éthérisation calmer momentanément les douleurs, et procurer pendant quelques instants un sommeil agréable et jusque-là impossible à trouver.
L'éther peut être employé avantageusement dans quelques circonstances comme excitant diffusible, ou comme antispasmodique.
Le chloroforme a élé de même recommandé à la dose de quelques gouttes (6 à 15) dans une potion mucilagineuse, comme moyen calmant; il a paru quelquefois amener le sommeil.
Le chloral produit sous ce rapport des résultats plus assurés; mais onsait que Temploi de ce remède énergique ne saurait être continué sans de sérieux inconvénients.
Purgatifs. — Les purgatifs ont été administrés de tout temps avec avantage dans le traitement de la folie; les anciens attribuaient, à cet égard, une vertu spécifique à l'ellébore. Il est d'observation commune que chez un grand nombre d'aliénés, surtout à la période aiguë de leur maladie, il existe une constipation plus ou moins opiniâtre, qui peut devenir une cause d'exacerbation du délire. L'attention doit donc être soigneusement dirigée de ce côlé.
Quelques lypémaniaques sont particulièrement sujets à une constipalion opiniâtre qu'il est souvent difficile de combattre; il est rare que, dans ce cas, les malades ne présentent pas les symptômes d'une surexcitation dangereuse.
Un grand nombre d'individus atteints de manie, des paralytiques, surtout à la période d'excitation maniaque, souffrent presque constamment d'une constipation qu'il est utile de faire disparaître.
Autant que possible, il faut chercher à faire usage de purgatifs qui ne soient pas eux-mêmes une cause d'irritation inlestinale; les purgatifs salins doivent ôlre préférés.
TRAITEMENT MÉDICAL PROPREMENT DIT. 603 Cependant ces médicaments sont pris quelquefois par les malades avec répugnance, ou bien ils ne produisent pas l'effet désiré. On peut alors purger les malades à leur insu, en employant le calomel à la dose de 50 à 60 centigrammes, môlé soit au café du matin, ou bien dans un peu de tisane, de la confiture, etc.
D'autres purgatifs doux : l'huile de ricin, l'aloès en potion, rendent journellement des services. Si la constipation devient opiniâtre, on doit avoir avoir recours à des moyens plus actifs, à une solution concentrée de sulfate de magnésie, à des lavements purgatifs. On ne doit employer qu'avec ménagement les remèdes drastiques; ils peuvent aggraver l'état du tube digestif, souvent lésé chez les aliénés; cependant il faut, avant tout, remédier à la constipation.
Anthelmintiques. — Les anthelmintiques doivent être naturellement administrés chaque fois qu'on soupçonne la présence de vers intestinaux.
Il importe toujours de ne pas provoquer, et encore moins de ne pas entretenir des évacuations trop abondantes, qui auraient pour résultat d'affaiblir le malade.
Émétiques. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la confiance qu'on doit avoir dans le traitement de l'aliénation par les vomitifs répétés à plusieurs reprises. Esquirol les a spécialement recommandés dans le traitement de la folie des nouvelles accouchées.
L'émétique chez les aliénés, aussi bien que chez les personnes qui ne sont pas atteintes d'aliénation, a des indications qu'il faut surveiller scrupuleusement. Nous n'admettons pas qu'on doive l'administrer d'une manière empirique, sans que rien n'en recommande l'emploi, et en quelque sorte comme un spécifique de telle ou telle forme d'aliénation mentale.
On l'a employé dans le but de faire avorter les accès de manie qui se reproduisent d'une manière intermittente. Dans la grande majorité des cas cette pratique n'est suivie d'aucun effet favorable. On peut, par cette médication, arriver à faire tomber le malade dans un état de prostration plus ou moins considérable, et d'une durée variable; mais l'excitation est loin d'être calmée : par cela même, elle ne tarde pas à reparaître avec une nouvelle intensité.
Les vomitifs sont indiqués, chaque fois que les voies digestives présentent un état saburral, qu'il existe de l'inappétence, et que la langue est chargée d'un enduit jaunâtre. On sait que, chez la plupart des aliénés, l'embarras gastrique se présente au début même de leur affection.
L'on a imaginé, sous le nom d'émétisation, une méthode de traitement par l'émétique à haute dose. Celte médication a été principalement préconisée dans le but de combattre la manie : on administre chaque jour au malade le tartre slibié, à la dose de 30 à 40 centigrammes, pendant 10, 15, 20 jours. Cette méthode est rarement suivie de résultats
satisfaisants; quelques malades finissent par en ôlre incommodés; nous l'avons expérimentée dans plusieurs cas de manie aiguë, sans avoir obtenu aucune espèce d'amélioration; dans une circonstance, cependant, nous avons vu la guérison suivre de près l'usage de cette thérapeutique'.
Le malade dont nous voulons parler, d'une constitution athlétique, atteint d'une manie aiguë, fut soumis pendant plus de dix jours à l'usage du tartre stibié à la dose de 60 centigrammes par jour. Sous l'influence de cette médication, l'on ne tarda pas à observer un ralentissement marqué de la circulation et un affaiblissement général assez considérable, qui fut suivi quelque temps après d'une guérison complète. L'émétique, donné par la méthode Rasorienne, peut déterminer dans l'économie une perturbation profonde qu'il importe de surveiller attentivement.
Emménagogues. — Nous avons parlé ailleurs (1) de Tinfluence que présente la menstruation chez la femme, comme cause de développement et d'exacerbation de l'état mental. Nous avons vu que la suppression de cette importante fonction, si elle peut être considérée dans quelques cas comme ayant contribué à déterminer l'aliénation, est ellemême, dans un grand nombre d'autres circonstances, produite par l'affection mentale et véritablement placée sous sa dépendance. C'est un effet essentiellement sympathique, et ce n'est que plus tard, lorsque la maladie a déjà duré un certain temps, lorsque l'excitation cérébrale s'est notablement modifiée, qu'on observe ordinairement le rétablissement de cette fonction; ce fait est d'une observation tellement rigoureuse, qu'on peut diriger les médications les plus actives en vue de hâter le retour de la menstruation, sans obtenir sous ce rapport le résultat désiré. Si l'attention du médecin doit être portée de ce côté, sises efforts doivent tendre à rétablir une fonction dont la régularité importe au plus haut degré au maintien de la santé, il n'en est pas moins vrai que, pour arriver à ce but, il ne doit pas employer des moyens trop énergiques. Il peut avoir recours à une médication mixte, à des moyens qui, tout en ayant une action spéciale, tendent surtout à améliorer, à fortifier la constitution si souvent débilitée chez les femmes.
Les préparations ferrugineuses, le quinquina associé à l'aloès, quelquefois avec le safran, l'armoise, etc., donnent journellement des résultats favorables.
Toniques. Régime alimentaire. — Les considérations que nous venons de développer nous dispensent d'entrer dans de longs détails sur l'importance de la médication tonique, dans les différentes formes de la folie.
Chez le maniaque qui s'épuise en efforts incessants et en mouvements violents, chez le mélancolique plongé dans un perpétuel état de dé-
fi) Ciiap, Symptomalologie et Éliologie.
pression, chez lequel les diverses fondions sont frappées d'atonie, et dont la figure jaunâtre indique suffisamment la profonde atteinte portée à la composition du sang; chez le dément et le paralytique dont l'affaiblissement nerveux tend à frapper la constitution d'une détérioration plus ou moins considérable; chez tous ces malades, enfin, non-seulement un régime analeptique, reconstituant, est indispensable ; mais il importe encore, dans une foule de circonstances, de recourir à une médication tonique qui seule peut prévenir une cachexie scorbutique et l'aggravation de l'état mental lui-même. Tous les praticiens sont d'accord à ce sujet, et dans les établissements où l'on recherche sérieusement la guérison des malades, le régime alimentaire doit être l'objet d'une surveillance très-attentive. Rien ne favorise le développement de la démence et n'aide aux progrès de la paralysie comme un régime insuffisant.
Les préparations ferrugineuses doivent être placées, pour les femmes surtout, en tête de toute médication. Les substances amères en extrait, en infusion, sont aussi dans la plupart des cas avantageusement employées: tels sont le houblon, le quinquina, la gentiane, etc.
Médication bromo-iodurée. — M. le docteur Lunier a préconisé une médication bromo-iodurée, en vue de rétablir le désordre des fonctions digestives etassimilatrices, que l'on peut rencontrer chez un grand nombre d'aliénés. C'est surtout dans les formes chroniques de la folie, et notamment dans la lypémanie, que cette méthode de traitement produirait, suivant ce médecin, des résultats tout à fait satisfaisants.
Elle déterminerait, en général, des effets plus favorables chez les femmes que chez les hommes; ce qui s'expliquerait par son action même sur les fonctions de l'utérus. Elle rendrait également des services dans la paralysie générale progressive, et peut-être aussi dans l'alcoolisme chronique. Malgré l'affirmation du distingué confrère que nous venons de citer, nous devons avouer qu'après l'emploi de cette médication, suivant ses propres indications, il nous a été impossible d'arriver à une conclusion quelque peu satisfaisante (1).
Révulsifs. — Les révulsifs de la peau sont d'un usage fort ancien dans le traitement de l'aliénation. Ils peuvent constituer des ressources précieuses, lorsqu'ils sont appropriés au tempérament du sujet et à la marche de la maladie.
Les vésicatoires, les frictions stibiées, le séton, le cautère actuel, tels sont les moyens le plus habituellement employés, lorsqu'il s'agit de déterminer une révulsion plus ou moins profonde et continue.
Les révulsifs présentent des indications spéciales que le médecin praticien est seul à même d'apprécier; ils peuvent réussir particulièrement dans quelques formes de mélancolie.
L'application d'un vésicatoire a, dans certaines circonstances, donné
(I) Lunier, Ann. médico-psych., 1853, p. 114 et 422.
lieu à un efîel moral dont il n'est pas sans importance de savoir profiter. Nous avons vu des personnes atteintes d'hypochondrie, fort impressionnables, s'imaginer qu'elles étaient perdues sans ressources, qu'il n'y avait plus pour elles d'espoir de guérison; nous les avons vues, sous l'influence de l'application d'un vésicatoire, sortir tout à coup de leur étal de prostration, et apprécier chaque jour davantage les effets du révulsif qui venait de leur être placé.
C'est là plutôt pour ainsi dire un révulsif moral, qui a pour effet de détourner l'attention du malade, et de faire diversion à ses incessantes préoccupations.
La plupart des auteurs blâment, en thèse générale, l'emploi des révulsifs au début des maladies mentales : ces moyens irritants peuvent, nous le croyons, imprimer au délire une nouvelle exacerbation ; ils sont plutôt indiqués lorsque la maladie a déjà revêtu une marche chronique.
Nous avons vu des résultats satisfaisants survenir, quoique dans des cas assez rares, à la suite de frictions stibiées, continuées pendant un certain temps, et faites successivement sur différentes régions de la colonne vertébrale, particulièrement chez les malades dont l'affection mentale semblait rester stationnaire. Jacobi de Siegburg a préconisé ce moyen dans la manie chronique, dont l'état stationnaire pouvait faire craindre l'incurabilité. 11 conseille de faire les frictions sur la tête même; il pense que cette révulsion énergique, appliquée à proximité du cerveau d'une manière plus immédiate peut modifier, par une sorte de substitution pathologique, l'anomalie fonctionnelle de l'organe cérébral. Voici le procédé qu'il recommande :
La tête doit être rasée dans la région qu'on veut soumettre aux frictions, et principalement à la partie supérieure du vertex. Pour chaque friction, l'on recouvre la place d'un morceau de carton dans lequel on pratique un trou rond, d'un diamètre d'environ 33 millimètres. Cette précaution a pour but de limiter exactement la friction. L'on prend ensuite 6 grammes d'onguent stibié que, pendant un quart d'heure, on promène avec un pinceau fin sur la partie dénudée. On répète cette opération matin et soir, pendant les trois premiers jours. Aussitôt que des pustules commencent à se former, et occasionnent une douleur de plus en plus vive, on abrège le temps de la friction; on la cesse entièrement quand les pustules s'élèvent et s'arrondissent, pour se réunir dans une tuméfaction infiammatoire, et que cette tuméfaction commence à s'étendre vers le front.
On recouvre alors la tête avec un cataplasme, que l'on renouvelle jusqu'à ce que la tuméfaction disparaisse, que des sphacèles se montrent au siège de la friction et se détachent des parties saines environnantes. Il importe que l'inflammation n'agisse pas trop profondément, et qu'elle n'intéresse pas le périoste. En général, le moment où la tuméfaction commence à descendre de la partie rasée sur le front peut servir d'in-
dice ; l'inflammalion cesse ordinairement au bout de dix à douze jours, et l'on n'a plus à soigner qu'une surface suppurante de bonne apparence, qui dans la semaine suivante se cicatrise parfaitement.
Pendant la durée de l'inflammation, les malades doivent être soumis ù. un régime doux. Chez la plupart d'entre eux, l'appétit diminue, et il n'est pas rare d'observer un mouvement fébrile intercurrent pendant le développement des pustules. Presque tous accusent une douleur céphalique, que quelques-uns comparent à la compression qu'exercerait un ruban serré fortement autour du cou. Ceux au contraire dont la lésion est plus grave, ressentent peu l'effet des frictions; ils n'accusent aucune douleur et se plaignent de la diète qu'on les force d'observer. Chez tous, l'usage du cataplasme produit ûn soulagement marqué. L'ensemble de la cure, qu'elle réussisse ou non, ne prend pas plus de six semaines (1).
A la suite d'une conversation que nous avons eue à ce sujet avec cet illustre représentant de la psychiatrie en Allemagne, nous avons fait quelques essais; les résultats douteux que nous avons obtenus ne nous ont pas engagé à continuer cette médication. Nous n'en croyons pas moins qu'elle doive être tentée dans quelques cas ; mais il est indispensable d'apporter, sous ce rapport, une très-grande prudence pour les aliénés qui présentent une disposition aux congestions cérébrales. L'inflammation artificielle ou non du cuir chevelu peut aggraver l'affection mentale. Il est d'expérience que les érysipèles du cuir chevelu sont extrêmement dangereux chez les individus atteints de paralysie générale, et qu'ils tendent à ramener une congestion à laquelle ils ont une disposition si marquée.
Lorsque les frictions sont pratiquées sans les précautions suffisantes, l'ulcération pustuleuse peut aussi déterminer la dénudation du crâne.
Séton. — Le séton est suivi quelquefois de résultats favorables, mais il faut faire un choix judicieux des circonstances. Il trouve son indication dans les cas de manie, de lypémanie, qui ont une tendance à passer à la démence. Chez une femme mélancolique, dont l'état restait stationnaire, nous avons obtenu par l'application du séton le succès le plus incontestable.
Peu de temps après qu'un séton lui eût été posé à la nuque, cette malade vit ses idées reprendre peu à peu leur entière lucidité, pendant les trois semaines environ qu'on laissa l'exutoire en place. Celui-ci supprimé, elle retomba presque aussitôt dans son état de profonde tristesse, que ne tarda pas à dissiper de nouveau la réapplication du même moyen.
Guislain a reconnu l'utilité du séton dans la manie accompagnée d'épilepsie. Il remarque avec raison qu'il est d'observation commune de voir une plaie faite accidentellement, et entraînant une abon-
(1) Ann. médico-psyc/i., 1855, p. 342.
daiiLe suppuration, empêcher souvent, les convulsions de se manifester.
Lorsque des abcès froids viennent à se former, tant que la suppuration se fait le malade n'éprouve souvent pas de récidive de son affection, qui reparaît aussitôt que le pus cesse de couler.
Cette observation, nous avons été ù, même de la faire chez un épileptique doué d'une constitution vigoureuse, sujet à de fréquentes attaques €onvulsives et à des accès de délire furieux. Ce malheureux reçut d'un aliéné qui travaillait près de lui, dans un atelier de cordonnier, un violent coup de tranchetqui intéressa les parties profondes de la cuisse. La plaie suppura abondamment et ne se cicatrisa qu'au bout de trois mois. Pendant tout ce temps il fut soustrait à ses attaques d'épilepsie, et à sa surexcitation maniaque qui en était la suite ordinaire.
Cautère actueL — Quelques médecins n'ont pas craint d'employer le cautère actuel appliqué au cuir chevelu ou à la nuque.
Nous l'avons vu employer dans quelques circonstances, sans que ce moyen ait été suivi d'une amélioration évidente.
M. Foville parle d'une guérison dans le service d'Esquirol, à l'aide du cautère actuel, mais il attribue l'effet du remède à la frayeur.
M. Belhomme l'applique sur différentes parties de la tête, surtout 4ans le cas de monomanie.
Nous repoussons, avec Guislain, l'emploi de cette méthode de traitement, dont il est d'ailleurs assez difficile de préciser les indications. Georget dit avoir observé une encéphalite mortelle, résultant de Tapplication d'un bouton de fer rouge sur la tête.
« Les sélons, le cautère actuel, les ventouses, les vésicatoires, les frictions irritantes, les frictions mercurielles sont, dit Esquiri^;, d'excellents auxiliaires pour provoquer une révulsion, remplacer une affection cutanée qui est supprimée, réveiller la sensibilité de la peau qui est souvent dans l'atonie, déterminer une action générale, etc. On a proposé d'envelopper la tête d'emplâtres épispastiques ou de toute autre composition irritante. Je dois avouer que je n'ai pas vu réussir tous ces moyens qui augmentent l'éréthisme, tourmentent les malades, les irritent, leur persuadent qu'on veut les supplicier. C'est presque toujours aux monomaniaques ou aux individus en démence, qu'on a prescrit une médication aussi active et aussi perturbatrice (1). »
Bains. — Les bains, dans le traitement de l'aliénation mentale, rendent des services incontestables.
Depuis quelques années, notamment, l'attention des médecins ahénistes a été particulièrement éveillée à cet égard; les bains tièdes prolongés ont surtout été introduits dans la pratique des maladies mentales par M. Brierre de Boismont.
Ainsi que le fait remarquer M . Guislain (2), M. le docteur Turck, mé-
(1) Esquirol, t. I, p. 163.
(2) Guislain, t. in„ p. »07.
decin à Plombières, a démontré que cette méthode curalive dans son application aux affections nerveuses est fort ancienne. Il cite Rufus, qui faisait usage des assiduis balneis. Au rapport de Fabrice de Hilden, il paraît même qu'au seizième siècle on prolongeait les bains, au point que les malades y passaient plusieurs jours, et n'en sortaient que pour se livrer au sommeil. Ponce a conçu l'idée de soumettre les femmes hystériques à l'action des bains continués pendant plusieurs heures. On n'en doit pas moins reconnaître que, de nos jours, M. Brierre de Boismont a été en quelque sorte l'inventeur de ce procédé appliqué au traitement de l'aliénation mentale.
La pratique de cet éminent médecin consiste à placer le malade dans une baignoire remplie d'eau tiède, et de l'y laisser pendant dix ou douze heures. Pendant tout ce temps, il fait tomber sur la tête un filet d'eau froide ; ce moyen doit être répété six ou sept jours de suite. L'usage de ces bains doit être suspendu, lorsque les aliénés en ont pris huit ou dix sans amélioration marquée.
Un moyen fort simple pour faire les affusions consiste à suspendre au point de jonction d'une échelle double un seau rempli d'eau, et de perforer son fond d'une petite ouverture. On y engage un tuyau de-, plume par oîi s'échappe le filet d'eau, qui vient continuellement rafraîchir la tête du malade. Voici les indications posées par l'auteur que nous venons de citer (1) :
« Toutes les formes de la folie et de la manie en particulier peuvent être guéries dans un espace de temps compris entre une et deux semaines. Le traitement employé, pour obtenir ce résultat, consiste dans les bains prolongés et les irrigations continues. La durée des bains doit être en général de dix à douze heures; elle peut être prolongée jusqu'à quinze et dix-huit heures. Les irrigations qu'on associe aux bains doivent être continuées pendant toute leur durée ; on peut les suspendre quand le malade est tranquille. Lorsque les malades ont pris huit à dix bains sans amélioration ou sans altération marquée dans l'habitude extérieure, il faut les cesser; on pourra plus tard les prescrire de nouveau. Les bains doivent être donnés à la température de 28 à 30 degrés centigrades, et les irrigations à celles de 15 degrés.
« De toutes les formes de la folie, celle qui cède le mieux à l'action des bains prolongés et des irrigations continues, est la manie aiguë récente ; viennent ensuite le délire aigu simple, le délire des ivrognes, la manie puerpérale, et les monomanies tristes avec symptômes aigus. Mais, dans plusieurs de ces formes, les guérisons ne sont ni aussi rapides ni aussi constantes que dans la manie aiguë. La manie ancienne ou aiguë prolongée, la manie chronique avec agitation, la manie intermittente
(1) Brierre de Boismont, De remploi des bains prolongés et des irrigations continues dans le traitement des formes aiguës de la folie (Bull, de l'Acad. de méd., 15 septembi o 1846, t. XI, p. 1458, et Mém. deVAcad. de méd., 1848, t. XIII, p. 598).'
DAGO.^ET. 3'j
ont été améliorées, mais n'ont point guéri par ce traitement. Il n'a point été essayé contre les manies avec symptômes de paralysie ou d'épilepsie. Quelques faits nouveaux, recueillis depuis la lecture de ce mémoire, prouvent que celte médication peut réussir dans certaines maladies nerveuses à forme hystérique, avec ou sans symptômes de folie. D'après les faits contenus dans ce travail, on peut donc affirmer que les guérisons des formes aiguës de la manie sont plus nombreuses et plus promptes par les bains prolongés et les irrigations, que celles obtenues par les autres méthodes. »
Pinel neveu (1) fait connaître les résultats qu'il a obtenus dans le traitement de l'aliénation mentale aiguë, par cette méthode de bains prolongés avec arrosements d'eau fraîche sur la tête. Sur 157 malades traités par ce moyen, 125 se seraient rétablis; sur les 32 qui n'auraient pas obtenu le bénéfice de la guérison, 21 auraient subi une sorte d'amélioration.
Aux procédés d'application déjà indiqués, M. Pinel joint quelques pratiques accessoires, destinées à en rendre l'administration plus commode et plus complète. Ainsi, il emploie un bonnet imperméable, qui permet d'arroser la tête sans que la face et le cou soient mouillés. Il emploie les affusions et les irrigations avec de l'eau à 20°, 25° et au-dessus, qu'on refroidit à volonté, mais d'une manière lente et progressive, afin d'épargner au malade une sensation trop pénible.
Les auteurs sont unanimes aujourd'hui pour recommander cette méthode de traitement dans les cas de folie aiguë, et surtout dans la manie. Les bains simples prolongés se trouvent en effet, dit M, Baillarger (2j, au premier rang des moyens thérapeutiques pour combattre la surexcitation générale, qui est le caractère principal de la maladie ; c'est dans la manie et dans la période d'invasion des autres formes qu'ils ont été préconisés.
Guislain considère les bains tièdes prolongés comme une grande ressource, comme des agents dont l'effet est très-salutaire et rarement nuisible. Rien de plus surprenant, dit-il, que la facilité des maniaques ù supporter ces agents et à s'y soumettre. En général, lorsque les sujets sont vigoureux et que le mal est récent, ils supportent facilement ces moyens, et le plus souvent ils s'en trouvent parfaitement bien (3).
11 est prudent de ne pas y avoir recours lorsque le malade est dans un état cachectique, que sa constitution est affaiblie; lorsqu'il a subi des perles trop abondantes; lorsqu'il existe une disposition aux affections Ihoraciques. Ils ne doivent être employés qu'avec une certaine réserve, dans les cas chroniques, lorsqu'on observe une tendance à
(1) Pinel, Trailemcnt de l'aliéiiation mentale aiguë pnr les bavis prolongés {Bull, de l'Acad. de méd., 2 nov. 1852, t. XVIII, p. 179).
(2) Baillai-ger, Bull, de l'Acad. de méd., mars 1854, t. XIX, p. 495.
(3) Guislain, t. III, p. 110.
TRA.ITEMENT MÉDICAL PROPREMENT DIT. 611 l'affaiblissement des facultés intellectuelles; car, suivant la juste observation du docteur Pinel, on pourrait amener par ce moyen un progrès vers la démence.
Nous avons, en effet, remarqué qu'on obtenait en fort peu de temps, par ce moyen, une sédalion très-marquée et très-favorable à la guérison d'affections qui se révèlent par la violence et l'acuilé de leurs symptômes ; mais le malade doit être soigneusement surveillé. Quelques-uns éprouvent une fatigue excessive ; on a pu même observer quelques cas de syncope. Il y a lieu aussi de ne pas oublier que les bains tièdes sont une nouvelle cause d'excitation sexuelle dans la manie érolique, et que dans ce cas il faut les administrer avec certaines précautions.
Les bains tièdes, mais d'une durée beaucoup moins longue, sont également favorables dans le traitement de la mélancolie, A peine, dit Guislain, le malade est-il entré dans le bain, qu'on voit ses traits s'épanouir; il cesse de gémir et de se lamenter. Chez les trois quarts des mélancoliques cette médication apporte du calme.
Nous devons ajouter, pour terminer ce qui a rapport à ce sujet, que les bains tièdes doivent être considérés comme un des agents hygiéniques les plus recommandables, et qu'ils doivent être administrés, dans un établissement d'aliénés, à tous les malades indistinctement, au moins une fois par mois. Non-seulement ils entretiennent la propreté du corps, indispensable dans une certaine réunion d'individus, mais encore beaucoup de malades se trouvent bien de leur usage : en rétablissant les fonctions de la peau, en diminuant l'éréthisme nerveux, ils tendent à ramener le sommeil.
Bains froids. — Les bains froids sont d'un usage plus restreint et doivent reconnaître des indications particulières. Nous croyons, avec Esquirol, qu'ils conviennent surtout aux sujets jeunes, forts, robustes; le froid peut agir alors en excitant l'action tonique de la peau.
Cependant Guislain les considère comme des agents qui rendent de grands services dans le traitement de la manie, surtout lorsque cette affection revêt une forme intermittente dans les cas qui ont eu déjà une durée de plusieurs semaines, de plusieurs mois.
« Plus d'une fois, dit-il, j'ai employé ce moyen sans aucun avantage, pendant les trois premiers mois de la maladie, tandis que j'en obtenais un éclatant succès en le mettant en usage vers le sixième mois. Souvent je parviens, en dix ou quinze jours de temps, à faire tomber tous les symptômes de la manie, et à avoir une convalescence au bout de trois semaines, et plus promptement encore. J'ai guéri aussi des manies qui avaient duré deux ans. Toutefois, les cas chroniques proprement dits résistent généralement aux bains froids, de même qu'ils résistent à toutes les médications. »
Ces agents sont donc curatifs ; mais on ne réussit pas toujours une première fois : il faut souvent recommencer deux, trois fois le traite-
ment, et il faut le continuer longtemps après la guérison du malade.
Dans la manie avec exacerbation périodique, on observe parfois que, pendant quelque temps, le bain froid retarde l'apparition de i'accôs.
Des manies avec agitation, loquacité et esprit Iracassier ont été guéries en faisant prendre tous les jours, aux malades, un bain froid dans l'intervalle du déjeûner au dîner. Quelquefois, après la seconde tentative, le patient présentait déjà les traits plus composés ; il était plus tranquille et plus soumis.
Voici la méthode employée par Guislain :
L'eau est chauffée à la température de 14, 45, 16, 17 degrés Réaumur: le maniaque y reste d'abord 5 minutes, puis 10, puis 20 et 25 minutes.
On prescrit les bains tous les jours, deux fois le jour, de jour à autre, trois fois par semaine ; et, suivant les exigences des cas, on les continue pendant plusieurs semaines, plusieurs mois.
L'auteur que nous citons a souvent réussi complètement, en faisant donner par jour trois bains froids de 12 à 15 minutes chacun, avec douches, lorsqu'un seul était demeuré inefficace. Le malade, au sortir du bain, se livre pendant une ou deux heures à un exercice plus ou moins fatigant. Si la température atmosphérique est basse, il faut le coucher dans son lit, le couvrir chaudement, ne fût-ce que pendant une heure, afin de donner à la peau le temps de se réchauffer.
La précaution de frictionner la peau est importante : on ne saurait assez la recommander aux surveillants et aux gardiens. En laissant la peau se refroidir, en négligeant d'y provoquer une réaction, l'on peut occasionner des accidents graves, et l'on risque, en outre, de faire passer la manie à un état de démence incurable. On doit aussi avoir soin de ne pas exposer le malade à l'eau froide, lorsqu'il est en transpiration.
Parmi les inconvénients que peut entraîner l'emploi de ces agents, il faut compter la suppression des menstrues, ou le retard dans l'apparition de ce flux. Aussi doit-on y recourir chez les femmes moins que chez les hommes (1).
Les alfusions froides, les bains froids par enveloppement, d'après la méthode hydrothérapique, en provoquant du côté de la peau une réaction énergique ; et, suivant les cas, des sueurs abondantes peuvent rendre dans une foule de circonstances des services importants.
Tous ces moyens sont utiles chez les individus affaiblis par les excès, par l'onanisme, et ceux auxquels de longs chagrins semblent avoir enlevé toute énergie.
Bains médicamenteux. — Les bains médicamenteux ont été prescrits par quelques médecins. On a fait usage, en Italie, de bains narcotisés contre les accès maniaques. Dans ce but, une infusion de feuilles
(1) Guislain, Phrénopathies, t. III, p. HT).
TRAITEMENT MÉDICAL PROPREMENT DIT. 61J et de semences de stramonium, de feuilles de ciguë, d'hyoscyamus, était mêlée à l'eau du bain.
Il est douteux que ce moyen ait donné des résultats avantageux.
Pour notre part, nous n'avons fait usage que de bains excitants, et dans quelques cas nous en avons obtenu des résultats favorables.
Chez les mélancoliques plongés dans un état habituel d'apathie, et dont les fonctions semblaient frappées d'une sorte d'atonie, nous avons administré avec avantage des bains aromatisés, des bains dans lesquels on avait fait dissoudre une assez forte quantité de sel, ou qui contenaient seulement 4 à 5 poignées de farine de moutarde noire. Les pédiluves synapisés ont aussi leur utilité dans quelques circonstances.
Douche. — La douche est un moyen vulgairement employé dans la plupart des établissements d'aliénés. Elle consiste à verser de l'eau sur la têle en la faisant tomber d'une certaine hauteur. Elle était, dit Esquirol, connue des anciens. On ne saurait se dissimuler qu'elle rend d'incontestables services dans la thérapeutique des aliénés.
On connaît son mode d'application : un robinet, placé à une hauteur pouvant varier jusqu'à 2 mètres au-dessus de la tête, laisse tomber sur le cuir chevelu, de l'eau à la température ordinaire.
L'on fait d'habitude descendre l'eau par un tuyau en cuir, en guttapercha ou en caoutchouc, et terminé par un ajutage soit en robinet, soit en pointe, soit en arrosoir ou en bec de flûte. L'arrosoir est surtout employé lorsqu'on veut donner une véritable affusion, et obtenir une réfrigération de la tête plus complète, et en quelque sorte plus permanente. C'est une des applications à laquelle nous donnons la préférence; l'ajutage en robinet ou en bec de flûte produit plutôt une sorte de percussion douloureuse : on l'emploie particulièrement lorsqu'on veut obtenir un effet instantané.
La douche ne doit durer que quelques secondes, et ne doit être employée qu'avec précaution; elle reconnaît des indications précises. Elle doit être toujours administrée parle médecin ou l'interne en médecine ; dans aucun cas elle ne doit être abandonnée au soin d'un gardien ou du surveillant.
La douche agit de deux manières : comme moyen de répression et comme moyen véritablement médical, ayant un effet répercussif ou plutôt réfrigérant. Elle reconnaît par conséquent une double indication.
Comme moyen disciplinaire elle peut être employée, ainsi que l'indique Pinel, dans le cas où il y a lieu de vaincre un refus obstiné de nourriture; lorsqu'on veut soumettre l'aliéné à l'ordre et à la loi du travail; lorsqu'on veut dominer certains malades entraînés par une turbulence excessive, par une disposition morale fâcheuse et par un caractère en quelque sorte indomptable. D'après Leuret, qui en a fait la base de son traitement moral, elle peut changer l'ordre des idées du malade dans les cas de délire restreint, surtout de délire monomania-
que. Elle impressionne, en effet, viven:ient quelques aliénés, et cette impression peut tourner au profit de leur guérison.
Il est des malades qui réclament eux-mêmes la douche, qui en ressentent un bien-être évident : c'est là une indication qu'il ne faut pas négliger, elle produit chez quelques maniaques agités l'effet le plus salutaire.
Quelques auteurs en ont blâmé l'emploi ; entre autres Georget et Jacobi. Nous pensons tout au contraire qu'elle a son utilité ; elle peut rendre d'incontestables services, et nous lui avons vu produire des résultats inattendus. Malgré cela, nous croyons qu'elle ne doit être employée qu'avec une extrême réserve : quelques malades se plaignent, lorsqu'ils sont en convalescence, d'en avoir ressenti une impression défavorable.
«La douche, dit M. le professeur Rech, de Montpellier, détermine des effets immédiats et d'autres consécutifs. Les premiers consistent en une impression de froid, une commotion sur la partie de la tête qui est exposée à son action, et une grande gêne de la respiration. Les effets consécutifs sont une extension de froid qui donne lieu à un tremblement et à des horripilations; puis, pâleur, sentiment de constriction douloureuse, en général à l'épigastre ; le pouls peut devenir petit et serré et le malaise extrême ; la lipothymie peut s'ensuivre. La commotion cause prompteraentune douleur qui envahit toute la tête, pour se répéter sympalhiquement à l'épigastre. Pendant l'hiver, et lorsque l'eau est froide, elle détermine des résultats qui peuvent être dangereux. Pendant l'été, elle procure plutôt une sensation agréable (1). »
Une douche d'une demi-minute produit une légère accélération de la respiration, une sensation de froid momentané à la surface du corps, et une augmentation dans le nombre des pulsations artérielles. Le pouls devient en même temps plus petit et plus ferme; ces effets peuvent persister pendant environ une heure et demie. Après, les effets de la douche sont supérieurs à ceux d'un bain froid ordinaire ; le sentiment de l'activité musculaire, l'excitation de l'esprit sont plus marqués et durent plus longtemps, surtout si l'on a pris la précaution de soumettre, après, le malade à de vigoureuses frictions.
Les précautions suivantes doivent être prises lorsqu'il s'agit de l'administration de la douche.
Les malades doivent jouir d'une bonne santé et être exempts de toute maladie cardiaque et pulmonaire; le temps de la douche ne doit jamais excéder plus d'une minute ; le malade doit être soigneusement frictionné après la douche; enfin celle-ci doit être donnée par une personne intelligente qui puisse en apprécier les effets, juger si le choc est trop fort, et faire en sorte que la réaction suive immédiatement.
Elle est surtout utile dans le traitement d'états névropathiques en rapport avec l'aliénation mentale; la manie puerpérale à sa période
(1) Recl), Am. médico-psijch., 1847, p. 144.
slationnaire, la manie hystérique chez les jeunes filles, un état identique avec excitation sexuelle chez les jeunes gens; dans le cas enfin où. prédomine une surexcitation nerveuse sans cause organique (1).
Électricité. — On a préconisé l'électricité comme pouvant être utilement appliquée chez les aliénés. Esquirol en avait déjà fait usage, sans en obtenir des résultats importants. Il en est de même des expériences magnétiques qui ont été pratiquées en sa présence, sans aucun succès, sur 11 femmes aliénées, maniaques ou monomaniaques. Une seule, dit-il, éminemment hystérique, a cédé à l'influence magnétique; mais son délire n'a éprouvé aucun changement. J'ai répété, ajoute-t-il, plusieurs fois avec divers magnétiseurs les mêmes essais, sans obtenir plus de succès. Nous avons nous-même assisté à de semblables expériences, il y a plusieurs années, sans avoir pu constater le moindre résultat satisfaisant.
Transfusion du sang. — La transfusion du sang a été conseillée depuis quelque temps, en Italie, comme moyen de traitement de certaines formes d'aliénation qui présentent des chances de guérison. M. le docteur A. Voisin, qui l'a tentée avec succès dans un cas de mélan- •colie compliquée d'anémie, pense qu'elle peut avoir pour résultat de modifier heureusement la crase du sang, mais que dans aucun cas les elfets n'en ont été assez durables lorsqu'on s'est contenté delà transfusion comme moyen curatif ; ce serait, suivant lui, tomber dans une véritable exagération, que de croire qu'elle peut à elle seule guérir la folie (2).