‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 131 sur 267 · III. — Modes de l'exercice · texte numérisé non relu

III. — Modes de l'exercice

L'exercice, même à n'entendre le mot que 'dans le sens de mouvement méthodique, comprend deux ordres de manifestations. Ou bien, il s'agit des mouvements que chacun peut être appelé à accomplir dans les circonstances ordinaires, comme la marche à pied, à cheval, la course, la natation, etc. ; ou bien l'on a plus spécialement en vue des exercices qui n'ont d'autre but que l'exercice même, qui sont réglés suivant une certaine progression, qui constituent, en un mot, la gymnastique proprement dite. Cette double face de l'exercice se prête à une division que nous allons adopter, moins rigoureuse que commode, ainsi que l'on pourra s'en apercevoir.

A. Exercices naturels. — 1. La station. — Tous les modes de station, hors l'horizontale, sont un résultat d'activité musculaire. La station verticale est un véritable exercice, et elle est l'objet d'une éducation spéciale dans l'instruction militaire. Elle est assez fatigante pour que « l'immobilité sous les armes », tant recherchée des colonels, finisse par donner le vertige aux novices. Dans presque toutes les revues passées aux élèves de l'école de Saint-Gyr, nous avons vu quelqu'un de ces jeunes hommes s'affaisser brusquement dans les rangs, après quelque temps de station verticale. Le poids de l'équipement et la chaleur aident à ces accidents, d'ailleurs vite dissipés. La taille de l'homme debout est un peu moindre que celle du même individu étendu sur le dos. On sait aussi que les disques intervertébraux s'affaissent par la station verticale prolongée. Les peintres et les sculpteurs évitent de représenter leurs sujets debout, également portés sur les'deux pieds; cette attitude fatigante est désagréable à la vue. L'homme debout est, préférablement, figuré avec une jambe légèrement fléchie, le poids du corps portant presque tout entier sur l'autre. C'est, en effet, la méthode la moins fatigante de conserver la station verticale; dans la pratique, on peut faire alterner entre elles les deux jambes, l'une se reposant pendant que l'autre soutient le corps.

2. La marche. — Les physiologistes (Borelli, Barthez, Gassendi, Gerdy,

MODES DE L'EXERCICE

Giraud-Teulon, Garlet et Marey) ont beaucoup analysé le mode de progression de l'homme, non sans fixer divers points que doit connaître l'hygiène de l'exercice.

L'adhérence par frottement du pied au sol est la condition de la marche, comme l'adhérence des roues au rail est la condition de la progression d'une locomotive.

A Faide d'une appropriation ingénieuse des procédés graphiques, Carlet a recueilli les notions suivantes :

« Dans la marche naturelle, le pied commence à se poser en tombant sur le talon; il continue son mouvement en s'appliquant par toute sa plante et se déroule sur le sol en s'y appliquant fortement par sa partie antérieure (la pointe du pied) pour se détacher finalement par son extrémité. » — « Au moment où l'un des talons vient toucher le sol, la pointe de l'autre pied y tient encore. » Il y a là une indication pour les fabricants de chaussures de fortifier, dans leurs semelles, les points qui pressent d'abord et le plus fortement le sol. Pendant la translation par la marche, « le corps n'abandonne jamais enlièrement le contact du sol. » Il y a, dans un même pas, deux instants où les deux jambes appuient sur le sol; ce temps du « double appui » est d'environ un quart de seconde, dans la progression à raison de 60 pas à la minute, et d'un huitième de seconde dans la marche ordinaire d'un adulte, 120 pas à la minute.

La pression du pied sur le sol est plus forte pendant la progression que pendant la station ; cette pression augmente avec la grandeur des pas. L'excès de la pression du corps en mouvement sur celle du corps en repos ne dépasse pourtant pas les deux septièmes du poids du corps.

En général, « la durée du pas diminue à mesure que sa longueur augmente ». A mesure aussi que les pas augmentent d'étendue, la foulée (pression) de la pointe croît dans le même sens, tandis que celle du talon demeure sensiblement constante ; la jambe postérieure, du reste, n'est pas seulement propulsive, mais encore élévatrice; la jambe à l'appui ne sert qu'au soutien. « Il faut, dit Giraud-Teulon, sans doute qu'il y ait toujours un même espace entre la hanche et le sol pour le passage ultérieur de la jambe oscillante, afin d'éviter sa rencontre avec le support commun. »

Marey a institué une série d'expériences à l'aide de Yodographe. Parmi les résultats déjà fixés, nous notons les suivants : « Le pas est plus long en montée qu'en descente, plus long pour l'homme non chargé que pour celui qui porte des fardeaux, plus long pour celui qui a des chaussures à talons très bas que pour celui qui porte des talons élevés, plus long pour le marcheur dont la semelle est épaisse et se prolonge un peu en avant du pied que pour celui dont la chaussure est courte et flexible. » La fréquence augmente en même temps que la longueur dans la marche en plaine, mais dans le cas de pente ascendante du terrain, la longueur du pas en ralentit le rythme.

La ligne décrite par le centre de gravité est une courbe continue de la nature des sinussoïdes ; l'amplitude des oscillations verticales du tronc croît avec la longueur des pas, mais c'est par en bas qu'elles peuvent s'étendre, car le niveau des maxima d'oscillations, c'est-à-dire d'élévation du pubis, est constant. Ceci démontre l'inconvénient de soumettre simultanément à des allures rapides des hommes de taille élevée et des fantassins exigus ; ces derniers, ne pouvant prendre les grandes allures qu'en écartant assez les jambes pour abaisser le niveau inférieur des oscillations verticales, sont bientôt excédés par cette ouverture démesurée du compas.

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

L'éducation de la marche commence par faire marquer le pas sur place; puis, les élèves partent simultanément du même pied, au commandement, et selon une mesure que le moniteur et eux-mêmes comptent, en marquant la cadence par un choc du pied sur le sol, plus énergique qu'il n'est nécessaire à la marche. Moins la cadence est rapide, moins les pas sont allongés. Le pas le plus habituel aux armées a une longueur de près de 0m,75 et une durée de 110 à 115 à la minute. Lorsque les soldats doivent marcher et qu'ils ont une route à faire, on ne les oblige plus à cadencer le pas.

Il faut apprendre aux enfants à marcher, mais éviter de leur imposer une marche soutenue, voire la station verticale prolongée; ce serait le moyen de pousser, par la fatigue, aux inclinaisons vicieuses du pied et de la jambe.

Même chez les adultes vigoureux et déjà exercés, toute marche continue, avec ou sans fardeaux, doit être interrompue par des pauses d'heure en heure ou même de demi-heure en demi-heure, d'une durée de 10 ou 15 minutes, avec une ou plusieurs haltes plus longues. Si l'on doit marcher pendant plusieurs jours, il convient que les premières traites fournies ne dépassent pas 25 kilomètres par jour.

Le pas gymnastique et le pas de course s'enseignent également et réclament des prescriptions un peu plus compliquées que la marche ordinaire. L'homme n'est pas absolument taillé pour la course, et ce mode de mouvement est toujours, chez lui, un de ceux qui mettent en œuvre le plus complètement l'appareil musculaire et les organes respiratoires et circulatoires, dont le fonctionnement est lié à celui du précédent. C'est donc un excellent exercice, à la condition d'être pris à doses bien pondérées et progressives.

Dans le pas gymnastique, le pied rencontre le sol plutôt par la pointe que par le talon ; les muscles de la jambe et de la cuisse font ressort bien plus que ceux du pied. A cette allure, de même que dans la course, on recommande de ne pas respirer par la bouche, mais par le nez; si l'on fait le contraire, l'essoufflement ne tarde pas à se produire et les forces font défaut. C'est qu'en effet, il a fallu, pour donner un point d'appui aux muscles des membres inférieurs, immobiliser le tronc dans la situation de l'effort, les parois abdominales contractées, le thorax en expiration virtuelle, suspendue par la fermeture de la glotte. Si le coureur dérange cette disposition pour faire une large inspiration, toute la base de ses efforts s'évanouit. Une haute capacité respiratoire, permettant au poumon de renfermer une bonne provision d'air au début de la course, est donc requise pour soutenir quelque temps cet exercice. Les non exercés n'y arrivent pas, ceux surtout dont le ventre développé diminue d'autant l'amplitude de la poitrine. Les cardiaques, les emphysémateux, doivent y renoncer; l'expiration suspendue, qu'il faut garder pendant la course, favorisant ellemême le développement de l'emphysème vésiculaire.

Mais tout individu sain, fût-il délicat et peu robuste, peut être exercé à la course avec avantage. 11 suffit de lui doser cet exercice et de suivre une sage progression dans le travail fourni. On ne demandera qu'une course

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

de quelques minutes aux commençants ; quelques-uns ne devront pas la dépasser. Jamais la course, ni le pas gymnastique ne pourront être considérés comme un moyen de gagner du temps dans une marche de longueur, comme celle qu'accomplissent les colonnes militaires. On ne permet pas, d'ailleurs, de faire durer cette allure plus de vingt minutes; encore n'y a-t-il que les soldats d'élite (chasseurs à pied) qui puissent réaliser la conception de la lieue en vingt minutes, et à la condition de faire la lieue suivante au pas de marche.

Dans la marche ordinaire, le balancement des bras en sens inverse de celui des jambes aide à la progression. Au pas gymnastique ou de course, les bras sont portés un peu en arrière du corps et oscillent alternativement; les avant-bras sont fléchis et relevés; cette attitude favorise la dilatation du thorax. L'homme qui tient une arme à la main perd notablement de ces avantages, lorsqu'il doit prendre l'allure de la course.

Le saut en longueur peut être rattaché aux modes généraux de la progression humaine. Joignons-y le saut en hauteur, qui sans avoir le même résultat, emporte le même effort musculaire que le précédent. L'un et l'autre sont le résultat d'une flexion brusque du pied, de la jambe, de la cuisse, suivie de la mise en jeu des extenseurs; c'est un ressort comprimé qui se détend. Pour aider au saut en longueur, il y a d'ordinaire une course préalable de quelques mètres; la vitesse acquise concourt à la projection du corps en avant. Dans les gymnases, on fait sauter au tremplin, planche flexible et élastique, qui fait mieux rebondir le corps du coureur. Tous ces mouvements, de plus en plus exceptionnels pour la structure de l'homme, sont bons; mais exigent des précautions également croissantes. On doit les proportionner à la capacité des individus, ne demander un surcroît d'efforts que très progressivement, ne pas presser les peureux, modérer les téméraires. C'est l'un des exercices dans lesquels il y a le plus de foulures, d'entorses, de fractures, de contusions, de hernies.

La marche, avec des modifications diverses et facultatives, a l'avantage d'être un exercice à la portée de tout le monde. Les homme de cabinet, les gens âgés, les vieillards même, qui pour des raisons quelquefois légitimes répugnent aux pratiques du gymnase, font toujours bien de garder l'habitude de la marche, lors même qu'elle ne devrait revêtir que cette forme, dédaignée de Voltaire : la promenade à pied. Au moins peut-on quitter l'appartement, gagner quelque jardin public, sortir même de la ville et, en pleine campagne, prendre un grand bain d'air.

La chasse, à laquelle les hygiénistes nos devanciers pouvaient encore consacrer un article spécial, n'est plus guère aujourd'hui qu'une promenade à pied, avec le poids d'un fusil et d'un sac (trop souvent léger), en plaine ou en forêt, soutenue par l'intéressant spectacle de l'ardeur et du i talent des chiens et, à tout le moins, par l'espoir de la rencontre du gibier. Ce n'est pas moins un exercice fort salutaire. Il s'y mêle souvent des sauts d'obstacles, des courses de quelques centaines de mètres, imposés par les circonstances, qui rompent la monotonie de la marche et mettent en œuvre les diverses ressources de l'économie au point de vue de la locomo-

1006 DE L'EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

tion. Ajoutons que le chasseur ne suit jamais les chemins et que l'âpreté du terrain rend l'exercice particulier plus intense.

Il suffira de mentionner ici les « accidents de chasse », qui sont moins inhérents à l'exercice que dépendants de la maladresse ou de l'étourderie des chasseurs, à moins qu'ils ne résultent d'une infirmité visuelle. Les précautions à recommander ici ne s'adressent pas à un mode de mouvement mais à toute circonstance qui entraine le maniement des armes.

Dans l'instruction militaire moderne, on conduit fréquemment les soldats manœuvrer à travers champs, c'est-à-dire dans les conditions qui ressemblent le plus à celles de la guerre. C'est encore un exercice plus varié que la marche sur une route, plus agréable et non moins fructueux pour le développement des forces, de l'adresse et surtout pour le perfectionnement des sens.

Pourquoi ne chercherait-on pas à donner ce caractère aux promenades des écoliers, pensionnaires, lycéens, etc., toujours utiles à titre d'exposition au grand air, mais un peu monotones et qui deviendraient un réel exercice si l'on conduisait les enfants en terrain accidenté?

3. La danse. — La danse, très rapprochée physiologiquement de la marche, s'en éloigne notablement par son but. Elle recherche plutôt l'aisance et la grâce des mouvements que l'énergie. Or, ces qualités d'aisance ont leur valeur, et il n'est pas douteux que la pratique des bonnes attitudes ne contribue à la régularité du développement corporel. Cet exercice, peu fatigant, acquiert un prix particulier dans l'éducation des filles, qui d'ailleurs y inclinent naturellement. Il est fâcheux que les talents acquis à l'école de danse soient appelés à se produire plus tard dans ces milieux méphitiques, qui sont les salons modernes, et où le bénéfice de l'exercice disparaît absolument dans les vices du procédé.

4. L'escrime. — L'escrime et ses diverses variétés fortifient les muscles des membres et donnent au coup d'œil la rapidité et la sûreté. Vassaut est un bon moyen de sudation. En tirant alternativement de l'une et de l'autre main, on évite de développer une moitié du corps plus que l'autre.

5. La natation. — Bien qu'un peu moins dense que l'eau, le corps humain a précisément dans sa partie la plus lourde, la tête, les orifices des voies aériennes. La natation est donc une conquête de l'homme, un art. Elle exige des mouvements puissants des quatre extrémités, des inspirations larges et rares. Elle est donc un exercice recommandable, indépendamment du bain froid, dont elle a les avantages et les dangers (Voy. page 694). Les individus qui ont eu des maladies de poitrine, les emphysémateux, les cardiaques, feront bien d'en user modérément et surtout de ne pas plonger. Les maîtres nageurs ne sont pas ceux qui se noient le moins. A vrai dire, ils vont plus souvent à l'eau et sont peut-être plus téméraires que le reste des hommes. Faure a pensé que des adhérences pleurales * méconnues, avec un certain degré d'emphysème, ont parfois causé la submersion du plongeur en ne lui permettant pas de reprendre suffisamment d'air au moment où il revient à la surface.

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

6. La rame. — L'exercice de la rame est fort en honneur en Angleterre et en Amérique ; çà et là, en France, quelques sociétés que l'on voit apparaître dans les régates imitent de plus ou moins près les rowing-clubs de nos voisins d'outre-Manche.

L'acte de ramer comprend deux temps essentiels : 1° la rame est portée en arrière; les extrémités inférieures sont relâchées, le tronc s'incline fortement sur les cuisses, les bras se tendent de toute leur longueur; 2° la rame prend point d'appui sur l'eau et est ramenée en avant; les membres inférieurs se raidissent, le tronc se redresse et se penche même en arrière, les avant-bras se fléchissent énergiquement sur les bras, soutenus eux-mêmes par la contraction des pectoraux. Comme chaque coup de rame exige l'état d'expiration virtuelle, qui caractérise l'effort, la respiration prend le rythme du mouvement de la rame, 36 à 40 mouvements par minute. L'inspiration doit donc avoir lieu pendant que le tronc est fléchi en avant, circonstance défavorable à l'abaissement du diaphragme et à l'ampliation du thorax; les Anglais, pour éviter cette flexion dans de trop grandes limites, ont remplacé le siège fixe du système ancien par un banc à coulisse, dont les déplacements alternatifs en avant et en arrière se substituent aux inclinaisons du rameur en sens inverse ; il en résulte une plus grande liberté respiratoire.

L'observation, comme on pouvait le prévoir, démontre qu'aucun genre d'exercice ne met simultanément en jeu plus de muscles que l'action de ramer. Non seulement les membres, mais encore les muscles dorso-lombaires, psoas-iliaques, abdominaux antérieurs, pectoraux, participent aux contractions nécessaires. Ce peut donc être une pratique d'une grande valeur hygiénique, si l'on n'y admet que les âges et les complexions qui en sont capables et si, dans tous les cas, on évite d'arriver à l'épuisement des forces. Mais il est aisé de voir que la pente naturelle conduit cet exercice à devenir violent, et qu'il cesse d'être sans danger pour un bon nombre d'individus. Fraser assure que, dans cet exercice, la tension artérielle diminue par relâchement des parois vasculaires, que le cœur propulse déplus larges ondées de sang à chaque contraction, et que, néanmoins, les veines suffisent à recevoir ce liquide surabondant. Mais aussi le pouls bat 110 fois ou plus par minute, et il faut que les poumons et les puissances respiratrices musculaires élèvent leur énergie en conséquence. De là l'indication d'en écarter tous les sujets chez qui le sphygmographe révèle une irrégularité du tracé. Brayton Bail y joint tous ceux dont le périmètre thoracique est au-dessous de 36 pouces (90 centimètres), ce qui paraît sévère, et tous ceux qui, par antécédents de famille ou personnels, peuvent être soupçonnés de quelque affection pulmonaire ou cardiaque.

7. Le patinage. — L'exercice du patin sur la glace, et dans les conditions convenables de sécurité au point de vue de la rupture de la glace, est doublement avantageux. C'est presque le seul moyen de faire au grand air un exercice sérieux pendant les froids intenses. Il développe surtout les muscles des extrémités inférieures; l'activité respiratoire ne s'élève que par contre-coup. Le patin à roulettes (skating-ring), loué par divers médecins, ne

1008 DE L'EXERCICE ET DU KEPOS. [Hygiène

nous paraît pas aussi favorable ; il y aurait peut-être mieux à faire que de se livrer sur un parquet, sous abri et dans la poussière, à un exercice sans but, qui ne met en jeu qu'une partie de la musculature. Les demoiselles s'y complaisent, dit-on, et le skating aide à la congestion utérine menstruelle. Ce qui nous paraît certain, c'est le premier de ces deux faits, parce que le skating ressemble beaucoup à la danse et qu'il comporte l'enchevêtrement de dames et de cavaliers.

8. L'équitation. — La valeur de cet exercice dépend beaucoup du mode de se servir du cheval et des allures imprimées à la bête. Les cavaliers ordinaires sont placés à califourchon sur le dos du cheval, avec l'intermédiaire d'une selle plus ou moins avantageuse et avec l'aide d'étriers. Les cavaliers les plus habiles font de l&voltige, excellent exercice de force et de souplesse, et montent pendant quelques minutes un cheval sauteur ; ceci est une manœuvre brutale et non sans danger, qu'il ne faudrait pas essayer s'il n'était indispensable de préparer à tout événement les jeunes gens qui se destinent à passer leur vie dans la fréquentation d'un animal puissant, peu intelligent, impressionnable et capricieux.

L'équitation met en jeu les muscles des membres inférieurs, et un peu ceux du tronc chez les novices, qui se livrent d'abord à des contractions inutiles. Le trot est l'allure la plus fatigante pour le cavalier, surtout dans les principes de l'école française, qui veulent que l'on trotte le corps droit, même renversé, les cuisses adhérentes par la face interne et le genou aux flancs du cheval, la jambe libre et mobile, les étrivières longues et le pied ne posant sur l'étrier que par sa pointe un peu relevée ; les réactions sont donc transmises intégralement au bassin, puis au tronc du cavalier. L'école anglaise admet des étriers courts et aidant le tronc à éluder les secousses que lui communique le trot du cheval.

Le vêtement des extrémités inférieures, chez les cavaliers, doit être ajusté en vue d'éviter les plis et les frottements, causes d'excoriations douloureuses.

L'exercice du cheval augmente l'appétit, en ce qu'il hâte mécaniquement la circulation du contenu de l'intestin. Lorsque la promenade a lieu au grand air, l'effet n'est que plus assuré. Comme l'équitation ne cause pas une réelle dépense de forces chez les vieux cavaliers et que la stimulation mécanique ou atmosphérique des fonctions digestives a lieu néanmoins, il se trouve que le métier n'est pas incompatible avec un peu d'obésité.

Le travail au manège est beaucoup moins salubre que l'équitation en plein air. Le sol de cet endroit, recouvert de sable, de sciure de bois, de copeaux de liège, se pénètre de l'urine et de la fiente des chevaux ; l'atmosphère en devient poussiéreuse et putride. Une aération très généreuse de ce local est de rigueur; encore ne sera-ce jamais un séjour inoffensif. Il a probablement quelque influence sur le développement de Yecthyma à la suite des excoriations, presque inévitables chez un bon nombre d'apprentis cavaliers. L'excoriation est l'irritation locale, le point de départ des efflorescences cutanées ; l'intoxication septique par l'air du manège (et celui de la vie en commun dans les casernes) en est la raison organique (Dauvé, Gzernicki, J. Arnould).

MODES DE L'EXERCICE

Le contact prolongé du siège avec la selle et réchauffement qui en résulte poussent à la congestion des veines hémorrhoïdales ; quelques-uns, D. Larrey en particulier, ont conseillé, néanmoins, l'équitation comme moyen de traitement des hémorrhoïdes ; on conçoit qu'elle puisse, en effet, aplatir des tumeurs de cette sorte, préalablement existantes. Sistach a, très légitimement, attiré l'attention sur l'influence de l'habitude du cheval dans le développement des varices et du varicocèle :

Sur 1000 examinés.

Varicocèle. Varices.

03e régiment de ligne ' 7,G9 61,53

l!e bataillon de chasseurs 29,90 84,92

3e régiment de chasseurs d'Afrique 10,41 135,43

3e compagnie de cavaliers de remonte 166,66 333,33

Les soldats de cavalerie ne sont pas plus hernieux que les ouvriers civils ou les fantassins; pourtant, il est admissible que la pratique du trot fasse apparaître des hernies qui ne sont qu'à l'état de disposition. Enfin, on a accusé l'abus du cheval, d'entraîner l'atrophie des testicules, et l'on cite en exemple le roi de Suède, Charles XII ; tandis que d'autres recommandent l'équitation comme douée de propriétés tonifiantes vis-à-vis des fonctions génitales. Ces vues ne sont pas aussi contradictoires qu'elles le paraissent ; l'usage modéré du cheval paraît bien capable de l'effet salutaire que l'on dit, sans qu'il soit également avantageux de rester indéfiniment en selle, la vessie et le rectum remplis, les testicules heurtant sur la selle, quand la fatigue relâche le scrotum, et quelquefois contus entre le cavalier et le cheval, dans un mouvement brusque et inattendu de celui-ci. — Nous ne parlons pas des chutes, quelquefois terribles et même mortelles ; non plus que de la possibilité des contagions du cheval à l'homme (morve et farcin), qui est liée à tous les modes de fréquentation de la race équine.

9. Les divers modes de véhiculation. — La promenade en voiture est celle des convalescents, des femmes délicates, des petits enfants et des vieillards. Mieux vaut ce mode passif de prendre le grand air que la stagnation dans les appartements. La promenade en bateau, pour celui qui ne rame pas, est absolument équivalente.

Les voitures attelées, les wagons de chemin de fer, les paquebots à vapeur, sont des moyens de locomotion qui ne comportent nullement la pensée d'exercice, mais dont l'hygiène se préoccupe à d'autres titres. Le point capital est la constitution du milieu atmosphérique, presque toujours trop limité, peu renouvelé, et par conséquent vicié, en bateau et en wagon. Les conséquences de la trépidation sur les rails de chemin de fer appartiennent plutôt à l'hygiène professionnelle (Mécaniciens et chauffeurs). Les accidents traumatiques, de chemins de fer ou de voitures ordinaires, se retrouveront parmi les « Accidents de machines ». Presque tous les Traités d'hygiène consacrent quelques lignes à ce malaise propre à la véhiculation par bateau et qui a valu à notre mot nausée l'honneur de dériver directement du nom grec des navires (vaïïç), le mal de mer. C'est un état vertigineux de tous points semblable à celui qui survient volontiers dans l'exercice de l'escarpolette, dans l'ascension des montagnes, et qui se présentait parfois après Arnould. — Hygiène. 64

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

la saignée du bras, quand on la pratiquait encore. Des vomissements s'ensuivent, plus pénibles et plus durables que ceux des circonstances précédentes ; la situation prend même un aspect inquiétant chez quelques personnes. Il est possible que la théorie de Y anémie cérébrale, de Pellarin, donne la meilleure explication de ces troubles étranges. Mais elle indique aussi qu'ils n'ont qu'un remède radical : la Terre. Comme prophylaxie, nous croyons peu aux élixirs spéciaux et aux ceintures préservatrices ; cependant, les stimulants généraux, le café, le vin généreux, l'eau-de-vie, aident le système nerveux à conserver l'équilibre, en même temps que l'abstention des aliments gras et sucrés et le recours aux condiments, un peu exagéré pour la circonstance, permeltent à l'estomac de n'être pas dans cette disposition indécise qui se prête à la nausée. Quand cela ne suffit pas, la décubitus horizontal est la seule ressource.

Êxetfcices d'appareils spéciaux. ■ — La voix et la parole. — - La production des sons, et particulièrement des sons articulés, met en œuvre, comme on sait, trois ou quatre ordres de muscles ou d'appareils: 4° un soufflet, le poumon et ses moteurs musculaires ; 2° un appareil à cordes vibrantes, avec leurs tenseurs, le larynx ; 3° des appareils de résonnance, la gorge, la bouche, les fosses nasales, les sinus des os de la face ; 4° des appareils d'articulation, la langue, les dents, le palais. Tout ce mécanisme compliqué a besoin d'éducation et d'exercice. D'où l'utilité de pratiquer, ne fût-ce qu'à ce titre, la parole, la lecture à haute voix, la déclamation, le chant. Remarquons tout de suite que la capacité pulmonaire est entraînée à s'élever par ce fait, en même temps que l'appareil spécial acquiert plus de force et de précision.

Il ne faut pourtant pas en conclure qu'en dehors des individus de moyenne constitution, qui peuvent retirer un bénéfice positif de cet exercice, la déclamation et le chant soient une réelle protection contre le développement de la phthisie. Il convient plutôt de ne pas demander ces exercices aux poitrines longues et fluettes, âux Sujets à respiration courte, fréquemment atteints d'enrouement et de toux, non plus qu'aux pléthoriques, faciles aux congestions, plus ou moins suspects de lésion cardiaque. En revanche, s'il est certain que l'abus de la parole ou du chant entraîne volontiers l'enrouement et le catarrhe trachéal ou bronchique, il est plus que douteux qu'il ait des rapports avec l'éclosion de la phthisie pulmonaire ou laryngée. Les hernieux ou ceux qui portent une disposition à la hernie doivent également s'abstenir d'un usage immodéré de la voix et de la parole. Enfin, il n'est guère nécessaire de conseiller aux parleurs ou chanteurs de profession de suspendre au moins cet exercice lorsqu'ils souffrent d'enrouement ou de catarrhe.

Il est utile d'apprendre de bonne heure aux enfants à bien parler. Quintilien veut que la nourrice même du futur orateur parle correctement à son nourrisson. Nous croyons que tous se trouveraient bien d'une semblable pratique et que l'on pourrait supprimer sans inconvénient le zézaiement niais dont beaucoup de personnes se disant raisonnables usent avec les enfants. En définitive, les enfants, en apprenant à parler, ne font que de l'imitation ; s'ils imitent mal, qu'on leur permette au moins de s'en apercevoir.

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

On a fait remarquer que les qualités du milieu atmosphérique, et spécialement l'hygrométricité, soit d'une saison à l'autre dans un même lieu, soit d'une contrée à une autre, modifient puissamment le caractère des sons modulés ou articulés. QEsterlen compare, sous ce rapport, les sons harmonieux, la richesse en voyelles, des langues de l'Italie, avec les sons gutturaux des langues du nord de l'Europe et de l'Amérique. Ici, le climat est brumeux, soumis à de fréquentes et brusques variations ; le catarrhe perpétuel se traduit dans le langage des habitants. Là, le ciel est bleu, l'atmosphère transparente; la voix humaine s'y propage sonore et mélodieuse ; c'est le pays des chanteurs inimitables, comme Athènes et Rome ont été la patrie des plus grands orateurs du monde.

Toute personne qui fait un exercice de lecture, de déclamation ou de chant, doit avoir l'estomac libre, la poitrine et le cou dégagés de toute constriction vestimentaire. Talbot, de la Comédie française, habitue ses élèves à respirer par le diaphragme (Lacassagne). Les orateurs, acteurs, chanteurs, s'abstiendront plus que tout autre d'excès quelconques, particulièrement d'aliments trop riches et épicés, de boissons alcooliques, de tabac. On sait qu'une glace, prise pendant la représentation, peut ôter la voix à un acteur pour le reste de son rôle. Les excès génitaux passent pour érailler la voix des femmes ; peut-être que, dans les cas où le fait s'observe, il y a simultanément abus des alcooliques. Il va sans dire que les refroidissements ont une nociveté spéciale vis-à-vis des organes de la voix.

L'exercice delà parole et de la lecture à haute voix, pratiqué suivant certaines règles, est le traitement le plus efficace des vices d'articulation et en particulier du bégaiement.

Les organes des sens. — L'homme n'a pas la supériorité sur le reste des animaux au point de vue de la perfection et de l'acuité des sens ; il rachète ce qui lui manque par l'équilibre et l'harmonie de ce fonctionnement et surtout par la puissance d'élaboration cérébrale dont les sensations et les perceptions sont l'objet. Tous les sens sont susceptibles d'éducation et en ont besoin ; mais la vue et, peut-être plus encore, l'ouïe étant les sens qui nous font saisir le plus de rapports entre nous et le monde extérieur, ce sont évidemment ceux-là qu'il importe le plus de cultiver et de protéger; d'autant plus que les organes des autres sens se protègent pour ainsi dire d'euxmêmes ; dès que l'odorat, le goût et même le toucher sont impressionnés désagréablement, il nous est facile de faire cesser l'action du corps qui pourrait compromettre les organes de ces sens, parla même raison qu'il produit sur l'économie des sensations pénibles ; il est moins simple d'échapper aux bruits (vibrations) trop intenses, à l'excès ou au défaut de lumière.

L'hygiène des organes des sens, dans la pratique ordinaire, est variable selon la situation de chacun; certaines professions ou occupations intéressent et même compromettent directement les yeux ou les oreilles. C'est donc essentiellement de l'hygiène spéciale. Mais l'éducation des sens est une nécessité générale, de toute condition et de tout âge, encore qu'elle doive plus particulièrement entrer dans les procédés pédagogiques. Cette éducation ne peut évidemment se faire qu'au milieu des objets dont les sens nous révèlent la forme, les propriétés, les rapports ; elle ne

1012 DE L'EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

saurait plus être de l'éducation en chambre. Les petits paysans et tous les individus qui passent leur vie au contact de la nature, telle qu'elle s'est faite, acquièrent une étonnante acuité du regard, jugent merveilleusement de la forme et des couleurs et apprécient bien les distances ; ils perçoivent les moindres bruits, en reconnaissent laprovenance et rectifient les illusions que produisent le brisement et la réflexion des ondes sonores. La pénétration sensorielle des tribus sauvages est proverbiale ; ces hommes finissent par être armés, sous ce rapport, aussi bien que les animaux dont l'œil et l'oreille sont le plus subtils. Il faut bien que les méthodes pédagogiques se plient à l'enseignement que ces observations portent avec elles ; ici, encore, nous retrouvons la nécessité de faire sortir les écoliers des murs étroits de la classe et de les transporter de temps à autre dans la plaine ou dans les montagnes, dans les champs ou les forêts, et de les habituer à connaître et à dominer par l'intelligence ce monde physique ou vivant qui les entoure, les fait vivre et renferme après tout nos connaissances positives. N'oublions pas que c'est aussi la préparation à la guerre moderne ; la terre est à celui qui la connaît le mieux. Heureusement, ce mode d'éducation des sens, impérieux et que rien ne saurait remplacer, se trouve être le plus favorable à l'entretien et à la stimulation de toute la vitalité : ces leçons se donnent en plein air !

Un peu plus tard, l'élève initié à la contemplation des objets réels et aux bruits de la nature pourra s'élever jusqu'aux arts qui sont l'expression humanisée des perceptions visuelles et auditives, le dessin et la musique. Mais nous arrivons sur le domaine des exceptions et du privilège, des perfectionnements logiques mais non nécessaires au seuil duquel s'arrête l'hygiène générale.

L'hygiène de l'ouïe nous paraît peu avancée ; les chapitres qui lui sont consacrés, dans les auteurs, renferment surtout de la physiologie et de la pathologie, enveloppées de littérature. Il convient de recommander la propreté de l'organe; beaucoup de surdités disparaissent en seringuant d'eau tiède le conduit auditif, obstrué de cérumen. Gellé insiste avec raison sur la nécessité & endurcir l'organe, en laissant l'air libre agir sur lui, en n'introduisant pas de coton dans les oreilles ; toutefois, il admet les oreillons au chapeau, par les grands froids, pour les gens qui n'ont pas de cheveux, ou les ont courts (soldats). L'alcool et le tabac seraient particulièrement nuisibles à l'organe de l'ouïe. Par ailleurs, on sait que l'oreille s'habitue selon l'occasion au bruit ou au silence ; mais que le silence prolongé est une souffrance ; ici, comme ailleurs, le sens réclame son élément. — Les artilleurs, les machinistes des locomotives, les forgerons, perdent tôt ou tard l'acuité ou même l'usage de l'ouïe. Les ouvriers dans l'air comprimé éprouvent, en arrivant dans le tube, un trouble dû à la rupture d'équilibre de pression entre l'air extérieur et celui de la caisse du tympan ; ils la font cesser avec quelques mouvements de déglutition.

L'intégrité de l'ouïe est liée à la santé de l'arrière-gorge, à celle du système osseux crânien, etc. Aussi ses lésions sont-elles souvent secondaires et indirectes.

générale.] MODES DE L'EXERCICE. 1013

(Pour l'hygiène de la vue, voy. Éclairage, Tabac et Hygiène scolaire.)

Fonctions génitales. — Ces fonctions n'appartiennent qu'à une période de la vie, un peu plus longue chez l'homme que chez la femme, mais qui est essentiellement l'âge de la vigueur physique et morale. C'est qu'elles ont pour but la perpétuation de l'espèce et que leur accomplissement a pour résultat naturel d'imposer à l'individu la charge de nourrir et de protéger plusieurs êtres; or, l'enfance humaine dure longtemps. La nature a tout fait, d'ailleurs, pour assurer ces fonctions ; on dirait parfois qu'elle est plus soucieuse de la reproduction des espèces que de la conservation des individus. L'instinct génital s'éveille chez l'homme et la femme au moment où ils viennent d'atteindre leur complet développement et où ils sont dans le plein épanouissement de la force et de la beauté ; le rapprochement des sexes est précédé des émotions les plus profondes que l'homme doive éprouver durant toute sa vie, accompagné et suivi des sensations les plus pénétrantes. Entraîné lui-même par cette puissance muette et souveraine, l'esprit humain a paré l'instinct génital des ornements les plus délicats dont il dispose, et la civilisation a mis au service de la fonction tous ses raffinements et ses élégances. On a poétisé et divinisé l'amour ; éclatant hommage, dont l'homme seul était capable, à la loi éternelle de continuité des êtres.

Donc, ceux-là qui se refusent à entrer dans le concert universel sont hors de la vérité et mentent à la physiologie. Il n'y a pas de sophisme ni de raison mystique qui puisse tenir devant une loi si claire : le célibat est faux et mauvais. Nous n'incriminerons pas l'apôtre Paul d'avoir écrit aux Corinthiens : « Qui matrimonio jungit virginem suam bene facil ; et qui nonjungit, melius facit ; n parce que, dans la même lettre, il a déjà dit : « melius est nubere quam uri ». Mais la religion romaine moderne, qui, rien qu'en France, maintient 200,000 célibataires ecclésiastiques ou monastiques, est en état d'infraction permanente à une loi autrement rigoureuse que les dogmes révélés. Elle en subit, d'ailleurs, le châtiment ; car ces lois naturelles ont leur sanction en elles-mêmes. Les célibataires volontaires laïques ne sont, pour un bon nombre, que de simples libertins ; encore quelques-uns ont-ils une famille réelle à laquelle il ne manque que la légalisation ; chez les religieux, les écarts génitaux prennent volontiers la forme monstrueuse. L'Église n'y gagne pas en respect ce qu'elle fait perdre de familles et d'enfants légitimes au pays.

Les rapports sexuels ne sont, toutefois, positivement salutaires que dans la plénitude de la période de reproduction ; au début et à la fin de cette période, ils compromettent l'épanouissement des forces ou en précipitent la décadence. îl importe d'épargner aux jeunes gens des deux sexes les influences de milieu qui peuvent solliciter prématurément les appétits génésiques, d'occuper leur intelligence plus que leur imagination et de maintenir le système nerveux sous la dépendance de la volonté en entretenant l'habitude de l'exercice énergique et en plein air. Ce dernier procédé, qui est le frein le plus sûr et le plus physiologique, a l'immense avantage d'être aussi la meilleure préparation à l'accomplissement ultérieur des fonc-

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

lions génitales. Il est plus facile à appliquer chez les garçons que chez les filles, et, pourtant, celles-ci sont naturellement sédentaires, plus exposées à l'oisiveté, instruites dans l'art déplaire et allant au devant des occasions, plus impérieusement dominées par les besoins génitaux et plus faibles dans la résistance. Il y aurait, à cet égard, d'importantes modifications à apporter à l'éducation de la femme dans les mœurs actuelles.

Le moment où se déclare la puberté est une époque critique, chez la jeune fille surtout, et c'est l'affaire de la mère de famille ou de l'institutrice de surveiller cette phase évolutive et d'instruire, sans affectation ni mys tère, l'enfant qui se fait femme. On a bien tort d'inspirer aux jeunes filles des sentiments de honte à propos d'une fonction physiologique. Du reste, il est probable que la haute pruderie du siècle, les airs mystérieux que l'on prend vis-à-vis des enfants, le soin que l'on a de séparer les sexes à l'école, à l'église, les réserves de convention qu'on s'efforce de leur imprimer, réussissent à surexciter les désirs et à aiguillonner les audaces juvéniles bien plus qu'à les contenir. La Grèce ancienne qui, certes, n'était pas sans vices, ne connaissait pas cette interdiction des rapports ordinaires entre l'homme et la femme enfants ; en Angleterre et en Amérique, on ne creuse pas cet abîme entre les garçons et les filles ; les instincts sexuels n'y prennent pas le caractère de libertinage qu'ils ont fréquemment en France.

Même avant l'époque de la puberté, des circonstances diverses, quelque fois inattendues, éveillent prématurément le sens génital, dans l'un et l'autre sexe, et provoquent chez les enfants les « habitudes solitaires », qui n'ont probablement pas toutes les conséquences dont Tissot a fait le tableau, beaucoup trop chargé, mais qui, sans aucun doute, sont une cause dedébilitation profonde, enrayent le développement physique et intellectuel, et, par un effet singulier, détournent précisément l'individu du fonctionnement sexuel normal. Les parents et les maîtres doivent savoir surprendre ce vice et le poursuivre avec persévérance et sagacité en obligeant l'enfant à vivre en public, en le soumettant à l'exercice et au bain froid, en surveillant la forme des vêtements, la composition du couchage, la durée du sommeil, de façon à supprimer toutes les sollicitations et toutes les occasions.

Supposons l'homme et la femme régulièrement arrivés à la maturité de la période génitale. Ou bien l'union des sexes est retardée pour des motifs de divers ordres, ou bien elle a lieu par le mariage, dans lequel nous n'avons à voir ici que l'acte d'obéissance à la loi naturelle (ce n'est pas autre chose, d'ailleurs, que les lois civiles et religieuses ont codifié). Dans le premier cas, l'homme peut, avec de la volonté, en évitant les excitations de milieu, en mainteuant assidûment la prédominance du fonctionnement musculaire sur le fonctionnement nerveux, garder la continence pendant des années, protégé par des évacuations séminales spontanées vraiment physiologiques, à intervalles assez éloignés, la nuit le plus souvent, accompagnées d'érections et de sensation voluptueuse. La femme a ses règles, qui constituent une exonération naturelle équivalente, mais qui, toutefois, la fatiguent davantage et lui font un besoin de repos, de calme, de précautions particulières vis-à-vis des influences climatiques. Si elle est robuste, sans

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

excitabilité maladive, dans un milieu sain, elle peut, aussi bien que l'homme, retarder sans danger positif le moment où elle cédera à sa vocation naturelle, d'être épouse et mère. Malheureusement, pour l'homme ou pour la femme, l'issue de la lutte contre les penchants génitaux est loin d'être toujours glorieuse ; partout où il y a des adultes astreints à la continence forcée, il y a un certain nombre d'individus qui s'adonnent à des manœuvres compensatrices ; la masturbation est trop commune chez les soldats, les matelots, les séminaristes, les moines et les nonnes, à moins qu'il n'y ait pis encore. Mais nous n'insistons pas, n'ayant point l'intention d'aborder les vices contre nature, qui relèvent de la police et de la médecine légale.

Dans le second cas, l'homme et la femme se possèdent réciproquement et en toute liberté, sous la protection des lois, ne fût-ce que la loi de liberté individuelle. La situation est conforme à la physiologie, mais jusqu'à quelle limite va-t-elle rester dans l'ordre compatible avec la santé? Il serait puéril et d'une parfaite inutilité de discuter s'il n'y a pas lieu de mesurer l'exercice de la fonction génitale aux nécessités de la reproduction. L'homme échappe, en ceci, à la loi commune; il est très peu assujetti à l'influence des saisons, à la périodicité, à l'état de préparation végétative des organes mâles et femelles ; c'est donc qu'il lui est permis d'user plus largement que le reste des êtres, d'aptitudes qu'il possède à un si haut degré. Et il n'en va pas autrement.

Pourtant, il y a un point qui est l'excès ; le moment arrive plus ou moins vite selon les individus et, apparemment, plutôt chez l'homme que chez la femme, qui perd moins dans l'acte génital et peut n'y participer que d'une façon passive. Ces excès ne sont pas rares chez les jeunes mariés, particulièrement chez les couples dévots ayant souffert de la continence avant le mariage et qui ne pensent pas que l'on puisse abuser des plaisirs permis. On ne saurait en ceci faire aucun fond sur le nombre des actes de vigueur accomplis par jour, par semaine; il y a excès lorsque les rapprochements sont suivis d'une fatigue prolongée, d'une diminution notable de la capacité physique et surtout intellectuelle dans le jour d'après, lorsque d'autres fonctions organiques, la digestion spécialement, en sont altérées ; à ce moment aussi, il est facile de reconnaître que le désir ne correspond plus au besoin et n'existe que dans le cerveau ; des excitations factices sont nécessaires pour rendre leur capacité aux organes virils.

Les excès sexuels ont été accusés de beaucoup de maux dont, en effet, ils ne sont pas innocents. Cependant, au moins en ce qui concerne l'homme, à qui d'ailleurs ils sont plus redoutables qu'à la femme, il n'est pas absolument facile de commettre longtemps de tels excès, à moins de se départir du mode physiologique. Aussi n'en voit-on guère jamais les conséquences chez les couples réguliers (on dit pourtant que cela est arrivé à un roi d'Espagne, un Bourbon). Les maladies consomptives, des centres nerveux particulièrement, consécutives aux excès génésiques, se rencontrent chez ceux qui ont fait du plaisir le but unique de leur existence inutile, qui associent aux jouissances sexuelles la débauche sous toutes ses formes, qui recourent aux excitants artificiels pour réveiller leurs sens épuisés. Encore

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

se demande- t-on si cette dépravation n'avait pas déjà elle-même une origine maladive.

Ce qui vient d'être dit des « excitants factices » nous dispense d'ajouter que l'hygiène n'en approuve aucun, même lorsque l'incapacité génitale n'est pas le résultat de l'épuisement et que la victime est seulement malheureuse et non coupable. Il n'y a, on l'a dit, qu'une sorte aphrodisiaques : la santé et la jeunesse. Ajoutons -y le contact de la femme aimée, avec la réserve que ce dernier excitant lui-même peut quelquefois entraîner au delà du but.

La grossesse et l'état puerpéral de la femme sont des phases de la période génitale pendant lesquelles l'observation de toutes les règles de l'hygiène générale s'élève en importance. Plus que jamais il faut à la femme, qui doit suffire à deux existences, de l'air pur, une habitation salubre, des vêtements peu sensibles aux variations thermométriques ou hygrométriques, entretenus propres et ne déterminant aucune constriction. Le régime alimentaire doit être généreux, sans propriétés excitantes. L'exercice est naturellement suspendu pour l'accouchée, mais la stagnation est malsaine à la femme enceinte. Celle-ci adoptera les modes les plus simples du mouvement, s'interdira l'usage du cheval, se défiera du chemin de fer, ne renoncera pas à la promenade à pied ou dans une voiture bien suspendue. Les femmes robustes et d'éducation agreste, comme celles de la campagne, ne changent, en pareil cas, à peu près rien à leur travail habituel, sauf quand leur fardeau utérin devient lourd à l'excès ; ce n'est pas moins là que les couches sont le plus faciles et heureuses et que les produits en sont le plus viables.

Nous nous bornons à ces courts préceptes, pour ne point pénétrer sur le domaine de l'art des accouchements, dont une part est de l'hygiène très spéciale. On retrouvera, à l'article Races humaines, ce qui est relatif à l'époque de la menstruation des filles, et, sous la rubrique : Mariages (Démographie), les principales données concernant la fécondité, l'influence du mariage sur la longévité, etc.

Actes de la vie organique. — Les actes de la vie organique n'échappent pas tous absolument à l'influence de la volonté et, parmi eux, ceux qui paraissent y échapper le plus complètement peuvent être ramenés, par un détour, sous cette même influence. La facilité et la précision avec lesquelles, à la suite de l'exercice, s'exécutent les mouvements volontaires sont, eu définitive, le résultat de l'habitude. Or, il n'est nullement impossible de faire prendre des habitudes bonnes ou mauvaises (nous ne visons que les bonnes) à bon nombre d'organes de la vie végétative. Pour ne prendre que deux ou trois exemples, on peut faire l'éducation de l'estomac, du rectum, de la vessie.

Nous arrivons sans peine à habituer l'estomac à fonctionner trois ou quatre fois par jour, à accepter un labeur moindre le matin et le soir, un labeur plus considérable à midi. C'est fort commode en vue de nos occupations journalières, et ce qui est heureux, c'est que l'estomac lui-même se trouve bien de cette régularité. Les individus, les femmes surtout, qui ont la mauvaise habitude de manger à toute heure (sauf peut-être celle des repas), ne pourraient-ils s'appliquer ce moyen d'hygiène? Sans aucun

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

doute, et les enfants eux-mêmes peuvent être dressés plus tôt qu'on ne croit à adopter un petit nombre de repas à heure fixe. Bien plus, on peut et l'on doit, dans l'intérêt de la nourrice et du nourrisson, régler les tétées des enfants à la mamelle.

Il est possible, il est nécessaire de faire l'éducation du rectum. La défécation chez l'homme, en considérant la nature mixte de son régime alimentaire, doit avoir lieu au moins une fois par jour chez tout le monde et deux fois chez les paysans et ouvriers, qui ingèrent des repas copieux, du pain, des féculents, des légumes, formant un volume considérable et renfermant beaucoup de matière inutilisable. Néanmoins, dans toutes les classes, les femmes ont l'air d'être vouées à la constipation, et il est beaucoup d'enfants absolument dans le même cas, au point que, parmi leurs maladies propres, il est une variété d'entérite qui relève de cette circonstance. La raison de cette constipation, presque constamment, consiste uniquement dans le fait que l'individu a pris peu à peu l'habitude de ne pas essayer l'évacuation naturelle en temps voulu, c'est-à-dire chaque jour. La station assise prolongée, les occupations sédentaires, chez la femme ; la paresse, une certaine pruderie d'éducation et la négligence des parents, en ce qui concerne les enfants, expliquent cet oubli et légitiment le conseil d'hygiène : de se présenter tous les jours à la garde-robe, à la même heure, le matin de préférence, et de faire des efforts d'expulsion, qui seront peut-être infructueux une fois ou même deux, mais finiront par aboutir et par établir chez l'organe l'habitude convenable à la santé. Le précepte n'est pas d'hier, puisqu'il était déjà formulé par Locke. Michel Lévy l'a reproduit, et, il y a quelque temps, il entrait non sans justesse dans la méthode fort louable qui s'est intitulée : la thérapeutique par le mouvement fonctionnel.

La vessie n'est pas moins accessible à la régularisation de son fonctionnement dans le sens le plus favorable au bien-être de tout l'individu. Le plus souvent, on abuse plutôt de la complaisance de ce viscère pour l'obliger à se dilater outre mesure, au détriment de sa tonicité musculaire ; les femmes encore, quoique peu favorisées anatomiquement, y sont presque contraintes par les « convenances sociales » ; les enfants, par l'étourderie de certains pédagogues ; les adultes hommes y sont entraînés par l'usage abondant de diverses boissons, la bière en particulier. C'est, néanmoins, une grave imprudence et dont les conséquences désastreuses se retrouvent dans l'âge sénile. Quel que soit l'entourage, le milieu, fût-on en cérémonie ou en chemin de fer, il faut vider la vessie à temps et la vider complètement ; l'exercer, en d'autres termes, à user dans toute son étendue de sa puissance musculaire, et à ne jamais se laisser vaincre ou s'allanguir.

B. Gymnastique proprement dite. — Tout exercice qui se propose de rendre l'homme plus apte à un travail déterminé, plus résistant dans les circonstances difficiles de telle ou telle carrière précise, peut, à la rigueur, être considéré comme de la gymnastique. Le travail professionnel lui-même est une gymnastique de chaque jour, puisque l'ouvrier se perfectionne et se développe à mesure qu'il répète et fournit du travail.

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

Ce n'est pourtant pas là, ce que nous entendrons ici par la gymnastique. Nous croyons que les exercices dont elle se compose doivent avoir pour caractère de développer la musculature et la vitalité générales plutôt que tel appareil particulier; de chercher à atteindre le parfait équilibre entre toutes les fonctions, entre les aptitudes physiques et la capacité intellectuelle, plutôt que de viser à la prédominance de l'un ou l'autre élément et à l'adaptation, même la plus élevée, des facultés humaines à une modalité spéciale. Nous ne trouvons pas que la culture cérébrale exclusive soit beaucoup plus absurde que la préparation exclusive à la guerre, qui se pratiquait chez les Spartiates et chez les Romains des premiers temps; c'est toujours une gymnastique, mais ce n'est pas la gymnastique, comme la physiologie, l'hygiène et la raison la réclament.

Le mot vient de rupoç, qui signifie nu. Il est vraisemblable qu'il s'appliqua d'abord aux exercices des athlètes qui, effectivement, couraient, sautaient, luttaient, lançaient le disque et le javelot (pentathlon), revêtus d'un simple caleçon (Çwcaa), ou même entièrement nus, sauf peut-être à Athènes. Plus tard, il resta, parce que les emplacements ménagés pour les exercices et les jeux athlétiques, les espaces plantés d'arbres ou recouverts, la piste d'un stade (200 mèt.), groupèrent peu à peu dans leur enceinte ou dans des annexes spéciales tous les endroits réservés aux exercices du corps et même de l'esprit. Mais, dès lors, le gymnase avait essentiellement changé de physionomie et de destination. Pendant que les Doriens, race conquérante, brutale, peu nombreuse et bien décidée à garder l'oligarchie primitive, continuaient à ne cultiver que la préparation à la guerre, à sacrifier l'individu et la famille à la prépondérance nationale, les Athéniens cherchaient dans la gymnastique, tout à la fois le développement de la force et de la forme humaines, la santé et la grâce; la femme était appelée à en bénéficier, selon ses aptitudes et sa destination, les esclaves mêmes n'en étaient pas exclus ; les philosophes descendirent au gymnase, et les joutes intellectuelles devinrent le pendant régulier des luttes physiques. La gymnastique n'exclut personne et ne favorise pas une sélection impitoyable ; elle tend, au contraire, la main aux faibles et prétend utiliser toutes les forces nationales sous quelque forme qu'elles se présentent.

Il semble bien que les jeux athlétiques n'aient pas tardé à devenir le monopole d'un petit nombre d'individus, apparaissant dans les fêtes de la Grèce, à titre de spectacle donné au peuple, comme on voit aujourd'hui dans nos cirques des acrobates de profession. Ce n'était point une mauvaise pratique de s'exercer nu, surtout sous le soleil de la Grèce, et les soldats d'Agésilas, à la peau brunie et hâlée, n'avaient pas tort de soupçonner une faiblesse profonde sous la peau blanche des Perses. Mais il est à présumer que les athlètes ont plutôt ruiné que soutenu la gymnastique grecque. Les exercices donnés en spectacle n'entraînent pas la masse ; on aime mieux regarder qu'imiter. Le vrai moyen d'écarter de la gymnastique la plupart des gens, c'est de donner ce nom à des actes que la plupart ne peuvent pas accomplir.

Les Romains de la République s'exerçaient énergiquement à la marche sous les armes, à Féquitation, au terrassement ; c'étaient les premiers terrassiers du monde. Ils se jetaient dans le Tibre après les exercices, comme les Spartiates dans FEurotas. Nul doute que ces pratiques n'aient vigoureusement trempé la population virile ; le monde entier put s'en apercevoir, à l'époque. Elles entraînaient, sans doute, aussi quelque peu de sélection, dont l'histoire ne parle pas. Mais là n'est point la

générale, i

MODES DE L'EXERCICE

gymnastique vraie, la gymnastique athénienne. Les Romains ont l'air d'en avoir été incapables ; quand ils eurent conquis la Grèce, ils ne lui empruntèrent que les exercices qu'on donne en spectacle ; encore imprimèrent-ils à ceux-ci leur caractère cruel et sanguinaire ; les jeux des athlètes se transformèrent en combats de gladiateurs.

Le moyen âge n'a pas soupçonné la gymnastique. Le christianisme avait de bonnes raisons pour favoriser l'abandon des jeux du cirque ; il est d'ailleurs hostile à la nudité, à la propreté corporelle, aux soins de « Fenveloppe périssable ». L'aristocratie barbare continua, il est vrai, les traditions de gymnastique guerrière ; mais cela ne profitait guères à personne qu'aux chevaliers, et bientôt la poudre à canon allait rendre inutiles ces merveilleuses joutes à la lance sous des armures de fer.

L'idée de la gymnastique, comme moyen d'élever la vigueur et la santé générales, fut ramenée sur le monde par les réformateurs religieux et les philosophes, Luther, Mélanchthon, Zwingle, J.-J. Rousseau. On songeait enfin à l'enfance, à l'école, à la jeunesse, quelles qu'en soient la provenance et la destination. Telle est la véritable voie.

On a dit quelquefois que la renaissance de la gymnastique nous vient d'Allemagne; ce n'est pas absolument une erreur. La gymnastique, telle que la préconisaient Jahn et Jàger, ne nous semble pas l'idéal; ces exercices conservent, presque par toute l'Allemagne, le caractère d'une préparation à la guerre, que nous croyons ne devoir être qu'une spécialisation dans des cas donnés ; néanmoins, il faut se souvenir que ce fut au nom du salut de la patrie allemande et dans le but formel de la régénération nationale que Friedrich-Ludwig Jahn, en 4811, appela toute la jeunesse de son pays à se raidir physiquement et moralement contre l'invasion étrangère. Son gymnase fameux {Turnplatz), établi à Berlin, fut le modèle des gymnases provinciaux et le point de départ de cette association de gymnastique (Turnverein), qui a eu une si grande influence sur les destinées de l'Allemagne. Le gymnase était un lieu où l'on exerçait le corps et où l'on faisait des discours patriotiques, dont la haine delà France était la conclusion uniforme. On y fit môme assez de politique pour porter ombrage aux gouvernants et l'association fut dissoute. Mais le branle était donné ; la gymnastique reste dans les écoles germaniques de tout degré, en conservant ce relief, non usurpé vraiment, d'être la principale source de la supériorité acquise aujourd'hui à l'Allemagne. La Prusse applique à l'aguerrissement de son armée le système peu modifié du « père Jahn » (Vater Jahn) et l'a à peu près imposé aux armées des autres États de l'Empire.

A vrai dire, la Suisse et la Belgique ont de môme des gymnases d'école, des gymnases municipaux et publics dans presque toutes les communes, sans compter les clubs-gymnastiques ou sociétés particulières, qui sont peut-être une institution moins heureuse, comme nous le dirons.

En France, la gymnastique n'était ni méconnue ni méprisée ; les travaux de Sabbathier (1772), de Tissot (1781), d'Amar Durivier et Jaufîret (1803), en font foi. Cependant, comme il est arrivé en d'autres occasions, la gymnastique a eu l'air de nous être rapportée par des étrangers : Clias (de Berne), le Suédois Ling, Amoros « qui s'appelait colonel parce qu'il était Espagnol » (Daily), sans compter les enseignements empruntés à Jahn. Nous n'avons pas à en rougir ; d'ailleurs, la gymnastique de Jahn est militaire, celle de Ling médicale; Clias a fait de la gymnastique de sauvetage, Amoros, de la gymnastique de fantaisie (Daily) ; Triât et Paz ont, au contraire, institué à Paris la gymnastique vraie, celle de tout le monde. (Il est vrai que Triât avait débuté en Belgique, à Liège.)

1020 . DE L'EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

E,es divers procédés de la gymnastique. — D'après ce qui vient d'être

dit, on admettra aisément que la gymnastique soit générale ou spéciale. La première emprunte son caractère à ce double fait : qu'elle s'adresse à toute la musculature ou plutôt à toute la vitalité et qu'elle répond aux besoins de tous les individus, quelqu'en soit le sexe et quelle qu'en doive être la destination professionnelle. La seconde prépare surtout des soldats et des sauveteurs (sapeurs-pompiers, etc.).

Dans la gymnastique générale elle-même, il y a des méthodes différentes , dont la valeur mérite d'être discutée, et que nous exposerons en allant du simple au composé.

1° Gymnastique libre et sans appareils. — Le type de celle-ci est la méthode de Schreber (1852), renouvelée d'ailleurs de Ling et de Pestalozzi, et dont Lacassagne extrait le spécimen ci-dessous, conseillé aux adultes à profession sédentaire :

Exécuter avec le bras un mouvement circulaire (20 fois). — Étendre les bras en avant (30 fois); — en dehors (30 fois) ; — en hauteur (12 fois); — 8 à 10 respirations fortes et profondes.

Exécuter un mouvement circulaire avec le tronc (30 fois) ; — se frotter les mains (80 fois) ; — redresser le tronc (12 fois) ; — élever la jambe latéralement (18 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Rapprocher les jambes (8 fois) ; — étendre et fléchir le pied (40 fois) ; — exécuter un mouvement analogue à celui de scier (30 fois) ; — élever le genou en avant (12 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Lancer les bras en avant et en arrière (10 fois); — • s'accroupir (24 fois); lancer les deux bras latéralement (100 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Exécuter le mouvement analogue à celui de fendre du bois (20 fois); — de faucher (24 fois) ; — trotter sur place (300 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Lancer la jambe en avant et en arrière (24 fois) ; — latéralement (24 fois).

Une partie, au moins, de ces exercices, est encore à la portée même des infirmes. Dans l'ensemble, c'est une gymnastique d'appartement, parfaitement appropriée aux besoins des gens de cabinet; à quiconque l'aura essayée, il sera démontré qu'elle est plus énergique qu'elle ne le paraît au premier abord, qu'elle peut aisément amener la sudation, que c'est en somme un exercice fort sérieux et, surtout, bien équilibré. Elle entre encore pour une bonne part dans le système de Linz, vanté par Roth (de Londres). Néanmoins, il ne semble pas que, pour la jeunesse, on doive en retenir autre chose que les principes : la pondération et la facilité des mouvements. Il est probable, en effet, que la monotonie de ces actions dans le vide deviendrait un grave obstacle à leur acceptation par des jeunes gens, chez qui la vie déborde et qui ont la patience courte. Dans la réalité des choses, d'ailleurs, nos mouvements s'appliquent à des objets sensibles, et l'on ne peut absolument contrarier le besoin naturel que nous éprouvons de diriger nos efforts vers un but saisissable. On commencera la série des leçons et même chaque leçon par ces exercices libres ; c'est indispensable. Mais il faut aller un peu plus loin. La marche militaire et la marche des gladiateurs,

générale.] MODES DE L'EXERCICE. 1021

tout en appartenant encore à cette catégorie d'exercices, sont déjà un moyen de les diversifier.

2° Exercices libres avec instruments mobiles. — Brouwers et Docx proposent (en Belgique) pour toutes les écoles et comme instruments d'absolue nécessité : 1° le fossé-sautoir; 2° le sautoir fixe formé au moyen de deux montants gradués réunis par une ficelle mobile ; 3° une table à échelons pour les sauts en profondeur ; 4° de petits bâtons pour les luttes ; 5° la corde pour la lutte de traction; 6° le bâton pour assister les petits enfants dans les courses et dans les sauts ; 7 °la canne pour le travail à deux mains ; 8° la petite perche pour les luttes ; 9° les perches verticales (réunies au besoin par 12 ou 24). Et comme instruments récréatifs : i° quelques échasses pour les garçons ; 2° pour les filles, la corde à danser ; 3° le mât appelé vindas ou appareil à pas de géant ; 4° une balançoire croisée.

Fig. 215. — Attitude des bras armés Fig. 216. — Exercice avec le bâton,

des haltères courts.

Pour les enfants au-dessus de 12 ans, on y joindra : le mât horizontal à quelques centimètres au-dessus du sol ; un cercle formé avec des pierres ou des piquets de 15 à 25 centimètres de hauteur, pour apprendre aux élèves à se maintenir en équilibre sur des objets saillants et de peu de largeur; une planche d'assaut, une échelle verticale, une oblique, le mât vertical, la corde lisse, une perche pour les sauts en hauteur.

Si l'on ajoute à ces agrès les xylofers, ou des barres de fer munies de poids sphériques à leurs extrémités, des haltères courts du poids de 4 à 8 kilogrammes et au delà, des haltères longs, des barres de suspension de

1022 DE L'EXERCICE ET DU REPOS. |Hygièn9

frêne élastique, des massues, des cordes à nœuds, des échelles de corde, un portique, on aura à peu près tout ce que proposent Daily, N. Laisné, Triât et Paz. Encore la plupart de ces spécialistes estiment-ils que beaucoup de ces agrès « ne sont pas indispensables ». N. Laisné recommande les tirages continus avec ressorts et quelques autres appareils, dont on peut se servir sans faire d'évolution en l'air, pour les « demoiselles » , qui naturellement ne sauraient se permettre la hardiesse ni la parfaite liberté des garçons.

Les figures 215 et 216 représentent diverses manières de se servir des haltères courts et du bâton ; la figure 217, un trapèze.

3° Gymnastique à appareils cubistiques et autres. — L'écueil à éviter, dans les exercices gymnastiques, est que quelques-uns d'entre eux inspirent aux élèves la terreur ou le sentiment de leur incapacité. Les anneaux, le trapèze, la barre fixe, les barres parallèles, le saut au tremplin, le saut périlleux, le « cheval» (madrier matelassé pour saut en longueur), le portique même, ne sont pas sans danger et sont positivement inabordables pour un certain nombre d'élèves, qui se contentent de voir les plus hardis faire des tours. En outre, beaucoup des appareils sus-énumérés n'admettent qu'un élève à la fois et nécessitent la présence d'un maître pour guider l'élève et, au besoin, le soutenir et le préserver d'accidents sérieux. A l'école de Joinville-le-Pont, Chassagne et Daily reconnaissent que 8,000 hommes, appliqués à la gymnastique aux agrès, ont 30 entorses, 19 contusions et 2 fractures ; c'est peu, sans doute, mais ce serait trop, si cette gymnastique spéciale n'était légitimée par les nécessités de l'entraînement militaire. Un seul homme est tombé du portique, en six ans, et sans se blesser; mais, il s'agit de soldats. On peut se contenter pour des garçons de 12 à 15 ans d'une poutre horizontale élevée de 25 centimètres au-dessus de terre. Les mêmes auteurs se flattent que, dans l'exercice d'escalade, avec le fusil en bandoulière, cinq ou six hommes seulement restent « au pied du mur », vaincus par la fatigue. Mais c'est donc que cette prouesse n'est pas accessible à tout le monde. 11 y a plus, et les observations de Chassagne et Daily, les premières qui aient donné ce renseignement, prouvent qu'un certain nombre d'individus perdent à la pratique de la gymnastique violente et imposée uniformément àtoutesles constitutions. Lepérimètre thoracique, chez les élèves de Joinville, a diminué 17 fois p. 100; la circonférence du bras, 10 fois p. 100; la force de soulèvement, 10 fois p. 100; la force de flexion des mains, 17 à 24 fois p. 100, etc. Or, nous prétendons que la gymnastique peut et doit rendre service à tout le monde et qu'elle est applicable même aux malades.

On peut conserver ces appareils, mais non les rendre obligatoires. Il serait même rationnel de les supprimer dans les gymnases scolaires.

4° Gymnastique spéciale. — Les soldats, les marins, les sapeurs pompiers, les sauveteurs, sont les vrais destinataires et les seuls de cette gymnastique. Nous donnerons comme type celle de Joinville-le-Pont, d'après Chassagne et Daily.

La série des exercices comprend : les mouvements d'assouplissement prélimi-

générale.]

MODES DE L'EXERCICE

naires sans instruments, puis avec le fusil utilisé à la manière des haltères longs ; les courses de fond et de vitesse, avec et sans obstacles, en tenue de gymnase et en tenue de campagne; les exercices aux agrès, barre fixe, barres parallèles, cordages, portique de 4 mètres de hauteur; escalade du mur de la redoute, le fusil en bandoulière; le bâton, la canne, la boxe. Ces exercices ont lieu tous les jours et par tous les temps, de telle sorte que les élèves fournissent un travail effectif

Fig. 217. ~ Trapèze d'Amoros.

de neuf à dix heures par jour. Toutefois, pour en rompre la monotomîe, le bataillon exécute trois fois par semaine des marches et des exercices purement militaires.

Association de la gymastique et l'hydrothérapie. — On doit encore à Triât et Paz d'avoir réintroduit dans les exercices du gymnase la douche terminale, pratiquée sur divers points à l'étranger et si vivement recommandée, en France, par L. Fleury, Bouchardat, Bouley, Soleirol et, surtout, par Daily. On peut, pour quelques-uns, commencer par des applications rapides d'épongés ou de linges mouillés, ou même se borner là. Mais, dans la plupart des cas, une douche rapide, d'une minute environ, tombant de 4 à 8 mètres (Daily), sera parfaitement tolérée et produira les plus heureux résultats de sédation générale, de tonification de la peau et de vivification des fonctions organiques, des fonctions digestives surtout.

Installation et fonctionnement du gymnase. — Beaucoup d'auteurs formulent comme une loi la gymnastique en plein air. Il serait heureux, en effet, que l'action d'un air pur et libre pût toujours s'ajouter aux bienfaits

1024 DE L'EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

de l'exercice. Mais, pour s'assurer constamment ce double avantage, il faudrait choisir son jour et son heure, n'avoir ni pluie ni soleil trop ardent. Là où il n'y a de gymnase qu'en plein air, on s'en abstient pendant toute la mauvaise saison et pendant une bonne partie de l'été, parce qn'il tombe quelque averse, précisément à l'heure qui avait été fixée pour les exercices. Il faut donc avoir à la fois un gymnase couvert et un emplacement à l'air libre. Daily estime que « toute salle close et munie d'un plancher solide sur les deux tiers de sa superficie, peut servir de gymnase ». Elle aura 5 à 6 mètres de hauteur et une surface de 2 mètres carrés par élève, au minimum.

Un costume est très utile. Il sera de coton ou de laine, assez large, sauf le bas du pantalon, qui doit être rétréci pour ne pas remonter ; une écharpe de laine est préférable à la ceinture de gymnastique. Les boutons seront supprimés. Daily pense avec raison qne le maillot, adopté par Triât et Paz, à Paris, est incommode.

Le moment de la journée le plus favorable aux exercices paraît être le matin, avant le repas principal de la journée, ou dans l'intervalle de deux leçons, quand il s'agit des écoles, soit le matin, soit le soir (Brouwers et Docx).

La plupart des auteurs se contentent de séances d'une demi-heure ou moins encore. Le savant rapport, rédigé par Hillairet, en 1869,, ne demande même que quatre leçons par semaine, d'une demi-heure chacune, pour nos lycées. Daily réclame, au contraire, une heure de gymnastique par jour, sans compter les excursions au dehors, les ascensions de montagnes, l'équitation, l'escrime, etc. Nous inclinons absolument dans ce sens. Toutefois, trois heures suffiront aux jeunes gens livrés aux études professionnelles et qui se sont déjà exercés à l'école ou au lycée.

Sous le rapport de l'âge, on peut certainement soumettre à des exercices appropriés des enfants très jeunes, de trois à sept ans, par exemple, selon la méthode Frœbel ; dans tous les cas, à partir du moment où on les admet à l'école (six ans). Mais, à dix ans, la gymnastique est une nécessité pour tous. Au delà, il n'y a plus de limites ; l'âge adulte doit conserver l'habitude de l'exercice pour l'exercice, et la vieillesse même, dit Lacassagne, n'a pas de plus grand ennemi que le repos prolongé.

Enseignement de la gymnastique. — Il existe dans les divers États allemands, à côté des dispositions légales qui rendent la gymnastique obligatoire dans les écoles du premier et du second degré, des Instituts spéciaux (Saxe, Wurtemberg, Bade, Hesse, etc.), dont le but est de former des professeurs. En France, une Commission réunie pour étudier cette question proposait, en 1868, par l'organe de son rapporteur, Hillairet : 1° de rendre la gymnastique obligatoire dans les lycées, les collèges communaux, les écoles normales primaires et les écoles primaires publiques ; 2° d'établir un gymnase modèle dans l'École normale de Cluny ; de créer en outre, une École normale de gymnastique à Paris ; 3° de nommer une Commission chargée de délivrer des diplômes constatant l'aplitude à l'enseignement de

générale.] MODES DE L'EXERCICE. ]025

la gymnastique. A la suite du très remarquable rapport d'Hillairet, un décret impérial (1869) fit entrer la gymnastique dans l'enseignement des lycées et collèges, et déclara la gymnastique obligatoire pour les écoles normales primaires et pour les écoles primaires qui leur sont annexées. En outre, il était créé un diplôme spécial d'aptitude à l'enseignement de la gymnastique. On n'est pas bien sûr que ce décret ait jamais reçu un commencement d'exécution ; 1870 allait ajourner bien des projets de toute nature. Rien ne s'opposait donc à ce que quelqu'un reprît, dans ces derniers temps, cette question vraiment vitale. La « loi Georges » a, de nouveau, décidé la gymnastique obligatoire, et une nouvelle Commission a rédigé un Manuel pour diriger les maîtres dans l'application de cette loi. Mais un grand point a été oublié : l'école qui formera ces maîtres. L'école normale d'instituteurs de Paris dresse tous ses élèves à la gymnastique ; ceux-ci peuvent donc, à la rigueur, devenir des moniteurs pour les enfants auxquels ils enseigneront ensuite le calcul, l'histoire et la géographie. Il en est peut-être de même dans les écoles normales primaires de province. Mais quels seront les moniteurs de l'enseignement secondaire, lycées, collèges, pensions ? Aujourd'hui, on les prend généralement parmi les anciens moniteurs de l'armée, qui ont d'ailleurs un brevet, et c'est bien ce que l'on peut trouver de mieux. Mais ce personnel est d'habitude insuffisant comme nombre, laisse quelquefois à désirer sous le rapport de la tenue et, presque toujours, manque des notions physiologiques qui sont la base d'une gymnastique rationnelle. 11 semble que l'avenir de la loi Georges soit attaché à la création d'Ecoles normales de gymnastique, fournissant des professeurs brevetés, d'une éducation assez élevée pour imposer le respect aux élèves, et rémunérés en conséquence de leur valeur et du temps sacrifié par eux à acquérir l'aptitude spéciale. Les enfants estiment ce qu'on leur enseigne comme ils estiment le maître qui représente l'enseignemenl . Aussi fait-on très bien, dans l'armée, d'envoyer les jeunes officiers à Joinville-le- Pont; voilà les vrais professeurs de gymnastique des régiments ; le soldat aura tout de suite une haute idée de l'importance de ces exercices, quand il verra des officiers les diriger et les exécuter eux-mêmes devant lui.

^ociétos de gymn astique et gymnases municipaux. ■ — NOUS avons dit

pourquoi le Turnverein allemand a disparu. La Suisse et la Belgique, où l'hygiène publique est d'ailleurs dans un état de progrès incessant, ont repris cette tradition des Sociétés de gymnastique, de tir et de quelques autres. L;i contagion a gagné la France, principalement par ie Nord, et, dans la belle saison, chaque dimanche, à Lille, est égayé par quelque concours de gymnastique, d'escrime ou de musique ; quelquefois même par le tout ensemble. La Belgique et la France se rencontrent dans ces luttes pacifiques et fraternisent énergiquement à l'issue du concours. Au congrès d'hygiène du Trocadéro, Daily estimait à plus de 100 le nombre des sociétés de gymnastique en France.

Certes, il n'y a qu'à se féliciter de ce mouvement ; mais il ne faut pas s'en exagérer les conséquences. Ce sont déjà les très grands garçons qui

Aunould. — Hygiène.

DE L'EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

entrent dans les sociétés de gymnastique, et celles-ci ne sauraient dispenser l'éducation première de comprendre la pratique méthodique du mouvement. Ces sociétés sont fermées et ne tentent pas ceux des jeunes gens à qui déplaisent les exigences d'un règlement, aussi bien que les exhibitions en public. La coquetterie du costume, le plaisir de passer devant la population, bannière et musique en tête, les succès du concours, comptent pour beaucoup (beaucoup trop) dans les visées des sociétaires ; on est irrésistiblement entraîné vers les exercices acrobatiques, qui, naturellement, étonneront les assistants, au jour du concours, beaucoup plus que ne le ferait le jeu rationnel du système musculaire tout entier. Enfin, il nous a semblé que ces fêtes se terminaient par des pratiques dont l'effet contrebalance défavorablement la salubrité des exercices. En fait, il ne paraît point que les Sociétés de gymnastique améliorent sensiblement l'aspect des populations du Nord, qui, à vrai dire, sont soumises à des causes dépressives particulièrement graves et nombreuses.

Les gymnases municipaux sont probablement une institution plus recommandable. C'est ce qui a été adopté dans toutes les grandes villes d'Allemagne. Berlin a consacré un demi-million à son gymnase municipal. Quelques rares villes de France sont entrées dans cette voie, qui, sans aucun doute, reste ouverte à des catégories d'individus beaucoup plus nombreuses que les Sociétés. Le gymnase municipal de Lille s'ouvre en ce moment même (1881). C'est là que se trouve à la fois le moyen et la preuve de la généralisation de la gymnastique et de son passage dans les mœurs nationales.

Jardins d'enfants. «ïeux d'écoliers. — Ce sujet pourrait se rattacher au chapitre actuel. Nous avons cru, toutefois, pouvoir l'annexer plus avanta- . geusement à I'Hygiène scolaire (Voy. pl. loin).

IhUhliographie. — Jahn (Fried. Ludw.) : Deutsche Turnkunst. Berlin, 1810. — Clias : Anfangsgrùnde der Gymnastik oder Turnkunst, 1816. — Schrerer : Die schadlichen Kôrperhaltungen und Gewohnheiten der Kinder, 1 85"2. — Du même : Système de gymnastique de chambre, médicale et hygiénique, 3° éd. (sur la 13e éd. allemande). Paris, 1872. — De Vauréal: L'aguerrissement des armées. Paris, 1863. — Jager: Turnschule fur die deui sche Jugend. Leipzig, 1864. — Frankland(E.) : On the source of muscular power ;Proceedings of ihe royal Insiit., 18GC). — Paz : La santé de l'esprit et du corps par la gymnastique. Paris, 1868.— Du même : La gymnastique obligatoire. Paris, 1868. — Du même : Rapport sur l'enseignement gymnastique en Allemagne, en Autriche, en Belgique et en Hollande. Paris, 1868. — I u même : Rapport sur l'enseignement de la gymnastique et des exercices militaires dans les lycées et les collèges de Paris. Paris, 1870. — Fraser (Thomas) : The Effects of Rowing on the Circulation, as shown by Examination with the Sphygnv graph (Journal of Anatomy and Physiology, nov. 1868). — Hilluret : Rapport sur renseignement de la gymnastique. Paris, 1868. — G^llard (Th.) et Vernois (Max.) : La yynmastique et les exercices corporels dans les lycées (BulJ. Acad. de méd , 1868). — Lion : Bemerkungen ûber Turnunterricht in Knabenschulen. Leipzig, 1870. — Du même : Bemerkungen ûber Turnunterricht in Mâdchensc/nden. Leipzig, 1871. — Rider (G.) : Étude médicale sur l'équitation (Annales d'Hyg. publ., 2e série, XXXIV, 1870. — Anal, par Sistacm (F.) in Gazette médicale de Paris, 1871, p. 89). — Flint (Austin) : New-York Médical Journal, 1871. — Parkes (Ed. A.) : Further experimen's on the effect of diet and exercise on the élimination of nitrogen (Proceuding of the royal Society, 1871). — Dally (E.) : Sur la nécessité de l'éducation physique et sur l'organisation des gymnases municipaux hydrothérapiques (Gazette hebdomad. de méd. et de chir., 187 1 , n"s 26 et suiv., — et tir. à part. Paris, 1871). — Laisné (N.) : Traité élémentaire de gymnastique classique. Paris, 1872. — Du même : Notions pratiques sur les exercices du corps appliqués aux différents âges. Paris, 1875. — Lee

générale.]

Page 1