L'HOMME PRÉHISTORIQUE
La démonstration allait être due à la ténacité de Boucher de Perthes (1840-1 808), qui avait cherché les débris humains, non plus dans les cavernes, mais dans les couches profondes d'un terrain continu, stratifié et horizontal, dans le gravier déposé au fond de la vallée de la Somme, pendant la période quaternaire. Longtemps soutenu par le seul docteur Rigollot, Boucher de Perthes obtint son légitime triomphe quand, en 1858, Falconer et un peu plus tard Prestwich, Evans et Flower, Lyell, puis Gaudry, G. Pouchet, enfin la Société d'anthropologie de Paris et Isid. Geoffroy Saint-Hilaire. proclamèrent l'authenticité de ses découvertes, soit en venant eux-mêmes, à Abbeville, voir et extraire de leurs propres mains les débris et les instruments, soit en soumettant la relation archéologique au contrôle d'une discussion rigoureuse. On sait aujourd'hui, vulgairement, que ces vestiges de l'homme quaternaire se composent à la fois de fragments d'os, d'armes de silex, d'outils façonnés, et même d'objets dans lesquels le sentiment artistique se révèle sous la forme la plus naïve. Ces traces d'industrie ou d'art sont même plus abondantes que les ossements, et ç'a été longtemps une des objections dressées contre Boucher de Perthes, jusqu'à ce qu'il eût rencontré, en 1863, la mâchoire dite du Moulin- Quignon et, en 1864, une mâchoire inférieure et un crâne. A côté de ces débris humains se trouvent les débris fossiles du renne, du rhinocéros, du mammouth. D'ailleurs, on n'a pas tardé à remonter à des traces de l'humanité plus vieilles encore, contemporaines de la période tertiaire : Desnoyers, Capellini, retrouvent les vestiges humains dans le terrain 'pliocène; l'abbé Bourgeois, dans l'étage miocène.
Les races fossiles d'Occident. — La principale caractéristique des races est la forme du crâne. Broca distinguait, sous ce rapport, trois types essentiels :
Races dolichocéphales (indice céphalique 0,75 et au-dessous);
— brachycéphales ( — — 0,80 et au-dessus);
— mésaticèphales ( — intermédiaire).
En France, les populations sont dolichocéphales au Nord et au Nord-Est; brachycéphales, des Alpes à la Bretagne. Nous verrons que l'hypothèse d'un envahissement de ceux-ci parles premiers est probable.
De Quatrefages et Hamy distinguent, parmi les races qui ont représenté Y âge quaternaire dans l'occident de l'Europe, les trois suivantes :
1° Race de Canstadt. — C'est à elle qu'appartient le crâne de la collection du duc Eberhard, étudié par Fréd. Jàger, en 1835. Les crânes de Néanderthal (près Dusseldorf), de la Naulette (province de Namur, en Belgique), se rattachent à la même race. Ces crânes sont dolichocéphales et platycéphales; l'homme de l'époque était de taille moyenne : lm,68 à lm,70; il avait les arcades sourcillières saillantes, le menton fuyant, la fosse canine remplacée par une forte convexité. C'était une race chasseresse, très sauvage, pourvue d'instruments encore très grossiers et luttant contre les grands mammifères de l'époque (la première période de l'âge quaternaire), le grand ours, le rhinocéros, le mammouth, avec succès, puisqu'elle s'étendit de la Bohême à Gibraltar et du Rhin à la Toscane. Mais elle devait s'effacer ou se fondre en présence d'une plus parfaite, la race dite de Cro-Magnon.
1036 L'HOMME CONSIDÉRÉ COMME GROUPE DANS L'ANIMALITÉ. [Hygiène
Lagardelle, G. Vogt, Hamy, Roujou, et d'autres ont retrouvé le type de Canstadt chez des individus contemporains.
2° Race de Cro-Magnon. . — Les anthropologistes lui ont donné le nom d'un abri sous roche, découvert en 1868, près du village des Eyzies, dans la vallée de la Vézère (Dordogne), où les fossiles furent recueillis par Lartet. Cette race, de haute taille (lm,80 à lm,85), était très dolichocéphale, mais avait la voûte crânienne élevée [cyrtocéphale) et non surbaissée, comme la précédente. Ses autres caractères étaient : menton en saillie; incisives inférieures verticales, les supérieures obliques, à cause de l'écartement des pommettes ; nez caucasique. Capacité crânienne presque égale à la nôtre, mais développement moindre de la partie antérieure du cerveau. C'était une race bien supérieure à celle de Canstadt, chasseresse, mais aussi artiste ; les hommes de cette famille ont inventé le dessin et la gravure; ils travaillaient le bois de renne, l'os et l'ivoire; ils étaient tireurs d'arc. Peutêtre qu'elle fut représentée par les Atlantides, dont les Guanches (des Canaries), les Berbères ou Kabyles, les Basques, seraient les survivants. Verneau, à Paris, Prunières, dans la Lozère, ont vu, dans ces derniers temps, des crânes modernes et même des hommes du type de Cro-Magnon, manifestation d'atavisme. A en juger par l'emplacement de ces débris fossiles, elle a occupé la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie méridionale. Son époque d'expansion a été la deuxième moitié de la période quaternaire ; elle disparut avec le renne, vraisemblablement par fusion aussi bien que par extermination, formant avec la race suivante une sorte de quatrième race, non de filiation mais de croisement [race de Soluiré : Maçonnais).
3° Race de Furfooz. — Ainsi nommée d'une localité belge (province de Namur), où l'on découvrit ses ossements en 186G et 1887, cette race apparut vers la fin de l'âge du renne. Elle est de petite taille : lm,53 à lm,62 ; a le crâne arrondi et tendant à la brachycéphalie ; de petite capacité ; la face avec des pommettes moins écartées que celles delà race de Cro-Magnon; le nez plus court, les narines plus larges, la mâchoire inférieure moins haute et moins épaisse. C'était, en somme, une famille moins bien douée que la précédente, moins brillante et moins industrieuse. Mais la période paléolithique finissait, le renne allait disparaître. Les familles nouvelles, probablement mélangées, s'adonnaient à l'agriculture, se nourrissaient de viande de cheval et inventaient la poterie. C'est déjà la période néolithique ou de la pierre polie.
Celle-ci s'est probablement prolongée au delà de la période quaternaire. Une longue époque, non historique encore, mais correspondant aux formations géologiques modernes, sépare l'homme fossile des âges historiques ; c'est la période des habitations lacustres, des dolmens, de l'introduction des métaux dans les usages humains.
Les animaux contemporains de l'homme quaternaire étaient : l'ours des cavernes (Ursus spelseus), le mammouth (Elephas primîgenius), le grand hippopotame (Hippopotamus major), l'aurochs (Biso Europœus), le renne (Cervas tarandus); vers
spéciale.]