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HYGIÈNE SPÉCIALE

Jusqu'ici, en étudiant les rapports de l'homme avec le monde extérieur, nous avons paru accepter pour objectif capital les modalités mêmes sous lesquelles le monde s'offre à nous ; leur influence sur la vitalité humaine ne venait qu'en second lieu et ne servait qu'à faire choisir et à préciser les points particulièrement dignes d'attention. Dans l'étude qui va suivre, le point de vue se modifiera sensiblement ; c'est l'homme qui sera le point de départ; ce sont les diverses phases de son existence collective qui détermineront le caractère des rapports à explorer, qui en feront naître de particuliers et que l'on ne pouvait soupçonner tant qu'il ne s'agissait que des rapports communs et nécessaires de tous les êtres avec le globe dont ils font partie, II faudra donc préciser d'abord ces phases, ces aspects successifs et multiformes de l'histoire de l'humanité, et, à de certains égards, on pourrait craindre que nous ne revenions à cette conception du « sujet » de l'hygiène, répudiée au début. Il n'en sera rien, cependant; ces aspects spéciaux de l'humanité, dans le passé ou dans le présent, ne sauraient être présentés en hygiène que comme une résultante des aptitudes variables de l'être humain et de ces mêmes influences communes, qui ont été analysées antérieurement. Seulement, il arrivera parfois que l'homme lui-même les a modifiées suivant son génie propre, mais sans en changer le sens fondamental. En réalité, cette nouvelle étude n'est qu'une occasion d'interpréter, de développer et d'appliquer les notions précédemment acquises ; Vhygiène spéciale n'est que l'hygiène générale en action.

ARTICLE PREMIER L'homme considéré comme groupe dans l'animalité.

L'anthropologie n'est pas simplement de l'hygiène; cette branche s'est fait, de nos jours, une assez belle part, en France particulièrement, pour avoir tous les droits à l'autonomie scientifique. Mais c'est une des lumières les plus précieuses que nous puissions invoquer ; rien n'est mieux fait pour nous aider à comprendre le mouvement contemporain de l'homme que les documents recueillis sur ses origines, sur son évolution à travers les âges, sur les luttes qu'il a soutenues contre les milieux, et desquelles il a surgi, non comme le plus fort, mais comme le plus intelligent.

103i L'HOMME CONSIDÉRÉ COMME GROUPE DANS L'ANIMALITÉ. [Hygiène

Origine de l'homme. — Il ne peut y avoir, à cet égard, que des théories. Celles qui se partagent aujourd'hui les esprits sont :

1° La théorie monogénisie, qui a été celle de Cuvier, de Flourens, et que conserve de Quatrefages. L'espèce humaine est une et fixe; mais, grâce au temps et aux divers modificateurs, elle est susceptible de donner lieu à des races variables et modifiables, aptes à se croiser entre elles. Le métissage est possible à tous les degrés et l'avenir appartient aux races métisses.

2° La théorie polygéniste (Broca, J. Périer) pose en principe la pluralité des espèces humaines et aussi leur invariabilité. Les métis ont une tendance irrésistible, s'ils sont féconds, à retourner à l'un des types primitifs.

3° Le transformisme, déjà formulé par Lamarck, continué par Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, et poussé aux plus grands développements par Darwin et ses élèves. Il n'y a pas d'espèce dans la réalité des choses; l'espèce est une vue de l'esprit, un état d'une certaine durée, mais essentiellement modifiable et servant de passage à un autre : La fonction fait C organe. Les types se forment par la concurrence vitale, la sélection naturelle et la sélection sexuelle. Étant donnée une vésicule organisée, toute l'animalité peut en sortir par ces moyens. Le système s'expose à bien des objections quand il remonte au point de départ; mais il est très solide dès qu'il s'applique à l'évolution de l'espèce humaine et à son avenir. Il a, du moins, cette supériorité de poser le principe du progrès indéfini et de promettre la permanence et la prépondérance au plus brave, au plus intelligent, au groupe le plus soucieux de cultiver le développement physique et intellectuel. Le darwinisme, en grand honneur en Angleterre et en Allemagne, est brillamment représenté en France par Alfr. Giard (de Lille).

L'homme préhistorique. — H y a autre chose qu'une curiosité scientifique, fort légitime d'ailleurs, dans la recherche des premiers âges de l'humanité. C'est le moyen de comprendre les lois de son développement et de soupçonner ses destinées futures. Il serait étonnant qu'il nJy eut pas un grand enseignement pour l'homme contemporain à retrouver l'histoire de l'homme primitif, à le voir aux prises avec les colosses du règne animal des âges anciens de la terre, montrant déjà la supériorité de l'intelligence, trahissant à la fois le génie et les passions qui dominent l'espèce.

Cette histoire a été longtemps un livre fermé et que les savants ne voulaient même pas ouvrir. Cuvier, sans nier formellement, ne croyait pas à Y homme fossile. Pourtant, le duc Eberhard de Wurtemberg (1700) avait recueilli le crâne de Canstadt, qui devait être bien étudié par Jâger, en 1835 ; Tournai (de Narbonne), en 1828, Christol (de Montpellier), en 1829, Pitore, Ami Houé, Schmerling (de Liège; grotte d'Engis, 1833), Aymard (crâne du Mont-Denise, 1S44), trouvaient dans des grottes ou des cavernes des ossements qui portaient d'une façon peu contestable le caractère humain. Maïs les esprits répugnaient de parti pris ou par habitude à l'idée de l'homme quaternaire ; en admettant que ces fragments d'os et ces crânes eussent appartenu à des hommes, on continuait à ne pas croire que les os fussent contemporains du terrain dans lequel on les trouvait; ils étaient, sans doute, tombés par hasard au fond d'une brèche, à la suite de quelque dislocation du sol.

spéciale.]

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