VI. Blessures des extrémi
tés inl'éi icures
• péciale.
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Hygiène des mineurs. — Toutes les mines ont de commun le travail souterrain ; les mines de charbon, les plus nombreuses et à coup sûr les Dlus importantes, présentent en outre quelques particularités dépendant le la nature de la substance en exploitation. Ce sont elles qui Feront essentiellement l'objet de ce paragraphe; mais presque tout ce que l'on en dira )eut être appliqué aux autres.
Travail souterrain. — Les galeries de mines sont pratiquées à des profondeurs de plusieurs centaines de mètres, quelquefois jusqu'à 600 mètres.
Les ouvriers y passent 8 à 10 heures sur 21. Ils n'y descendent plus, :omme autrefois, avec des échelles; mais dans des bennes glissant dans îne rainure, suspendues au câble d'extraction et dans des conditions qui Dnt rendu les accidents de précipitation extrêmement rares. A chaque galerie correspondent, en général, deux puits; l'un d'extraction, l'autre de ventilation. C'est une règle adoptée en Angleterre. Le premier sert à la lescente des mineurs. Dans quelques mines, et c'est une bonne précaution ï prendre, on y a également adapté un appareil de ventilation, pouvant servir dans le cas où une explosion aurait bouleversé le mécanisme régulier.
Les conditions anormales dans lesquelles se pratique à peu près forcément e travail souterrain sont les suivantes :
1° Privation de la lumière solaire. — Les mineurs, avons-nous dit, ne passent que 9 à 10 heures sur 24, dans « le fond ». Ceux qui sont descendus à > heures du matin remontent à 2 heures; ceux qui descendent à ce moment >ont remontés à minuit. Ils ne sont donc, ni les uns ni les autres, entièrement privés de la lumière solaire. Ils le sont assez, toutefois, pour subir une iépigmentation de la peau, que P. Fabre met, avec raison, au compte de jette influence. Peut-être que l'humidité agit dans le même sens. Mais il est :rès remarquable que les ouvriers, à qui leur lampe ne compense pas la umière du jour, même au seul point de vue de l'éclairement, ne paraissent jamais se soucier de cette privation (A. Burat). D'ailleurs, l'insuffisance de lumière et d'insolation ne paraît pas entraîner de conséquence morbide précise, autre que la dépigmentation signalée tout à 1 heure. Les chevaux 3u fond, qui y restent constamment et ne sont remontés au jour qu'une fois dans Tannée (pour l'inventaire), se portent bien et, spécialement, ne sont pas anémiques (P. Fabre).
2° Humidité et coups d'eau. — L'air des mines est presque toujours à un iaut degré hygrométrique. Les puits ont traversé des nappes d eau souterraine; les galeries coupent des ruisseaux profonds, que l'on barre par des ^emblais et de la maçonnerie, mais sans se préoccuper des fissures de petites limensions. L'eau suinte de points multiples et tombe en pluie plus ou iioins abondante, que l'on peut utiliser à de certains égards pour la ventiation et la précipi ation des poussières. Mais tout d'abord, l'air du fond îst sursaturé. L'inconvénient devient très sérieux, lorsque la température >st en même temps élevée et atteint de 35 à 40° (Fayol), ce qui est fort 'ommun. Le poumon ni la peau ne peuvent plus évacuer la vapeur d'eau
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du corps de l'ouvrier, ni combattre par l'évaporation l'influence de la haute température du milieu ; le travail devient horriblement fatigant et pénible, provoque des sueurs profuses et ne saurait être poursuivi plus de 10 ou 15 minutes. Cette circonstance est des plus accentuées chez les mineurs appliqués au « dépilage » des massifs de houille envahis par un incendie. Mais il ne paraît pas qu'il résulte de cette situation autre chose que la déperdition de forces, avec quelques éruptions sudorales. et pas d'accidents spécifiques.
Les lésions externes sont plus nettes chez les ouvriers (herckeurs) qui circulent dans les galeries et, marchant dans la boue charbonneuse, subissent le contact de matières irritantes humides. Les « ampoules » et les « gourmes », signalées par Manouvriez, qui les retrouve chez les ouvriers des agglomérés de brai, semblent bien procéder de cette origine. P. Fabre y rattache Yérythème noueux, Yéryihème papuleux, le purpura simplex et hemorrhagica.
Bien que fort différents des accidents d'humidité, joignons à ceux-ci les submersions par coups d'eau, qui relèvent en somme du même agent et des mêmes circonstances géologiques. La science des ingénieurs a fourni des moyens efficaces de protection contre ces catastrophes. Elles se produisaient principalement lorsque les mineurs étaient ramenés, sans le savoir, à attaquer à nouveau des vieux travaux, comblés par remblai ou par éboulement, et dans lesquels une masse d'eau considérable s'était accumulée à la longue. Aujourd'hui, les plans des galeries et des travaux sont exactement relevés; on sait toujours où l'on est et où l'on va, et A. Proust a pu dire récemment que, grâce à la bonne tenue des exploitations, l'asphyxie par submersion ne doit plus être rangée parmi les accidents des mines.
Il va sans dire que, vis-à-vis des suintements et des collections d'eau inévitables, lorsqu'on ne peut leur barrer le chemin, les ingénieurs ont institué l'épuisement régulier ; des machines d exhaure élèvent l'eau du fond jusqu'à l'extérieur.
3° Température. — La température est toujours élevée au fond des mines; non point dans les galeries, où l'accès de l'air extérieur détermine naturellement un courant ; niais dans les avancements, les culs-de-sac, les tailles, où l'influence de la chaleur centrale n'est pas encore annulée et où, surtout, l'oxydation spontanée de la houille, la présence des hommes et des chevaux, développent du calorique.
Le travail dans l'air chaud est d'autant plus pénible que cet air est moin> sec. Les mineurs luttent contre la chaleur en quittant leurs vêtements : la chemise, à partir de 25° ; le pantalon, au-dessus de 30°. Néanmoins, il y a là une cause très positive de malaises, d'épuisement rapide, d'anémie. Par contre-coup, le surchauffement dans le fond expose aux maladies du froid, lorsque les mineurs reparaissent à l'extérieur avec un tégument plus susceptible.
Le remède le plus sûr, sinon unique, à réchauffement de l'air froid, c'est une ventilalion abondante et énergique. Toutefois, quand les ouvriers sont
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appliqués à enfermer un massif de houille en feu, on est obligé de recourir au palliatif des relaiements répétés à de courts intervalles.
L'échauffement de la houille par combustion lente va parfois jusqu'à déterminer des incendies souterrains spontanés. La môme cause entraîne l'incendie du charbon dans la cale des bateaux à vapeur. Pour la houille abattue, la ventilation est le plus sûr moyen de refroidissement (Fa vol, P. Fabre), bien qu'au premier abord l'afflux de l'air paraisse devoir activer plutôt la combustion. D'ailleurs, il faut enlever le jour même la houille abattue et ne pas la laisser dans les chantiers. Pour les massifs, on doit avoir soin de les « fatiguer » aussi peu que possible (Haton de la Goupillière) et de remblayer sans retard avec de l'argile plastique. Quand l'incendie s'est déclaré, on l'éteint par l'eau ou, plus souvent, on l'enferme dans de la maçonnerie ou des remblais argileux. Percy et Abel, qui ont étudié les causes des incendies spontanés sur les vaisseaux, sont d'avis d'interdire l'accès de l'air dans les soutes au charbon ; cela vaut sans doute mieux qu'une ventilation insuffisante.
4° Pressïçn atmosphérique. — Bien qu'il semble normal que la pression atmosphérique soit plus considérable à 600 mètres de profondeur qu'à la surface, Kuborn et Hamal ont assuré l'avoir trouvée plus faible au fond des mines. Manouvriez, Riche et d'autres ont répété la môme assertion. Cependant, Fabre et Fayol (1878) ont constaté, à Gommentry, que là le baromètre suit les lois ordinaires de la physique. Sans doute, l'augmentation de pression n'est pas assez considérable pour influer sur la santé ; mais, au moins, faut-il renoncer à expliquer l'anémie des mineurs parle même mécanisme que l'anémie des altitudes.
5" Poussières et fumée. — Les mineurs vivent nécessairement dans les poussières pierreuses, charbonneuses, quelquefois dans la poussière d'un minerai toxique ; les conséquences varient, naturellement, selon ces divergences de nature. On peut joindre aux poussières les fines molécules de charbon ou même de poudre qui se trouvent dans la fumée dégagée par les coups de mine.
Les plus exposés aux poussières de charbon sont les bouilleurs, spécialement les piqueurs et les remblayeurs. La quantité de poussière inspirée par ces ouvriers est telle, qu'il se produit chez eux un véritable « encombrement charbonneux » pulmonaire, selon l'expression de Riembault (de Saint- Étienne). Buisson (mines d'Aniche) traite de mélano<e ou phthisie mélanigue l'affection qui en résulte et à laquelle peu dehouilleurs échappent; il serait utile de ne pas multiplier les dénominations et de s'en tenir au terme iïanthracosis ou de pneumocom'ose anthraconque adopté par Tardieu et Proust pour des accidents absolument identiques, observés chez les mouleurs en cuivre (au temps où ils saupoudraient les moules de poussier de charbon et non de fécule). Non seulement, du reste, les molécules charbonneuses pénètrent dans le tissu pulmonaire par le mécanisme expliqué précédemment (lre partie, page 229), mais elles se logent dans les vésicules, les bronches et surtout les dilatations bronchiques que le catarrhe professionnel lui-même détermine ; de telle sorte qu'à chaque retour d'acuité du
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catarrhe, les patients expectorent des crachats noirs. Le même fait se reproduit encore lorsque les individus ont depuis plusieurs années quitté le travail souterrain ; à toutes leurs bronchites, ils expulsent des mucosités pénétrées de charbon. A vrai dire, il suffit de rester dans l'atmosphère de Lille, Valenciennes ou de toute autre ville à grande consommation de charbon pour expectorer des crachats noirs chaque fois que l'on expectore quelque chose venant des bronches: ce qui prouve déjà que l'inhalation de poussière charbonneuse n'est point mortelle par elle-même et, probablement, ne devient dangereuse que par la quantité. P.Fabre propose même la formule suivante : « Ce n'est pas le charbon à expectorer qui donne des bronchites aux houilleurs ; ce sont les bronchites qui les font cracher noir. » Cependant, il est difficile de ne pas voir quelque effet irritant, fût-il simplement mécanique, dans l'arrivée incessante et excessive des poussières aux conduits aériens.
D'ailleurs, il apparaît bien que les poussières de houille n'ont pas la puissance spécifiquement irritante et même toxique des dérivés de la houille : amylène, hexylène, benzine, phénol, aniline, etc., que leur attribue A. Manouvriez (Valenciennes). L'objection faite à celte théorie par P. Fabre est légitime : si la poussière de houille était toxique, on n'en verrait pas les méfaits au fond des mines seulement; on les rencontrerait encore chez quelques-uns des innombrables ouvriers qui manient la houille et en respirent la poussière partout ailleurs.
La question des rapports du travail des mines et particulièrement des poussières avec le développement de la jihthme est fort controversée. 11 est probable qu'à cet égard quelques confusions ont été faites; il importe, en effet, de di>tinguer, d'une part, l'inlluence banale des poussières quelconques et l'influence spéciale que pourraient offrir celles de charbon ; d autre part, la phthisie tuberculeuse et la phthisie an/hracosique, ou ramollissement des nodules fibreux pénétrés de charbon, entraînant la formation de cavernes. Il y a même quelques raisons de recommander la distinction des dilatations bronchiques, si fréquentes dans l'induration fibreuse des poumons, d'avec les cavernes tuberculeuses vraies.
Quoi qu'il en soit, la plupart des observateurs assurent que, dans les mines de houille, les ouvriers du fond, c'est-à-dire les hommes le plus fatalement voués à l'inhalation des poussières charbonneuses, ne sont pas plus phthisiques que d'autres ; ils le seraient même moins, au dire de C. Riche et de P. Fabre. Cette immunité phthisique a été constatée en Belgique [par Boëns-Boisseau, Gallez, Barella, Kuborn ; en France, par Valat, aux m nés de Decize (Nièvre), par Hervier; à ftive-de-Gier, par Vernois ; en Allemagne, par Brockmann, Schirmer, Sitmann en Saxe, Moll (Silésie), Hervey; et jusqu'en Amérique. En quatre ans, Kuborn ne trouve que 8 phthisiques sur 540 malades fournis par 1,520 ouvriers du fond, et le fait le frappe à ce point qu'Use demande si l'on ne ferait pas biend'envoyerles phthisiques dans d une bonne taille »,à titre de moyen de traitement. A vrai dire, 8 phthisiques en quatre ans, sur 1,521) ouvriers, ne constituent pas précisément l'immunité, et les 3 phthisiques trouvés par Vernois sur 255 char-
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bonnicrs ne montrent pas davantage cet heureux privilège. Tout au plus pourrait-on en conclure que les charbonniers, gens dans 1 âge de la force et de la santé, ne sont pas plus phlhisiques que d'autres individus de la même catégorie, appliqués à un travail différent. En Angleterre, Wilson, en calculant sur les décès, a même obtenu des résultats assez opposés à ceux des observateurs précédents : sur 7,434 décès enregistrés dans les districts houillers de la Grande-Bretagne, il assigne à laphthisie pulmonaire le chiffre 1,6H4, soit 22 37 p. 100 de tous les décès, un peu plus que la proportion de décès phthisiques de Paris et de Lille, rapportés à la population totale. Les régions charbonnières du nord de la Grande-Bretagne seraient, toutefois, un peu moins maltraitées.
En cet état de choses, il n'y a peut-être pas lieu de se mettre en frais pour expliquer une immunité qui n'est pas autrement certaine ; de recourir à l'action antiseptique de la houille, de supposer un antagonisme entre l'asthme professionnel et la phthisie, ou de créer toute autre théorie discutable.
Les mineurs de la compagnie d'Anzin ont 2,5 décès phthisiques p. 1,000 (Manouvriez).
P. Fabre prétend que la phthisie, chez les mineurs de Commentry, « est très rare ». Dans une période de près de six ans et sur environ 1,500 ouvriers du fond, il n'en a vu mourir que 2 de la phthisie pulmonaire. Mais, sans parler du vague de celte formule, l'auteur semble avoir quelques tendances à l'optimisme en matière d'hygiène souterraine.
Les poussières de carbonate de plomb et de galène, dans les mines de plomb, celles de cinabre dans les mines de mercure (Almaden, ldria), celles d'arsenic dans les mines de plomb, de cuivre, d'argent, etc., où ce métalloïde est associé au minerai, donnent lieu aux empoisonnements spéciaux en rapport avec chacun de ces agents. L'exploitation même du soufre, quand elle ne se fait pas à ciel ouvert (Sicile), est insalubre par la poussière, mais surtout parles gaz qu'elle développe (acide sulfureux, hydrogène sulfuré).
6° Gaz irrespirables ou toxiques. — Les gaz que Ton rencontre le plus ordinairement associés à l'air des mines sont :
Vazote (densité, 0,976), produit partout ce qui consomme l'oxygène de l'air et, en particulier, par la déflagration de la poudre de mine, les explosions du grisou. Inoffensif par lui-même, mais dangereux en ce qu'il n'est absorbé par aucun réactif. Dans les mines, la flamme des lampes devient rouge dans l'azote et s'éteint quand l'air ne renferme plus que 15 p. 100 d'oxygène ;
L'aci'le carbonique, produit pnr la respiration des ouvriers, des chevaux, la combustion des lampes ; mais surtout provenant de la combustion lente de la houille et des explosions du grisou. Les lampes s'éteignent dans l'air qui en renferme 10 p. 100; les ouvriers peuvent encore travailler dans une atmosphère qui en contient 20 p. 400. Plus lourd que l'air (densité, 1,52), il s'étale en nappes sur le sol des galeries ; l'asphyxie qu'il provoque présente, avec celle de l'hydrogène protocarboné, cette redoutable différence, que
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l'homme qui tombe par l'effet de CO- est perdu, tandis que celui qui était dans le grisou est sauvé précisément en se jetant la face contre terre. Par la même raison, le sauvetage des asphyxiés par GO2 entraîne la perte des sauveteurs qui, en se baissant pour ramasser leurs camarades, se plongent à leur tour dans le gaz asphyxiant ;
L'oxyde de carbone, parfois associé à GO2 en conséquence du même phénomène, l'oxydation spontanée de la houille. Bien que toujours en faibles proportions, il est d'une assez haute nociveté pour avoir été la cause véritable de X anémie ctAnzin, très bien nommée, et des accidents semblables que l'on observa dans les mines du Nord, au commencement du siècle, alors que l'emploi des machines à vapeur vint apporter une brusque suractivité à l'exploitation. L'oxyde de carbone est un peu plus léger que l'air : 0,967 ;
L 'hydrogène protocarboné (gaz des marais), l'élément capital du grisou, que nous ne considérons ici que comme irrespirable et qui reparaîtra tout à l'heure comme explosif. Densité, 0,56 ;
Y? hydrogène bicarboné (gaz oléfiant). Tous deux sont irrespirables ; mais il résulte des expériences deLayet que ni l'un ni l'autre n'est toxique ;
Schondorff a trouvé, dans un air chargé de grisou et dans lequel les lampes marquaient en présentant une auréole bleue :
U hydrogène sulfuré (densité, i,19î) provient de la décomposition des pyrites que la houille renferme presque toujours. Aussi se rencontre-t-il dans la plupart des houillères. C'est, comme on sait, un gaz éminemment toxique. C'est à lui que P. Fabre attribue l'anémie d'Anzin, bien que Nicolaï et Kuborn n'en aient pas rencontré dans l'air des mines qu'ils ont analysé. Il va sans dire que le même gaz se trouve dans les mines métalliques où les minerais exploités sont également des pyrites ;
V ammoniaque se dégage de la houille, des vieux bois, des immondices des mineurs qui ont l'habitude d'accomplir toutes leurs excrétions le plus près possible du point où ils travaillent. Toujours en petite quantité, elle n'a qu'une influence générale ;
Des vapeurs métalliques (mercure), sulfureuses, goudronneuses, peutêtre celles des dérivés de la houille, analogues à la benzine, au phénol, imprègnent plus ou moins l'air du fond.
Les gaz ne sont pas nécessairement en état de diffusion complète dans la mine ; ils se « liquatent », par ordre de densité, de la façon suivante pour les plus importants (A. Burat) :
Azote ,
Oxygène. ...
Acide carbonique Gaz des marais. .
Méihyle
Densité.
Hydrogène carboné.
Azote ,
Air atmosphérique..
spéciale.]
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Densité.
Hydrogène sulfuré Acide carbonique..
A tous ces éléments, il faut joindre les émanations de la peau et des poumons des mineurs, qui portent (sauf ventilation parfaite) à un haut degré de méphitisme un air qui est déjà si singulièrement modifié chimiquement.
On a pu recourir à une assez grande variété de moyens pour éviter la production des gaz irrespirables ou dangereux et du méphitisme, pour neutraliser ou absorber chimiquement l'acide carbonique et quelques autres. Il est certain, comme nous le verrons, qu'il est éminemment utile de prévenir les grands épanchements du grisou, de chercher à remplacer la poudre dans l'éclatement des roches ; mais le moyen souverain d'assainissement, la prophylaxie suprême, c'est la ventilation des mines. Nous y reviendrons tout à l'heure. Pour le moment, il paraît opportun de consacrer quelques lignes à une affection qui résume en quelque sorte les conséquences pathologiques de l'anomalie et de la viciation de l'air des mines et qui, heureusement, est en voie, aujourd'hui, de passer à l'état de souvenir historique. Il s'agit de V anémie des mineurs, dite d'Anzin.
Anémie «l'Anzin. — Au mois de germinal, an X de la République française (1803), au dire de Anat. Manouvriez qui a bien étudié cette histoire, il se manifesta, sur les mineurs de Fresnes, près de Gondé (Nord), une maladie, épidémique par le nombre et la simultanéité des cas, caractérisée par les signes suivants : faiblesse générale, lipothymies, palpitations cardiaques, gêne de la respiration, céphalalgie persistante, douleurs épigastriques, coliques violentes, diarrhée, déjections noires et vertes, coloration jaune-clair de la peau (maladie jaune), œdème tégumentaire. Chez les individus fortement atteints, la prostration allait en augmentant, la consomption devenait irrémédiable et l'on eut l'occasion de faire quelques nécropsies, un peu tardives par rapport à la durée de l'affection, dans lesquelles on constata la pâleur et la flaccidité des organes internes et quelquefois l'hypertrophie hépatique.
Observée d'abord par les médecins de la compagnie d'Anzin (A. de Saint-Moulin, A. Gravis), la maladie fut l'objet d'une consultation de la Faculté de médecine de Paris (Ghaussier et Hallé) et d'une visite aux mines d'Anzin de la part du professeur Hallé, qui lui donna le nom d'anémie, après avoir soigné lui-même, à Paris, quatre des ouvriers atteints. Les conditions de l'observation étaient mauvaises, puisque le professeur assistait moins à l'action de l'agent morbigène qu'à l'évolution de la cachexie consécutive à son impression sur l'organisme. Et, cependant, avec cette puissance d'observation et d'intuition qui, chez nos devanciers, tenait lieu d'analyse instrumentale et d'expériences, Hallé avait, selon nous, trouvé le terme exact et appliqué plus justement qu'on ne l'ait jamais fait le mot d'anémie.
Ge fut Lebleu (de Dunkerque), qui montra le premier l'efficacité, non
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spécifique ni péremptoire, comme on pense, des préparations ferrugineuses dans le traitement de l'affection.
D'ailleurs, la maladie de la mécanique, comme disaient les ouvriers, parce qu'elle avait suivi l'introduction des machines à vapeur dans les exploitations, s'observait, de 1804 à 1830, dans les fosses Saint-Jean (Vieux-Gondé), Grosse-Fosse (Anzin), du Vivier (Fresnes), des Rameaux (id.), du Chauffour; et plus tard, avec moins d'intensité, dans diverses mines du Nord, du bassin de la Loire et de l'Allier (Riembault, Thirion, Valat, Bourguet), dans les mines belges (Boëns-Boisseau, Kuborn).
C'est alors que l'on se rappela que des accidents d'anémie plus ou moins semblables à ceux d'Anzin se manifestaient parfois dans des exploitations métalliques, salines, sulfureuses. On revint sur les observations laites aux mines d'or et de plomb argentifère de Scbemnitz (Hongrie) par Hoffinger, en 1777, et de 1785 à 1792, évidemment difficiles à contrôler, vu la date. Puis, toutes les fois que les conditions générales de la vitalité paraissaient baisser chez les mineurs de quelque fosse, on se reprit à songer à l'anémie d'Anzin et à étudier les cas pathologiques en vue d'éclairer la nature de cette forme singulière, sans savoir au préalable si, de part et d'autre, les accidents étaient réellement les mêmes, et si, pour l'étiologie, ils n'étaient point dus, ici à un agent prédominant, là à des éléments étiologiques associés. Encore en 1860-1857, à Villebœuf (Loire), au fond d'une mine à puits unique, des états morbides se sont présentés chez 180 ouvriers, assez graves pour que quatre aient succombé ; on appela toujours anémia l'affection particulière. Et elle devint l'occasion de nouvelles controverses sur l'anémie des houilleurs, par cette étonnante raison que les anémiques de Villebœuf ne ressemblaient point aux chlorotiques, hommes ou femmes, qui courent les rues, et que la cause des accidents fut reconnue (à bon droit, d'ailleurs), être la presque nullité de l'aération.
Pour comble de difficultés, de nos jours où les ingénieurs se sont évertués à mettre l'activité de la ventilation des mines à la hauteur de l'activité de l'extraction, non seulement on ne trouve plus la « maladie jaune » de 1803, mais il paraît même que ce qu'il y a de plus rare chez les mineurs, c'est l'anémie vulgaire (A. Manouvriez, P. Fabre).
Or, deux faits sont certains, à savoir : 1° que l'anémie dite d'Anzin, de 1803, n'est pas identique à ce que l'on entend, en clinique journalière, par anémie ; 2° que les anémies d'Anzin, de Schemnitz, de Villebœuf, ne se ressemblent pas. Ge qui, du reste, pourrait bien aussi être le cas des affections diverses, englobées sous la rubrique anémie, dans les salles d'hôpital et dans les livres.
Écartons tout de suite la maladie de Schemnitz, qu'il est difficile de bien apprécier aujourd'hui, mais que la présence du minerai de plomb fait fortement soupçonner de n'être autre chose que du saturnisme.
Quant à l'anémie d'Anzin, P. Fabre y voit un empoisonnement par l'hydrogène sulfuré, tandis que A . Manouvriez considère cette maladie « comme une intoxication par absorption pulmonaire, cutanée et gastro-intestinale, des vapeurs de divers dérivés de la houille : amylène, hexylène, benzine, phénol,
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aniline, etc., produits de distillation et de combustion lente de la houille exposée au contact de l'air. » Sans nier que l'hydrogène sulfuré, poison énergique, ait pu contribuer quelquefois à l'anémie des mineurs et sans vouloir trancher la question de la toxicité (non des propriétés irritantes) des vapeurs de la houille, nous accordons aux auteurs que l'anémie de 4803, fort rare aujourd'hui, était un empoisonnement, mais nous sommes absolument convaincu que l'agent essentiel de cet empoisonnement était Y oxyde de carbone, plus ou moins aidé dans son action par une haute température. C'est pourquoi Hallé n'avait pas tort de qualifier d'anémie ces accidents ; l'intoxication par l'oxyde de carbone, qui tue les globules sanguins, est, en effet, pour cette raison, la plus positive des anémies, sauf qu'on n'a pas l'habitude de lui donner ce nom et qu'on l'emploie dans des cas tout autres.
On ne savait pas, du temps de Hallé, faire la numération des globules. C'est tout ce qui a manqué à l'observation. Dans une circonstance récente, nous avons raconté à la Société industrielle du Nord l'histoire d'un ouvrier d'usine à gaz, employé aux cornues, qui était entré à l'hôpital avec la teinte jaune, les vertiges, la céphalalgie, les syncopes répétées, les selles hémorrhagiques, etc., le tout si accentué et si net que l'on prononçait le mot : Anémie d'Anzin, avant de savoir quelle était la profession du malade. Lorsque nous l'apprîmes, nous ne crûmes pas devoir rectifier le diagnostic ; il est, évidemment, indifférent de s'être empoisonné lentement par l'oxyde de carbone à petites doses, dans une usine à gaz ou au fond d'une mine. L'homme avait respiré du gaz d'éclairage, par conséquent de l'oxyde de carbone. Il avait aussi, pour la même raison, respiré des vapeurs de la houille ; mais, sauf le propylène, qui n'y existe qu'en petite quantité, les carbures d'hydrogène du gaz d'éclairage ne sont pas toxiques (A. Layet).
D'ailleurs, notre patient était parfaitement anémique au point de vue du nombre des globules et de la richesse du sang en hémoglobine. Dans la première période de la maladie, la numération des globules pratiquée par notre ami, le professeur Kelsch, ne révéla qu'un million et demi de globules par millim. c. et un tiers de la normale d'hémoglobine. Le chiffre des globules mit un mois à se relever à 3 millions.
Santé générale des mineurs. — De notre temps, en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, la profession de mineur n'a plus l'effroyable insalubrité atmosphérique qui pesa sur elle pendant les trente premières années du siècle. Les mineurs ne paraissent plus avoir de maladies bien spéciales ni une mortalité parliculièrement élevée. P. Fabre a cherché en vain Y hypnglobulie chez les mineurs de Commentry; les moins favorisés possédaient plus de 3 millions de globules par millim. carré; beaucoup, o à 6 millions. Les chevaux eux-mêmes, après avoir passé une quinzaine d'années dans le fond, possèdent plus de 5 millions de globules, à peu près comme ceux qui n'y sont jamais descendus. Les globules paraissent seulement plus pâles et plus petits. L'anémie, chez les mineurs d'aujourd'hui, serait purement fonctionnelle, sans bruit de souffle cependant, mais avec des troubles digestifs. Quant aux mines métalliques, elles n'ont que l'insa-
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lubrité du métal exploité. Aux mines de zinc de la Vieille-Montagne (Belgique), la mortalité des ouvriers ne serait que de 5 à 6 p. 1000 (Gauchet).
Pourtant, si les individus se maintiennent, il semble que la race ne se dégrade pas moins ; c'est toujours l'effet qui frappe les médecins des conseils de révision dans les cantons houillers du département du Nord.
La statistique sanitaire, en Allemagne, était encore fort sombre, il y a quinze ans. Hiltrop (de Berlin) a fait connaître les résultats suivants de ses observations statistiques sur les associations de mineurs (Knappschaftvereine). En 1867, 85 associations comptaient 174,279 ouvriers, dont 79,023 permanents et 95,256 flottants. Les chantiers se trouvaient à Breslan, Halle, Bortmund et Bonn; les uns, au nombre de 2,099, réalisaient le travail des mines proprement dit : charbons, 896 ; minerais de fer, 746; autres minerais, 309 ; sel gemme, 3; pierres, 145; les autres, 2,284, consistaient en hauts-fourneaux et forges : fer et acier, 105 ; zinc, 4 ; plomb, cuivre, argent, 40; alun et vitriol, 40 ; goudron et paraffine, 10 ; sel, 6l ; divers, 169.
Du 1er janvier au 31 décembre 1867, 1,088 des ouvriers permanents et 116 des passagers sont passés aux invalides du travail; il est mort des premiers 245 par accidents de travail, 822 d'autre façon, en tout 1,067 ; des seconds, 269 sont morts par accident, 664 autrement ; en tout 933.
Le plus grand nombre des décès est dans l'âge de 26 à 35 ans.
On ne connaît la statistique des maladies que de 39 associations avec 54,897 membres. Sur 24,08 i cas de maladies internes, il y a eu : 5,210 cas de rhumatismes ; 4,913 de catarrhe des voies aériennes; 2.111 de catarrhe gastrique; de catarrhe intestinal 1,410; 1,098, de dysenterie. — Sur 13,259 maladies externes, les plus fréquentes ont été : contusions, 3,049 ; plaies, 1,115 ; maladies des yeux, 1,456: brûlures, 690; foulures ou entorses, 483; fractures, 279; luxations, 142; syphilis, 202. Ajoutons 919 ulcères ou fistules; 744 furoncles, 630 abcès, 68 charbons ou pustules malignes, 264 inflammations des glandes, 204 des articulations, 107 de la peau, to3 de l'oreille, 365 du tissu cellulaire, 178 des gencives. — L'auteur fait la réflexion qu'il n'est pas de métier, môme celui de marin, qui soit aussi funeste à la santé et compromette l'existence plus que celui de mineur.
I^e grisou. — Un danger, qui n'est pas absolument exclusif aux mines de houille, car on le rencontre parfois dans les mines de sel (Westphalie, Transylvanie), et même dans les gîtes métalliques, fer (Daubrée, Resal, Gastel), cuivre (Furiet, Charlon), etc., c'est celui des explosions déterminées par l'inflammation du mélange gazeux, d'ailleurs irrespirable, que les gens du métier appellent grisou, brisou, terrou, feu grieux,. mofettes, fîre live, fire damp, schlagendes Wetter, etc.
Pour donner tout de suite une idée de la gravité de ces accidents, nous reproduisons ci-dessous un fragment de statistique emprunté au rapport de la commission du grisou, en nous bornant aux catastrophes qui ont fait plus de 400 victimes :
Explosions de grisou.
Localités.
Dates.
Nombre <le victimes.
Walsend (Newcastle) Risca, près Newport.
15 juillet 1808
17 avril 1879
L'Agrappe (Frameries)
HYGIENE DES MINEURS
Risca (sud du pays de Galles).. .
Puits Jabin (Saint-Etienne)
Lundhill (Yorkshire)
Seaham (Sundeiiand)
Haydock
Hartley
Blantyre (Ecosse)
Woodfit
Abercane (Montmouthshire)
Burgk (Saze)
Plauen (Saxe). . -
Oaks-Colliery (Yorkshire)
7 septembre, 1880. .
7 juin 1878
22 octobre 1877
juin 1878
11 septembre 1878.
2 août 1868
12 décembre 1866. .
4 février 1876
11 n'y a pas encore longtemps que des écrivains regardaient philosophiquement le grisou comme un mal nécessaire, aussi inévitable dans les mines que les balles dans les batailles. « Une société dont la base est la houille et la vapeur doit accepter les conditions imposées par la nature comme les mineurs les acceptent eux-mêmes. » (Am. Burat.) 11 paraît qu'en 1811 les hercheurs de la Grosse-Fosse chansonnaient la maladie jaune :
On ne sait pas ce qu'il y a d'amertume dans cette gaîté populaire. Nos contemporains, heureusement, n'ont point pris leur parti des hécatombes humaines causées par les explosions. Le Parlement français, sur la proposition du professeur et député Paul Bert, par une loi en date du 26 mars 1877, a institué une Commission chargée d'étudier les moyens de prévenir les explosions du grisou et c'est précisément le travail de son rapporteur, Haton de la Goupillière, qui va nous guider dans le court exposé ci-après.
Nature du grisou. — Le grisou est un mélange en proportions variables de divers gaz dans lesquels l'hydrogène protocarboné, G2H4, gaz des marais, prédomine de beaucoup; ce qui a porté quelques personnes à ne songer qu'à celui-ci, quand il est question de grisou.
SchondorfF a obtenu pour le gaz d'un soufflard :
Et Fouqué, à Anzin (fosse Réussite), à une profondeur de 350 mètres ; distance du puits, 250 mètres :
Hélas, bon Dieu ! c'est l'état du métier ; Vive lé carbonnier !
Gaz des marais (C2H4)
Méthyle (C^H6)
Acide carbonique
Oxygène et azote
Hydrogène protocarboné
Hydrogène
Acide carbonique
Oxygène
Azote
Le gaz des marais est peu ou point soluble dans l'eau et n'a pas d'affinités chimiques marquées, qui permettent delui chercher un absorbant. L'excep-
LK GROUPE INDUSTRIEL
[Hygiène
tion qui concerne le chlore ne le fait pas déroger à la règle. Sa réelle et malheureuse affinité est pour l'oxygène; c'est-à- dire que l'hydrogène protocarboné est un corps éminemment combustible, et c'est là justement la source du danger. Un volume de gaz avec deux volumes d'oxygène produit deux volumes de vapeur d'eau, qui se condense, et 1 volume CO2 ; par conséquent, sa combustion fait disparaître, après refroidissement, un volume double de celui qu'il occupait dans l'atmosphère. La combinaison a lieu, soil avec une flamme bleue légère et transparente, soit avec une violente explosion. La flamme est bleue parce qu'il y a déjà mélange préalable d'air et de grisou; celle du grisou pur est blanche.
Au lieu d'une combustion tranquille, il se produit une détonation, si une atmosphère formée de grisou et d'air en proportions convenables subit le contact, non pas seulement d'un corps incandescent, mais d'une flamme gazeuse. Davy a indiqué depuis longtemps ce qui se passe selon les proportions de grisou dans le mélange.
A 3 ou 4 p. 100 de grisou, rien de spécial; la flamme des lampes commence seulement à marquer, c'est-à-dire qu'elle s'allonge et s'entoure d'une auréole bleuâtre ;
A 6 p. 100, la flamme est très longue ; l'auréole très épanouie.
A 7 à 8 p. 100, l'inflammation est encore lente, mais plus active et menaçante ; avec un chiffre un peu plus élevé, l'explosion est inslantanée.
Vers 12 ou 14 p. 100, elle a le maximum d'énergie. Au delà, on parcourt en sens inverse une série d'effets analogues ; à 20 p. 100, ils j ont les mômes qu'à 6 p. 100; à 30 centièmes, la lampe s'éteint.
Une certaine proportion de CO2 retarde l'explosion.
L'inflammation se propage en raison de la vitesse du courant d'air préexistant dans les travaux et sous l'influence de la poussée énorme qui est produite par l'expansion du gaz ainsi porté à une température élevée (plusieurs centaines de degrés).
En raison de sa faible densité, le grisou qui se dégage d'une source un peu abondante gagne la voûte des galeries et l'occupe presque à l'état de pureté; mais quand il s'est diffusé dans l'air, il paraît certain qu'il ne se liquate plus.
Sources du grisou. — On admet généralement que le grisou préexiste à l'état gazeux dans les pores du massif de charbon, enfermé sous une pression plus ou moins forte; quelques-uns, cependant, inclinent à penser qu'il peut être le produit de dissociation, au dernier moment, de carbures d'hydrogène liquides ou même solides, qui seraient contenus dans la houille (G. Arnoult).
Dans tous les cas, la façon dont le gaz s'échappe de la houille indique toujours qu'il y existe sous pression; il crépite quelquefois sur le front de taille (chant du grisou) et il aide au travail des mineurs en poussant le charbon en avant. On a pu constater en divers points qu'une pression de cinq atmosphères sur la houille n'arrête pas l'issue du grisou et l'on a même rencontré des forages de trous de mines, dans le flénu, d'où le gaz s'élançait avec une force de seize atmotphères.
spéciale. J
HYGIÈNE DES MINEURS
Quelquefois, des cavités naturelles, habituellement des failles, gardent des dépôts énormes (sacs de grisou), que le pic du mineur rencontre subitement et qui constituent les plus graves dangers. Ou bien, par une fissure prolongée dans le massif, jaillit une sorte de fontaine de gaz (soafflards) , dont le débit peut durer des mois et des années. On s'en sert pour l'éclairage dans quelques localités. La rencontre fortuite d'un soufflard peut rapidement porter la proportion de grisou au degré voulu pour l'explosion.
Le dégagement du gaz du massif est le plus abondant au moment de la mise à vil' des surfaces ; puis, il s'établit un régime moins abondant et, à la longue, il peut ne plu- s'en produire. Les charbons gras à coke ou à gaz sont d'ordinaire les plus riches en grisou; les anthracites, le moins; celles de Pensylvanie et de Graissessac-Ouest font exception.
Le dégagement du grisou, comme tout autre dégagement gazeux, est habituellement favorisé par l'élévation de la température et par la diminution de pression atmosphérique. Toutefois, au point de vue des accidents, les oscillations du baromètre n'ont guère d'importance vis-à-vis de l'issue du grisou encore renfermé dans le massif; elles en ont, au contraire, beaucoup sur le dégagement de celui qui occupe les vides des remblais et vieux travaux et qui peut, pendant longtemps, refluer par des parois non é tanches dans les chantiers en aelivilé et surtout dans les galeries. Une circonstance atténue le danger, au point de vue des explosions : c'est la forte proportion de GO2 que ce grisou renferme et qu'il a produit lui-même par oxydation spontanée. Le gaz accumulé dans les cloches, ou excavations du toit, et qui se trouve en dehors du courant général de ventilation, est également soumis à l'influence des changements de pression de l'atmosphère et de ceux que provoquent des invasions brusques d'eau, de grands éboulements.
Des observations poursuivies pendant une série d'années ont permis à Galloway d'établir que, dans la moitié au moins des explosions, il y avait coïncidence de dépression barométrique. La relation n'a, cependant, pas paru encore suffisamment établie à la Commission française du grisou.
Origine des explosions. — Les poussières. — On a remarqué, en visitant les galeries après certaines exp'osions, que les parois, les piliers, étaient revêtus d'une croûte de coke friable d'autant plus épaisse qu'on l'examinait plus près du point où l'explosion avait pris naissance. C'est donc que les poussières charbonneuses, toujours si abondantes dans les chantiers, avaient pris part à l'inflammation gazeuse. Des observations faites dans d'autres industries ont montré qu'en effet les pulvcrins favorisent les explosions, en font durer le feu plus qu'il n'arriverait avec la simple combustion du gaz, produisent des fumées et des gaz plus abondants, plus dangereux encore que ceux de la transformation du grisou Des explosions épouvantables ont détruit de vastes moulins à farine à la suite de l'introduction d'une lampe dans la chambre où se rend l'air qui a rafraîchi les meules; la poudre d'amidon, la poudre de lycopode, sont explosibles. Les expériences dePlanchard et de Vital ont reproduit le phénomène de l'inflammation des poussières sous l'influence d'un coup de mine.
1184 LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
Galloway a pensé que la poussière charbonneuse pouvait provoquer l'explosion même sans grisou. Gonthier estime, au contraire, que les désastres ne peuvent se généraliser que par la réunion des poussières avec le grisou. L. Dombre propose les deux formules suivantes :
1° Un mélange d'air et de grisou, inexplosible dans des circonstances ordinaires, peut devenir explosible en présence de poussières charbonneuses ;
2° Une explosion de grisou peut, dans ce cas, se produire en un point d'une mine, où rien ne révélait la présence de ce gaz.
Les coups de mine emportent le double danger de soulever les poussières charbonneuses et d'y mettre le feu . Il est donc tout d'abord indiqué de ne point user de charges trop fortes et de leur donner une direction qui intéresse le moins possible les endroits à poussière. D'autre part, les arrosages à l'eau pure (non à la vapeur) ou additionnée de chlorure de calcium sont un bon moyen d'abattre les poussières. Au Greuzot, au Montceau, à Brassac, on pratique les maîtresses-voies de roulage dans le rocher, au lieu de les laisser dans le gîte même ; on évite d'autant mieux la poussière de charbon.
Baretta a cité deux exemples d'inflammation directe de poussières au contact de la flamme de lampes à feu nu (évidemment parce que l'on n'avait jamais observé de grisou dans la mine).
Les causes immédiates des coups de feu peuvent être : une irrégularité dans le fonctionnement du foyer d'aérage, l'explosion d'une chaudière intérieure, le tirage d'un coup de mine, l'emploi d'éclaiiage à feu nu dans une mine ordinairement exempte de grisou, le dévissage par imprudence d'une lampe de sûreté, la sortie de la flamme produite par un courant d'air, la déchirure d'un tamis ou d'un chapeau de lampe, une allumette enflammée au mépris du règlement, etc. (Haton de la Goupillière). On a vu un feu extérieur allumer à l'orifice d'un puits le gaz qui s'en échappait en abondance et propager le feu jusqu'au fond (catastrophe de Frameries). Un premier coup de feu, en désorganisant le service et laissant parfois des soufflards allumés, en prépare souvent de nouveaux.
Caractère des accidents. — Les ouvriers sont brûlés, projetés et brisés contre les parois, ou asphyxiés. On les trouve quelquefois morts à côté d'une lampe qui n'est pas éteinte; ce qui a fait penser qu'ils pouvaient avoir succombé à l'empoisonnement par l'oxyde de carbone plutôt qu'à l'asphyxie. D'autres sont retrouvés dans la position même du travail, arcboutés sur leur pelle ; ce qui atteste une mort instantanée. Gomme il y a lutte dans l'asphyxie (P. Bert), on peut supposer que l'énorme compression statique, exercée sur toute la surface pulmonaire, a provoqué une syncope mortelle. Il est certain aussi que les ouvriers qui ont le temps de se jeter la face contre terre, dans l'eau ou dans la boue, échappent habituellement, tandis que les autres avalent le feu, ont la gorge brûlée par les poussières enflammées et les poumons désorganisés.
Il va sans dire que tous les mécanismes protecteurs et autres sont bouleversés du même coup, que des éboulements ont lieu et que les galeries se
spéciale.] HYGIÈNE DES MINEURS. 1185
trouvent obstruées; ce qui rend très compliqué ou impossible le sauvetage de ceux qui ont survécu. Aux abords du puits, c'est le désespoir et la confusion, alors que l'ordre et le sang-froid sont plus nécessaires que jamais. Des mesures de sauvetage sont, cependant, toujours prévues et assurées d'avance ; une des meilleures est le bassin duquel on projette de l'eau en pluie dans le puits pour rafraîchir et déterminer un courant d'air. On se hâte surtout de rétablir ou de remplacer les appareils de ventilation. Il est juste de noter ici que les mineurs de l'extérieur sont toujours admirables de dévouement et de mépris du danger. « Leur abnégation est entière et l'on peut tout attendre d'eux pour essayer de porter, au milieu de cette dévastation, de dernières et bien faibles chances de salut. » Par malheur, ces tentatives courageuses grossissent trop souvent le nombre des victimes ; il y a des explosions secondaires et le milieu dans lequel il faut pénétrer est irrespirable ou toxique. C'est là que l'on emploie les respirateurs dont il a été parlé plus haut.
Moyens préventifs. — A. Contre le grisou. — Autrefois, un homme courageux que l'on appelait pénitent, parce qu'il revêtait un costume à capuchon de cuir, et qui payait souvent de sa vie son dévouement, descendait seul dans la mine, et, en rampant à terre, brûlait le grisou à la partie supérieure des voûtes, à l'aide d'une mèche allumée au bout d'un bâton. Ce moyen barbare a disparu sans retour. Minary a proposé de faire des rigoles renversées au plafond des galeries, dans lesquelles le grisou serait capté en vertu de sa densité, pour être évacué au jour à l'aide d'une canalisation spéciale. On a pratiqué les lampes éternelles, qui brûlaient incessamment le grisou au sommet des cloches et au plafond des galeries; il n'est pas difficile de comprendre que ce procédé a provoqué plus d'une fois les explosions qu'il voulait éviter. La Commission du grisou le condamne. Les absorbants (chlore) n'ont qu'un effet illusoire. Bérard a proposé de retenir le grisou par l'augmentation de pression dans la mine ; le moyen serait insuffisant lors même qu'il serait d'une application facile, ce qui n'est point le cas.
B. Contre le tirage a la poudre. — On recommande l'emploi de la poudre comprimée et surtout de la poudre comprimée-papetée de Ruggieri, sans préjudice d'autres précautions dans la pratique du forage, de la charge, du tirage. Mieux vaudrait remplacer la poudre par les coins, les leviers hydrauliques, le bosseyement mécanique à l'air comprimé.
C. Lampes de sûreté. — Divers moyens d'éclairage des mines, salubres et sans danger, ont été essayés ou sont à l'étude. Celui qui conserve jusqu'aujourd'hui la suprématie est la lampe à treillis métallique, inventée parDavy, en 1815 (la priorité, pourtant, en est discutée en Angleterre). Cet appareil a été modifié des centaines de fois, mais le principe reste le même, à savoir: qu'une toile métallique, suffisamment, serrée (de fer et de cuivre), refroidit le gaz en ignition, à un point tel que la flamme ne peut traverser la toile.
Arnould. — Hygiène. '
H 86 LU GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
Il suffit donc d'entourer le porte-mèche d'un tube en treillis, fermé par un toit semblable, pour que la combustion d'un mélange détonant n'ait lieu qu'à l'intérieur du tamis et que la flamme ne puisse en aucun cas se propager à l'extérieur.
La toile employée par Davy se composait de fils de 5 à 6 dixièmes de millimètre de diamètre et contenait de 100 à 140 ouvertures par centimètre carré. Le cylindre avait 54 millimètres de diamètre et 20 à 22 centimètres de hauteur.
Il peut arriver que le tamis s'échauffe et rougisse par le feu qui le remplit ; le danger n'est pas encore immédiat, mais il est à craindre que la toile ne se détruise et que des poussières s'enflamment au contact des fils rougis. Le réel péril est que la flamme intérieure sorte du tube à travers les mailles, sous l'influence d'un courant d'air, provoqué par la marche de l'ouvrier, par un brusque déplacement de la lampe, par un coup de vent quelconque ; on a fait détoner des lampes Mueseler pour une vitesse de 2m,40 par seconde. En outre, divers accidents peuvent crever la toile.
Nous avons vu que la lampe de sûreté est aussi un avertisseur sur les renseignements duquel le mineur peut se retirer d'un endroit dangereux, s'abaisser, lui et sa lampe. Mais, telle que Davy l'avait construite, elle éclairait peu; on se sert généralement, aujourd'hui, dans le Nord et en Belgique, où elle est obligatoire, de la lampe Mueseler, dans laquelle le réservoir d'huile est surmonté d'un cylindre en cristal régnant sur toute la hauteur de la flamme et sur le bord supérieur duquel repose un tamis en toile métallique. Ce cylindre est fermé, à sa partie supérieure par un obturateur en toile métallique, traversé par une cheminée conique en fer-blanc, placée en dessus de la flamme. L'air qui alimente la combustion passe à la partie inférieure du tamis, traverse l'obturateur, descend le long de l'enveloppe de cristal et va, de là, à la mèche; quant aux produits de combustion, ils s'échappent par la cheminée et viennent déboucher à la partie supérieure de la lampe On voit que, par cette disposition, la flamme ne peut être projetée latéralement et qu'elle éclaire mieux, aussi bien par le fait du tirage que parla transparence du verre; en outre, la présence des gaz delà combustion dans le tamis empêche le grisou d'y brûler et d'échauffer la toile. Elle s'éteint très facilement dans une atmosphère chargée de grisou, parce qu'alors la flamme s'épanouissant, les gaz de la combustion augmentent de volume et la cheminée se trouve être d'un débit insuffisant. Aussi peut-on la mettre entre les mains d'un ouvrier quelconque, même très inexpérimenté.
Toutes les lampes de sûreté recherchent un mode de fermeture qui empêche l'ouvrier de l'ouvrir; ce qui n'est pas un problème tout à fait simple. Elles doivent être attentivement examinées, nettoyées, réparées.
D. Avertisseurs. — Un certain nombre d'appareils ont été imaginés pour annoncer d'eux-mêmes la présence du grisou. Onne saurait trop s'en défier. Les grisoumètres (Coquillion), qui se rapprochent d'une analyse, méritent qu'on en essaie les applications.
spéciale.]
HYGIÈNE DES MINEURS
E. Ventilation. — Il faudra toujours se servir de lampes ; mais ainsi que l'exprime L. Dombre, l'idéal à poursuivre est de -pouvoir circuler dans les mines avec des lampes à feu nu ; auquel cas, toutes les lampes seront bonnes.
Le moyen le plus puissant, sinon le seul, de réaliser ce magnifique idéal, c'est la ventilation, poussée à une perfection et à une sûreté qui puisse atteindre dans tous les culs-de-sac, dans toutes les anfranctuosités, le grisou et tous les autres gaz étrangers à l'air, en même temps que défier les influences météoriques et les grands accidents physiques, capable de déranger les courants et de désorganiser le mécanisme ventilateur.
Le volume d'air à faire pénétrer dans une mine se calcule sur le nombre de tonnes fournies par l'exploitation plutôt que sur le nombre d'hommes, de chevaux et de lampes. L'instruction de 1872 prescrit un nombre de mètres cubes par seconde variant entre un vingtième et un dixième du nombre détonnes extraites par 24 heures. Dans le bassin delà Ruhr, pour 443 tonnes par jour et 267 ouvriers, il est fourni 458mc,410 par minute; ce qui est insuffisant. En Angleterre, dans la mine de Hetton, on est arrivé à 6,360 m. c.par minute. Une demi-ventilation est plus favorable aux explosions qu'une ventilation nulle. En effet, en envoyant 6 fois plus d'air qu'il ne se dégage de grisou, on maintient l'air à 18 p. 100 d'oxygène, ce qui suffit à la rigueur à la respiration; mais justement, on atteint de cette façon les proportions les plus parfaites du mélange explosif. Il est donc nécessaire d'exagérer encore, et beaucoup, l'envoi d'air, afin que la dilution à un haut degré soit certaine sur tous les points.
Il est essentiel défaire arriver l'air neuf dans tous les recoins où se réfugie le grisou ; on résout ce problème par l'installation d'un système convenable de portes, qui dirigent le courant là où le besoin est particulièrement reconnu.
La vitesse la plus convenable est celle de 0m,60 à la seconde. Il ne faut pas dépasser lm,20.
La section des canaux et de l'orifice de sortie doit être très grande, afin de ne pas ralentir la vitesse du courant. A la Grand-Combe, les galeries de retour sont muraillées, non en bois, mais, en pierres sèches [meurtias).
Les influences spontanées (ventilation naturelle) sont, bien entendu, insuffisantes et instables dans l'aération des mines. Le recours à la ventilation artificielle est ici une nécessité. Les cheminées d'aérage, les toquê-feux et foyers d'aérage et quelques autres moyens, qui ne s'éloignent pas beaucoup de la ventilation naturelle, sont de même au dessous du besoin et, souvent, augmentent le danger. Restent les ventilateurs mécaniques. lien est un grand nombre de modèles, aspirants ou foulants; les deux plus en vogue sont le Lemielle, plus puissant, mais plus coûteux et plus compliqué, et le Guibal, moins énergique, mais très simple et dont on pourrait doubler la force en installant deux appareils au lieu d'un, en cascade, l'un à la suite de l'autre. Tous deux agissent par dépression.
On n'arrive à de bons résultats qu'en disposant de deux puits pour une mine ; c'est une règle adoptée en Angleterre. L'un des deux, généralemen le plus neuf et le mieux fait, sert à l'extraction ; l'autre, à la ventilation.
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Comme le puits qui est surmonté de l'appareil d'aérage est à peu près fermé, les convenances de l'exploitation out fait préférer la ventilation par appel à la ventilation par propulsion. Dans ce dernier mode, le puits ouvert, c'est-à-dire dans lequel montent et descendent les ouvriers, ainsi que les accrochages, où règne une grande activité, serait précisément celui par lequel sortirait l'air de retour, le plus méphitique de tout le système. Au contraire, si le puits ouvert sert d'entrée à l'air pur, tout le personnel des accrochages en bénéficie. Les câbles s'y conservent mieux. Il est fort heureux que ces circonstances aient fait adopter la ventilation par extraction d'air et non la ventilation par compression, si manifestement contre-indiquée dans le cas particulier, bien qu'elle ait prétendu contribuer à retenir le grisou dans les massifs.
Indépendamment du jeu des portes, qui oblige l'air à passer dans les galeries voulues, on emprunte au grand courant des courants partiels, destinés à amener l'air dans les travaux en culs-de-sac et jusque sur les fronts de taille ; les tuyaux de conduite, en bois ou en métal, qui servent à cet usage, portent le nom de canards, canards soufflants ou aspirants. Cette pratique a l'inconvénient de troubler le régime général de la ventilation ; une nonne division du courant est bien préférable.
L'aérage, dans une mine à grisou, doit toujours être ascensionnel, c'està-dire que, dans chaque chantier, l'air devra arriver par la partie inférieure, balayer le front de taille et sortir par le haut pour se rendre au puits d'aérage. Cette règle, bien observée, dispense des canards.
11 va sans dire que l'on aidera à l'efficacité de la ventilation en enfermant dans des barrages étanches le grisou des vieux travaux; que le fonctionnement des appareils sera attentivement surveillé par les ingénieurs, et même que des hommes spéciaux {chercheurs de grisou) seront employés à reconnaître les allures de la ventilation et les points sur lesquels il est nécessaire de la faire porter spécialement. — Des règlements sévèrement appliqués feront le reste.
»u traumatisme dans les mines. — Depuis que les efforts des compagnies et des ingénieurs se sont portés vers l'organisation d'une ventilation puissante, toutes les maladies des mineurs diminuent, comme il a été dit, et spécialement les morts par le fait du grisou. En comparant, pour l'Angleterre, les dix années de 1851 à 1860 avec les dix suivantes, 1861 à 1870r L. Dombre constate :
1° Que les accidents suivis de mort par le grisou, de 820 dans la première période, sont tombés à 565 dans la seconde.
2° Que, dans la première décade, les accidents du grisou représentent 10,6 p. 100 de tous les accidents, et seulement 6,8 p. 100 dans la seconde.
3° Que le nombre des victimes, de 2,441 dans la première période est devenu 2,267 dans la seconde (bien qu'elle compte les 361 morts d'Oaks Golliery, en 1866).
4° Que, dans la première décade, 24,3 pour 100 des personnes qui ont
-spéciale.]
HYGIÈNE DES MINEURS
péri dans les mines ont dû la mort au grisou; et seulement 21,3 p. 400 dans la seconde.
5° Enfin, que de 1851 à 1860, il y a eu une personne tuée par le grisou sur 1,008 employés, et sur 1,048 de 1861 à 1870. En tenant compte des diverses autres causes, il y a eu, de 1851 à 1860, annuellement : 1 individu tué sur 245 en Angleterre ; 1 sur 340 en Belgique ; — de 1861 à 1870, 1 sur 300 en Angleterre ; 1 sur 397 en Belgique ; 1 sur 355 en Prusse.
Le tableau ci-dessous a été dressé par Keller pour la France :
ANNÉES