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RÉGLEMENTATION MILITAIRE DE L'HYGIÈNE

il est impossible qu'un grand nombre ne soient pas impressionnés à la fois et de la même manière par les agents météoriques ou les principes spécifiques de maladies. Il n'y a rien de semblable dans les familles, les prisons, les ateliers, quelque développée qu'y soit la vie en commun.

11 est à peine besoin de rappeler que, dans les casernes de cavalerie, le voisinage des chevaux et le harnachement ; dans toutes, les effets et chaussures des hommes, augmentent le méphitisme de la vie en commun. Une aggravation qu'il faut noter aussi, c'est la rareté du bain général, douche ou lavage, chez des hommes dont le fonctionnement cutané est actif. En France, l'État favorise les tentatives des chefs de corps, en vue de combler cette lacune ; mais il n'y a ni prescriptions ni installations régulières. Il semble que l'on fasse mieux en Allemagne, au moins en Saxe (Roth).

La qualité de nouveaux venus. — Cette qualité résume tous les aspects de îa non assuétude que nous avons signalée chez les soldats, vis- à-vis des influences de tout ordre. On doit à Léon Colin d'avoir mis particulièrement en relief cette condition, à titre de prédisposition morbide. Son rôle est des plus remarquables.

Le personnel des hôpitaux de varioleux est moins atteint de variole que les visiteurs du dehors, non accoutumés à cette atmosphère. Les nouveaux arrivés dans une grande ville sont plutôt atteints de fièvre typhoïde que les citadins mêmes. L'arrivant du Nord est plutôt frappé de fièvre jaune dans un foyer de vomito que les habitants du lieu. Les émigrants d'un pays sain en pays palustre sont bien plus maltraités par la malaria queles indigènes, etc. a Pourquoi les soldats sont-ils plus particulièrement prédisposés aux atteintes des foyers miasmatiques? N'est-ce pas parce qu'ils sont si souvent les nouveaux venus dans ces foyers; nouveaux venus dans les villes, où règne la fièvre typhoïde; nouveaux venus dans les campagnes infectées par la malaria ; nouveaux venus enfin dans les localités où allaient s'éteindre, vu l'accoutumance des anciens résidents, la fièvre jaune, le choléra, dont les germes semblent se revivifier au contact de ceux qui n'ont pas le bénéfice de cette assuétude? » (Léon Colin.)

Le nouveau venu est, en quelque sorte, le « réactif » delà salubrité d'un lieu et l'indice de l'influence épidémique latente qui pèse sur une localité, n'attendant pour éclorequedes économies réceptives. C'est pour cela que l'arrivée des recrues fait éclater ou reprendre avec une nouvelle énergie, dans une caserne, dans une ville, la fièvre typhoïde qui allait disparaître ou à laquelle'fon ne pensait pas. La population civile a fait l'étoffe putride, terrain de fructification des germes ; les soldats arrivent, vierges d'imprégnation miasmatique, absolument réceptifs ; la fièvre typhoïde éclate et la population civile en prend sa part, croyant qu'elle doit le fléau aux troupes. Que si cette population est déjà en proie à l'épidémie, les soldats y participeront tout de suite, et l'intensité de l'épidémie de caserne pourra faire juger du degré d'imprégnation typhique de l'atmosphère urbaine.

2° Réglem entation milita ire eïe l'hygiène. — Les abris, le vêtement, l'alimentation, les exercices, des soldats sont fixés, dans chaque pays, par

LE GROUPE MILITAIRE ET MARIN

[Hygiène

des lois et des décisions gouvernementales, variables suivant les nationalités et qui, heureusement, nulle part ne sont immuables. Ce serait œuvre beaucoup trop technique de reproduire ici, ne fût-ce que pour la France, ces dispositions réglementaires. Quant à l'objet même, au point de vue des principes, nous nous sommes assez souvent servi des applications à l'armée lorsqu'il a fallu concréterles études d'hygiène générale, pour n'avoir pas à y revenir (Voy. Ire Partie : chap. n à iv). Au fond, les hygiénistes militaires, entravés par ces règlements mêmes, n'ont pu faire qu'en apprécier la teneur, établir des comparaisons et donner des conseils timides. Le moment s'approche où ils pourront, même en France, aller plus loin et réaliser progressivement les améliorations qu'ils ont indiquées comme possibles et légitimes. Les médecins d'armée ont besoin de se faire entendre, sans intermédiaire, du commandement et du gouvernement ; jusqu'aujourd'hui, leurs observations étaient reçues par des administrateurs, animés d'excellentes intentions, mais singulièrement obsédés par l'idée que la meilleure administration est celle qui réalise le plus d'économies en argent immédiat. La vérité est que la réelle économie, c'est l'économie d'hommes ; parce que l'homme aussi vaut de l'argent et que c'est lui qui en gagne.

3° MorMdité et mortalité militaires. — La caractéristique biologique de la profession militaire, c'est l'état de santé de l'armée à l'intérieur et en paix. Cette situation, si l'on veut, n'est point normale, puisque les soldats sont faits pour la bataille ; mais elle est de beaucoup la plus ordinaire. Quant à la situation en campagne, on s'attend d'avance à ce qu'elle entraîne des sacrifices aigus, si l'on peut dire ; tant par les fatigues exceptionnelles, par les intempéries, par les miasmes inattendus au devant desquels les troupes sont entraînées dans leurs déplacements stratégiques, que par les hécatombes du combat lui-même.

L'armée à l'intérieur et en paix. — D'après la statistique médicale de l'armée, il y a eu, en France, pendant l'année 1876 (année ordinaire), sur un effectif de 450,000 hommes :

7,075,775 journées de traitement ou d'indisponibilité, représentant 2,327 malades pour 1,000 hommes d'effectif.

238 entrées aux hôpitaux pour 1,000 hommes. 18,295 malades ou indisponibles par jour (un corps d'armée!) et 17,5 journées de traitement pour un homme présent.

Si l'on se borne à compter, à titre de malades, les hommes entrés à l'hôpital et à V infirmerie, on arrive à un total qui dépasse presque toujours 500 p. 1,000 hommes d'effectif. En Angleterre, le chiffre correspondant est entre 700 et 800. Dans toutes les armées, le chiffre journalier des indisponibles par maladie est, 40 et 50 p. 1,000 d'effectif.

Quant aux maladies qui motivent l'entrée aux hôpitaux, le tableau cidessous, relatif à l'année 1875, en donnera l'expression moyenne :

Fièvre continue — typhoïde

Maladies.

Entrées aux hôpitaux.

Proportion p. 1,000 entrées.

spéciale.]

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