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CONDITIONS PROPRES AUX SOLDATS

1° Spécialisation du sujet.

2° Réglementation

Jeunesse des soldats (actuellement).

Dépaysement.

Vie en commun.

Qualité de nouveaux venus dans les milieux,

des abris (casernes, campements, etc.).

b. du vêtement (uniforme et chaussure).

c. de l'alimentation.

d. du travail (exercices militaires).

3° Morbidité et mortalité spéciales... j en paix'

( en guerre.

1° Conditions propres aux soldais. — L'étude du sujet de l'hygiène, que nous avions repoussée de l'hygiène générale, devient ici légitime et nécessaire, parce que les individus particulièrement envisagés se trouvent réellement dans des conditions exceptionnelles et caractéristiques, qui interviennent comme un des éléments les plus importants de l'étiologie.

La jeunesse. — Les soldats sont jeunes ; l'armée active, dans la nouvelle organisation , est à peu près entièrement composée d'hommes de 21 à 25 ans. Quand la réserve s'y joint, on peut compter qu'il s'agit d'une nouvelle catégorie, sous le rapport des aptitudes d'âge ; mais jusqu'aujourd'hui, l'adjonction des réservistes aux troupes actives est restée partielle et temporaire et n'a pas sensiblement modifié l'état sanitaire de l'armée.

La jeunesse a la plus grande puissance d'absorption des principes morbides, sans avoir encore la plus grande somme de résistance. Elle constitue naturellement des chances de virginité vis-à-vis d'un certain nombre d'affections spécifiques ; par conséquent, laisse entière l'aptitude morbide.

A l'époque où notre armée comportait le service de sept ans et les rengagements, la prédominance des décès dans les deux premières années de service était la règle. Aujourd'hui, la plus forte moitié de l'armée n'a pas deux ans de service ; l'autre portion ne s'éloigne jamais assez de la deuxième année pour compenser les aptitudes morbides et la faible résistance de la première. Aussi, bien que les conditions matérielles de logement et d'entretien de nos soldats ne soient pas plus mauvaises depuis i870 qu'auparavant, bien qu'elles soient même meilleures, notre léthalité militaire ne diminue pas ; c'est plutôt le contraire. On se l'explique surtout en constatant que la maladie la plus meurtrière aux troupes a toujours été la fièvre typhoïde, et que cette maladie de la jeunesse frappe au moins aussi sévèrement qu'autrefois sur nos soldats actuels, qui ont de 21 à 25 ans. En 1875, elle entraîne 3,6 décès pour 1 ,000 hommes d'effectif (32, 3 pour 100 de tous les décès); en 1876, 3,72 décès pour 1000 ; en 1877, 3, 24. La même prédisposition existe vis-à-vis de la scarlatine, des oreillons, de la stomatite ulcéreuse, de la méningite cérébro-spinale, etc. (Léon Colin), et même visà-vis des influences banales, en ce qui concerne les congélations, l'asphyxie par le froid (D. Larrey), l'insolation.

Toutes les relations d'expéditions font constater l'énorme déchet qui se

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produit chez les soldats jeunes, même dès le début et rien que parles maladies ouïes accidents étrangers au combat.

Notons aussi que la jeunesse est imprévoyante et portée à des dépenses inutiles de force.

Le dépaysement. — L'organisation de l'armée, qui est régionale en Allemagne (sauf pour l'Alsace-Lorraine), comporte le recrutement sur toute l'étendue du territoire pour l'armée active, en France. 11 en résulte que des Français du Nord sont brusquement transportés au Midi et réciproquement; que des riverains de l'Atlantique se trouvent transplantés sous un climat continental et vice-versa ; d'ailleurs, l'homme de la hauteur descend dans la plaine, le paysan devient citadin ; tous, en tin de compte, changent de profession et d'habitudes. Bien qu'en pratique on atténue la portée de la loi, il n'est pas moins évident que ce dépaysement multiforme est un trouble sérieux par lui-même et en entraîne d'autres. Il a pour effet immédiat une certaine surprise morale, plus ou moins voisine de la noslalgie et désarmant l'individu vis-à-vis des influences morbides. Cette cause dépressive n'existât-elle pas, il n'en reste pas moins certain que l'homme non acclimaté est plus aisément et plus fortement impressionné par les influences météorologiques, telluriques, urbaines. Il est difficile d'indiquer les maladies précises qui résultent de ce défaut d'acclimatement et même de mesurer sa part d'influence dans la morbidité militaire ; mais on peut croire, toute proportion gardée, que l'acclimatement au Midi de l'homme du Nord, par exemple, a des périls du même genre que la transplantation des Alsaciens ou des Allemands en Algérie.

La vie en commun. — La vie en commun, outre qu'elle nécessite aussi pour les soldats une autre sorte d'acclimatement et des plus périlleux, n'a nulle part une expression aussi haute et aussi complète que dans l'armée. Quoi que l'on fasse, les soldats sont forcément et constamment réunis en groupes, qui se répètent indéfiniment pour constituer la grande collectivité régimentaire. Dans les casernes, on peut ne mettre que 25, 20 hommes ou même moins, dans une chambre ; mais il faut bien que, tout autour de cette chambref il y en ait de pareilles autant qu'il est nécessaire pour abriter 2,000 hommes. La grande ressource, nous l'avons vu, c'est le casernement à pavillons sans étage, séparés; encore, n'est-ce qu'une atténuation.

La vie en commun a ici, à un degré correspondant à son intensité particulière, tous les dangers du méphitisme atmosphérique, de la promiscuité respiratoire, des transmissions contagieuses, directes ou par véhiculation aérienne.

Léon Golin reconnaît, avec raison, une aggravation de l'influence de la vie en commun chez les groupes militaires : 1° dans Y identité des individus agglomérés ; 2° dans le chiffre élevé des agglomérations. — L'importance de cette dernière condition va de soi, et l'on ne peut, dans l'armée, que la restreindre, non la supprimer. Quant à la première, elle imprime un caractère fatal aux conséquences de la vie en commun et fait que presque toutes les maladies des soldats sont épidémiques. Avec une pareille uniformité de constitution physique, d'âge, de régime, d'exercices, d'allures de toute sorte,

spéciale.]

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