DÉFINITIVES
Etats-Unis (troupes blanches). .
8,77 ( movenne 11,16 [ 9",o2 10,31
(*) En 1879, l'armée des États-Unis comptait 21,000 blancs et 1,942 noirs; elle eut 4,200 malades et 670 décès; 29,2 pour loOO d'effectif ! (Barnes.)
Comme on a pu le voir par l'avant-dernier tableau, deux affections régissent surtout la mortalité militaire, à savoir la fièvre typhoïde et la tuberculose. En 1875, elles comptent, à elles seules 2,272 décès sur les 4,825 de l'année. En 1877, sur 4,063 décès de toute cause, il y en a 1,521 (3,24 p. 1,000 hommes ou 37,5 p. 100 décès) par fièvre typhoïde et 684 (1,45 p. 1,000) par tuberculose. Les deux fléaux ont donc à leur avoir plus de la moitié de toute la mortalité. Il semble que la léthalité typhoïque soit plus
L'ARMÉE EN EXPÉDITION
élevée dans l'armée que dans la population civile; à ne consulter que les chiffres bruts, elle serait de 1 décès sur 3 malades.
La tuberculose est , en outre, une des causes les plus fréquentes de réforme, plus ou moins dissimulée sous la rubrique : Bronchite chronique.
La pneumonie et la pleurésie, sans avoir une gravité aussi considérable, atteignent cependant encore à des chiffres de léthalité étonnants pour des hommes jeunes et d'une constitution irréprochable, comme sont les soldats. Ceci révèle encore une faiblesse latente, une insuffisance de réaction imprévue jusque-là, qui rapproche d'une façon bien étrange les soldats des ouvriers surmenés et misérables et presque des vieillards.
Quelles sont les sources, je ne dis point de toutes les maladies des soldats, maisdu privilège funèbre que leur font la lièvre typhoïde et la phthisie, et du peu de résistance que trouvent chez eux les maladies banales? Il y en a deux par dessus tout : la jeunesse et nos horribles casernes. A la première, nous ne pouvons rien; mais, du moins, si l'on sait l'entretenir dans des conditions normales, la jeunesse compense d'elle-même sa réceptivité morbide par l'intensité vitale et l'énergie de la réaclivité. Pour la seconde, elle doit être l'objectif de toutes les objurgations des hygiénistes et, tout d'abord, il faut se garder des demi-mesures qui compromettraient à la fois l'autorité de l'hygiène et la vie de ses clients ; les casernes actuelles, on ne saurait trop le répéter, ne sont pas à assainir, mais à abandonner. Il n'y a pas de procédé de ventilation ni de désinfectant qui puisse lutter contre le méphitisme de ces bâtisses énormes, larges, profondes, à escaliers et couloirs sombres, à étages superposés, à longues enfilades de chambres, renfermant 1,500 ou 2,000 hommes sous le même toit. Il n'y a pas de désinfectant qui puisse combattre la malpropreté et les exhalaisons des latrines à la turque (puisque les lavages à grande eau n'y parviennent pas). Il faut rompre tout net avec les errements du passé, porter les casernes à la périphérie des villes ou hors des villes, substituer à la maison de 2,000 habitants quarante petites maisons, accouplées en vingt pavillons et isolées les unes des autres, attendu que 100 personnes sous un même toit sont déjà un chiffre exorbitant; il faut remplacer les latrines à la turque par une installation décente, telle que des particuliers soigneux ne la désavoueraient pas et dont le voisinage reste absolument inaperçu des locaux de séjour.
Le grand effort à accomplir est là. Bien qu'il y ait des progrès à réaliser sous le rapport de l'alimentation et du régime militaires, du vêtement et des exercices, personne ne pourrait dire que les exigences de Thygiène, à ces divers points de vue, ne soient aussi satisfaites dans l'armée que chez les ouvriers civils et dans la moyenne de la population. On ne fera jamais trop pour rendre plus large l'entretien des soldats, dont il est si important d'élever le niveau sanitaire et d'augmenter les forces. Mais la besogne urgente, impérieuse, est d'abord de les mettre dans une atmosphère salubre.
L'armée en expédition. — Les armées en campagne ne cessent pas d'être éprouvées parles maladies ; seulement, celles-ci changent de caractère. Tout d'abord et très régulièrement, elles sont beaucoup plus fréquentes et plus
LU GKOUFE MILITAIRE ET MAHIN.
[Hygiène
meurtrières qu'en paix. D'où il résulte que, tout en payant à la bataille son tribut sanglant, les troupes en expédition perdent beaucoup plus d'hommes par la maladie que par le feu.
Il n'y a jusqu'aujourd'hui qu'un exemple du contraire; c'est celui de l'armée allemande de 1870-71, qui, sur une perte totale de 44,890 hommes, compta 28,291 décès par le feu de l'ennemi, 10,406 décès par maladies aiguës et 6,193 par maladies chroniques (statistique du Dr Engel). Diverses raisons peuvent rendre compte de cette anomalie, si heureuse pour la nationalité qui en fut l'objet; les Allemands ont fait la guerre dans un pays parfaitement sain et plantureux, où rien n'était plus simple au vainqueur que de trouver le vivre et le couvert, dans des conditions généralement meilleures que celles du pays natal; l'administration prussienne n'a transporté en vivres, en 1870-7i , que le quart de la consommation de ses armées (Baratier). Les Français n'auraient point la perspective de pareilles ressources, en allant à Berlin. Mais, à part ces avantages évidents de l'armée allemande, il est juste de reconnaître, à l'honneur de l'hygiène en même temps que des gouvernements et des médecins nos voisins, que l'organisation sanitaire de leurs troupes était à ce degré supérieur que le gouvernement français n'a accepté (est-il accepté?) qu'après trente ans de discussions et de démonstrations étrangement coûteuses.
À. Maladies des armées en campagne. — L. Laveran avait très justement rapporté à quatre chefs étiologiques les maladies des armées en campagne.
Influences atmosphériques .
Influences telluriques.
Influences alimentaires.
Influences spécifiques.
Dans leur mobilité incessante, obligées de veiller, de marcher, de combattre, par tous les temps, renonçant systématiquement à toute espèce d'abris ou n'en trouvant que de médiocres, quand elles ont le loisir d'en , chercher, les troupes en guerre sont naturellement le terrain le plus propice à tous les accidents partiels ou généraux et presque toujours aigus, de la chaleur (insolations, fièvres climatiques) ; du froid (congélations, asphyxie par le froid, inflammations banales), de Y humidité (refroidissement, catarrhes bronchiques ou intestinaux, etc.).
Pour des raisons du même genre, forcées d'aborder les sols les plus divers, de prolonger, dans les campements ou le bivouac, leur contact immédiat avec le sol, les colonnes expéditionnaires fournissent toujours un grand nombre de victimes à la fièvre malariale, cette grande expression pathologique des influences telluriques (armées françaises en Morée, en Algérie, en Grimée, en Italie, dans les colonies). 11 va sans dire que l'intensité des accidents est subordonnée, comme d'habitude, à l'action adjuvante du climat et de la saison.
Morts de maladie.
Morts par le feu.
Guerre de Crimée (Français)
— de Sécession américaine
— de Bohême, 1866 (Prussiens). .
spéciale.]
L'ARMÉE EN EXPEDITION
Deux affections résument les conséquences des troubles que la situation de guerre peut apporter aux éléments et à la forme du régime alimentaire des soldats, à savoir : le scorbut et la diarrhée (tournant à la chronicité et à la dysenterie, qui peut d'ailleurs procéder aussi d'une autre origine). Le premier relève des qualités (nous les avons précisées) des aliments solides ; la seconde, de l'eau de boisson, le plus communément. L'usage habituel des conserves est une des nécessités des longs sièges et des expéditions lointaines (scorbut de Grimée) ; et, quant à l'eau de boisson, ou bien les armées en marche l'empruntent à des sources, à des cours d'eau qu'elles ne connaissent pas, ou bien les armées stationnaires souillent par leurs déjections, quelquefois par les cadavres, des eaux primitivement irréprochables. Léon Colin a particulièrement mis en vue cette influence des eaux putrides sur le développement de la dysenterie.
Les grands mouvements de troupes, les vastes déplacements des groupes armés, sont un des modes les plus sûrs de l'échange humain et du transport des c ontages. L'armée expéditionnaire emporte avec elle les fléaux qui régnaient dans la mère-patrie et recueille ceux qui dominent sur la terre qu'elle envahit. Le choléra suivit l'armée française en Orient et le typhus revint avec nos évacués dé Sébastopol et de Gonstantinople. Le corps expéditionnaire du Mexique revivifia, avec une puissance meurtrière, la fièvre jaune delà Yera-Cruz. Les mobiles bretons de 1870 ranimèrent la variole à Paris et les captifs de Sedan et de Metz déchaînèrent sur quelques villes d'Allemagne, comme Berlin et Leipzig, des épidémies varioliques formidables. A la même époque, la fièvre typhoïde suivit les Allemands en France et les Français en Allemagne.
Il est une maladie épidémique que les armées semblent avoir la faculté de créer, pourvu qu'elles soient concentrées, immobilisées dans un camp -ou dans une ville assiégée, souffrant de misères et de privations alimentaires, et que les malades et les blessés abondent dans le groupe. C'est le typhus oxanthématique, typhus des camps, traditionnel dans les expéditions militaires, même avant Pringle. Que si l'on répugne à la genèse spontanée d'une maladie, on ne contestera pas, au moins, que les circonstances de guerre énumérées dans ces lignes ne préparent à merveille le terrain de pullulation, le « milieu adéquat » du germe typhique. Les faits sont là (guerre de Trente ans, peste de Nimègue, peste suédoise en Lorraine ; — guerre de la succession d'Autriche, 1743-1747 : Pringle; — guerre de Sept ans; guerres de la République et de l'Empire: Mayence, ïorgau, Danzig, Paris ; — guerre de Crimée).
La même réflexion est applicable aux diverses formes de la septicémie et de la pourriture d'hôpital, qui apparaissent presque inévitablement dans toute agglomération de blessés. Ici, deux conditions capitales favorisent l'action des germes : c'est, d'une part, l'étoffe putride que les chairs meurtries et suppurantes projettent dans l'atmosphère ; de l'autre, le trouble profond de l'économie chez les blessés, auquel Chauffard attachait la première importance dans le développement de la fièvre traumatique. Ajoutons que tes plaies sont des surfaces d'absorption et d'introduction des germes,
Arnould. — Hygiène. 76
1202 LE GROUPE MILITAIRE ET MARIN. [Hygiène
que les pansements mêmes se chargent quelquefois de leur apporter. Les pansements antiseptiques (Lister) ont-ils la pro riété d'annuler ces germ -s ? cela n'est pas certain ; mais ces pansements réussissent et c'est le point essentiel.
B. Blessures de guerre. — Les statistiques portant sur la fréquence, la nature, le siège, la gravité, des blessures du champ de bataille, intéressent légitimement l'hygiène ; nous en reproduirons quelques-unes.
Guerre de Crimée 1854-56. Durée : 2
Armée française. . .
— anglaise
— piémontaise.
Effectif.
ans (d'après Chenu), Pertes par le feu.
Tués sur le champ de bataille.
13,Ou7
Blessés.
Guerre d'Italie 1859. Durée : 2 mois (Chenu).
Armée française
— italienne
— autrichienne.
Eflectif.
Tués.
Blessés.
Guerre franco-allemande 1870-1871. Durée : 7 mois (Dr Engel).
Effectif général de l'armée allemande en France 936,915 hommes.
Tués. Blet.sé-,
Prussiens 13,676 97,113
Bavarois , 1,759 15,G*iG
Saxons, Hessois, Badois, Wurteiubergeois 2,135 15 688
17,al0
Moyennement, d'après ces chiffres, chaque combattant a une chance sur 7 d'être blessé et 1 sur 44 d'être tué. Si l'on considère que la statistique de Crimée donne 1 tué sur 33, celle d'Italie 1 sur 45 et celle de la guerre tranco-allemande 1 sur 53, on peut conclure que le perfectionnement des armes à tir rapide diminue plutôt qu'il n'augmente le nombre dos morts. Le chiffre proportionnel des blessés reste le même; mais le chiffre ab>o!u devient énorme pour chaque bataille avec les procédés modernes de guerre en grandes masses : à l'Aima, il n'y eut que 1,039 tués ou blessés ; a Gravelotte, il y en eut 13;000 ; à Saint-Privat, 20.000.
Les plus nombreuses blessures sont de beaucoup celles des balle* ; l^s blessures par projectiles creux viennent ensuite; les blessures par armes blanches se font de plus en plus rares.
Le tableau ci-contre (Chassagne et Desbrousses) représente la fréquence des blessures par région.
spéciale.
L'ARMÉE EN EXPÉDITION
SIEGE DES BLESSUKES.
Membres inférieurs (hanche , cuisse, etc.)
Membres supérieurs
Tète et face
Poitrine et dos
Bas du tronc : régions iliaque, inguinale, orpanes génitaux
Abdomen
Cou