LA. MARINE
contagions, les transportent et en sont les premières victimes; d'autant que le navire lui-même est merveilleusement constitué pour être un foyer ; que les villes ports de mer sont le rendez-vous de tous les individus qui vivent du commerce et dont le commerce a besoin ; que les marins, enfin, longtemps privés et pressés de jouir, sont très disposés à entrer sans précaution dans ce tourbillon vivant, où se fait l'exploitation des plaisirs âcres et rapides.
Nous n'avons pas à entrer dans le détail de cette pathologie, presque toujours exotique. Joignons-y seulement l'indication des accidents plus spécialement professionnels : colique sèche des chauffeurs et méc aniciens (plomb des machines), l'insolation et la caknture (mer des régions torrides), laryngites des gabiers, lésions du pied et de la main des mêmes, contusions, fractures, dans les manœuvres ; furoncles (sueurs), brûlures, chez les chauffeurs ; rhumatisme, névi algies, des caliers (humidité); rupture du tympan chez les canonniers.
La mortalité est élevée chez les marins. Layet l'estime à 14 p. 100 chez les matelots de FÉtat. En Angleterre, elle ne serait que de 7 p. 100, ce qui fait néanmoins une proportion trois fois plus forte que celle de la mortalité à Londres. Wilson a fourni le tableau suivant, qui n'a rien de très certain :
Déchets pour 1,000 hommes d'effectif dans la marine (Wilson).
Nature des bâtiments.
Morts.
Réformés.
Total.
Fonssagrives a trouvé la morbidité entre 55 et 143 malades pour 100 hommes d'effectif. Cet écart énorme n'a rien de surprenant si l'on réfléchit que les condnions sanitaires, tant des navires mêmes que des parages qu'ils fréquentent, peuvent varier dans des limites immenses.
BHiliogrrapfiie. — Barthélfmy : Études su- In nature et tes causes d?s Usions traumatiques à Lord des bâtiments de guerre suivant les / rofessions (Archives de Médecine navale, III, 1 86 »)- — Maréchal (J.) : Considérations médicales sur le* apprentis emonnie-s du vaisseau é o'e le Louis XIV (Arclnv. de Med. navale, I\, 1 86-). — Bourel-Boncière : Etude sur les appareils distdlutoires de la Circé (An h. de Méd. navale, X, 1^68). — F«ey : Les médecin* navigateurs (Arch. de Méd. na\ale, XIV, 1870). — Dfcante : Plan de ventilation à l'usage des transports de troupes (R vue maritime et coloniale, juillet, I8"2). — Macdonald : Lectiue on the ventilation of ships and s}>eci"lly of low freeboard. London, 1874. — Mahk : Manuel pratique d'hygiène naval". Paris, 1874. — Iourel-Bonciere : Contribution à l'hyyiène des cunass> s (Aich. dp Méd. navale, XXIII, 1875). — Beaumainoir : Essai sur la lenhlation des transports. Thèse de Montpellier, 1875. — Fonssagrives : Traité d'hygiène navale, "2e éd. la^is, 1877. — Wilson : Navnl Hygiène. New Ed., Washington, 18^8. — M ai h ei. in : De la prophi/laxie du serbul dans la marine marchande (Bull, de la Soc. de med. publ., II, p. Il, 1879;. — Tlrner (Thomas J.) : Hygiène of the naval and merchant Marine (Buck's Hygiène. New-York, 1870).
LE GROUPE URBAIN
[Hygiène-
ARTICLE YII Le groupe urbain.
La population urbaine, dans tous les pays, forme une fraction considérable de la population totale ; en France, il y a 305 citadins contre 695 ruraux (Bertillon). Mais il faut noter, en outre, que cette fraction est envoie incessante d'accroissement par l'appel de bras -que l'industrie et les grands travaux urbains exercent sans relâche sur les forces vives de la campagne. Il est donc légitime d'envisager à part ce groupe énorme, que nous allons voir, d'ailleurs, dans un équilibre hygiénique des plus incertains.
On donne le nom de villes aux agglomérations qui atteignent au moins au chiffre de 5,000 âmes. De 5,000 à 10,000 habitants, ce sont des villes rurales; de 10 mille à 20 mille, de petites villes; de 20 mille à 50 mille, des villes moyennes; de 50 mille â 200 mille, de grandes villes; au-dessus de 200mille, de frès grandes villes (Fonssagrives).
Conditions générales. — Il n'est pas utile de dire, au préalable, que les villes subissent, comme les groupes différents, les influences variées du sol et des milieux naturels, plus ou moins favorables, selon que le choix de l'emplacement a été plus ou moins heureux. Très souvent, aucune pensée d'hygiène n'a présidé à ce choix; la concentration humaine a plutôt cherché un point avantageux à sa sécurité immédiate, à la défense contre des voisins inquiétants, ou, surtout, propice aux relations commerciales. Une fois l'implantation faite, il faut que l'hygiène, qui n'a pas été consultée, trouve une protection suffisante dans les conditions qui lui sont imposées.
Mais, en tant .que ville, l'agglomération urbaine est menacée ;
1° Par les souillures animales et industrielles du sol et de l'eau, dans leur plus grande variété et leur plus haute intensité ;
2° Par les souillures atmosphériques, spécifiques ou banales, les plus continues et les plus disposées à une aggravation croissante ;
3° Par l'infériorité des ressources alimentaires, au point de vue de la qualité et de la quantité, et même par les privations réelles, en raison du grand nombre de bouches sur un espace restreint, de l'obligation du ravitaillement par l'extérieur, des intermédiaires inévitables entre le producteur des denrées et le consommateur, de la nécessité d'approvisionnements d'avance et permanents, ce qui entraîne les procédés de conservation et leurs risques divers ;
4° Par la multiplicité des contacts entre personnes ou entre personnes et choses, c'est-à-dire parles chances de contamination morbide toutes les fois que des principes transportables de cette façon se sont introduits dans le groupe.
En revanche, les villes, saufleurs faubourgs, échappent assez bien à Tac-
spéciale.] CONDITIONS GÉNÉRALES. 1209
tivité naturelle du sol, que Tondit aussi spontanée, et souffrent bien moins que les campagnes des maladies telluriques [Malaria), Elles ressentent moins les influences climatiques, parce que la protection contre le froid ou la chaleur, les vents et la pluie, y est plus assurée et plus sérieuse que dans les petits centres. C'est à peu près toute leur supériorité.
Nous pourrions parler des influences morales : de l'activité intellectuelle, de la fièvre d'affaires, des passions politiques, dont les villes sont les foyers. Mais le résultat de ces influences sur la santé est aussi difficilement appréciable que mal connu. D'ailleurs, elles ne sont pas toutes étrangères aux hommes des champs. Peut-être qu'elles ont leur compensation en ellesmêmes, en ce que le mouvement intellectuel urbain emporte une connaissance plus étendue des périls, des mesures prophylactiques et des remèdes aux divers maux. On voit même une compensation de ce genre s'exercer dans un domaine tout matériel; la situation des villes et le chiffre de leur population expose, avons-nous dit, une part de ses habitants à souffrir des privations alimentaires; cependant, c'est plutôt à la campagne que l'on meurt quelquefois de faim ; parce que justement le grand nombre des bouches a provoqué la concentration des approvisionnements dans la ville et que, d'ailleurs, c'est laque l'assistance réciproque peut compter sur une part d'activité à la hauteur de l'étendue des besoins.
De toutes les circonstances signalées, nous sommes disposé à croire que les souillures atmosphériques jouent le plus grand rôle dans la morbidité et surtout la mortalité des villes. Peut-être même les souillures banales sont-elles encore plus importantes que les souillures spécifiques, parce que les premières sont continues et inévitables, tandis que les secondes sont irrégulières, accidentelles, et que l'on peut se protéger contre elles jusqu'à un certain point.
Nous avons vu que les chimistes, les physiciens, les micrographes, ont démontré ces souillures de l'air et précisé leur degré. Cependant, on ne s'explique pas aisément que quelques dix-millièmes d'acide carbonique, quelques dix-millionièmes d'ammoniaque, quelques molécules organiques, qui, du reste, ne sont pas toutes étrangères à l'air des campagnes, puissent nuire directement au point d'abréger l'existence des citadins. L'air des villes apparaît plutôt, aux yeux des hygiénistes, comme malfaisant par défaut, ou si l'on veut, par des propriétés négatives; il est affadi, usé, dépourvu de la tonicité normale, et, s'il ne nuit pas positivement, il est insuffisant. C'est un point capital.
Il a semblé à James Stark que les mêmes maladies zymotiques ou épidémiques qui décident les chiffres de la mortalité urbaine, se retrouvent à la campagne et, bien plus, y possèdent à peu près la même léthalité, c'està-dire le même rapport avec le total des décès, que dans les villes; ce qui paraît controversable. Mais les maladies du mauvais air, particulièrement les affections des organes respiratoires et la phthisie, sont constamment plus graves dans les villes qu'à la campagne, comme il résulte du tableau suivant :
LE GROUPE URBAIN
[Hygiène
Causes des décès dans les comtés d'Edimbourg et de Lanark, de 1855 à 18G3. (Les chiffres sout rapportés à 100 de tous les décès.)
GENKE DE MALADIES.
COMTÉ d'ÉDIMBOURG
COMTB D