II. Éléments accidentels de l'atmosphère
A. Éléments accidentels gazeux. — Les gaz dont il va être question ne se trouvent dans l'atmosphère que par suite de circonstances dépendant do la vie des êtres organisés, liées à l'existence de l'homme en société, à nos habitudes, à notre industrie. Leur présence est toujours locale et n'atteint pas la constitution de la masse atmosphérique. Souvent même on les rencontre plutôt dans les habitations qu'à l'air libre, fût-ce l'air des centres habités. On aurait donc pu en renvoyer l'étude à l'hygiène des habitations, à l'hygiène urbaine ou industrielle, où l'on en retrouvera forcément la mention. Cependant, il a paru que des indications relatives à leurs proportions dans l'air, à leur origine, pouvaient avantageusement trouver place ici, afin de rendre déjà aussi complète que possible cette première partie, Yhygiène générale.
Ammoniaque. — C'est l'élément qui se rapproche le plus des précédents par sa constance et par le rôle qu'il joue dans le cercle de la vie universelle. « D'après l'opinion émise par Boussingault et reprise par Schlœsing, les nitrates enlevés au sol par le drainage naturel des eaux pluviales et versés dans la mer y seraient décomposés sous l'action de la vie sous- marine et ramenés à l'état d'ammoniaque. Les eaux marines en renferment, en effet, des quantités appréciables qui s'en échappent graduellement avec l'eau évaporée. Là serait l'origine de l'ammoniaque normale de l'air, peu variable d'un point à l'autre d'un grand pays comme la France. » [Annuaire de Montsouris.) Par un autre côté, l'origine de l'ammoniaque la range bien dans* les éléments accidentels ; ses proportions dans l'air oscillent, en effet, selon que les décompositions organiques, fumiers, foyers putrides des grandes villes, en dégagent plus ou moins, par localités.
Elles sont, du reste, toujours très faibles; de 1 à 43 parties sur 1 million de parties d'air (Horsford). Ville, qui s'est occupé l'un des premiers de cette question, trouvait à Paris (1849-1850), une moyenne de 258r.,75 d'ammoniaque pour 1 million de kilogrammes d'air ; soit 3mgr, 22 dans 100 mètres cubes. Des dosages plus récents faits à Grenelle ont donné une moyenne de2m&r,63; à Montsouris (Lévy), à 2m,50 au-dessus du sol, 3mgr,5 et parfois 6 à 7 milligrammes. Grager, Kemp, Fresenius, Isidore Pierre, auraient obtenu des chiffres plus élevés. Roth et Lex indiquent le chiffre 0,000026 p. 100 d'air (en poids) comme ayant été constaté par Fresenius à Wiesbaden.
En Angleterre, sur divers points de Glasgow, on a obtenu les nombres, suivants, par 100 mètres cubes'd'air :
Western Infirmary l"'sr,5 d'ammoniaque.
Hospital-Kennedy-Street 1 ,Q —
Sailors Home 2 ,4 —
Calton 4 ,4 —
Stirling-Square 5 ,3 —
Quoique toxique, l'ammoniaque n'existe pas dans l'air à un taux qui
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE. 215
puisse par lui-même compromettre ni influencer d'aucune sorle la santé (nous faisons exception pour l'ammoniaque du gaz d'éclairage). Plus exclusivement encore que l'acide carbonique, c'est le témoin des décompositions organiques et le signal du réel danger qui procède de cette source.
Oxyde «le carbone. — Ce gaz n'aurait pas sa place dans l'étude générale de l'air si certaines expériences (Vever) n'autorisaient à croire qu'il se dégage parfois du sol avec l'acide carbonique, résultat de l'oxydation des matières organiques dans les couches terrestres, laquelle peut être incomplète comme partout où la combustion a lieu sans un suffisant afflux d'oxygène. Sa présence dans l'air et son importance se relient bien plus à des circonstances très spéciales d'hygiène {habitations, chauffage, mines, etc.), à l'occasion desquelles nous aurons à indiquer ses effets.
Notons seulement qu'il est toxique dans la proportion de 1 à 1 et 1/2 p. 100 dans l'air et nuisible à 1,5 p. 100 (v. Fodor), peut être à 0,5 p. 1,000 (action prolongée). Traube le regarde comme un excitant des nerfs respirateurs et du centre vaso-moteur, en même temps que des nerfs d'arrêt du cœur; il agirait, de plus, en affaiblissant le muscle cardiaque. Klebs pense que son action sur le cerveau est due à la dilatation vasculaire (paralysie vaso-motrice — ou excitation des nerfs dilatateurs), laquelle détermine une compression de la substance corticale. Pour Pokrowsky, c'est une simple asphyxie par privation d'oxygène. Hirt est disposé à réunir les deux modes et à voir à la fois, dans l'action de GO, une asphyxie et un empoisonnement. On sait que Cl. Bernard a démontré que GO se fixe énergiquement sur les globules sanguins en raison d'une affinité de l'hémoglobine supérieure à celle qu'elle a pour l'oxygène. La formule de Gréhant est « qu'il les tue ». (Voy. Habitation.)
Acide nitrique. — Presque aussi constant dans l'air que l'ammoniaque, il provient essentiellement des mêmes sources. Les météorologistes de Montsouris (1877) en ont trouvé de 0,3 de milligramme à 7mgr,8 p. 100 mètres cubes d'air, à Paris.
Hydrogène sulfuré. — C'est un produit de putréfaction ; on le rencontre encore dans les houillières. 11 n'existe dans l'atmosphère que sous des conditions très spéciales. Toxique à très petites doses (1/200 sur des chats, 1/400 chez des chiens), il paraît agir en excitant d'abord puis en paralysant la fonction respiratoire et en paralysant d'emblée le cœur (Kaufman et Rosenthal). Il joue peut-être un rôle, sous forme d'intoxication lente, dans certaines affections des mineurs.
Hydrogènes carbonés. — L'hydrogène protocarboné {fiydrure de méthyl, formène, gaz des marais, grisou), très léger (densité 0,56), est inerte mais non respirable. L'hydrogène bi-carboné, lourd {Éthylène, gaz oie fiant), serait toxique suivant Millier, Gmelin, Davy. Eulenberg le regarde comme indifférent s'il est pur. Nous retrouverons ces corps aux articles consacrés h l'hygiène industrielle.
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
Acides sulfureux et sulfurique. — Très exceptionnels, ces éléments sont propres à l'atmosphère des villes à usines.
Selon Stockhardt, les fumées de forge maltraitent les plantes d'alentour, non par le noir de fumée, mais par l'acide sulfureux qu'elles déposent. A Londres, il y a lgr,67 d'acide sulfurique par 1,000 mètres cubes d'air (Voy. page 150).
Iode. — Les observations contemporaines n'ont pas confirmé ce que Chatin a dit de la généralisation de la présence de ce corps dans l'atmosphère. On peut en conclure que son rôle n'est pas de première importance.
Chlore. — Oa peut le rencontrer, comme le précédent, dans l'air des bords de la mer, au voisinage des salines. On le signale aussi dans les abords des blanchisseries, des papeteries. — L'acide chlorhydrique s'échappe des fabriques de soude et les vapeurs s'en répandent jusqu'à 1 kilomètre (Christel). Elles endommagent la végétation.
Émanations odorantes. — Sans préjuger de la nature des odeurs, nous nous conformons à l'usage des hygiénistes modernes qui en placent la mention entre les éléments gazeux de l'atmosphère et les poussières.
L'homme fuit instinctivement les mauvaises odeurs et recherche les odeurs agréables; c'est aux plantes, le plus communément, que l'on demande celles-ci et c'est là qu'est le principal danger; parce que les fanatiques des fleurs s'en entourent dans les appartements et que les plantes respirent, par conséquent altèrent aussi l'atmosphère (la nuit surtout). Cependant, on cite quelques faits qui prouveraient que les parfums végétaux par eux-mêmes peuvent être cause d'accidents graves et même mortels. Ainsi, cet épicier et son domestique, cités par Wiel et Gnehm, que l'on trouva morts dans leur chambre pour avoir couché en compagnie de trois caisses d'oranger; et cet autre imprudent qui s'était fait une sorte d'alcôve avec des branches d'Oleander, et qui éprouva le même sort (Les parfums du laurier-rose ont peut-être une toxicité spéciale).
Les odeurs de la putréfaction éloignent tout naturellement les humains des foyers où s'accomplit ce phénomène. Cependant Nâgeli fait remarquer que la putréfaction suppose nécessairement l'humidité; or, les spores de champignons infectieux ne quittent pas les surfaces humides; par conséquent, l'odeur de putréfaction indique précisément qu'il n'y a pas encore de danger. C'est quand le foyer est à sec, que le dégagement de gaz cesse et qu'il n'y a plus d'odeur, que les germes infectieux peuvent se répandre dans l'atmosphère et gagner nos voies respiratoires. On comprend, dans cette conception, que des auteurs aient déclaré inoffensives les selles fraîches de cholériques ou de typhoïsants. En fait, les médecins, si souvent atteints par l'odeur de pareilles déjections; les paysans, qui vivent dans les parfums stercoraux, et bien d'autres ouvriers, ne sont pas frappés de maladies en proportion du danger qu'il y aurait, si ces émanations, comme telles, étaient vraiment très offensives.
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
Bibliographie. — Les Traités de physique et de chimie. — Dumas et Boussingault : Recherches sur la véritable composition de l'air atmosphérique (Annales de Chimie et de Physique, 3e série, III, 1841). — Boussingault : Recherches sur la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air de la ville de Paris (Annales de Chimie et de Physique, 3e série, X, 1844.) — Boussingault et Levy : Observations simultanées faites à ParU et à Andilly pour rechercher la proportion d'acide carbonique contenue dans l'air atmosphérique (Compt. rend. Acad. des scienc., XVIII, 1844). — Regnault : Résultat de recherches sur la composition de l'air atmosphérique à Paris pendant le mois de janvier 1848 (Compt. rend. Acad. scienc, XXVI, 1848). — Chatin : Présence de l'iode dans l'air et absorption de ce corps dans l'acte de la respiration (Compt. rend Acad. scienc, XXXII, 1851). — Schônbein : 1840-1867 ; Bgeckel (Th.), 1854-1862; Scoutetten, 1856 ; Gorup-Besanez, 1859-1872; Grellois, 1865; Houzeau, 1868. — Pettenkofer (Max von) : Ueher eine Méthode die Kohlensâure in der atmosphârischen Luft zu bestimmen (Abhandl. d. Kgl. Bayer. Akademie, 1858).
— Cloez : Sur la présence de V acide nitrique libre et des composés nitreux oxygénés dans l'atmosphère (Compt. rend. Acad. des scienc, mars 1861). — Conseil de santé de l'armée : Instruction sur les observations météorologiques à recueillir dans les hôpitaux militaires (Recueil de mém. de méd. milit., 3e série, XI, 1864). — Vivenot : Ueber die Messung der Luftfeuchtigkeit (Wiener medic. Wochenschrift, 1864). — Lichtenstein : Luftfeuchtigkeit (Deutsche klinik. 1865). — Eulenberg (Hermann) : Die Lehre von schâdlichen und giftigen Gasen. Braunschweig, 1865. — Collin : Atmidométrie. Orléans, 1866. — Risler : Die Verdunstung des Erdbodensim Vergleiche zur Regenmenge (Naturforscher, 1869). — Suhle : Psychrometertafeln. Côthen, 1866. — Derby : Air and Cause ofits Impurities (Second Annual Report Massachusetts Board of Health, 1871). — Smith (Robert Angus): Air andRain;the Beginnings of a chemical Climatology. London, 1872. — Palmieri : Sur l'ozone atmosphérique (Compt. rend. Acad. des scienc, LXXIV, 1872). — Schreiber: Ueber Ozon (Wien. medic. Presse^ 1872). — Frommhold : Ueber Ozon vom medic. Standpunkte aus (Pester medic. Presse).
— Hammerschmied : Das Ozon und seine Wichtigkeit. im Haushalte des menschlichen KÔrpers. Wien, 1873. — Pettenkofer (Max von) : Ozon und Choiera (Berlin, klin. Wochenschrift, 1873, n° 3). — Lorent (Ed.) : Die Aufgabe der Gesundheit spflege in Bezug aufdie otmosphàrische Luft, 1873. — Fox (Cornel. B.) : Ozone and Antozone. London, 1873. — H. I. Bowditch : Analysis of a Correspondence on some of the Causes or Antécédents of Consumption (Fourth Annual Report of the Massachusetts Board of Health., 1873). — Truciiot (P.) : Sur la proportion d'acide carbonique existant dans l'air atmosphérique : variation de cette proportion avec l'altitude. — Sur la quantité d'ammoniaque contenue dans l'air atmosph. à différentes altitudes (Compt. rend. Acad. des scienc, LXVIL, 1873). — Falk : Ueber die hygienische Bedeutung des Wassergehaltes der Atmosphàre (R. Virchow's Archiv f. patholog. Anatomie, LXII, 2 Heft, 1874). — Baldwin : The relation of Ozone to disease (American Journal of medic. scienc, 2e série, V, 1874). — Wolffhùgel (Gustav) : D. Vierteljahrschr. f. ôff. Gesundheitspflg. VI, 1874. — Du même : Ueber den sanitâren Werth des Ozons (Zeitschr. f. Biologie, 1875). — Ludecke: Ozonoscopische Untersuchungen (Thûringer Corresp. Blatt. IV, 1875). — Wolpert : Ueber Messung und Vermehrung der Luftfeuchtigkeit in Wohnungen (Corresp. Blatt des Niederrheinischen Vereins f. ôff. Gesundheitspflg. Cô!n, 1876). — Hesse : Bestimmung der Kohlensàure in der Luft (Zeitschrift f. Biologie, 1877). — Gotschalk : Nachweisbarkeit des Kohlenoxydes in sehr kleinen Mengen. Leipzig, 1877. — Langer (Th.): Die Atmosphàre (Gohren's Agricultur-Cheinie, 1877). — Simon : Reports of the Médical Officer of privy Council. — Annuaire de Montsouris, 1877, et années suiv. — Winsor : Seventh Report of State Board of Health of Massachusetts, 1877.
— Briggs (Robert) : On the Relation of Moisture in Air to Health and Corn fort (Journal of Franklin Institute, 1878). — Tidy (Charles Meymott) : Handbook of Modem Chemistry, 1878.
— D. F. Lincoln : The Atmosphàre (A Treatise on Hygiène, edit. by Buck. New-York, 1879). — Reiset: Sur la proportion de l'acide carbonique de l'air (Compt. rend. Acad. des scienc 19 mai 1879). — Marié-Davy : L'acide carbonique dans ses rapports avec les grands mouvements de l'atmosphère (Comptes rendus de TAcad. des scienc 5 janvier 1880). — A. Bouvet : Des variations du degré hygrométrique de l'air chauffé (Revue d'hygiène, 1880, n° 2).
B. Eléments accidentels solides. — En conservant, selon le plan que nous nous sommes proposé dans cette première partie, le point de vue le plus général de l'hygiène sur la question des poussières, nous éviterons ici, ainsi que nous l'avons fait pour les gaz atmosphériques, d'entrer dans les considérations qui se rapportent plus spécialement à l'hygiène professionnelle. Mais, comme les circonstances de celle-ci se présenteront à chaque
218 DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène
pas à titre d'exemples, nous ne pourrons échapper à la nécessité de les accepter quelquefois, lorsqu'il faudra concréter la théorie.
Poussières atmosphériques en général. — U y a très longtemps Cjlie la
présence de poussières dans l'air a frappé les savants et les a préoccupés à divers titres. Vitruve réglait l'orientation des habitations de façon à les abriter des vents qui apportaient le plus communément la poussière. Une semblable préoccupation ne pouvait être que très légitime en un pays volcanique, comme le sud de l'Italie, où le Yésuve vomit des nuages de cendres. Plus ou moins visibles, les poussières de l'air en s'accumulant de siècle en siècle peuven t combler des vallées et modifier le relief des continents. On leur attribue la formalion des grandes plaines qui s'étendent du Mississipi aux montagnes Rocheuses, les steppes delà Chine et de l'Asie Centrale (Von Richthofen). Ehrenberg. vers 1830, reconnaissait leur aptitude au? transport à d'immenses distances en constatant, dans l'air de Berlin, la présence d'organismes propres aux régions africaines, et dans l'air du Portugal des débris d'infusoires appartenant aux steppes d'Amérique.
Les poussières de l'air ont pris tout à coup, il y a 20 ou 25 ans, une importance énorme à l'occasion de la querelle des héiérogénistes et des panspe?*mistes. Les uns et les autres se mirent ardemment à la recherche des corpuscules flottants de l'air, des germes surtout, ceux-ci pour montrer et décrire ces germes, ceux-là pour prouver qu'ils n'y sont pas. On sait que le dernier mot devait rester aux panspermistes, bien que les germes atmosphériques ne soient pas aussi aisément démontrables qu'on aurait pu croire d'abord. Mais de pareils travaux, en faisant progresser la science générale, ne pouvaient que bénéficier aussi par contre coup à l'hygiène d'une foule de groupes humains qui vivent dans des conditions diverses, et très inquiétantes, de pulvérulence atmosphérique.
Dans les circonstances les plus ordinaires, l'air normal contient de 6 à 8 milligrammes de poussières par mètre cube. Gaston Tissandier, à l'aide de procédés ingénieux de récolte, a pu s'assurer que 15 kilogram. environ de poussières flottent dans une épaisseur de 5 mètres de l'air qui couvre le Champ de Mars (500,000 mètres carrés). Un tiers de ces poussières sont d'origine organique.
Les poussières minérales sont les plus abondantes ; « le charbon, le silex, les sels terreux, alcalino-terreux et alcalins n'y font jamais défaut. » (Miquel.) Le silex y apparaît soit en fragments à arêtes aiguës, soit en grains extrêmement ténus. Le carbonate et le sulfate de chaux se rencontrent à l'état amorphe ou semi-cristallisés. Miquel a maintes fois constaté, contrairement à l'opinion de certains auteurs, que l'air renferme des cristaux à formes géométriques parfaites. G. Tissandier y a signalé le premier des sphérules noires, qu'il regarde comme du fer météorique. Ces sphérules sont constantes (Voy. fi g. 35, 7), mais beaucoup d'entre elles ne sont pas attirées par l'aimant et paraissent ne pas être de la provenance supposée.
Les poussières organiques, d'origine végétale ou animale, peuvent dès maintenant être réparties en deux classes, auxquelles se rattachent les deux aspects de l'intérêt qu'elles possèdent pour l'hygiène et l'étiologic
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
Elles sont inanimées ou vivantes. Il paraît même probable que cette distinction n'a d'importance que pour les poussières végétales; car les poussièresanimales vivantes se réduisent aux œufs d'infusoires. Or, ces œufs sont rares dans l'atmosphère et, par dessus tout, les infusoires ne partagent nullement avec les végétaux inférieurs les influences sur la santé publique,, que ceux-ci ont déjà révélées et paraissent devoir acquérir encore.
Les poussières végétales de la première classe sont des débris de fîbresou de cellules, de pellicules épidermiques, de spiricules de trachées, de poils, quelquefois rameux ; dans l'air des habitations, les fibres de coton, de lin, de chanvre, abondent. Puis, viennent lespollens de toute sorte (fig. 31, d), dont il y a une extrême abondance aux mois d'avril, mai et juin. Enfin, les grains d'amidon formentenviron lacentièmepartie des poussières organisées apportées par les vents (fig. 31, c).
Les microbes constituent essentiellement les poussières végétales de la seconde classe. Il ressort de rémunération faite par Miquel, qui a observé dans l'air de Paris, que ces corpuscules-germes sont tous des semences de cryptogames. C'est aussi la base des doctrines de Nàgcli [Die niederen Pilze).
Les plus fréquents sont les spores de moisissures, des Pénicillium, des Aspergillus, des Coremium, et de quelques Botrytidées. La famille des Torulacées est aussi très largement représentée parmi les germes atmosphériques. Puis, les genres Septonema, Alternaria, Dactylium; les « semences septées » des Leptolricltum, Trichothecium, Septosporium, les spores en spirale du genre Helicotrichum, celles des genres Ceratocladium, Fusidium, Selenosporium ; les fructifications des Gonatobotrys, Ai throbotrys, etc., etc. Il paraît probable à Miquel que ses récoltes lui ont parfois donné les fructifications microscopiques de grands champignons ou mousses, dont la culture ne réussit pas dans le laboratoire. Plus rarement, il a reconnu dans l'atmosphère les semences des algues chlorosporées ap-
* a, cristaux; b, débris végétaux, fibreux et cellulaires; c, grains d'amidon; d pollens (Miquel).
JOO.D
Fig. 31. — Particules minérales et poussières végétales de l'atmosphère (*).
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
partenant aux genres Chlorococcum, Protococcus, Palmella. Les Spirulina, les Volvox, les Conferves y sont excessivement rares « et jamais, dit Miquel, nous n'y avons rencontré des Desmidiées et des Diatomées. »
« Les algues bacillaires que plusieurs auteurs rangent dans le règne animal, que l'on désigne sous le nom de vibriom'ens, se trouvent toujours dans l'air à l'état de germes, visibles à de puissants grossissements quand on prend la précaution de les colorer en jaune par l'iode. »
Les poussi'ères animales inanimées comprennent des cadavres de petits insectes ou leurs débris, des écailles de papillons, du duvet, des brins de laine, des débris de cellules épithéliales, rares en plein air. L'air tient encore en suspension des œufs d'infusoires ; Ehrenberg, de Quatrefages, Sanderson, Cunningham en ont jugé ainsi d'après la constatation de ces œufs dans les eaux météoriques. Mais il est très difficile de les trouver dans l'air même, au milieu des autres corpuscules, à l'aide de la réaction de l'ammoniaque, du moment qu'il n'y en a qu'un ou deux, selon l'estimation de Miquel, dans 10 mètres cubes d'air, c'est-à-dire perdus dans 200,000 spores de cryptogames. L'observateur qui vient d'être nommé a réussi, au moyen de procédés ingénieux et qui n'admettent guères d'objections, à obtenir dans l'eau de pluie, à côté de nombreuses productions cryptogamiques, un infusoire voisin du genre Chœtomonas, de nombreux infusoires, de ceux qu'Ehrenberg a nommés Monas lens, et des amibes et des infusoires ciliés très analogues, sinon identiques, à l'espèce Cercomonas crassicaudala de Dujardin ; c'est-à-dire des Monades et des Rhizopodes, comme il était arrivé à Samuelson. Donc, il y a des œufs d'infusoires dans l'air et il n'est pas nécessaire de supposer que les monades et les rhizopodes aient besoin pour exister de passer à l'état de zoospores de cryptogames. D'ailleurs, on s'est assuré que les spores de cryptogames vulgaires, cultivées à l'état de pureté,
ne donnent point d'infusoires quand on les ensemence dans de l'eau bouillie.
On recueille les poussières atmosphériques à l'aide d'appareils appelés Aéroscopes. Celui de Pouchet est le premier qui ait permi d'établir un rapport entre le nombre des germes et le volume d'air examiné. Pour étudier exactement les germes, il faut les recueillir dans un milieu où ils ne puissent ni croître ni s'altérer; la glycérine, ou mieux une solution de glucose
Fig. 32,
Aéroscope à aspiration
Fig. 33,
!. — Aéroscope à girouette.
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
dans ce liquide, ont paru à Miquel un milieu très convenable. Les observateurs de Montsouris emploient les aéroscopes représentés figures 32 et 33.
Aéroscope à aspiration. — A. Partie solidement fixée à 2 mètres au-dessus du sol. — B. Partie qui se visse à la précédente. — La première, en forme de cloche, est munie d'un tube d'aspiration communiquant avec une trompe; la seconde, conique, est percée à sa partie supérieure d'une ouverture très fine par laquelle l'air est projeté au centre d'une mince lamelle enduite de glycérine et glucose. Cette lamelle s'éloigne ou se rapproche à l'aide d'une vis de réglage. L'air aspiré par la trompe, après avoir traversé l'appareil, est reçu dans un compteur à expériences qui mesure exactement son volume.
Aéroscope à girouette. — Portatif, mais ne peut servir qu'à l'analyse qualitative des germes de l'air. — 11 se démonte en une partie B, qui, liée à une girouette, a son extrémité supérieure évasée, constamment opposée au vent; et une partie A, munie d'un étrier porte-lamelle, qui s'ouvre au contraire toujours au vent. De faibles courants suffisent au jeu de l'appareil. Avec l'aide d'un anémomètre, on peut approximativement déduire, de la vitesse du vent, la quantité d'air qui aura traversé l'aéroscope pendant la durée de l'expérience.
numérations faites à Montsouris
que
wJO
Il résulte des analyses et des l'air est chargé en toute saison d'une quantité fort variable de germes; que leur nombre, faible en hiver, s'accroît rapidement au printemps, reste élevé en été et diminue en automne. »
Une pluie de quelque durée provoque toujours une recrudescence de microbes, bien que le premier effet de la pluie soit d'en dépouiller l'atmosphère ; mais après la pluie, l'air est envahi par des microbes fort jeunes, le plus souvent incolores, pourvus intérieurement d'un protoplasme granuleux que l'iode colore en jaune. C'est pendant les chaleurs humides que ces organismes se montrent avec persistance. Dansl'air libre, Miquel estime que la moyenne des corpuscules organisés est de 14 à 16 par litre. Il est probable, du reste, que beaucoup de corpuscules-germes de vibrioniens échappent à l'obser- rig 34 Microbes.
vation.
La figure 34 représente, en ô, les formes les plus communes des orga-
-222 DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène
nismes de l'air parisien; ailleurs, des fructifications cryptogamiques. ]I est remarquable que l'air des lieux habités et même encombrés soit
Fig. 35. — Germes dans l'atmosphère.
moins riche en organismes que l'air libre. Au lieu de 14,000 à 16,000 par mètre cube, on n'en trouve que 1500 en moyenne et 3 à 4,000 dans les circonstances les plus favorables en apparence. Nous reproduisons, du
travail de Miquel, les figures 35 et 36, parce qu'elles résultent de recherches entreprises dans l'atmosphère du lycée Saint-Louis, avec l'intention d'y découvrir peut-être le ferment de la fièvre typhoïde.
Même dans les salles de l'Hôtel- Dieu, on a trouvé quatre fois moins de petits organismes que dans l'air du parc de Montsouris. Donc, tous les germes de l'air ne sont pas offensifs et il est normal que l'air en renferme.
Les procédés les plus sûrs, usités aujourd'hui pour reconnaître les propriétés des micro-organismes et différencier les espèces, les espèces de bactéries en particulier, sont les cultures et les inoculations. Un liquide nourricier des plus employés est la liqueur de Gohn, dont voici la formule :
Fig. 36. — Germes dans l'atmosphère.
Eau 1000 grammes.
Tartrate d'ammoniaque 10 —
Phosphate de potasse 5 —
Sulfate de magnésie 5 —
Phosphate de chaux .. 0,5 —
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
De nombreuses expériences entreprises sur la vitalité des corpusculesgermes des bactéries ont permis à Miquel d'affirmer :
1° Que ces corpuscules-germes conservent leur vitalité à l'état sec ou à l'état humide pendant plus de quatre mois ;
2° Que la lumière ne tue pas, comme on l'a affirmé, les bactéries ou leurs germes.
Les germes des vibrioniens se trouvent répandus partout à profusion. Ils peuvent être cultivés et conservent l'invariabilité de l'espèce, sans transformation. « Les infusoires proprement dits et les bactéries ne viennent pas des cryptogames vulgaires. Ces cryptogames paraissent, au contraire, entraver leur développement là où ils sont puissamment développés. Les bactéries, loin de fournir des végétations cryptogamiques, les étouffent dans les milieux où elles peuvent se multiplier rapidement et en grand nombre. » Cette circonstance, comme on le voit, atteint sérieusement la théorie de la génération par homogénie indirecte.
D'ailleurs, des liquides remplis de bactéries communes jsûû.V (fig. 37) ou bactéries du tartrate d'ammoniaque, ob- $ fr^p tenues pures et en pleine activité, furent injectés par <?^§0^J^^\^ Debove et Roux à des lapins, qui restèrent en parfaite 3^ & %?n ^ cp san te .
Les consciencieuses recherches de Miquel, tout en donnant une haute idée de la profusion des spores dans Fig 37 Baclérie l'air, tendent à restreindre les larges limites que quel- ' commune. ques auteurs donnaient à leur nombre. Dancer (de Manchester) le portait à 37 millions par 2,500 litres d'air ; de sorte qu'un adulte respirant une heure pouvait en introduire quelques millions dans son économie.
Si l'on ne veut qu'apprécier en général la richesse de l'air en matières organiques, quelle qu'en soit la nature, on peut recourir à Yaéroxymètre, étudié par Herscher, Genesle et Somaseo. « Cet appareil est basé sur ce principe qu'une solu tion faible de chlorure d'or prend à l'ébullition une coloration d'un vert d'autant plus intense que la quantité de matières organisées contenues dans la solution est plus grande. » Avec une solution titrée de chlorure d'or, un colorimètre gradué de 0 à 20, on peut aisément apprécier le degré de viciation de l'air en «ssayant la vapeur d'eau du local, condensée sur un vase en verre à mélange réfrigérant.
llîcrocoques et Bactéries. Schizomycètes. — Les plus intéressants et
probablement les plus redoutables des êtres microscopiques de l'air, et que l'on retrouve aussi dans le sol, l'eau et même les liquides et les tissus vivants, sont les vibrions et les bactéries, déjà bien inférieurs aux Torulacées et aux Moisissures ; ils.se reproduisent par segmentation (Schizomycètes, Spaltpilze), et non par bourgeonnement (Sprosspike) ou par ramifications (Spitzpilze), comme celles-ci. C'est peut-être aux vibrions et bactéries qu'il faudrait réserver le nom de « microbes ». C'est le dernier terme de l'organisation ; ils sont constitués par une cellule unique, sphérique (micro-
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coques), ou cylindrique (Bactérie, Bacillus, bâtonnet), se réunissant parfois en une masse pénétrée de corpuscules sphériques (Zooglœa), en colonies, en chaînettes, en chapelets, qui ne sont que des mîcrocoques [Kugelbactérien) agglomérés linéairement. On pense que ce sont des algues sans chlorophylle. C'est, dans tous les cas. ce que l'œil humain peut contempler de plus petit; beaucoup de ces corpuscules ne se distinguent qu'à des grossissements de 1200 à 1500 diamètres.
La figure 38, d'après Nâgeli, représente d'une façon un peu schématique, les caractères différentiels des micro-végétaux. Ceux que l'on voit à gauche et dans le milieu de la figure bourgeonnent ou se ramifient ; ceux de droite, de petites dimensions, sont des Schizomycètes.
Fig. 38. — Moisissures, Levure, Schizomycètes.
Classification. Les caractères sur lesquels on pourrait baser une classitication de ces infiniment petits sont, évidemment, d'une délicatesse extrême. Les savants, cependant, n'ont pas reculé devant cette tentative audacieuse, dût-on n'accepter les classifications actuelles qu'à titre provisoire. Nous reproduisons ci-dessous celle de Cohn.
SCHIZOPHYTES.
I,c Tribu. — Glœogè?ies.
Cellules libres ou réunies en groupes agglutinés par une substance intercellulaire.
A. Cellules libres ou réunies deux a deux, quatre a quatre.
Cellules sphériques Chroococcus IVâgeli.
Cellules cylindriques Synechococcus . , . Nâgeli.
B. Cellules immobiles réunies en masses amorphes.
a. La membrane cellulaire se confond avec la substance
intercellulaire.