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VI. Au-dessus de 3000 pieds

Ses recherches portent sur quatre années, et le tableau reproduit ci-dessus embrasse à la fois les villes et les villages. Il compare en outre le duché de Bade à quelques autres pays d'une population modérée, et trouve encore une supériorité décisive pour les pays de hauteurs.

Mortalité phthisique (d'après OEsterlcn).

Sur 100,000 Pour 1000 décès

habitants. généraux.

Canton de Genève 240 117

Bavière 37(> 130

Belgique 370 164

Flandre orientale 4G0 198

Bade 310 10*2,5

D'où il conclut que la phthisie diminue comme la hauteur augmente.

La phthisie disparaît presque complètement au-dessus de 1,300 mètres en Europe, au-dessus de 2,000 mètres au Mexique et dans les Andes; au témoignage d'Albert, à Briançon (1,306 mèt.), de Brugges à Samaden, en Engadine (1,742 mèt.). C'est là, selon la théorie de Jourdanet, le bénéfice de Yanoxyhémie des hauteurs, qui exclut la tuberculose, comme le fait l'anémie, la chlorose commune, l'anémie des régions polaires.

On sait que cette circonstance a fait créer des stations alpestres pour la cure de la phthisie ; ainsi, Davos et Saint-Moritz. Hirtz a pensé que ces stations conviennent surtout à la phthisie héréditaire, torpide, sur tempérament lymphatique. Vacher estime que les heureux effets de Davos sont dus: 1° au manque d'humidité (absolue, non relative) de l'atmosphère à cette hauteur (1,650 mèt.) ; 2° à la dépression barométrique (627 millim.), qui, en outre de l'accélération de la respiration et de la circulation, désozygénise le sang (diète respiratoire). Au lieu de 297 milligrammes d'oxygène, à Paris, un litre d'air n'en contient plus, à Davos, que 252 milligrammes. Les résidants de Davos sont également indemnes de phthisie. Selon Fuchs,

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

à Brotterode, dans le Thiiringerwald, les décès phthisiques n'atteignent pas 1 p. 100; Brehmer assure que la phthisie est inconnue à Gôrbersdorf, en Silésie. Cependant, ces localités ne sont qu'à 1,840 et 1,700 pieds (soit à 600 mètres environ).

11 est bon de ne pas oublier, tout en tenant compte des théories, que l'air des montagnes est plus pur d'imprégnation organique que celui de la plaine ; il est, a-t-on dit, aseptique. Peut-être cette circonstance est-elle la plus considérable de celles qui peuvent être alléguées, dans le sens positif, pour légitimer ce que l'on raconte vulgairement de la supériorité sanitaire des populations de montagnes. Enfin, cette supériorité aurait besoin d'être étudiée de plus près qu'on ne le fait en littérature. J'inclinerais à attribuer une part de la résistance physique des montagnards à leur sobriété, à l'habitude des privations, à la lutte incessante contre un sol abrupte et peu fertile, contre un ciel inclément. Mais ce sont des vertus forcées et il ne semble pas, dans la réalité des choses, que la montagne fasse précisément appel au développement de la population. En France, les départements montagneux sont les moins peuplés ; les Basses-Alpes et les Hautes-Alpes n'ont que 20 à 21 habitants par kilomètre carré. A vrai dire, il existe de ce fait regrettable d'autres raisons encore que la faible pression atmosphérique, en supposant que celle-ci intervienne.

Les villes de collines, aux environs de 200 mètres, sont les plus salubres de toutes, dit Fonssagrives. Au-dessus et jusqu'à 500 ou 600 mètres, la salubrité est encore remarquable. Il est à croire que cette heureuse condition dépend dé la nature et de la configuration du sol plus encore que de l'atmosphère et, si l'air y est bon aussi, c'est plutôt parce qu'il est pur, libre et mouvementé, que pour le fait d'une densité inférieure à la normale.

Compression faible. — Il se trouve, à la surface du globe, de rares points où le sol, d'ailleurs habité, est à plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer (lac de Tibériade, mer Morte). On n'a pas noté de conséquences biologiques dépendant de cette situation sous une colonne atmosphérique un peu plus lourde que d'habitude.

Dans quelques mines, où des ouvriers travaillent à 400 mètres et plus au-dessous du niveau des mers, l'augmentation de pression paraît devoir être positive et de quelque importance. Chose remarquable, des observations directes ont porté certains auteurs à nier cette augmentation et à affirmer que la pression est, au contraire, amoindrie au fond des mines. Cette question sera reprise dans I'hygtène spéciale. Pour le moment, nous posons en fait que la pression est augmentée comme la théorie veut qu'elle le soit. Mais, dans les conditions actuellement envisagées, les quelques centimètres ajoutés à la pression normale ne semblent pas avoir jamais été un élément considérable dans l'insalubrité du travail des mines. On va retrouver l'influence de l'air comprimé dans des circonstances où son rôle sera facile à préciser.

Variations barométriques de grande étendue. — Cet énoncé est le titre

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d'une vaste étude sur le terrain de laquelle Thygiène et la thérapeutique se sont rencontrées, et où elles ne marchent avec sûreté que depuis peu, à la lumière de la physiologie, à qui, il faut le dire, appartenait le contrôle des résultats de l'observation naturelle et l'interprétation scientifique qui permet de les traduire en lois. La science française a une belle page dans l'histoire des travaux dont ces problèmes ont été l'objet.

La question se présente, comme tout à l'heure, sous deux aspects. Elle comporte d'abord les grandes dépressions, telles qu'elles se réalisent dans les ascensions d'altitudes au-dessus de 2.000 mètres, et chez les habitants des régions situées à ces hauteurs, ou telles que les vont chercher les aéronautes ; puis, la compression à plusieurs atmosphères, sous laquelle s'opèrent quelques-uns des travaux les plus audacieux que le génie humain ait tentés, sous laquelle aussi la thérapeutique essaie de réduire des maladies rebelles aux moyens ordinaires.

Grandes dépressions. Altitudes. Aérostation. — Le baromètre, d'après Jourdanet,, ne marque plus que 59 centimètres à 2,016 mètres d'élévation verticale ; 55 à 2,575 ; 52 à 3,022 ; 49 à 3,495 ; 46 à 3,998 ; 43 à 4,535 ; 40 à 5,111 ; 36 à 5,950 ; 31 à 7,141 ; 28 à 7,951 ; 24,8 à 8,840. L'air est donc de moins en moins dense à mesure qu'on s'élève. Cependant, sa composition reste sensiblement la même et la proportion du gaz vivifiant, l'oxygène, ne varie pas d'une façon notable. Un fait considérable s'est produit, en même temps qu'un certain nombre d'autres, mais que celui-ci domine : la tension de V oxygène a diminué de la même façon que la pression atmosphérique ; de telle sorte qu'elle s'abaisse aux 2/3, à la moitié, au tiers, etc., de la tension normale.

A l'exemple de tous les savants qui ont exploré ce sujet, et de P. Bert lui-même, qui l'a étudié expérimentalement de la façon la plus large et la plus décisive, voyons d'abord en résumé (l'espace ne nous permet pas plus) les résultats de l'observation directe.

Voyages aux altitudes. Mal de montagnes. — Il existe, comme nous le dirons, des populations permanentes sur divers espaces très élevés du globe. Ces populations portent physiologiquement le cachet de l'influence de la raréfaction atmosphérique ; mais il est plus facile de reconnaître et d'analyser les troubles consécutifs à la dépression quand ils se présentent à l'état aigu, comme dans les ascensions de montagnes avec séjour de courte durée.

L'homme a été fréquemment attiré vers les hauts sommets par le besoin, par la curiosité scientifique, ou simplement par la vanité ; un grain de celle-ci s'est même souvent associé au pur amour de la science. Dans quelques occasions, ce fut l'instinct conquérant et batailleur qui poussa notre espèce à se frayer un chemin stratégique par plusieurs milliers de mètres d'altitude. Jourdanet et P. Bert ont soigneusement recueilli tous les récits d'ascensions qui nous ont été conservés et dont beaucoup ont le caractère de documents historiques. C'est à eux que nous empruntons la matière de l'exposé qui va suivre.

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

C'est aux altitudes des deux Amériques que se rapportent les plus anciennes observations. Pendant la conquête du Mexique par Fernand Cortès, deux de ses compagnons, Ordaz (1519) et Montano (1522) gravirent le Popocatepetl (5,420 m.) jusqu'à son cratère : le récit de ces ascensions a été écrit par l'historien Herrera, qui ne portait, d'ailleurs, pas son attention sur les phénomènes physiologiques. Le même sommet fut atteint, ou peu s'en faut, par le lieutenant anglais W. Glennie (1827), par le baron Gros et de Gérolt (i 834), Truqui et Craveri (1855), Laverrière (1857) et la Commission scientifique de l'expédition du Mexique (1865). Presque tous ces ascensionnistes ressentirent à des degrés variables, indépendamment, d'un froid intense, l'accablement, l'anxiété respiratoire, l'affaissement moral, qui caractérise le mal de montagnes.

La conquête du Pérou (1532-1534), celle du Chili (1535), racontées par Xérès, Herrera et Garcilasso de la Vega, amenèrent les aventuriers espagnols sur les hauteurs de Cuzco, de Quito, de La Paz, de Potosi, non sans coûter la vie à bon nombre de ces hommes et des Indiens qu'ils entraînaient avec eux. Le froid entra pour beaucoup dans l'origine de ces accidenls; mais, vers la fin du seizième siècle, le jésuite Acosta y démêlait très bien l'état nauséeux, les vertiges, l'anéantissement douloureux, dus à ce que « l'élément de l'air est en ce lieu-là si subtil et si délicat qu'il ne se proportionne point à la respiration humaine, laquelle le requiert plus gros et plus tempéré. » Plus tard (1736), Rouguer et La Condamine demeurèrent trois semaines sur le Pichincha, à 4,800 mèt. environ ; ces savants et mieux encore don Ulloa, officier de marine espagnol qui les accompagnait, éprouvèrent et décrivirent le malaise d'altitudes, appelé dans le pays Marëo de la Pana, ou simplement Puna (cime), ailleurs ahogos (suffocation), et Paromo, au royaume de Quito. Alexandre de Humboldt, en 1802, escalada le Chimborazo et le volcan d'Antisana; en même temps qu'il observe la dépression du baromètre et la composition de Pair à ces hauteurs (20 p. 100 d'oxygène), il subit, lui et ses compagnons, des troubles physiologiques graves. Pourtant, de 1817 à 1824, les guerres d'indépendance des colonies espagnoles de Sud-Amérique ramenaient des armées à ces mêmes passages des Andes où les premiers conquérants avaient été si fortement éprouvés. C'est à plus de 3,000 mèt. d'altitude que Bolivar gagna la bataille d'Ayacucho et à 4,500 mèt., sur les flancs du Pichincha, que Santa-Cruz battit les Espagnols. D'Orbigny, en 1830, fait le voyage d'Arica à la Paz et se trouve très tourmenté, ainsi que ses compagnons, par le Soroche, terme qui, pour les habitants, a trait à des émanations minérales d'antimoine, mais que le savant français traduit par « raréfaction de l'air. » L'allemand Pœppig, de 1827 à 1832, séjourna à Cerro de Pasco (4,350 met.); il décrit les souffrances du nouveau venu dans ces hautes régions et les divers symptômes de la puna (nommée encore Veta, Mareo ou Sorocho). Boussingault (1838) s'élève, sur le Chimborazo, un peu plus haut que ne l'avait fait de Humboldt, à 6,004 mèt., ce qui n'est pas encore tout à fait le sommet de cette montagne; l'auteur, qui pensait « que l'homme peut s'accoutumer à respirer l'air raréfié des plus hautes montagnes, » assure n'avoir éprouvé rien de pénible, ce qu'il attribue à son séjour prolongé dans les Andes. Ajoutons à ces noms ceux de divers voyageurs des Cordillères Sud- Américaines, qui visitèrent ces régions dans des buts divers, sauf celui de s'élever simplement le plus haut possible : le docteur allemand Meyen (1831), l'illustre Charles Darwin (1835), les officiers anglais Smyth et Lowe (1834), Archibald Smith, Écossais (1842), le botaniste français Claude Gay (1828 à 1842), le célèbre voyageur allemand Tschudi (1838-1842), de Castelnau 0845), de i heutenant Gillès> l'Anglais Lloyd, le botaniste français Weddel

(1851), les frères Grandidier (1858), le voyageur allemand Burmeister '(1860), Map-

générale] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'AIR. — MÉTÉOROLOGIE.

kham, Martin de Moussy, Mateo Paz Soldan, Ch. Guilbert, l'italien Pellegrino Strobel, Focke et Mossbach, Jules Rémy, Stuebel (1873), etc.

En Europe, l'ascension du mont Blanc (4,810 mèt.) par de Saussure, le 3 août 1787, fut un événement considérable. L'illustre savant, que le désir de cette ascension tourmentait depuis de longues années, n'eut pourtant pas la virginité de la cime de ce géant des Alpes. Jacques Balmat, un simple guide, l'avait foulée, le 9 août 1786, et y avait à peu près porté le docteur Paccard. Mais il ne reste du voyage de Balmat qu'un récit transmis par tradition, tandis que le physicien gènevois observa, expérimenta, analysa ses impressions et en fixa les traits essentiels dans ses écrits. Au point de vue qui nous occupe, il est difficile de trouver un exposé plus, complet des troubles physiologiques résultant de la dépression atmosphérique ; ils furent si prononcés chez de Saussure et ses guides que l'explorateur était convaincu d'avoir accompli une œuvre surhumaine et déclarait « que vraisemblablement l'on ne fera jamais, sur le mont Blanc, » les expériences qu'il n'avait pas eu le temps d'achever.

Or, sept jours après cette célèbre ascension, le colonel anglais Beaufoy atteignait à son tour le sommet du mont Blanc.

Les ascensions, du reste, ne tardèrent pas à se répéter si souvent que ce devint une entreprise banale. On compte parmi ces voyageurs alpins : le chanoine Bourrit, en compagnie de Woodley et de Camper (1788); Forneret et Dortheren (1802); la servante Marie Paradis (1809); Rodaz (1812); le comte de Lusy, officier allemand (1816); Malazesky, Polonais (1*18), van Bensselaer, de New-York (1818) ; le docteur russe Hamel, en compagnie du colonel Anderson (1820), qui perdit trois guides; F. Clissod (1822); le docteur Clark avec le capitaine Sherwill (1825); Hawes et Fellowes (1827), l'Écossais Auldjo (môme année), Wilbraham (1830); Martin Barry (1834), comte de Tilly (1834), Atkins, Hedringen et Pedwel (1837); mademoiselle d'Angeville (1838); Bravais, Lepileur et Martins (1844); Chomel et Crozet, Tyndall avec Hirst et Huxley (1857), Tyndall et Frankland (1859), qui séjournent vingt heures au sommet du mont Blanc, avec neuf guides; Pitschner, Piachaud (1864), Lortet et Marcel (1869), Albert Tissandier (1874), etc.

De nos jours, le voyage au sommet du mont Blanc est presque vulgaire. En 1873, soixante voyageurs sont montés au sommet du géant des Alpes, parmi lesquels sept femmes et un garçon de quatorze ans, le plus jeune qui ait encore fait l'ascension; il s'appelle Horace de Saussure. Entre l'illustre ancêtre de ce courageux enfant et la fin de 1873, Besançon compte 828 ascensions, dont 27 faites par des femmes. Les Anglaises ne daignent même plus gravir pendant la saison d'été; Mrs Straton, en 1876, a choisi le 31 janvier pour aborder la cime. Les « mountaineers » de profession et les membres des « Alpine-Clubs » de toute nationalité couronnent le mont Blanc en touristes et ne regardent plus cette expédition comme une preuve d'audace. 11 va sans dire qu'on serait mal venu à prendre des précautions pour une promenade si simple et plus encore à s'apercevoir des malaises qu'elle procure ou à les raconter; aussi, les catastrophes sont-elles communes. Le mont Blanc, lui, garde sa fierté.

Beaucoup d'autres cimes des Alpes, quoique moins élevées que le mont Blanc, ont été abordées par l'homme, dans l'intérêt de la science ou, peut-être plus souvent, sous l'impulsion du puéril désir de toucher le premier à un point que nul pied humain n'avait foulé jusque-là; les alpinistes en cherchent de tels en Europe. La même remarque s'applique aux Pyrénées, dont l'altitude est plus humble et moins tentante. Les ascensions de l'Etna méritent une mention à part, en ce qu'elles ont procuré à la montagne (3,313 mèt.) l'honneur de la visite de Borelli

[Hygiène

(1671) et de Spallanzani (1788). Ce sommet est comme une limite; quelques-uns de ceux qui l'ont atteint, parmi lesquels Auguste de Sayve (1821), ont éprouvé les malaises ordinaires; mais beaucoup y ont échappé.

Le pic de Ténériffe participe encore à celte immunité relative; Edens (1715), de Humboldt (1799), Cordier (1803), Léopold de Buch (1815), Dumont-d'Urville (1826), Ch. Sainte-Claire Deville (1842), paraissent n'y avoir éprouvé aucun trouble sérieux, dépendant de la raréfaction de l'air; tandis que « des marchands considérables » (1652), Robert Bayle, Glas, Riche et Blavier (1791), les officiers qui accompagnèrent Dumont-d'Erville en 1837, Hier (1843), madame Elisabeth Murray (1859), observèrent sur eux-mêmes ou sur quelques-uns de leurs compagnons des malaises, des suffocations, des hémorrhagies.

L'Asie, où se trouve la plus forte masse de hauteurs et qui possède aussi les sommets les plus élevés du globe (tant que l'on n'aura pas vérifié convenablement l'altitude de 10,929 met., attribuée parle capitaine Lawson au mont Hercule, dans la Nouvelle-Guinée), a prêté largement aux observations relatives à l'influence des grandes altitudes.

Engelhard et Parrot tentèrent, en 1812, l'ascension du Kasbek ou Mquinvari (5,030 met.), dans le Caucase, sans pouvoir atteindre le sommet, mais non sans avoir éprouvé « une lassitude singulière, L'accélération du sang et de la respiration. )> Le 22 juillet I &29, Kupll'er et d'autres savants s'élevèrent sur le mont Elbrouz (5,620 mèt.), le géant du Caucase; un de leurs guides seulement arriva jusqu'au sommet ; les savants étaient eu proie aux vertiges et à un abat lement indéfinissable. Radde (1865 s'arrêta également à environ 5,000 mèt. sur la même montagne, très tourmenté par les vertiges et une fatigue atroce. Douglas \V. Ereshfield, Moorc et Tucker, en 1 8»»S. exécutèrent l'ascension du Kasbek et de l'Elbrouz, dans des conditions semblables, Gardiner, (irove et Knubel I874j atteignirent la cime de l'Elbrouz, sans grande souffrance.

Les montagnes de l'Arménie, et en particulier l'Ararat légendaire, furent visitées par Tournefort (1801), Parrot ( 1 829), Avtonomoff ( 1 834), Behrens ( 1 835), Abich (1 845) et par le colonel russe Chodzko (1850). Il est facile de retrouver la mention des troubles physiologiques dans le récit de la plupart de ces voyageurs.

Quant aux ascensions des montagnes du massif asiatique central, tous les récits qui en ont été laits gardent d'une manière nette, dit P. Bert, et souvent avec détails, la trace de- souffrances que l'altitude ajoutait à la fatigue et au froid; à condition que l'on néglige les données anciennes, recueillies des Chinois, des Indiens ou des missionnaires, et antérieures à 1812.

De cette année date le premier voyage de Moorcroft à travers l'Himalaya. Le même explorateur en entreprit un second, en compagnie de Trebek (1819), qui devait se terminer en 1825 par la mort des deux voyageurs. Eraser (1815) et ses coolies, en traversant les montagnes, de Jumnotree à Gangotree, éprouvèrent une grande oppression respiratoire; les indigènes se disaient « frappés parle serdn, ou poison de l'air venant des fleurs qui couvraient le sol (primevères, polyanthus, bruyères) », ou encore par le bis, ou vent empoisonné. De 1816 à 1818, le capitaine Webb fit des efforts infructueux pour revoir le lac sacré de Manasarowar, sur les traces de Moorcroft; il compare ses sensations, sur les hauteurs, à celles qui précèdent une attaque de fièvre et reproduit l'allégation des indigènes à l'endroit de la Bis-kee-huwa, ou air empoisonné (par les fleurs). En 1817 et 1818, les frères Gérard (Alexandre et James), ensemble ou isolément, traversèrent une partie des passes qui sont aux frontières de la Chine et atteignirent en particulier la passe de Boorendo, à plus de 15,500 pieds (4,730 mèt.) ; il y eut même une excursion à un

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pic de 19,500 pieds; leurs souffrances, mal de tête, somnolence, nausées, tendance à l'inactivité, furent considérables. En revanche, Victor Jacquemont qui, en 1830, explorait les mômes régions ou d'analogues dans l'Himalaya, et dépassa maintes fois l'altitude de 5,000 met., se vante d'une singulière immunité vis-à-vis du mal de montagnes, qu'il attribue aux efforts faits pour gravir et à la fatigue. Jourdanet, cependant, ne croit qu'à demi à celte immunité et, en analysant scrupuleusement les lettres mêmes de Jacquemont, il croit découvrir que le voyageur avait pris, dans ses ascensions, le mal de montagnes en puissance ou à l'état latent, et que c'est â de tels troubles fonctionnels et organiques, restés inaperçus, qu'il succomba tout jeune, au moment où l'avenir semblait tout lui promettre. Jacquemont estima que la limite des neiges perpétuelles, dans cette région de l'Himalaya, n'est guère audessous de 6,0u0 met.

Le lieutenant Wood qui, de 1836 à 1838, fit un voyage aux sources de l'Oxus, sur les plateaux de Pamir, et traversa, avec le lieutenant Leech et le docteur Lord, une des passes de l'Indou-Koush, fut moins épargné que Jacquemont. Al. Burnes, qui fut de l'un de ces voyages, remarqua que les chevaux eux-mêmes « étaient en très piteux état. »

Le père Hue, missionnaire ( 1 8 ±4- 1 8 i •<;), dont P. Bert cote le témoignage à un taux modéré, décrit en termes navrants les souffrances qu'il éprouva, ainsi que son escorte, sur le Bourhan-Boutan, par le fait des vapeurs pestilentielles, disait-on dans le pays, en raison de l'air chargé d'acide carbonique, pense le missionnaire. Hoffmeister, au passage de Lama-Kaga (Thibet), en 1845, observe « la perte des forces, les angoisses, les nausées », sur les coolies qui l'accompagnent et qui appellent ce malaise Bies (poison) ou Mundara. Thompson, en 1847, à 5,180 mèt. de hauteur; en 1848, à la passe de Kara-Korum, à 5,670 mèt. ; Dalton Hooker, à la passe de Kanglachem, dans le Népaul oriental, sur la montagne de Nango, à la passe de Kongra-Lama (1849), à celle de Sebolah (17,517 pieds); Robertson (1851), au sommet du Sumeru-Parbut (20,000 pieds ou (i,100 mèt.), ressentirent des impressions du même genre, à des degrés divers.

Une femme qui, à la même époque, traversait en simple touriste les hauteurs du petit Thibet et du Ladak, mistress Hervey, raconte ses sensations physiques d'altitude avec d'autant plus d'exactitude et d'énergie qu'aucune préoccupation supérieure ne pouvait la distraire de l'observation de soi-même. Elle accorde, naturellement, une grande confiance aux assertions des indigènes qui attribuent à des mousses empoisonnées la maladie des passes « bôôttee ou bootie », dont tous sont frappés, mais elle-même particulièrement. Elle eut des palpitations effrayantes, des oppressions, du crachement de sang, du dégoût pour les aliments, fut <c misérablement malade, au delà de toute expression. » Voilà une franchise que l'orgueil des savants ne comporte pas d'ordinaire.

Négligeons d'autres traversées dans l'Himalaya pour arriver au voyage mémorable des frères de Schlagintweit (Hermann, Adolph et Robert), qui se sont élevés, le 19 août 1855, sur les lianes de l'ibi- Gamin, à la hauteur de 6,882 mèt., la plus grande que l'homme ait encore atteinte dans les ascensions de montagnes. Bien ne manque, d'ailleurs, à leur récit, ni au point de vue des détails, ni au point de vue des caractères d'authenticité.

« Les symptômes produits par la raréfaction sont : la céphalalgie, la difficulté de respirer; l'oppression de poitrine, celle-ci pouvant aller jusqu'à amener des crachements de sang et très rarement de légères hémorrhagies nasales : nous ne vîmes jamais de sang sortir par les lèvres et les oreilles ; le manque d'appétit et souvent des nausées; la faiblesse musculaire, avec une dépression générale et un

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

abattement d'esprit... Les effets mentionnés ne sont pas sensiblement augmentés par le froid, mais le vent a l'influence la plus fâcheuse sur les symptômes observés. »

Des ascensions plus récentes ont apporté moins de renseignements; mais, dit P. Bert, l'existence de malaises sur les passages élevés est si bien acquise qu'on ne juge plus utile d'en parler; — de même qu'un voyageur débarquant d'Alger à Marseille croit inutile de raconter qu'il a eu le mal de mer. Tels sont les voyages du capitaine Godwin-Austen au Bianchu el sur le Commathaumigo (1SG0); de deux frères Pundits (brahmanes), envoyés dans l'Himalaya (lSGa-1866) par le gouvernement anglais. L'expédition du Mirza (1869) dans les steppes du Pamir, celle de Hayward (1868-1869 , du « Munschi Faiz Buksb (1870) et enfin celle que dirigea, la même année, Forsyth, de Lahore a Varkand par le Ladak, présentent au contraire de nouvelles preuves du rapport îles hauteur- a\ee le mal particulier que nous étudions.

En A-friqi EEj Les monts Cameron et Kilimandjaro ont été le but de quelques ascensions de date moderne. Hurlon, qui escalada plusieurs fois les monts Cameron (1861), Saker, Calvo et Mann, qui répétèrent l'ascension en 1862, accusent des malaises, tout en remarquant que l'impression est bien au-dessous de ce qu'ont raconté les ascensionnistes du mont Blanc. Sur ces pics africains, c'est la chaleur qui s'ajoute à la raréfaction de l'air. Kelunann (1844), le baron de Decken et Thornton ilSGij, de Deeken et Kersten lsi;j , sVle\ crent à des hauteurs variables sur le Kilimandjaro, dont on estime que le sommet est à 6,952 met. New, en 1871, y atteignit la limite des neiges perpétuelles. Les indigènes dont les voyageurs se faisaient suivre paraissent avoir été très malades, beaucoup plus que les Européens. Dans le pays, la montagne passe pour inaccessible « à cause des mauvais esprits qui ont tue un grand nombre de ceux qui ont essayé de la gravir. » Un peuple enfant ne pouvait avoir trouve d'autre explication.

Les accidents du mal de montagnes ont été observés aussi sur les flancs d'un certain nombre de volcans du Pacifique, le kini-Ballu, a Hornéo (Low, 18o<S), le Tabalan Indu, dans la même île (Hrooke, 1858. Les natifs appellent « ikak » le resserrement désagréable de la poitrine); le Fusi-yama, au Japon Kulherford Alcock, 1860); le Mauna Keah, ile d'Ilavaï, et le Mauna Loa BjTOn, 1825; VVilkes, 1841).

Voyages aéronautique*. — L'élévation en ballon est un acte bien moins complexe que celui de gravir une montagne ; cette fois, il n'y a pas d'émanations minérales, pas de plantes empoisonnées, pas de défilés dans lesquels on puisse soupçonner la stagnation d'un air méphitique ; par-dessus tout, les voyageurs n'ont aucune dépense musculaire à s'imposer pour monter leur propre corps. L'appréciation des phénomènes qui vont se présenter bénéficiera de cette simplicité des conditions de production ; la raréfaction de l'air sera évidemment l'influence souveraine, l'origine essentielle de tous les troubles observée.

Lorsque, en 1783, le physicien Charles eut substitué aux montgolfières le ballon à gaz hydrogène, on put atteindre à des hauteurs que les premières n'avaient point connues. Charles lui-même, s'étant élevé à 1,500 toises, éprouva une douleur très extraordinaire dans l'oreille droite et dans les glandes maxillaires.

Le célèbre aéronaute Blanchard et vaniteux « citoyen de Calais », dans une as-

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cension faite à Gand, en 1783, où il prétendit s'être élevé à 10,400 met., éprouva un engourdissement qui lui laissa à peine la force de crever le pôle inférieur de son ballon, à l'aide de la hampe de son drapeau, pour pouvoir redescendre.

Le physicien français Robertson s'éleva de Hambourg, le 18 juillet 1803, en compagnie de Lhoëst, emportant deux oiseaux. 11 crut avoir atteint 7,170 met., mais, rectification faite, ne dépassa probablement pas 6,881 met. Les navigateurs souffrirent de malaise général, de bourdonnements d'oreilles, d'une profonde apathie morale et physique, d'une invincible tendance au sommeil; leurs poitrines paraissaient dilatées, leur pouls se précipitait; les veines superficielles, devenues turgides, se dessinaient sous la peau : il j avait comme une impossibilité de déglutition ; les sécrétions naturelles se trouvèrent suspendues. Un des oiseaux mourut; l'autre, envahi par l'apathie, se refusa à prendre son vol et, abandonné a lui-même, tomba perpendiculairement.

Les voyages de Garnerin n'ont pas le caractère scientifique, et ses dires paraissent mériter peu de confiance. L'expédition aérienne de K. Zambeccari, de Bologne, en compagnie deGrassetti et de Pascal Andreoli, dans la nuit du 7 au 8 octobre 1803, permit au contraire, dans ses émouvantes péripéties, de recueillir des détails d'un haut intérêt pour la question actuelle. Après être montes une première fois et être descendus sur la mer Adriatique, les aéronautès jetèrent tout ce que contenait leur nacelle et s'élevèrent de nouveau : «< avec une telle rapidité, à une si prodigieuse élévation, dit Zambeccari, que nous a\ ions de La peine à Uous entendre môme en criant; je me trouvai mal et il me prit un vomissement considérable. Grassetti saigna du nez; nous avions tous deux la respiration courte et la poitrine oppressée... »

A sa première ascension (1804), avec Biot, Gay-Lussac ne paraît avoir éprouvé, non plus que son compagnon, d'autre trouble physiologique que l'accélération du pouls; les animaux qu'ils avaient emportes ne parurent souffrir en aucune manière. A la vérité, ils ne dépassèrent pas 4,000 met. Reparti seul, quelques jours après, Gay-Lussac atteignit 7,u|ii met. et ressentit du inalai-e.de la gène respiratoire, de la difficulté de déglutition, mais pas d'autre incommodité. A pareille hauteur, le 27 juillet lb.'W), Barrai et Bixio n'éprouvèrent aucun trouble physiologique qui ait mérité leur attention .

Nous passons sur les voyages de Green, dont les récits n'ont pas toujours l'empreinte de la véracité. Les ascensions de Glaisher, en f802, constituent, dit P. Bert, la plus belle série de voyages aériens qui aient été entrepris dans un but scientifique. Quelques-unes d'entre elles l'entraînèrent, avec son aéronaute de profession, Goxwell, a de très grandes hauteurs ; mais celle du .'i septembre, dans laquelle il atteignit 8,838 mèt. et faillit périr par suite de la décompression, restera éternellement célèbre. A cette hauteur, Glaisher eut les extrémités supérieures paralysées, se sentit incapable de lire le baromètre et même de relever la tête ; bientôt, sa langue aussi se paralysa, les jambes fléchirent, des ténèbres épaisses l'envahirent; il pensa qu'il était asphyxié el il tomba sur le dos, dans un évanouissement qui dura 7 minutes, mais qui pouvait être éternel si Coxwèll, que l'a sphyxie commençait à envahir lui-même, n'avait conservé assez de force et de présence d'esprit pour ouvrir la soupape du ballon. De six pigeons lancés entre a, 000 et 8,000 met., la plupart tombèrent comme des corps inertes; un seul revint au point de départ de l'aérostat.

Glaisher, supposant que le ballon continua à monter avec la même vitesse pendant son évanouissement, estima par des calculs qu'il avait pu bondir jusqu'à 11,000 mèt. Cette hypothèse n'a pas trouve créance chez les savants.

AftNOULPi — Hygiène. 21

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

Enfin, après plusieurs voyages à des hauteurs modérées, après avoir assisté aux expériences de P. Hert et être entrés eux-mêmes dans les appareils à l'aide desquels ce physiologiste compense La dilatation de l'air par l'inspiration d'oxygène, Crocé-Spinelli et Sivel s'élevèrent, le '12 mars 1874, sur le ballon l' Etoile polaire, jusqu'à 7,300 met. de hauteur, et restèrent pendant 1 h., 45 minutes au-dessus de o,000 mètres. Ils furent envahis par les malaises ordinaires, Crocé-Spinelli surtout, qui était d'une complexion délicate ; mais ils avaient emporté avec eux des ballonnets remplis de mélanges à 40 et à 70 p. 100 d'oxygène. Toutes les t'ois que l'oppression, le serrement de tète, l'inertie musculaire ou intellectuelle, commençaient à se faire sentir, une inspiration du gaz « vital » Faisait disparaître les troubles et ramenait le bien-être. Aux grandes hauteurs, les aéronautes avaient pris le parti de garder entre les dents les tuyaux de caoutchouc qui correspondaient aux ballonnets.

Enhardis par le succès, Crocé-Spinelli et Sivel repartaient le 13 avril 1875, sur le Zénith, emmenant avec eux Gaston Tissandier, à destination des grandes hauteurs. La provision d'oxygène préparée pour le départ était insuffisante; P. l>ert, informé du fait par correspondance, en avertit les aéronautes; malheureusement, tout était prêt pour le départ ; au lieu de doubler la pro\ ision d'air vital, on se promit simplement de réserver celle qu'on avait pour les plus hautes régions et le moment d'urgonce. Le Zénith quitta Paris à M h. 43 du matin : à 4 h. du soir, il déposait à (aron (Indre) les cadavres de Sivel et de Crocé-Spinelli, asphyxiés, et Gaston Tissandier à peine revenu d'un long évanouissement! Les baromètres témoins indiquaient 'J'i 4 à 'l^'l millimet., c'est-à-dire que le ballon avait atteint l'altitude de 8,600 mèt.

Un trait remarquable du récit fait par Tissandier, c'est l'absence de sensation pénible au moment le plus tl aiigrreux. a Vers 7, .Mm mèt., l'état d'engourdissement où l'on se trouve est extraordinaire. Le corps et l'esprit s'affaiblissent peu à peu graduellement, insensiblement, sans qu'on en ait conscience. On ne souffre en aucune façon; au contraire. <>n éprouve une joie intérieure et comme un effet de ce rayonnement qui vous inonde. On devient indifférent; on ne pense plus ni à la situation périlleuse ni au danger; on monte et on est heureux de monter. Le vertige des hautes régions n'est pas un vain mot. »

y <,iure et causes du mal des altitudes. — Les troubles indiqués dans les récits dont le résumé précède, se répartissent sur les diverses fonctions.

a. Digestion. — La soif exagérée, le dégoût des aliments, la difficulté de déglutition, les nausées et les vomissements sont signalés dans le plus grand nombre des relations. La diarrhée s'est présentée rarement.

b. Sécrétions. — Quelques voyageurs ont accusé la suspension des urines et des excrétions intestinales. Quand, au contraire, la sueur est exagérée, dans l'ascension laborieuse d'une montagne, la rudesse de l'exercice musculaire suffit à l'expliquer.

c. Respiration. — C'est la fonction le plus constamment intéressée. Elle devient fréquente, pénible, anxieuse. L'amplitude des inspirations accompagne-t-elle cette fréquence incontestée ? C'est un point à revoir. Lortet dit non ; Jaccoud et Armieux penchent vers l'affirmative.

d. Circulation. — L'accélération du pouls est également constante. On l'observa même dans les plus modestes ascensions, en le comptant, bien entendu, après un long repos. « Mon cœur allait un train de chemin de

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 323

fer», dit une femme, mistress Henderson. Aux grandes hauteurs, cette accélération du pouls se traduit en battements dans les tempes, en bourdonnements d'oreilles, en palpitations extrêmement désagréables. Armieux est le seul qui indique une diminution des pulsations (à Barèges, 1,270 m.). A l'accélération du pouls s'ajoute l'irrégularité, le dicrotisme, la dépressibilité. Le système veineux accuse la réplétion, l'état congestif. 11 y a des hémorrhagies, moins communes qu'on ne le dit, cependant (P. Bert), par les muqueuses nasale, pulmonaire, intestinale, les conjonctives, le conduit auditif. D'autres fois, en sens inverse, c'est la syncope qui se produit.

e. Locomotion. — La fatigue, l'inertie, le brisement (coup aux (jenuux) se présentent parmi les premiers signes. Et c'est bien à la hauteur qu'est due cette impuissance musculaire, car elle se manifeste môme quand on ne cherche plus à gravir ou qu'il s'agit simplement de porter un fardeau. Mistress Hervey a éprouvé des convulsions, fait rare.

f. Innervation. — La céphalalgie est un phénomène ordinaire. Puis les sens, l'ouïe, le goût, l'odorat et môme la vue, sont plus ou moins obscurcis et affaiblis. 11 y a une grande prostration du corps et de l'esprit, que les voyageurs déguisent sous le nom de somnolence, ou au contraire, une excitation de mauvais aloi se fait jour, comme il est arrivé à des aéronautes.

Ces phénomènes se succéderaient dans l'ordre suivant (P. Bert) : Au début, sensation de fatigue inexplicable, respiration courte, anhélation rapide, battements de cœur violents et précipités ; dégoût pour la nourriture ; puis, bourdonnements d'oreilles, angoisse respiratoire, éblouissements, vertiges, faiblesse croissante, nausées, vomissements, somnolence; enfin affaissement, obscurcissement de la vue, hémorrhagies diverses, diarrhée, perte de connaissance. Telle est la série ascendante des symptômes. La mort en a été parfois la terminaison.

L'insistance dans les mouvements, la course, augmentent l'intensité de ces symptômes; le repos les calme. Le vent, même modéré, les exaspère. Ils sont plus accentués encore dans les points de la montagne où l'air se renouvelle difficilement, les « couloirs », où l'on ne voit plus rien, et il arrive qu'au-dessus de ces passes mal famées les voyageurs se meuvent avec aisance. Tout le monde n'est pas atteint au môme niveau ni au môme degré; quelques-uns échappent une fois, qui souffriront étrangement a une nouvelle ascension, et inversement. Les habitants du pays, les guides mômes, ne sont pas épargnés ; il est arrivé qu'ils fléchissaient plus tôt que les étrangers. Les animaux (chevaux, mules) prennent leur part des accidents. Sur nos Alpes, il faut toucher à la ligne de fusion des neiges pour éprouver le mal des montagnes; dans les Andes, il commence bien au-dessous des neiges perpétuelles ; mais la limite de celles-ci est bien plus élevée dans les Andes qu'en Europe. En général, plus cette limite est haute, plus il y a de chances que l'on tolérera l'ascension à de grandes altitudes.

L'effort fait pour gravir hâte l'apparition du mal de montagnes, mais n'en est pas la source; les cavaliers souffrent plus tard que les piétons, mais ils souffrent; les aéronautes peuvent s'élever impunément à de plus grandes hauteurs que les touristes, mais ils finissent par rencontrer l'altitude où la

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

tolérance prend fin. Chez ceux-ci, la brusquerie de l'ascension compense, d'ailleurs, le bénéfice résultant de la nullité de la dépense de force musculaire. On a aisément remarqué que le mal de montagnes éclate moins vite quand le voyageur est parti d'un lieu déjà élevé, ou que la faible inclinaison des pentes l'oblige à mettre un temps assez long à s'élever à de grandes hauteurs (Himalaya). Les excursions préalables en pays de montagnes confèrent jusqu'à un certain point l'immunité aux Alpinistes pour le jour où ils ont décidé de couronner un sommet.

La cause essentielle, on pourrait presque dire unique, du mal de montagnes, est celle qu'avait merveilleusement entrevue le jésuite Acosta, celle que, de notre temps, Jourdanet a indiquée avec une rare justesse d'intuition physiologique, à la détermination de laquelle il a voué ses travaux et. sa fortune et que, tout récemment, P. Bert, avec l'aide matérielle et morale de Jourdanet, a établie définitivement sur les bases scientifiques de l'expérimentation la plus ingénieuse et la plus hardie. C'est la raréfaction de Vair et, par suite, la diminution de la tension de l'oxygène, l'insuffisance absolue du gaz comburant dans l'air, mais surtout dans le sang, la désoxygénation des globules sanguins, la dépression de la nutrition des tissus et de toutes les fonctions vitales, l'asphyxie. Tout le reste est accessoire, comme la fatigue, le froid; ou bien, c'est la création d'un esprit incomplètement renseigné. Ce dernier cas est celui de certaines théories à couleur scientifique, aussi bien que des conceptions naïves des peuples à l'endroit des esprits malfaisants, des émanations minérales et des fleurs à parfums vénéneux.

Il n'est pas inouï que des savants soient'allés jusqu'à la cime du mont Blanc pour en rapporter une théorie fausse. Lortet qui, en 1869, trouvait que la température du corps humain diminue proportionnellement à la hauteur, pensa devoir attribuer à cet abaissement de température le mal de montagnes. Outre que les observations mômes de ce physiologiste ont été contestées par Forel et par Clifford- Albutt, on devrait, si les conclusions de Lortet étaient justes, ressentir déjà le malaise d'altitude à Chamounix, puisqu'en cet endroit l'acte de marcher lui procurait 1°,7 de refroidissement. D'ailleurs, un exercice violent en plaine consomme également de la chaleur et, pourtant, ne refroidit ni ne rend malade comme l'altitude.

Le mal de montagnes, pourDufour, est une extrême fatigue, provenant de l'épuisement (pour faire delà chaleur et du travail, sans doute) des matériaux ternaires emmagasinés dans les muscles. Pourquoi cet épuisement n'arrive-t-il pas chez les touristes qui se bornent à courir la montagne entre 1,500 et 2,000 mèt., ce qui demande tout autant d'efforts que l'ascension au-dessus de 4,000 mèt.?

Un grand nombre d'auteurs ont cru que la « dépression » atmosphérique portait sur l'extérieur exclusivement, sans que l'intérieur y participât, absolument comme si l'on plaçait une énorme ventouse sur la peau. Or, avec la moindre réflexion, il est facile de s'apercevoir que la dépression en plein air est totale et s'exerce intùs et extra. Donc, pas de défaut d'équilibre sur un point quelconque. Colin (d'Alfort), en supposant que l'expansion des gaz de l'estomac et de l'intestin peut occasionner la mort par refoulement du diaphragme, lorsque la pression extérieure diminue, oublie que le tube digestif est ouvert à ses deux bouts.

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Quelques-uns ont entrevu que la dépression permet l'issue des gaz du sang, la distension par ces gaz et môme la rupture des parois des capillaires. Ce dégagement de gaz n'est nullement impossible avec une dépression suffisante, puisque les physiologistes se servent de la machine pneumatique pour obtenir les gaz du sang ; mais P. Bert estime que ces expériences ne peuvent être comparées avec la dépression progressive et toujours très relative que subissent les voyageurs en s'élevant sur les sommets.

On a, selon P. Bert, accordé beaucoup trop d'importance au rôle de la pression atmosphérique dans la fixation de la tête du fémur à la cavité cotyloïde, quand on a voulu expliquer la fatigue des montagnes par le relâchement de l'articulation coxo-fémorale. Normalement, la pression sur la surface cotyloïde est d'environ 23 kilogr. Et, le membre inférieur n'en pèse que 5 à 6. Or, à 41 centimèt. de pression (mont Blanc), l'atmosphère pèse encore de 11 kilogr. 5. Il faudrait descendre à 19 centimèt. de pression pour annuler le soutien fourni par l'air. A ce degré, on ne voit pas pourquoi les muscles se fatigueraient à manœuvrer le membre; ce qui serait à craindre, ce sont des luxations dans toutes les articulations.

L'idée de Gavarret, que l'activité des combustions organiques, lorsqu'on gravit, entraîne l'accumulation de GO2 dans les tissus et dans le sang, par conséquent un empoisonnement véritable, a eu son moment de vogue. Cependant, il est produit autant de CO2 pour élever le corps de 0 à 2,000 mèt. que pour le monter de 2,000 à 4,000 ; néanmoins, on n'observe pas le mal de montagnes dans le premier cas. En y regardant de près, le surcroît de CO2 produit par l'ascension de 2,000 mèt. est de 65 lit.; mais il faut 6 heures pour gravir ces 2,000 mèt., de Chamounix aux Grands-Mulets, pendant lesquelles, normalement, il s'est formé 132 lit. de CO2 (à raison de 22 lit. par heure). L'augmentation par l'ascension est donc simplement de 4/3. Pense-t-on que l'exercice pulmonaire n'aura pas suffi à exhaler ce surplus ?

De Humboldt dit n'avoir trouvé que 20 p. 100 d'oxygène sur le Chimborazo ; de Saussure prétendait que l'air qui sort des pores de la neige contient moins d'oxygène que l'air libre et, en fait, Boussingault fit une analyse qui ne lui donna que 16 p. 100. Si ce résultat était constant, il ne laisserait pas que de constituer un danger, mais ne provoquerait pas plus le mal de montagnes sur le mont Blanc qu'il ne le provoque en plaine, au mois de janvier, quand la neige couvre la terre. •Ce n'est ni la rareté relative ni même la rareté absolue de l'oxygène dans l'air des hauteurs qui cause l'asphyxie des altitudes. De Saussure avait été préoccupé de cette insuffisance d'oxygène, quand l'atmosphère est réduite à demi-pression ; il avait même, à ce point de vue, émis l'idée, à laquelle il ne croyait peut-être pas, que l'augmentation de fréquence et d'amplitude des inspirations pourrait compenser la pauvreté de l'air. Mais l'ingénieur Payerne, en 1851, fit l'objection suivante : à la pression de 32 centimèt., l'air renferme encore 125 gr. d'oxygène par mèt. cube, soit 100 gr. pour les 800 lit. qu'un adulte respire en une heure. Or, il est prouvé qu'un homme au repos convertit seulement 50 gr. d'oxygène en CO2. En supposant qu'au travail il en convertisse 5 et même 10 gr. de plus, il sera loin d'en manquer dans un lieu où le baromètre accuse 32 centimèt. — La question est donc de prouver que, dans l'oxygène très suffisant qui traverse les poumons, le sang ne prend pas ce dont il a besoin, et de savoir pourquoi il ne le prend pas.

Pravaz, en 1850, avait d'avance accusé « le défaut de pression qui rend la dissolution de ce gaz dans le sang moins abondante ». Mais voilà que des difficultés s'élevèrent sur le point de savoir si la dissolution des gaz dans le sang obéit aux lois purement physiques ou si les affinités chimiques n'interviennent pas quelque-

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

fois dans le phénomène. Gavarret et Longet pensèrent qu'il y a autre chose que les lois physiques; sans cela, le sang des habitants des altitudes « renfermerait moitié moins d'oxygène que le sang des habitants des bords de la mer... » Il s'agissait précisément de savoir ce qu'il en était du sang de ces hommes des hauteurs. On le chercha d'autant moins qu'en 1857 un remarquable travail de Fernet conclut que le volume d'oxygène absorbé à Vétat de combinaison -par les globules est égal à vingtcinq fois le volume qui entre dans le sérum à Vétat de dissolution proprement dite; d'où cette loi, un peu trop absolue pour les prémisses, que les volumes d'oxygène absorbés par le sang sont à peu près indépendants de la pression barométrique. Beaucoup, cependant, comme Leroy de Méricourt, pensèrent que les forces chimiques peuvent suffire à remettre tout en ordre, même aux grandes altitudes.

A vrai dire, ce n'est point ce que l'observation directe avait permis à Jourdanet de constate: en séjournant à Mexico et en étudiant l'état sanitaire des populations qui vivent aux grandes altitudes de l'Amérique tropicale ; le séjour des hauts lieux lui révélait une influence physiologique fâcheuse et tout portait à croire que lacompensation par les affinités chimiques ne se réalisait pas comme la théorie l'avait promis. On n'avait pas songé qu'il faudrait que les ressources de la respiration se prêtassent à l'exercice de la puissance de ces affinités, pour que l'homme en bénéficiât jusqu'aux grandes dépressions barométriques. Or, il ne semblait pas que cette condition si désirable se trouvât remplie. La pression à Mexico est de 5So millimèt. Uti litre d'air qui, au niveau de la mer, pèse 1 gr. 3, ne pèse plus que 1 gr. à cette altitude, renfermant dans les deux cas 20,1 p. 100 d'oxygène. Mais le poids d'un litre d'oxygène, qui est de 299 milligr. au niveau des mers, tombe à 230 milligr. à Mexico. A 16 inspirations de 1/2 litre par minute et, par conséquent, avec la consommation de 480 lit. d'air par heure, cela fait une perte de 33 gr. d'oxygène par heure, ou de 794 gr. par jour (Jourdanet, 1861).

D'ailleurs, l'augmentation de fréquence des inspirations, qui s'observe chez les ascensionnistes, n'existe plus chez les habitants permanents des hauteurs; c'est plutôt le contraire.

Les désordres aigus ou chroniques dus au séjour des altitudes viennent tous de cet amoindrissement de la quantité d'oxygène dans le sang, et employé aux différents actes vitaux. En tête des troubles chroniques, Jourdanet signale une « anémie » habituelle et spéciale, apparente surtout dans le cachet uniforme de médiocre réactivité qu'elle imprime à toutes les maladies des habitants des hauteurs. Le nombre des globules, dans cette anémie, reste invariable, mais les globules sont pauvres en oxygène. Plus tard, l'auteur substitua au terme d'anémie celui d; 'anoxyhémie , qui consacre la distinction contenue dans cette parole devenue célèbre : « Une ascension au delà de 3,000 mèt. équivaut à une désoxygénation globulaire. »

Justement à l'époque où Jourdanet présentait sous un jour très peu favorable le séjour des hauts plateaux du Mexique, une expédition malencontreuse y conduisait l'armée française avec mission d'y faire un autre empire latin. Il se trouvait bien désirable que la science, au moins, ne condamnât pas cette tentative. Les médecins de l'armée allaient naturellement être chargés du contrôle physiologique des observations récentes. On sait ce qu'il advint; cette campagne devait porter malheur à tout le monde. A peine arrivé sur les hauts plateaux, Léon Coindet écrivait à Michel Lévy que la moyenne des inspirations, à Mexico, est de 19 à 20, que les inspirations sont « amples, larges, profondes », que l'équilibre s'établit toujours et « que ce qui a été écrit relativement à l'insuffisance de l'oxygénation du sang sur les altitudes, comme conséquence d'un prétendu ralentissement de la respiration, semble devoir être considéré comme non avenu. » Michel Lévy s'empressa de

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porter cette bonne nouvelle à l'Académie de médecine. L. Coindet, ultérieurement, appuya sa doctrine d'expériences, d'analyses et de calculs, que nous ne rappellerons pas ici; notre infortuné camarade marchait sur un terrain qui ne lui était point familier, commettait des confusions et n'interprétait même pas exactement ses propres résultats. P. Bert termine la critique qu'il fait de ses travaux sur ce point par ces mots très durs : « il ne reste rien, absolument rien, au point de vue chimique, du travail de Coindet. » Gomme atténuation, rappelons qu'un autre médecin de l'expédition du Mexique, Cavaroz, reconnaissait dans le même temps l'insuffisance de la compensation et l'effet débilitant des altitudes.

Les expériences de P. Bert ont commencé en 1871. Il a lui-même résumé ses résultats essentiels dans les propositions suivantes :

« Dans l'air confiné, à des pressions inférieures à celle d'une atmosphère, la mort des moineaux arrive lorsque la tension de l'oxygène est représentée par un chiffre qui oscille entre 3 et 4. » (La tension peut être exprimée, à la pression normale, précisément par le chiffre qui indique la proportion centésimale ; sous des pressions différentes elle devient le produit de la proportion centésimale par le rapport de la pression avec la pression normale, 0 x P

-^q- • A la pression normale, l'air est également irrespirable pour les

moineaux quand il ne renferme plus que 3 ou 4 p. 100 d'oxygène.) Les moineaux en expérience présentent, sous la diminution de pression : 1° l'augmentation du nombre des respirations; 2° l'abaissement de température; 3° des convulsions précédant la mort. D une façon plus générale : « en vase clos, aux pressions inférieures à une atmosphère, la mort survient lorsque la tension 0 X P de l oxygène de l'air est réduite à une certaine valeur qui est constante pour chaque espèce, ou qui du moins oscille dans de faibles limites autour d'une moyenne (4,4 pour les chats adultes; 3,6 pour les moineaux; 2,5 pour les cochons d'Inde; 2,2 pour les chats nouveau-nés). »

Relativement aux gaz du sang, les expériences ont donné cette loi qui a une grande importance en face des résultats de Fernet : « Quand la pression diminue, la quantité des gaz contenus dans le sang diminue également, mais en proportion un peu moindre que celle qu'indiquerait la loi de Ballon; le sang perd ainsi relativement plus d'oxygène que d'acide carbonique. »

La mort des animaux soumis à la dépression en vase clos n'est point due à l'acide carbonique, car il s'en produit d'autant moins que la pression est plus faible. D'ailleurs, dans bon nombre d'expériences, on l'a fait absorber au fur et à mesure de sa production par une dissolution dépotasse. Mais l'air n'est pas totalement dépourvu d'oxygène, quand l'animal succombe ; bien s'en faut; il en reste 12,15 et jusqu'à 17 p. 100. Une seule chose est devenue absolument insuffisante, la tension de cet oxygène.

Dans une série d'autres expériences, on a augmenté la proportion centésimale d'oxygène de l'air employé dans le même rapport que la pression

oxP

diminuait, de façon à maintenir une valeur constante à l'expression—^-;

c'est-à-dire que, pour la pression d'une demi-atmosphère, on composait un air à 2x20,9 p. 100 ou 41,8 d'oxygène. Dans ces condi'ions, l'animal n'é-

328 DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène

prouve aucun trouble. Mais si l'on abaisse la pression sur cet air suroxygéné, la mort arrive néanmoins chez les moineaux lorsque la tension de l'oxygène n'est plus qu'aux environs de 3,6, bien que la proportion d'oxygène dans l'air mortel représente 40 et même 60 pour 100. Inversement, lorsqu'on fait passer de l'oxygène sous la cloche dans laquelle un animal va mourir par suite de la dépression, il se rétablit immédiatement. C'est une expérience facile à pratiquer dans tous les cabinets de physique. P. Bert l'a faite en grand sur lui-même et sur Grocé-Spinelli et Sivel ; l'expérimentateur se plaçait sous la cloche et, en respirant par un tuyau embouché sur un sac rempli d'un air extrêmement riche en oxygène, pouvait supporter sans malaise des dépressions considérables. Dans l'une de ses expériences, P. Bert est arrivé à une pression minima de 248 millimètres, correspondant à plus de 8,800 mètres de hauteur, et il pense qu'il eût pu supporter une dépression plus grande encore. La figure 5 9 représente le dispositif employé.

Fig. 59. — Cloche à dépression.

Les troubles que présentent les animaux dans l'air décomprimé sont les mêmes que ceux des ascensionnistes de montagnes ou des aéronautes. La respiration s'accélère habituellement, surtout quand la victime s'agite, pour se ralentir aux très basses pressions. Quelquefois, elle devient irrégulière. Le pouls augmente de fréquence ; des hémorrhagies nasales et pulmonaires se manifestent, mais assez rarement. Les oiseaux vomissent presque tou-

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jours ; il y a une dilatation peu durable des gaz intestinaux et du ballonnement du ventre ; Xinnervation manifeste son atteinte par l'indifférence d'abord, l'apathie, la stupeur ; quelquefois et vers la fin par des convulsions. La nutrition est enrayée par suite d'une consommation moindre d'oxygène et il se produit moins de GO2; l'excrétion d'urée diminue. La température baisse. — Tous ces phénomènes se rencontrent dans la simple asphyxie.

Prophylaxie. — La plupart des précautions que l'on a prises jusqu'aujourd'hui contre le mal des altitudes, et qui sont, à vrai dire, les plus simples, ne s'adressent guères qu'aux circonstances adjuvantes ; « se prémunir contre le froid, se nourrir convenablement, réduire à leur minimum les efforts musculaires, s'exercer à des ascensions préliminaires et au séjour prolongé dans les régions élevées, aller camper la nuit qui précédera la grande ascension aussi haut que possible, ne point se hâter sur les pentes rapides, couper l'ascension par des haltes fréquentes, manger peu et souvent » (P. Bert). Mais ce ne sont là que des palliatifs ; le but capital à atteindre est de compenser la raréfaction de l'air, l'insuffisance de tension de l'oxygène. L'éminent physiologiste qui avait donné à Grocé-Spinelli et Sivel l'agent de leur salut, s'ils avaient su s'en servir à temps, n'a pas craint de se mesurer avec ce problème, dont la solution permettra aux explorateurs scientifiques d'aller observer sur les plus hautes cimes ; il s'agit d'emporter de l'oxygène, comprimé dans des appareils solides, pour les courtes expéditions ; de se munir de l'outillage nécessaire pour en produire à volonté, quand on séjourne sur les hauts plateaux du Pamir, du Thibet, duLadak. Ainsi, le sommet du mont Everest, la plus haute montagne du globe, ne sera plus inaccessible, puisque ses 8,840 mètres d'élévation correspondent à la pression de 248 millimètres, qu'un homme de courage a supportée sans encombre.

Habitants des hauteurs. — Des être vivants, plantes, oiseaux, quadrupèdes, familles humaines, peuplent des régions très élevées des deux Mondes. De même que le niveau des neiges perpétuelles s'abaisse de l'Équateur aux pôles, de même les animaux, et les végétaux dont ils vivent, affrontent des altitudes de plus en plus considérables à mesure qu'on passe des contrées tempérées aux latitudes tropicales. Nous n'avons, en France, qu'un village au-dessus de 2,000 mètres ; dans l'Amérique centrale et méridionale, des millions d'hommes vivent à pareille hauteur.

En Europe, Saint- Véran, dans les Hautes-Alpes, et Soglio, dans les Alpes Rhétiennes, deux pauvres villages, à 2,050 mètres, sont les points les plus élevés où l'homme séjourne en permanence. On ne saurait guères ranger parmi les centres de population les hospices des Alpes, comme le Grand- Saint-Bernard (2,470 mètres), où des espérances spéciales retiennent quelques moines pendant un petit nombre d'années.

Dans les montagnes Rocheuses, Central-City est à 3,460 mètres sur les flancs de Long's Peak.

Mais, plus au sud, en Amérique, un grand nombre de villes importantes sont bâties à plus de 2,000 mètres d'altitude : Mexico (2,290 m.), Santa- Eé de Bogota (2,560 m.), Quito (2,910 m.) avec 60,000 habitants, Cuzco

DE L'ATMOSPHÈRE

(3,470 m.), Micuipampa (3,620 m.), La Paz (3,720 m.), Puno (3,920 m.), Tacora (4,170 m ), Potosi, qui eut autrefois plus de 100,000 habitants, (4,165 m.), Portugalete (4,290 m.), Gerro de Pasco (4,350 m.). Au Pérou et en Bolivie, la plus grande partie de la population habite au-dessus de 3,000 mètres. Des villages, des métairies, sont à des niveaux plus élevés encore que les villes. L'homme se livre néanmoins, sur ces hauteurs, à des manifestations de force et d'activité; il y a des mines en exploitation à Chouta (4,480 m.), à Huancavelica (4,655 m.), à Villacota (5,042 m.), selon Pissiz. Un chemin de fer, d'Aréquipa à Puno, traverse la Cordillère à 4,460 mètres de hauteur; celui du Callao à la Oroya présente à son point culminant un tunnel situé à 4,760 mètres.

Les habitations permanentes dans l'Himalaya ne sont pas à de moindres hauteurs. La capitale du Thibet, Leh, est bâtie à 3,505 mètres; Muglab, Kibar, à 4,150 mètres et 4,220 mètres, d'après les frères Schlagintweit. Le village de Ghushul, le plus élevé de l'Himalaya, est à 4,390 mètres, le monastère boudhique de Hanle, à 4,610 mètres. Il y a des villages plus élevés encore, qui ne sont habités que dans la belle saison. En été, les troupeaux vont paître jusqu'à 5,000 mètres. Le Mirza, envoyé au Thibet en 1869, signale même un village, Thok-Djalank, à la hauteur extraordinaire de 4,980 mètres.

A ces hauteurs, l'homme n'est pas moins entouré de nombreux animaux privés ou sauvages, de yaks, de lamas, d'oiseaux, d'insectes. Le condor plane hardiment jusqu'à 7,000 mètres, c'est-à-dire jusqu'aux environs de la dépression à 31 centimètres, à laquelle les oiseaux de nos pays, y compris les rapaces, titubent, vomissent, etc. Il est vrai que, dans les parages fréquentés par les grands vautours, les pâturages où vivent les troupeaux qui doivent fournir à leur nourriture sont déjà élevés de 2 ou 3 mille mètres. Les chats paraissent supporter moins bien que la plupart des autres mammifères le séjour des hautes altitudes. Il faut dire que les chevaux et les mules des hauts plateaux ont bien moins de force et de fond que ceux de la plaine ; Jourdanet nous apprend que lorsqu'on voulut introduire à Mexico des courses de chevaux, ce divertissement cher aux races espagnoles tourna en une joûte dérisoire. Gastelnau avait reconnu la même physionomie aux combats de taureaux essayés à la Paz.

Il est d'un incontestable intérêt de se rendre compte de l'état physiologique et des chances de santé ou de maladie de ces habitants des hauteurs. Ceux-ci représentent des peuples entiers ; les ascensionnistes et les aéronautes ne forment que des individualités. A la rigueur même, l'hygiène ne doit ses soucis qu'à celles de ces ascensions qui ont en vue quelque problème scientifique.

A 76 centimètres de pression, l'homme a 20 volumes d'oxygène dans son sang artériel et 12 dans son sang veineux : à 48 centimètres (La Paz) ou, sur tout, 44 centimètres (Gerro de-Pasco), il n'en a plus que 16 ou 14 volumes dans le sang artériel et 8 ou 6 dans le sang veineux, au moins théoriquement. Est-il possible que, par l'effet de la résidence et de l'habitude, les habitants des hauts plateaux arrivent à extraire, pour les combustions or-

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ganiques, de ces 14 ou 16 volumes d'oxygène, la même quantité (8 vol.) qu'un homme de la plaine trouve dans ses 20 volumes? Gela paraît, peu probable. L'augmentation de fréquence des inspirations n'y suffirait pas ; elle est d'ailleurs impossible au taux que le calcul indique comme nécessaire pour la compensation, et, en fait, cette augmentation n'a pas lieu, c'est plutôt le contraire (Jourdanet). L'exagération d'amplitude des respirations ne serait pas davantage d'une efficacité absolue; elle est, du reste, encore moins démontrée que l'augmentation de fréquence. Les créoles, dit Jourdanet, ne modifient pas leurs formes en passant de la plaine sur les hauteurs; leur poitrine reste la même qu'en bas. Coindet n'avait pas été frappé du développement thoracique des Indiens; Yivenot (de Vienne) a, au contraire, remarqué que la poitrine se dilate dans l'air comprimé. Les Indiens ont un rapport thoracique considérable, c'est-à-dire que leur périmètre thoracique est grand par rapport à la taille ; avec lm,60 ou lm,63 de taille, ils ont, par exemple, 0m,89o de circonférence thoracique. Mais c'est affaire de race; ils ont les cuisses et les jambes courtes (d'Orbigny) et ceux de la plaine présentent cette conformation aussi bien que ceux de la montagne.

Si l'homme des hauts plateaux s'appropriait la même quantité d'oxygène que celui d'en bas, il brûlerait la même quantité de carbone, produirait le même poids de GO2, et la proportion centésimale de celui-ci, en volume, dans l'air expiré, augmenterait en raison inverse de la pression. A Guzco, elle augmenterait d'un tiers et, au lieu de 4,3 au niveau des mers, deviendrait 6,5; à Mexico, elle serait de 5,6. P. Bert ne regarde pas comme démonstratives les observations faites jusqu'aujourd'hui à ce sujet, tout en pensant que très probablement l'intensité des combustions respiratoires a diminué. Cependant, rien qu'à prendre les résultats de Goindet, qui en concluait le contraire, il n'est brûlé que 9 grammes de carbone par heure, à Mexico, au lieu des 11 à 12 grammes qu'Andral et Gavarret ont donnés comme étant la moyenne des adultes sous la pression ordinaire. Jourdanet, qui a constaté que le chiffre de 9 grammes de carbone brûlé ne peut être atteint que par les respirations de choix, estime que l'on ne saurait parvenir à respirer 12 litres par minute, à Mexico, même quand on en aurait l'intention formelle, et que la proportion de GO2 dans l'air expiré reste à 4,52 p. 100.

Pourtant, il y a incontestablement un acclimatement relatif. Considérant que, dans l'état habituel des choses, au niveau des mers, nous consommons plus d'oxygène qu'il n'est nécessaire pour nos fonctions et que 582 calories par jour sont perdues par simple évaporation cutanée, P. Bert émet l'hypothèse que la nutrition se modifie, chez les habitants des hauteurs, de façon à éviter cette perte, qui se convertit en une fixation par l'économie. Dans le travail, nous produisons une chaleur dont il n'est utilisé que 18 à 20 p. 100; une quantité énorme doit nous en être enlevée par la sueur; peut-être que les gens des hauts plateaux arrivent, par acclimatement de race plutôt que d'individu, à posséder une machine mieux réglée, qui utilise 30 à 40 p. 400, par exemple, de la chaleur produite, et par consé-

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

quent leur permette une même dépense dynamique avec une absorption d'oxygène — et aussi d'aliments — beaucoup moindre.

Nous aurions ainsi l'explication des batailles du Pichincha et d'Ayacucho, des danses à Quito et des travaux de mines et de chemins de fer au flanc des Andes. Il est vrai que notre espèce est remarquablement batailleuse, qu'il est difficile d'imaginer une situation dans laquelle les dames (Espagnoles surtout) perdent l'envie de danser, et qu'en définitive le principe : « tout est relatif », trouve son application dans les déploiements de force et d'activité, comme en d'autres occasions. Quant à la tolérance du condor pour la décompression considérable et brusque, c'est encore un fait particulier non expliqué.

Les conséquences de l'apathie et de la faiblesse physique et morale des habitants des hauteurs semblent à Jourdanet être d'une grande portée. Il y voit la principale raison de l'asservissement des Thibétains par les Chinois, des Abyssins par les Gallas ; la raison pour laquelle la famille Indo- Latine du Haut-Mexique, naturellement douce et pleine d'avenir dans la paix, est incessamment menacée par les bandes audacieuses de la plaine et par* les Anglo-Saxons des États-Unis. 11 fait remarquer la triste instabilité politique des Républiques des Andes, vis-à-vis du développement régulier du Brésil, de la Plata, du Chili, où la population est groupée aux bas niveaux.

Par ailleurs, il insiste sur cette singularité qu'un état morbide, l'anémie, devient l'état physiologique des habitants des hauteurs et imprime un cachet uniforme à toutes leurs maladies. Les maladies inflammatoires à types aigus ne sont pas rares sur TAnahuac ; mais les réactions vives y sont peu durables ; elles font place à l'adynamie ataxique ou typhoïde. La pneumonie y est doublement redoutable par sa fréquence et par le tribut de mortalité dont elle est l'occasion ; elle prend surtout des caractères adynamiques et se complique souvent d'un état asphyxique mortel. Les inflammations chroniques y sont rares, comme si les faibles ressources de la nutrition ne pouvaient suffire à prolonger l'état inflammatoire. Les enfants sont difficiles à élever, malgré l'égalité du climat; il en meurt 33 p. 100 dans la première année, de méningite, de fièvres éruptives ou d'affections aiguës de poitrine. Les fièvres éruptives sont meurtrières même pour les adultes. Les affections graves se compliquent volontiers d'hémorrhagies pétéchiales ; mais, selon Jourdanet, il faut remarquer soigneusement que la dépression atmosphérique et le séjour des hauteurs ne sollicitent point les hémorrhagies, tandis qu'ils favorisent la stase veineuse et l'état congestif (du foie, par exemple), par une sorte de paresse de la circulation. La Verruga du Pérou, qui d'ailleurs ne s'observe pas au Mexique, serait une tuméfaction vasculaire due à çe mécanisme et donnant lieu à des écoulements sanguins dangereux.

« Le typhus s'insinue sans obstacle et travaille sans résistance » sur le plateau mexicain. En revanche, celui-ci est réfractaire à la fièvre jaune et les cas de vomito importés sur les hauteurs restent stériles.

Les hauts-plateaux américains jouissent, bien entendu, d'une remarquable immunité vis-à-vis de la phthisie. Il en est ainsi des hauteurs de

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l'Abyssinie (Hirsch), de celles de la Perse (Wagner et Polak), des plateaux de l'Himalaya (Hirsch, Schnepp), des Cordillères, Pérou, Bolivie, Équateur (Guilbert). Yillemin, comme on sait, n'attache aucune importance en ceci aux propriétés de l'atmosphère ; la phthisie partage, selon lui, cette antipathie pour les hauteurs avec les maladies zymotiques et ce fait prouve qu'elle-même est une de celles-ci. Or, cette prétendue loi est fortement entamée par la prospérité du typhus et des fièvres éruptives à Mexico, ainsi qu'il vient d'être dit.

En terminant ce paragraphe, nous devons mentionner l'idée émise par P. Bert que la respiration dans l'air comprimé, employée méthodiquement, pourrait rendre des services aux habitants des grandes altitudes.

Thérapeutique par l'air raréfié, — Par contre, et indépendamment de la prophylaxie et de la cure de la phthisie par le séjour sur les hauteurs, Hanke (de Vienne, 1870), Waldenbourg (1873), Stœrk, Cube, Treutler, Hœgyes, R. Lépine (1875), ont appliqué l'air raréfié au traitement des maladies du poumon et du cœur. L'expiration dans l'air raréfié accroît le volume de l'air expiré, c'est-à-dire augmente la ventilation pulmonaire et facilite l'expulsion de GO2 ; elle congestionne le poumon et, par là, désemplit la grande circulation. Elle est donc favorable aux emphysémateux. On a, du reste, associé l'inspiration dans l'air comprimé à l'expiration dans l'air raréfié.

Bibliographie. — Bocguer : Relation abrégée du voyage fait au Pérou par MM. de V Académie royale des sciences, etc. (Mém. de l'Acad. des scienc. de Paris, 1744. — Saussure (Horace de) : Voyage dans les Alpes. Genève, 1786-1796. — D'Orbigny : Voyage dans l'Amérique méridionale. Paris, 1835-1847. — Boussingault : Ascension au Chimborazo (Annal, de Chimie, LV1II, 183a). — Jacquemont (Victor) : Voyage dans l'Inde pendant les années 1828 à 1832. Paris, 1841. — Hervey (Mistress) : The adventures of a Lady in Tartary, Thibet, China and Kashmir. London, 1853. — Meyer-Ahrens : Die Bergkrankheit. Leipzig, 1854. — Schlagiintweit (Hermann, Adolph and Robert de) : Besults of a scientific mission to India and High Asia. Leipzig and London, 1861-1866. — Jourdanet : Le Mexique et l'Amérique tropicale; climat, hygiène et maladies. Paris, 1864. — Coindet (Léon) : Lettres à Michel Lévy (Gazette liebdomad. de méd. et de chir., 1863). — Du même : Études statistique* sur le Mexique (Ibid. 1864). — Du même : Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgical. Paris, 1867. — Cavaroz : De la respiration sur les hauts j lateaux de l'Anahuac (Recueil de mém. de méd. milit., 3e s., XIV, 1866). — Leroy de Méricourt : Altitudes (Dictionn. encycl. des scienc. méd. 1866). — Gavarret : Atmosphère (Ibid. 1867). — Loisget : Traité de physiologie, 3e éd. Paris, 1868. — Lortet : Deux ascensions au mont Blanc en 18(i9. Becheixhes physiologiques sur le mal des montagnes (Lyon médical, 1869). — Fokel : Expériences sur la température du corps humain dans l'acte de l ascension des montagnes (Bull, de la soc. méd. de la Suisse romande. Genève et Bâle, 1871). — Glifford-Albutt : The effect of exercise on the bodily température (Journal of Anatom. and Physiolog. 1872). — Dufour : Sur le mal des montagnes (Bull, de la société méd. de la Suisse romande, 1874). — Jourdanet : Influence de la pression de l'air sur la vie de l'homme. Paris, 1875. — Bert (Paul) : La pression barométrique . Paris, 1878. — Ces deux derniers ouvrages résument essentiellement tous ceux dont l'indication précède et de nombreuses monographies de Jourdanet et de P. Bert eux-mêmes.

Compression à plusieurs atmosphères. — Cet article appartient incontestablement à I'hygiène professionnelle. 11 était, pourtant, difficile de ne pas mettre en regard des considérations relatives à la dépression atmosphérique celles qui ont trait à l'augmentation de la pression barométrique. Nous cédons à cette exigence, tout en reconnaissant le double emploi qui va en résulter, nous proposant de l'amoindrir

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

en nous bornant à un simple renvoi lorsque l'hygiène spéciale nous ramènera sur ce point.

Vair comprimé est employé usuellement dans deux circonstances : 1° à l'occasion de travaux que des ouvriers doivent exécuter sous l'eau, ou dans toute autre condition qui ne permet pas la libre communication avec l'atmosphère normale; 2° comme moyen thérapeutique.

a. Travail dans Vair comprimé. — Il y a une cinquantaine d'années, on descendait

encore des ouvriers au fond de l'eau à l'aide d'une cloche à gradins intérieurs, lourdement lestée, dans laquelle l'air se comprimait de lui-même par le poids de la cloche et l'ascension de l'eau dans l'intérieur de celle-ci. Cet incommode et dangereux appareil est aujourd'hui complètement abandonné.

C'est à l'ingénieur français, Triger (1839), qu'est due la précieuse invention de l'emploi de l'air comprimé à de hautes pressions pour le forage des puits ou le fonçage des piles de pont (P. Bert). La première application du procédé eut lieu en vue de l'exploitation du terrain houiller de la Haye-Longue (Maine-et-Loire), recouvert d'alluvions que traversaient les eaux de la Loire et où l'on ne pouvait songera épuiser l'eau qui envahissait les puits et les galeries. Triger conçut l'idée de repousser cette eau par de l'air insufflé de la partie supérieure du puits, de telle sorte que les ouvriers, travaillant à sec au fond, dans l'air comprimé, pouvaient oblitérer les voies d'eau par des voûtes en maçonnerie.

La méthode fut bientôt imitée dans les mines de Douchy (Nord) par l'ingénieur Blavier. Les docteurs Pol et Watelle apprécièrent les conséquences physiologiques qui en résultaient pour les travailleurs.

En 1851, le procédé du tube de fonte, descendu au fond de l'eau et

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