CHAPITRE III
DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES
Les abris et le vêtement, au point de vue de l'hygiène, se rattachent étroitement aux circonstances atmosphériques», dont l'étude précède ; celui-ci et ceux-là ont, en effet, pour but de faire échapper l'homme, le plus possible, aux incidents nuisibles ou désagréables des oscillations incessantes de l'atmosphère, quant à ses propriétés physiques.
L'habitation se relie d'une autre façon encore à la constitution de l'atmosphère. Il est à supposer que les premiers humains, lorsqu'ils s'abritaient dans le creux des arbres, dans des cavernes, sous des huttes improvisées, ne cherchaient pas autre chose qu'une protection contre les accidents de la météorologie, et aussi contre les animaux féroces ; depuis lors, l'abri de nécessité est devenu une habitude et un objet agréable; d'accidentel qu'il était, son usage s'est fait permanent ; il a, peu à peu, retenu d'une façon indiscontinue les faibles de la famille, les femmes et les enfants; puis, les objets et les denrées nécessaires à la vie, réunis par la prévoyance du maître ; puis, des travailleurs, dont l'œuvre ni les outils ne pouvaient être exposés aux vicissitudes atmosphériques; puis, des malades, encore moins capables de tolérer impunément le froid ou le chaud, les vents et la pluie.
générale.] CHOIX ET PRÉPARATION DU SOL DES HABITATIONS.
Bref, le tronc d'arbre creux des premiers âges, la caverne des troglodytes (il en existe encore dans les faluns de la Loire, près de Tours), se sont transformés en maisons, en hôtels, en palais, en casernes, en ateliers, en hôpitaux. C'est ce que nous appelons aujourd'hui « l'habitation ».
Mais, du moment que l'on y séjourne, l'abri se présente sous un nouvel aspect. Ce n'est plus seulement un appareil destiné à nous rendre presque indifférentes les propriétés physiques de l'atmosphère; c'est un espace limité, plus ou moins clos, dans lequel la vie même des habitants modifie puissamment la constitution chimique (c'est-à-dire physiologique) de l'air, et fait surgir tout d'un coup une question énorme, celle des altérations de l'air dans l'habitation et des moyens de les éviter ou tout au moins de les maintenir au degré compatible avec la santé.
L'idéal de l'habitation serait, évidemment, une création qui soustrairait l'individu, la famille ou les groupes, à l'action des propriétés physiques de l'atmosphère, dans la mesure convenable et rien que dans cette mesure ; en même temps qu'elle permettrait aux intéressés de jouir de l'intégrité parfaite des propriétés chimiques et biologiques de l'air. Toute l'hygiène de l'habitation est là : trouver les moyens de satisfaire à cette double exigence, ce sera résoudre le problème ; et les développements dans lesquels nous allons entrer seront constamment dominés par le souvenir de ces deux objectifs inséparables.
Nous commencerons, il est vrai, comme la plupart des hygiénistes, par le choix et la préparation du sol, en vue des habitations. Ce n'est pas nous écarter sensiblement de la préoccupation capitale. Le sol a des influences de contact, qui sont directes ; mais celles de ses influences de contact, qui sont le plus décisives (humectation de l'air, émanations gazeuses, or^ ganiques) sont indirectes et n'agissent que par les propriétés qu'elles communiquent à l'air des habitations. Les premières s'effacent devant celles-ci. Les conditions du sol prennent encore leur importance d'une autre source; elles règlent la façon et le degré dont le sol recevra les souillures provenant de l'installation humaine, et que le sol pourra renvoyer par l'eau aux habitants. Mais il est clair que ceci est une conséquence ; c'est la présence et le mode d'inslallation des demeures humaines qui provoquent ces souillures ; théoriquement, elles peuvent être évitées ; pratiquement, on s'efforce de les supprimer. D'ailleurs, quoique, par un véritable cercle vicieux, ces souillures du sol déprécient positivement, à leur tour, l'atmosphère des habitations, il n'y a plus lieu de joindre au chapitre actuel les considérations relatives à l'altération que peuvent subir de leur parties eaux alimentaires.