‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 63 sur 267 · SO., NE · texte numérisé non relu

SO., NE

Comme nous l'avons dit précédemment, la moyenne thermique indiquée est toujours un peu trop forte et le chiffre d'eau tombée trop faible.

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Un vice capital de la division classique, mais déjà vieille, qui est reproduite ci-dessus, c'est de laisser croire que les zones territoriales, auxquelles il semble que soient affectées les désignations climatiques, se touchent et se continuent l'une par l'autre, de telle sorte que ces cinq climats embrassent toute la France. Or, le climat du plateau central, le climat des Alpes, le climat de la presqu'île Armoricaine, ne se rattachent légitimement à aucun des cinq types traditionnels. Il ne serait que strictement juste d'ajouter à la liste : un climat Breton, un climat Auvergnat, un climat Alpestre, et peutêtre d'autres encore.

Malgré ses titres incontestables à représenter le type des climats tempérés, la France subit de temps à autre de longs et rigoureux hivers pendant lesquels le thermomètre descend à des degrés qui rappellent les régions polaires; l'année 1879-1880 en est un exemple. Le 9 décembre 1879, le thermomètre marqua — 25°, 6, à une heure du matin et, à 8 heures, — 28° sur la neige, à l'observatoire de Saint-Maur. Le froid fut général et s'étendit jusqu'à notre Midi. Du reste, à des dates qui ont été conservées, ce beau climat Méditerranéen a vu de véritables désastres causés par l'hiver. En 1507, la mer se prit dans le port de Marseille; le 11 décembre 1560, les charrettes traversèrent le Rhône sur la glace. En 1709, les oliviers périrent par la gelée ; on observa le minimum — 16° à Montpellier ; le même chiffre est encore noté dans cette ville, le 21 janvier 1855 et le 31 décembre 1870. Dans ces circonstances, beaucoup d'arbustes exotiques, qui, en France, ne vivent en pleine terre qu'à Montpellier (Caroubier, Laurier-rose, Grenadier, Laurier-tin, Ciste, etc.) gèlent jusqu'aux racines. Il n'est pas très rare d'observer 30 à 40 jours consécutifs de gelée ; dans l'hiver de 1829-1830, du 17 novembre au 15 mars, on en compta 77. En 1819-1820, la vigne gela partout et l'on dut couper les ceps à ras de terre. Le 3 février 1830, on observait, à Mulhouse, — 28°, 1.

Par contre, les maxima atteignent dans certaines années des chiffres non moins surprenants dans un autre sens. En juillet 1830, de Gasparin note, à Orange, le maximum 40°, 2, qui n'est pas commun même en Algérie. A Paris, le thermomètre marqua 40° en 1720 ; 40°, le 26 août 1765 ; 39°4, le 14 août 1773; 38°4, le 9 juillet 1874 (à Montsouris). En admettant même, ce qui est probable, que les indications des instruments soient un peu élevées, il n'en reste pas moins acquis que, dans cette seule année 1830, le thermomètre parcourut en France plus de 68 degrés, ce qui est assurément extraordinaire pour une région que l'on dit être une tempérée modèle. Les moyennes mensuelles pour juin, juillet, août, atteignent fréquemment de 19 à 23° à Paris, de 23 à 27 ou 28 degrés à Alais.

Indépendamment des effets directs et immédiats du froid ou du chaud sur l'économie humaine (Voy. plus haut, p. 270), il suffit de signaler ici les conséquences venues aussi du froid, par l'intermédiaire de son action sur la nature en général, débâcles et embâcles des fleuves, destruction des quais, des habitations, anéantissement plus ou moins complet des récoltes, mort d'arbres ou d'arbrisseaux productifs, vigne, oliviers ; ou de la chaleur, par un mécanisme inverse, dessèchement du sol et des eaux,

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arrêt de développement des herbes et des céréales, récoltes insuffisantes, disettes.

Influences biologiques des climats. — 1° Les plantes. — La fixité des végétaux, qui ne peuvent, comme les animaux (les oiseaux surtout) se transporter d'année en année, ou de saison en saison, dans les conditions atmosphériques qui leur conviennent, devait faire penser, au premier abord, que la flore de chaque contrée serait une expression exacte du climat de cette région et pourrait servir à le différencier de celui d'autres zones. « Les plantes ne choisissent pas leurs conditions, dit A. de Candolle, elles les subissent ou elles meurent. » C'est sur ce principe qu'est basée la distinction de seize formes végétales, rapportées à autant de zones terrestres, indiquée par de Humboldt ; la même idée a inspiré les grands travaux de Géographie botanique des deux de Candolle.

Le climat, par la température et l'humidité, domine, en effet, généralement l'ensemble des conditions qui règlent la distribution géographique des plantes à la surface du globe, et les palmiers, les grandes malvacées, distinguent la zone chaude; les chênes, ormeaux, hêtres, la zone tempérée; les conifères rabougries et les lichens, la zone froide, tout aussi bien que les moyennes thermiques. De même, dans' chaque zone, les végétaux accentuent particulièrement la division si naturelle des climats continentaux, marins, de montagnes. A vrai dire, les botanistes voient en ceci quelque autre chose encore que les influences météorologiques ; il y a là un ensemble de circonstances décisives qui constituent Yhabitat.

Mais deux faits, que les modernes ont expressément signalés, modifient largement cette loi fondamentale des rapports de la flore avec le climat. Le premier, sur lequel insiste H. Bâillon, c'est la subordination de la vitalité et même de l'existence de chaque espèce végétale à la constitution chimique des terrains. Le froment et la vigne ne vivent pas dans les terrains primitifs (siliceux); on doit s'y borner au seigle et à l'avoine. Le châtaignier ne prospère qu'en terrain siliceux et le noyer qu'en terrain calcaire. Beaucoup de plantes appartenant au terrain jurassique ne se trouvent jamais dans les terrains primitifs, à climat égal d'ailleurs. Peut-être que des incidents assez étrangers à la météorologie, le sel dans le sol ou dans l'air par exemple, sont aussi la raison capitale de l'aspect particulier de la flore des bords de la mer. Un autre fait, de très large portée et capable d'entraîner à de singulières illusions, est ce qu'on peut appeler la malléabilité vitale, ou le cosmopolitisme de certaines plantes. Les Taraxacum, Capsella bursa pastoris, Thymus serpyllum, croissent partout. Des plantes, transportées à dessein ou par hasard loin du climat de leur patrie, se développent et prospèrent étonnamment sous le ciel nouveau : la Jussiaea grandiflora, apportée d'Amérique à Montpellier, YAnacharsis alsinastrum du Canada, qui est aujourd'hui la « peste des eaux » dans les rivières de Prusse; YElodea Canadensis et le Stratiotes aloides (Hydrocharidées), qui déplacent, dans le département du Nord, les plantes palustres indigènes (Alf. Giard). Centaurea solstitialis, Ammi majus, Barkhausia setosa, plantes du Midi, s'intro-

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— MÉTÉOROLOGIE

duisent dans la même région avec la semence de luzerne que le commerce y apporte. Les Espagnols autrefois y ont acclimaté, sans y songer, des végétaux de leur pays et les guerres, en déplaçant les masses armées, en mêlant les peuples, ont bien souvent aussi rompu les frontières des flores partielles de climats. Il faut dire que les plantes ainsi dépaysées se perpétuent souvent autrement que par la maturation des graines, par drageons spécialement; elles fleurissent quelquefois, mais les ovules n'arrivent pas à maturité.

Les céréales et surtout le blé se distinguent par une extraordinaire complaisance vis-à-vis des conditions climatiques; c'est au point qu'on ne sait aujourd'hui de quels parages le blé est originaire. Elles mûrissent jusque sous la moyenne de 7 à 8°, en Suède, en Norwège ; à 900 mèt. et même à 1,100 mèt. d'altitude dans les Alpes sur le versant nord, à 1,500, 1,900 mèt. sur les pentes sud, et à 3,400 mèt. dans les Andes de Colombie. 11 est vrai que l'homme abrite les graines pour l'hiver et s'arrange, dans la semaille, de façon à ne pas exposer les jeunes plantes à geler.

La vigne elle-même se laisse cultiver à 500 ou 600 mèt. sur les flancs des Alpes; à 1,000 mèt. au pied du mont Rose, à la condition d'être tournée du côté du Midi. Elle n'a pas besoin de climat constant et précisément toute la portion nord-ouest de la France, qui jouit du climat maritime, reste étrangère à la culture de la vigne. Elle supporte bien le froid et donne des produits très passables, dès que la moyenne de l'été atteint 18° et qu'elle peut recevoir assez de chaleur et de lumière pendant le temps d'activité de sa végétation. Une moyenne annuelle supérieure à 20° lui est antipathique.

Les végétaux des Hautes-Alpes, lorsque leurs graines sont entraînées en bas par les torrents, se plaisent bien dans les plaines de la Suisse. Tels sont : Pyrethrum Alpinum, Lepidium Alpïnwn, Linaria Alpina, etc. En revanche, les végétaux spontanés d'en bas montent malaisément. En Suisse, il n'y a plus guère d'arbres fruitiers à 880 mèt. Les noyers disparaissent à 800 mèt., le châtaignier à 780 mèt. Les hêtres s'arrêtent à 1,300 mèt., l'épicéa à 1 ,800 mèt. Les bouleaux, sur le Caucase, à 2,360 mèt. En Laponie, c'est le dernier arbre que l'on rencontre dans la direction du pôle; il disparaît à cette latitude, à la hauteur de 585 mèt. Dans les Alpes, au-dessus de la région des forêts, on trouve celle des pins rabougris, des rhododendrons, des saules herbacés, des aunes, des genévriers. Puis, il n'y a plus que des herbes : androsaces, carnillet, saxifrages, gentianes, alchémilles, renoncules. Ces plantes évitent en quelque sorte de s'élever en hauteur et de s'exposer à l'air froid de la montagne ; elles s'étalent, comme pour se rapprocher du sol, et entrelacent leurs tiges pour diminuer la perte de chaleur. Elles se distinguent encore par l'éclat de leurs fleurs ; ce qu'elles doivent probablement à la transparence et à la luminosité de l'air, qui permet l'arrivée plus intégrale des rayons du soleil jusqu'au sol.

Ch. Martins a mentionné un certain nombre d'arbustes qui, en France, vivent en pleine terre sous le climat méditerranéen exclusivement (Montpellier), mais y gèlent jusqu'aux racines dans quelques hivers rigoureux ; ce sont des restes de la flore tertiaire, plantes exotiques par leurs caractères

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botaniques, dépaysées chronologiquement; ainsi, le caroubier [Ceratonia siliqua), le laurier-rose (Nerium ohander), le myrte [Myrtus communis), le laurier d'Apollon (Laurus nobilis), le grenadier, le figuier, le pistachier, le laurier-tin, le chêne vert, le ciste de Montpellier. Ces végétaux tendent à disparaître de la végétation spontanée de France ; le dernier palmier-nain {Chamœrops liumilis) de pleine terre est mort en 1841, à Beaulieu, près de Nice.

Le noyer, le châtaignier, sont probablement aussi dépaysés dans nos climats. Le marronnier d'Inde l'est également, mais c'est un exemple remarquable du tempérament malléable de quelques végétaux; il fut un temps où les jardiniers le cultivaient avec précaution dans les serres ; c'était un arbuste. On le transporta à l'orangerie, puis en pleine terre, et il se montra l'arbre puissant que l'on connaît.

Les palmiers-dattiers ne portent pas de fruits en deçà de l'isotherme de 20°. On en voit de très beaux à Toulon et à Alger, mais qui sont stériles.

Au-dessus des dernières herbes, sur la montagne, la vie végétale n'a pas encore dit son dernier mol ; elle y est manifestée par de nombreux lichens. Agassiz en a trouvé cinq espèces au sommet de la Jungfrau (4,175 mèt.). Ch. Martins et Bravais en ont vu les analogues au Spitzberg.

Plantes climatomètres. — Non seulement les espèces végétales traduisent le climat par leur présence ou leur absence, mais encore des espèces identiques révèlent les nuances distinctives de zones climatiques, voisines les unes des autres, par les différences de date de leurs phases de végétation. Si l'on adopte, par exemple, pour une même zone climatique ou pour un pays particulier, comme la France, une série peu nombreuse de plantes vulgaires, croissant partout, comme la primevère [Prîmulaveris), la pâquerette (Bellis perennis), le groseiller épineux (Ribes grossularia), le sureau (Sambucus nigra), l'aubépine (Cratœgus oxyacanlha), l'alaterne {Rhamnus alaternus), etc., et qu'on les soumette à une observation régulière et continue, la date d'apparition et le mode de succession des principales phases de développement : bourgeons, premières feuilles, boutons floraux, floraison, formation du fruit, maturité de la graine, chute des feuilles, permettront des comparaisons intéressantes entre le caractère et les allures du climat de chaque localité où de pareilles observations auront été suivies. Cette méthode a été l'objet d'applications partielles et mériterait de recevoir quelque extension.

2° Les animaux. — P. Bert a proposé la répartition des animaux caractéristiques en huit zones, dont les traits essentiels relèvent du climat, mais dont quelques-uns ne dépendent apparemment que de circonstances géographiques ou géologiques :

j. Zone polaire arctique, limitée par le 60e degré de latitude. Pas de chéiroptères ni de pachydermes. Ours blanc, renne, ovibos, isatis, zibeline, glouton. Baleines.

2. Zone de V Amérique du Nord, jusqu'au 30e parallèle. Chéiroptères; point de pachydermes, de camélidés, de moschidées ni de mangoustes. Loup rouge, bison, marmottes, renards, martres, mouflons, antilopes, élans.

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3. Zone de V Amérique centre et sud. — On n'y rencontre pas : lémuriens, insectivores, hyènes, éléphants, rhinocéros, bœufs, chèvres, moutons, antilopes, chevrotains, monotrèmes. — Les caractères positifs sont marqués par des singes spéciaux (ouistitis, hurleurs, atèles, sajous); des rongeurs non claviculés (myopotame, chinchillas, agoutis, pacas, cobayes, cabiais), lamas, vigogne, tapir, pécaris (représentant des pachydermes), le fourmilier, le tatou, l'aï, etc.

4. Zone australienne. — Tasmanie et Nouvelle-Guinée. Pas de mammifères monadelphes, à l'exception de quelques rongeurs et chéiroptères; tous les marsupiaux.

5. Zone de l'Asie sud et des îles Malaises. — - Grands herbivores (éléphant d'Asie, rhinocéros, tapir indien) , antilopes, babiroussa, civettes, ours euryspile, tigre, dugong.

6. Zone de Madagascar. — Absence de singes, de rongeurs, d'ours, de chiens, de chats, de mustelides, d'hyènes, de loutres, de proboscidiens, de pachydermes, d'édentés, de ruminants, de marsupiaux, de monotrèmes. Faune très spéciale caractérisée par des indris, des makis, des roussettes, des genettes, des musaraignes.

7. Zone africaine. — Tous les monadelphes, pas de didelphes. Ni ours, ni paresseux, ni cerfs, ni tapirs. Faune caractérisée par le gorille, le chimpanzé, les cynocéphales, les lemnopithèques, le chrysochlore, la vraie civette, le chacal, la hyène, le rhinocéros, le zèbre, l'hippopotame, la girafe, la gazelle, le bubale, les oryctéropes, etc.

8. Zone de V Europe et de V Asie tempérée. — Ni singes, ni lémuriens, ni roussettes, ni subursins, ni proboscidiens, ni rhinocéros, ni hippopotames, ni tapirs, ni édentés, ni didelphes. Le sanglier habite toutes les parties de cette zone. Le chameau, le cheval, les ours, les marmottes, le castor, l'once, l'aurochs, le chamois, etc., sont les principales caractéristiques de cette faune, d'ailleurs mal délimitée et se confondant par des échanges nombreux avec les zones voisines (Fonssagrives).

Un certain nombre d'animaux, mammifères ou oiseaux, partagent la malléabilité que l'on a reconnue chez quelques plantes. L'homme a utilisé cette disposition pour s'assujettir, sous presque toutes les latitudes, le chien, le cheval, beaucoup de ruminants.

Mais le déplacement en latitude des espèces transportées ne se fait pas sans que celles-ci subissent des modifications où se retrouve l'influence climatique. Les chiens à longs poils les perdent quand la race est implantée dans les pays chauds ; les bœufs prennent une toison d'autant plus épaisse qu'on les observe plus au nord. Ces modifications sont les caractères d'une situation nouvelle, que notre espèce seule sait créer, pour elle-même et pour celles qu'elle a réduites à son service; c'est V acclimatement. Sans préjuger la solution de la question des aptitudes humaines vis-à-vis de cet état particulier, l'existence, chez les animaux domestiques, de ces modifications fonctionnelles ou même de formes, qui les rendent capables de se perpétuer sous un ciel inaccoutumé, fait prévoir que de semblables inflexions physiologiques ne sont pas impossibles de la part de l'homme. Celles-ci,

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

d'ailleurs, sont un élément considérable dans une autre question encore, celle de la formation des races humaines.

Dans les contrées où les familles humaines sont denses, elles modifient elles-mêmes puissamment la faune, pour les besoins de leur défense ou simplement de leurs plaisirs. Les loups se raréfient dans toute la France; il n'y en a plus en Angleterre. L'ours a disparu des Vosges et des Gévennes ; il est bien près d'en faire autant des Pyrénées, où le cerf n'existe plus. Il y a encore de rares bouquetins sur le versant espagnol des mêmes montagnes; un chasseur de l'Ariège a abattu le dernier, en 1825, sur le versant français. Le castor se plairait encore partout en France, où il y en a eu beaucoup, si l'on n'avait profité de la faiblesse de ce rongeur pour le détruire; en vain a-t-il changé son mode de construction et, au lieu de bâtir sur pilotis, se réfugie-t-il dans des terriers sur les bords du Rhône, son dernier asile dans nos contrées ; les crues du fleuve le chassent de ses demeures et le mettent à la merci de son ennemi. En revanche, les croisades nous ont apporté le rat, qui ne sert à rien et que l'on ne chasse que pour réprimer ses méfaits ; d'autres déplacements humains ont introduit en France le surmulot, venu de l'Inde ou de la Perse, il y a un peu plus de cent ans, et qui se substitue violemment au précédent. Tous ces faits sont des enseignements pour la zootechnie.

Les oiseaux, quoique parfaitement mobiles et échappant mieux que les quadrupèdes au chasseur, caractérisent encore les climats : a, par les espèces sédentaires, comme l'autruche, la perdrix gambra, dans l'Afrique Nord. En France, la perdrix rouge est la seule, au midi; la grise, seule au nord ; les deux variétés se mêlent dans le centre ; b, par leurs migrations ; il y a des espèces qui émigrent entièrement (cailles, hirondelles, cigognes), cherchant constamment une moyenne thermique de faibles oscillations; d'autres n'émigrent que partiellement, comme les rouge-gorges. Les alouettes, dans nos contrées, restent parmi nous, si l'hiver n'est pas trop rude; quand le froid les force à se déplacer, elles se rapprochent du littoral Atlantique. Les martinets arrivent plus tard chez nous que les hirondelles et nous quittent plus tôt. Les grandes mouettes ne quittent pas les régions arctiques ; quand on en voit sur nos côtes, elles y ont été emportées par un coup de vent, de même que les Baleines y arrivent poussées par des tempêtes.

3° L'homme. — Les rapports du climat avec l'homme se présentent sous deux aspects. D'une part, il y a les modifications ou nuances physiologiques du type humain, compatibles avec l'existence des individus et la permanence des familles; de l'autre, les maladies qui naissent des agents météorologiques et surtout les caractères que le climat de chaque zone imprime à la pathologie du territoire correspondant. A ce second aspect se rattache légitimement l'emploi thérapeutique du climat, puisqu'il s'agit de déterminer, par une influence météorologique, une tendance de la nutrition générale opposée à celle qui constituait une maladie, ou tout au moins d'enrayer par les propriétés de l'atmosphère une tendance morbide.

A. Le climat, modificateur physiologique. Acclimatement . — Le climat a été l'un des facteurs principaux dans la constitution des races humaines, soit

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3ol

qu'on les envisage comme des espèces, dans le sens de Darwin, soit que l'on n'entende par ce mot, avec de Quatrefages, que des variétés d'une espèce unique. Aidé du temps, de la sélection naturelle et de quelque autre élément moins prévu, le climat est assurément capable d'opérer des modifications sérieuses sur les familles humaines et de provoquer la formation de types distincts. On ne s'explique pas pourquoi de Quatrefages s'approprie cet axiome et semble l'opposer à la doctrine darwinienne, qui peut également le revendiquer.

Ne pouvant aujourd'hui remonter plus haut que les temps historiques, qui relativement ne vont pas très loin, nous ne savons rien autre chose que ceci : qu'il y a des hommes sur presque tous les points de la surface solide du globe, à des latitudes et sous des climats profondément différents les uns des autres. Toutes ces régions ont-elles été colonisées successivement et de proche en proche, par une seule famille humaine, dont le berceau serait, par exemple, en Asie? Ce n'est pas absolument impossible, mais c'est invraisemblable et les découvertes récentes de l'anthropologie préhistorique prouvent de plus en plus qu'il n'en a pas été ainsi. Il n'y a donc pas lieu de chercher de ce côté des présomptions que l'homme de nos jours puisse encore être indéfiniment modelé par le climat.

L'anthropologie et la linguistique comparées ont à peu près mis hors de doute qu'une race, évidemment très supérieure, la race Aryenne, a fait autrefois preuve d'un cosmopolitisme de grande puissance, en s'étendant sur une grande partie de l'Asie et sur presque toute l'Europe. Elle a eu, il est vrai, à sa disposition, les siècles, la sélection naturelle, le séjour prolongé à chaque étape de ses vastes migrations, et le croisement avec les débris des races autochthones, comme il en existe des traces peu récusables. Cette race si bien douée pourrait-elle refaire le môme chemin en sens contraire; est-elle capable d'étendre jusqu'au nouveau monde ses rameaux vivaces, franchissant même des latitudes qu'elle n'avait point abordées dans sa translation séculaire, et avec la rapidité des moyens modernes de locomotion à la vapeur ?

Les races inférieures, Nègres, Polynésiens, n'ont aucune tendance à l'expansion, et l'expatriation est généralement funeste aux individus de cette provenance à qui on l'impose. Toutefois, le milieu moral est ici tout aussi dangereux à ces peuples en retard que le milieu atmosphérique nouveau; ils succombent presque aussi fatalement quand ce sont les Européens qui viennent à eux, chez eux. Si jamais les efforts contemporains, accomplis en vue de porter au cœur de l'Afrique la civilisation et la lumière, sont couronnés de succès, il faudra prendre des précautions infinies pour que l'épreuve ne coûte pas la vie aux populeuses tribus de ces régions, sommeillant dans une morne immobilité.

L'acclimatement réalisé se juge moins à l'individu qu'à sa descendance. Une race est acclimatée quand elle conserve : 1° sa force d'expansion démographique; 2° sa longévité normale ; 3° son aptitude au travail physique ou intellectuel.

Par ailleurs, les caractères physiques ou moraux peuvent se modifier.

DE L'ATMOSPHÈRE

[Hygiène

L'accomplissement de ces modifications est Y acclimatation, et, quand elles sont devenues fixes, sans que les conditions requises plus haut s'amoindrissent, sans qu'il y ait aucun genre de décadence, V acclimatement est fait.

Modifications physiques. — Nous avons dit précédemment (p. 270) les effets aigus ou lents de la chaleur et du froid, tant sur les indigènes des climats froids ou chauds que sur les étrangers qui viennent brusquement s'exposer à ces influences. On a vu également (p. 329) les résultats de la dépression atmosphérique permanente (hauts plateaux). Ce sont les éléments actifs du climat, au point de vue qui nous occupe en ce moment, et ceux que les ethnographes considèrent le plus habituellement, à l'exclusion presque complète des autres. Or, il est très rare que les éléments purement météorologiques, par eux-mêmes, repoussent absolument l'homme, d'où qu'il vienne, et fassent obstacle à la persistance des races implantées, si le sol n'est pas mewtritr. Il n'y a d'exception à cette loi que pour les climats polaires (les Esquimaux eux-mêmes ne dépassent pas 82° de latit. N.) et pour quelques localités chaudes, rares, salubres du reste, comme Pondichéry et Bourbon, qui épuisent la vigueur des Européens et qu'il faut quitter un jour. Encore y a-t-il, à la Réunion, les petits blancs souvent cités, qui cultivent et prospèrent, mais en habitant, il est vrai, les hauteurs.

Modifications moi*ales. — Le courage, l'intelligence, les passions, par conséquent les mœurs et les lois dériveraient des climats, selon Montesquieu ; en réduisant leur rôle à celui d'un facteur important d'un état très complexe, cette vue est parfaitement exacte. Le physique influe sur le moral, pas aussi fatalement peut-être que le pensait Cabanis, mais un peu plus que ne semble l'admettre Fonssagrives ; « les climats, dit le savant professeur de Montpellier, ne sont pas sans influence sur les modalités accessoires de la vie morale des peuples, sur leur caractère, mais leur action ne va pas au delà et elle n'atteint en rien les facultés de conscience... » La réalité est plus large que les scrupules de l'Ecole spiritualiste.

Conditions d'aptitude à V acclimatement . — 1 . Le peu de changement de latitude. Les migrations de familles humaines dans le sens des lignes parallèles et surtout le long d'un même parallèle sont en général faciles et heureuses. Les Anglais et les Français ont aisément colonisé le nord de l'Amérique. Lorsque le déplacement se fait dans le sens du méridien, il y a avantage à s'élever un peu vers le nord, ou plus exactement, à passer sous une isotherme plus faible. En 1678, 10,000 Français fondèrent la colonie du Canada ; ils sont aujourd'hui un million, après avoir traversé des épreuves politiques et sociales, indépendantes de leur volonté. L'Acadie fut colonisée en 1671 par 47 familles françaises, comprenant 394 personnes; les Français d'Acadie sont aujourd'hui plus de 100,000, malgré les persécutions et les massacres dont l'Angleterre s'est souillée à leur égard (Halifax, 44°, 39' lat. N., tempérât, moyenne annuelle 6°, 2 ; Montréal, 45° 31' lat. N, moy. ann. 6°, 5)» Néanmoins, le penchant uniforme des peuples les entraîne plutôt à coloniser vers le sud et sous des isothermes plus élevées. Mais ce n'est pas toujours un obstacle à l'acclimatement; les Allemands, qui réussissent mal dans notre Algérie, pullulent d'une façon effrayante

générale.]

ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE

aux États-Unis (Boston, moyenne ann. 9°, 3 ; Washington, 12°, 7). Bien plus, ils ont fait, au Brésil (Simonnot), la colonie de San-Leopoldo, avec 120 familles qui, en quarante-cinq ans, ont monté à 120,000 individus.

2. Les dispositions ethniques. — On signale vulgairement etàjuste titre l'étonnante malléabilité des Juifs, qui se sont répandus dans le monde entier, conservant sensiblement partout leur type de race et se maintenant à peu près sans croisement. Car, malgré quelques contestations du fait (Boudin) et de rares exceptions, les Juifs ont jusqu'aujourd'hui subi intégralement les conséquences, bonnes ou mauvaises, de l'isolement que la doctrine pharisaïque leur a créé et religieusement perpétué au milieu des autres peuples. Toutefois, ceux qui prospèrent si bien dans quelques villes d'Allemagne, où l'on peut prévoir qu'un jour ils en seront les seuls habitants, ne sont pas des Sémites, mais bien des Germains et des Slaves convertis au judaïsme (Voy. Hygiène spéciale : Groupes ethniques).

Les Chinois ont remplacé les esclaves, comme travailleurs libres, dans quelques colonies anglaises; ils font, en Amérique, une rude concurrence aux hommes du pays, dans l'exploitation des mines. Le commerce et la finance sont entre leurs mains, dans les grandes îles asiatico-océaniennes. Toutefois, ils ne réussissent pas comme travailleurs aux Antilles, à la Réunion, à la Guyane.

Nous venons de noter la remarquable aptitude des Français, des Anglais, des Allemands, à l'acclimatement dans le nord de l'Amérique. Lorsqu'il s'agit de pays intertropicaux, ces heureuses dispositions s'évanouissent d'ordinaire; la population blanche de la Guadeloupe a peine à se maintenir, même en s'abstenant du travail manuel. Une famille européenne fait exception à la règle; ce sont les Espagnols. A eux appartient l'avenir des républiques américaines du Centre et du Sud. On a fait remarquer, et la chose en valait la peine, que les Espagnols sont bien loin d'être des Latins purs; ce ne sont même pas, originairement, des Aryas au même titre que les autres familles gréco-latines. Il y a des raisons sérieuses de croire que les Ibères sont d'un sang africain, ou atlantique (G. Lagneau) ; de plus, à travers les siècles, l'Afrique se remit maintes fois en relations avec la Péninsule, par Carthage, les Maures, etc. L'infusion de sang romain, puis germanique, n'a pas absolument prévalu sur ces éléments fondamentaux. Aussi l'Espagnol n'est-il point dépaysé dans les latitudes voisines des tropiques, et n'a-t-il aucune hésitation devant l'accouplement avec l'Indienne ou la négresse, pourpeuque,de gré ou de force, il ait été versé àla femme une goutte d'eau sur la tête. Ces colons prospèrent merveilleusement, plus que chez eux, dans notre Algérie ; le tableau ci-dessous donne une idée de cette aptitude surprenante.

Race espagnole.

En Espagne

A Cuba

En Algérie. .

Natalité p. 1000.

Décès p. 1000.

Les Italiens, au sud de la Méditerranée, s'implantent également bien. En

Arnould. — Hygiène. 23

35* DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène

Algérie, en particulier, pour la période 1867-1872, ils ont eu 40 naissances' contre 29 décès et, dans l'année 1872 seule, qui est évidemment exceptionnelle, 43,4 naissances pour 1,000 contre 22,8 décès.

On s'est demandé longtemps si les Français emporteraient avec eux en Algérie cette infériorité d'aptitudes à l'acclimatement qu'ils ont malheureusement révélée aux Antilles et à la Guyane. La solution ne paraissait pas pencher en notre faveur. La statistique de 1872, analysée par Vallin, semble ouvrir une perspective plus agréable ; elle donne, pour les Français en Algérie, les chiffres suivants, que nous rapprochons du mouvement démographique en France :

Natalité p. 1000. Décès p. 1000.

En France 25,7 23,5

En Algérie 38,2 31,8

Le docteur Ricoux, né en Algérie, étudiait en 1874 le mouvement de la population de Philippeville (Constantine) pendant les vingt années de la période 1854-1873. Il trouvait : 1° que les naissances, à la fin de la période, c'est-à-dire en 1873, dépassaient les décès pour tout l'ensemble des nationalités qui forment la population de Philippeville; le rapport était de 4,28 naissances pour 3,11 décès, ces chiffres étant eux-mêmes rapportés à 100 vivants; 2° que les Français participent moyennement à l'avantage commun; ils avaient, pour 100 vivants, 3,96 naissances et 3,08 décès; 3° que les Italiens et les Espagnols étaient au haut de l'échelle sous le rapport de la vitalité coloniale algérienne, les Allemands au bas. Depuis lors, Ricoux a étendu ses recherches statistiques à toute l'Algérie et en a fait connaître les résultats sous forme de tableaux. Nous en empruntons l'expression sommaire à l'analyse du Dr Sistach (de Bône). Depuis 1859, les naissances surpassent les décès dans l'ensemble de la colonie et dans les termes suivants :

Pour 1000 décès. . Augmentation p. 1000.

1 859-i 862 1,273 naissances. 8,90

Les races du midi de l'Europe ont constamment un excès ; les Allemands, à une seule exception près, toujours un déficit; les Français, depuis 1859, enregistrent un excédent qui, minime d'abord, s'accentue pour égaler même celui des races méridionales. En 1867 et 1876, la mortalité des Espagnols, Italiens, Maltais, a surpassé celle des Français. D'ailleurs, il n'échappera à personne que ces chiffres élevés de naissances (39, 6 p. 1,000) et même de décès (30, 8 p. 1,000), comparés aux chiffres correspondants de la population française en France, indiquent un mouvement démographique énergique. Il en est ainsi en Prusse et dans tous les pays qui doublent rapidement le nombre de leurs habitants, parce que, la mortalité infantile étant toujours élevée, ce sont les naissances nombreuses qui entraînent une haute proportion de décès pour 1,000 vivants (Bertillon).

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3. Les mœurs et les habitudes des colons. — Beaucoup des immigrants français à la Guadeloupe étaient des gentilshommes, qui n'avaient pas l'habitude du travail dans la mère patrie ; comment l'auraient-ils prise aux Antilles? Les petits blancs de la Réunion, d'une extraction plus modeste, ont pu vivre de la culture et de leurs propres bras. En Algérie, les premiers colons, gens aventureux, déclassés, disposés à vivre d'industries de bas étage plutôt que de la culture, ne pouvaient rien prouver pour ni contre la vitalité de la colonisation européenne en Afrique. On commit la faute d'y donner des concessions de terre à des acteurs, comme le ministre Ghoiseul l'avait fait en 1763 pour la Guyane. Plus tard (1852), un gouvernement issu de la violence y expédia des Français qui n'appréciaient pas le procédé de « sortir de la légalité pour rentrer dans le droit ; » ces colons malgré eux ne pouvaient guère être animés de dispositions favorables, et c'était jeter un singulier jour sur la colonie. Néanmoins, ces bannis étaient gens de cœur ; beaucoup se sont pris d'affection pour la nouvelle patrie et il se trouve aujourd'hui qu'elle leur est redevable d'une bonne part de son développement.

Un grave écueil dans l'acclimatement des Européens aux pays chauds a toujours été la conservation par eux des habitudes alimentaires anglaises, françaises ou germaniques. Cette délicate épreuve n'admet pas l'intempérance, et l'alcool y est autrement nuisible que sous les climats froids. Ajoutons qu'il faut savoir aussi adapter le vêtement et l'habitation aux conditions nouvelles, répartir d'une façon appropriée les heures de travail et celles du repos. On a tout d'un coup élevé le niveau sanitaire des troupes d'Algérie en sonnant la retraite à 10 heures du matin et la diane à 2 heures après midi, pendant les mois d'été ; les soldats rentrent et se reposent à la caserne pendant les heures les plus chaudes du jour.

La sobriété est au moins une partie du secret du facile acclimatement des Juifs, des Chinois, des Espagnols et même des méridionaux de France, en Algérie et ailleurs.

Il convient de noter, comme restriction à ce qui concerne les Juifs, qu'ils recherchent les villes, où l'influence du sol est médiocre, et qu'ils manient beaucoup plus l'argent et les marchandises que la pioche ou la charrue. Dans certaines contrées d'Autriche, où ils travaillent de la même façon que les chrétiens, ils meurent autant et plus que ceux-ci.

On doit rapprocher, des mœurs et des habitudes des individus, l'état social, politique et religieux du peuple auquel ils appartiennent, ou qu'ils ont formé sur la terre nouvelle. 11 est à présumer que l'écroulement de l'empire romain avait tout ce qu'il fallait pour emporter avec lui la colonisation latine de l'Afrique au septième siècle; les dissensions religieuses, en outre, y aidaient merveilleusement. Bertillon n'a peut-être pas attaché à ces circonstances l'importance qu'elles ont réellement, lorsqu'il a cru pouvoir prendre cette disparition de la colonie gallo-romaine comme une preuve des chances mauvaises de l'acclimatation des Français en Algérie. Les républiques latines d'Amérique eussent prospéré davantage, si elles n'avaient eu à lutter d'abord contre les fâcheuses traditions politiques de

[Hygiène

l'Espagne et si elles n'étaient encore imprégnées d'une religion peu favorable à l'expansion de l'activité humaine.

4. L'aptitude aux croisements et les éléments du croisement. — Nous avons dit combien ont été faciles les croisements de la race hispano-ibérique avec les familles indiennes du nouveau monde et même avec les nègres transportés d'Afrique. Ces croisements, de plus, ont été eugénésiques, selon l'expression consacrée, et ont donné lieu à une véritable race nouvelle, que les Anglo-Saxons des États-Unis n'ont ni le penchant, ni probablement le pouvoir de produire dans les domaines qu'ils occupent. Ici, les descendants de mulâtres retournent à l'un des types primitifs, blanc ou noir; et c'est grave, s'il est vrai, comme on l'a dit, que la race anglo-saxonne perde à la créolisation; que les masses musculaires des mollets s'effacent chez les vrais Yankees et les mamelles chez leurs femmes, peu fécondes d'ailleurs et pratiquant l'avortement. Tandis que la race métisse hispano-américaine a les caractères d'une famille désormais fixée, se reproduisant avec ses attributs mélangés, l'idéal de la créolisation réussie. Jourdanet entrevoit pour elle l'avenir le plus brillant, et de Quatrefages, qui est du même avisr s'appuie sur ces faits considérables pour répéter sa formule, que le climat, aidé du temps et du métissage, est un modificateur irrésistible. Constatons les résultats acquis, sans toucher à la question d'histoire naturelle. Dans tous les cas, il importe, même au point de vue hygiénique, de remarquer que ces croisements heureux ont eu lieu entre des races point trop éloignées l'une de l'autre ; c'est la condition de fécondité indéfinie des produits. Lorsque le croisement a lieu entre deux types placés aux extrêmes de divergence, les produits sont presque des hybrides; or, les métis sont féconds entre eux; les hybrides, non.

Ceci est un enseignement pour le choix des mariages à essayer et à favoriser en vue de l'extension de la colonisation européenne en Algérie. Vallin, qui s'est pénétré des exemples fournis par les colonies du nouveau monde, proscrit l'union des Français du Nord et surtout des Alsaciens entre eux ; il recommande les mariages de ces familles avec les Français venus du Midi, entre Alsacien et Provençale par exemple, les alliances des Français de toute zone avec les familles espagnoles, italiennes, maltaises, à la rigueur avec les Kabyles, dont les veines ont peut-être reçu jadis quelque infusion de sang européen. Quant aux unions de Français avec des femmes arabes, voire des filles de Colouglis, qui parurent un instant pleines de promesses à nos généraux et à nos médecins (Félix Jacquot; A. Yital), il pense judicieusement que les facteurs sexuels, en pareils cas, sont trop foncièrement étrangers l'un à l'autre pour arriver à procréer une véritable race créole, douée d'attributs transmissibles de génération en génération. Heureusement, les obstacles sociaux et religieux suffisent à rendre extrêmement rares ces accouplements sans avenir.

5. Le sol et les localités. — Partout où le sol n'est pas insalubre, le problème de l'acclimatement est singulièrement simplifié. 11 est rare, comme on l'a dit, que la chaleur seule fasse absolument obstacle aux déplacements humains et à l'implantation de familles émigrées. Quand elle s'ajoute à

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l'influence d'un sol insalubre, le danger est à son comble et les difficultés deviennent extrêmes, sinon insurmontables. Les auteurs qui n'ont pas fait cette distinction ont rétréci beaucoup plus qu'il n'est juste le cosmopolitisme de l'espèce humaine. En Algérie, c'est le sol, à coup sûr, qui repousse les Européens, bien plus que le climat. On s'en aperçoit mieux de jour en jour et, justement, par suite de cette circonstance très heureuse, que l'homme civilisé se montre capable de maîtriser ce sol redoutable luimême. Il va sans dire que cette victoire a été chèrement achetée.

Quel que soit le sol abordé par l'émigrant, il est impossible que certains de ses points ne soient pas préférables à d'autres; cela s'est vérifié dans toutes les colonies, même celles qui ont paru les plus meurtrières à l'implantation de nouveaux venus. En général, les lieux élevés ont plus de tolérance que la plaine, quoique celle-ci ait plus de séductions pour le colon. C'est en occupant d'abord ces localités, qui se présentent avec des caractères de salubrité probable, que les colons devront essayer le climat nouveau; s'ils descendent dans la plaine pour la culture, qu'ils aient au moins leur habitation sur la hauteur. Revenons encore à l'exemple des petits blancs de la Réunion, qui se maintiennent en cultivant le sol, mais qui habitent la partie montagneuse de l'île. Les Anglais de l'Inde retardent l'obligation du rapatriement à l'aide de leurs sanitaria de l'Himalaya.

Action stabilisante du climat. — Quand une nation s'est formée au moyen d'éléments ethniques divers, les uns autochthones, d'autres immigrés en une ou plusieurs fois, la famille nouvelle prend des caractères dominants, qui peuvent passer pour une résultante des attributs de tous les composants. Mais, peu à peu, tout ce qu'il y avait de saillant dans les attributs primitifs s'émousse et s'atténue ; l'ensemble finit par prendre une nuance uniforme, dont les attributs particuliers ne sont que des accidents ; la nation nouvelle, d'origine très complexe, finit par être une, à la condition que les propriétés du sol et du climat ne diffèrent point considérablement, d'une extrémité à l'autre du territoire occupé. La part d'influence que possède le climat vis-à-vis de cette uniformisation est incontestable ; il tend incessamment à monter les économies à sa note propre ; c'est pour cela qu'elles finissent par se ressembler essentiellement. Lorsque le point d'adaptation parfaite de la vitalité au climat est atteint, les mêmes influences ne cessent point d'agir, mais, naturellement, ne peuvent faire autre chose que maintenir l'harmonie obtenue. Comme on le voit, c'est toujours la même force, celle que de Quatrefages appelle l'action « stabilisante » du climat. La population actuelle de la France, fournie originairement et à des dates très diverses par des rameaux ethniques extrêmement nombreux, offre, à notre avis, un remarquable exemple d'effets heureux de cette action du climat. Malgré les nuances intéressantes, que les anthropologistes y retrouvent aisément, le peuple français est certainement un des plus homogènes que l'on puisse rencontrer, tant sous le rapport des caractères physiques que sous celui des dispositions et des aptitudes morales et intellectuelles.

B. Le climat modificateur étiologique. — Nous avons, jusqu'à présent et, croyons-nous, avec raison, toujours décomposé le climat en ses facteurs,

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au point de vue du rôle étiologique ; nous avons trouvé des maladies de la chaleur ou du froid, de la sécheresse ou de l'humidité, de la dépression ou de la compression, ou des influences de quelqu'un de ces ordres, aidant à l'éclosion, à la prédominance, aux caractères spéciaux de maladies qui ne relèvent pas primitivement d'un agent météorologique. Reste-t-il, après cela, des maladies des climats? Oui, sans doute; parce qu'en dehors des éléments météorologiques isolés, il y a le mode, la succession, la combinaison de ces éléments, ce que l'on peut appeler le « régime » climatique. Des régimes divers doivent comporter des influences sanitaires également différentes, soit d'un pays à un autre, soit dans le même pays, d'une année ou d'une saison à la suivante. Cette loi s'est imposée, depuis Hippocrate, à l'esprit de la plupart des médecins qui ont étudié et suivi l'histoire des épidémies. Malheureusement, elle est à peu près restée à l'état de tradition et d'intuition; il ne paraît pas que la doctrine des constitutions médicales ait jamais éclairé la pathologie, autrement qu'en décomposant la soi-disant constitution en ses facteurs étiologiques, le froid, le chaud, l'humide, etc. De bons esprits ont perdu bien du temps à construire, sur cette donnée logique, un échafaudage qui n'a inspiré de confiance à personne. Depuis vingt ans, la Société médicale des hôpitaux de Paris enregistre simultanément les observations météorologiques et la statistique des maladies et décès ; elle est arrivée, dit E. Besnier, le laborieux auteur des Rapports qui réunissent ces deux éléments, à « démontrer la réalité des constitutions médicales bénignes ou malignes; la variabilité des différentes affections à des époques diverses; la variabilité du pouvoir contagieux d'une même affection à différentes périodes...; » mais en quoi la climatologie a-t-elle pesé sur ces variations, en dehors des influences précises et d'ordre banal, signalées précédemment? Est-ce la pluie ou le beau temps qui a fait que, pendant un an ou deux, le virus de la variole restait stérile à Paris, ou bien n'était-ce point plutôt une modification spontanée, encore inconnue, dans les propriétés du virus lui-même? La découverte de l'atténuation du virus du choléra des poules, récemment faite par Pasteur, entr'ouvre à cet égard de nouveaux horizons; il est très possible que les oscillations épidémiques d'un certain nombre de maladies soient précisément dues à desatténuations ou à des recrudescences d'activité des virus, dont le mécanisme nous échappe encore.

Il n'est pas jusqu'à la loi, d'ailleurs très importante, formulée par Besnier au sujet des exacerbations saisonnières de la fièvre typhoïde, qui ne puisse être interprétée dans le sens des conditions strictement en rapport avec les principes morbides : « dans l'agglomération parisienne et dans toutes les régions soumises à un régime climatique analogue, la fièvre typhoïde est une maladie de l'été et de l'automne. » Cette loi ressemble plus qu'elle n'en a l'air à celle des oscillations de la nappe souterraine, de Pettenkofer, contre laquelle on s'est tant élevé en France. Il est infiniment probable que l'été ou l'automne ne provoquent pas plus la fièvre typhoïde que l'abaissement du niveau du Grundivasser ; mais, dans les deux cas, les germes putrides du sol des villes se trouvent dans des conditions merveilleuses pour pulluler :

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l'accès de l'air dans le sol, une température tiède et la facilité des échanges entre le sol et l'atmosphère.

En résumé, les maladies banales sont plutôt des maladies de la chaleur, du froid, du sec, etc., que des maladies de climats; quant aux affections spécifiques, elles ne trouvent dans la météorologie que des auxiliaires et, dans le régime climatique, qu'un régulateur.

C. Le climat, modificateur thérapeutique. — Il n'est à la portée que du petit nombre des malades de pouvoir user des propriétés curatives des climats, puisqu'il faut, dans cette médication, aller à la rencontre du médicament et que, malgré les chemins de fer, les déplacements restent toujours onéreux. Cependant, il y a progrès.

Au titre thérapeutique, le climat agit : 1° par changement des conditions étiologiques ; 2° en favorisant la médication proprement dite ; 3° (le plus souvent) en fournissant un milieu météorologique indifférent. C'est le cas pour la phthisie, l'affection sur laquelle ont convergé essentiellement les efforts de la climatologie médicale. Plus que jamais, il convient de répéter, à son propos, que les moyennes fictives ont bien moins de valeur que les oscillations mensuelles, diurnes, nychthémérales, en un mot que la modalité climatique. On s'accorde à reconnaître que sa curation exige : des moyennes hibernales assez élevées, estivales modérées, un climat constant. C'est pour cela, et non à cause de Voir marin, que Montpellier, Arcachon, Alger, Hyères, Cannes, Nice, Monaco, Menton, Ajaccio, Madère, etc., sont utiles aux phthisiques. L'air marin est bon en mer, à cause de sa pureté; mais il ne faut pas le chercher dans les villes du littoral, où il s'imprègne des effluves terrestres sans dépouiller pour cela ses propriétés météorologiques ; Dunkerque, ni même Cherbourg, ne sont avantageux à la phthisie. Les pays chauds, à ce titre, ne le sont pas plus (J. Rochard) ; la chaleur élevée et continue épuise le reste de forces des tuberculeux et surexcite leurs nerfs. Les phthisiques doivent même fuir les pays chauds en été. Les règles à suivre ont été tracées par le médecin anglais H. Bennet qui, phthisique lui-même, n'a eu qu'à raconter sa propre histoire : « Pendant deux ans, je restai entièrement en dehors de la vie active, passant les étés à pêcher en bateau sur les lacs sauvages et isolés de l'Ecosse, les hivers à Menton... »

Le traitement de la phthisie par le séjour des stations alpestres relève d'influences climatiques très spéciales, qui ont été indiquées en leur lieu.

Beaucoup moins communément qu'à la phthisie, on applique la médication par le climat : à la scrofule, que l'on envoie dans les climats secs, à air vif; aux rhumatisants (chroniques), que l'on dirige vers les pays chauds; aux dyspeptiques, en les conduisant sous un climat froid, tonifiant, etc. D'ailleurs, le climat-médicament est en quelque sorte susceptible d'être dosé, comme les agents de la pharmacopée ; les malades ne doivent donc en user que sous la direction d'un médecin.

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362 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiè

physiologischen und therapeutischen Wirkungen der Bàder in comprimirten Luft (Berlin, klin. Wochenschr. 1871). — Meyer-Ahrens : Ergebnisse meiner Balneolog. Reise im Jahre 1870-1871. — Haselberg (Ernst von) : Sterblichkeit und Regenmenge zu Stralsund (D. Vierteljahrschrift f. ôff. Gesundheitspflg., IV, p. 386, 1872). — Gouraud : De l'action des différents climats dans le traitement de la phthisie pulmonaire (Union médicale, 1872). — Joris : Madevm als klimat. Kwort. Wien, 1872. - Bennet (J. H.) : The Treatment of Pulmonary Consumption by hygiène, climate and medicin. London, 1871. — Biermann (A.) : Climatische Kurorte. Leipzig, 1872. — Du même : Hochgebirgeund die Lungenschwindsucht. Leipzig, 1874. — Ntemeyer (Paul) : Medicinische Abhandlungen. I. Atmiatrie. Erlangen, 1872. — Donne (Alphons.) : Change of Air and scène. A Physician Hints. London, 1873. — Rattray (Alex.) : Influence du changement de climat sur l'homme (Proceedings of the Royal Society, XXI, 1873). — Reimer (H.) : Klimatische Winter Kurorte. Berlin, 1873.— Sig'mdnd (Cari) : Von Sùdlichen klimat. Kurorten. Wien, 1873. — Jaccoud (S.) : La Station médicale de Saint-Moritz (Engadine). Paris, 1873. — Armieux : Effets physiologiques du climat et des eaux de Barèges (Mém. de l'Acad. des scienc, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 1873). — Corval : Ein Beitrag zur BeurVieilung der Einvoirkung der Hohenlage auf die Entwickelung der Phthisis (D. Vierteljahrsschr. f. œffentliclie Gesundheitspflg., VI, 1S74). — Kulenkampff (D ) : Veber den Einfluss der Witterung auf die Sterblichkeit in Bremen (D. Vierteljahrssch., VII, 1875). — Vacher : Le Mont-Bore; Davos. Étude médicale et climatologique. Paris, 1875. — Waldenburg : Die pneumatische Behandlung der Respirations u. Circulations Krankheiten. Berlin, 1875. — Lépine (Raph.) : De la Respiration d'air comprimé ou d'air raréfié dans certaines maladies des poumons et du cœur (Gazette médicale de Paris, 1875, nos 40 et suiv.). — Slmonoff (Léonid.) : Aerotherapie. Giessen, 187(>. — Williams (C. T.) : The Influence of Climate in the prévention and treatment of pulmonary consumption. 187 7. — Bennet (Jacq. Henri) : La Méditerranée. La rivière de Gênes et Menton comme climats d'hiver et de printemps. Paris, 1880. — Besnier (Ernest) : De In Recherche des lois qui régissent les épidémies en général. Détermination de la loi saisonnière de la fièvre typhoïde en particulier (Bull, de l'Acad. de méd. 1880, n° 47). — Voy. aussi : Bulletins de la Société médic. des hôpitaux, 1861-1880.

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