IV. L'habitation, milieu thermique
Si bien choisis que soient les matériaux de nos abris, si bien agencées qu'en soient les parois, il nous est impossible de supprimer ou même d'annuler toutes les propriétés par lesquelles les corps minéraux ou autres participent au mouvement et aux modalités de cette force universelle, le calorique; d'empêcher les parois de nos demeures d'absorber, de rayonner, de conduire, de réfléchir, d'émettre de la chaleur à quelque degré que ce soit. Nous ne pouvons jamais donner, sous ce rapport, qu'une indifférence relative à cette enveloppe artificielle, qui est notre habitation. Du reste, en supposant même que nous puissions aller plus loin, il y a forcément des brèches à l'enveloppe, et il faut bien qu'à un moment donné nous y laissions pénétrer l'air extérieur avec les qualités thermiques que la
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météorologie du moment lui communique ; et même, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de s'assurer cette visite la plus fréquente possible. Donc, nos murs se refroidissent ou s'échauffent, l'atmosphère intérieure de nos habitations s'échauffe ou se refroidit, parallèlement aux variations cosmiques delà température générale sur les divers points du globe.
Nous avons dit précédemment dans quelles limites et par quels moyens l'homme peut résister à réchauffement ou au refroidissement. Mais il appartient à l'hygiène de venir en aide à la physiologie, de l'empêcher de succomber et même de lui épargner un labeur inutile et dangereux. Nous avons des moyens d'élever artificiellement la température de nos habitations, quand elle est assez basse pour être nuisible ou simplement désa- . gréable, c'est le chauffage; et d'autres moyens de l'abaisser localement, alors que des conséquences analogues menacent de résulter d'un état inverse, c'est la réfrigération.
A. Du chauffage. — Le chauffage se pratique à l'aide d'opérations qui mettent en liberté la chaleur latente emmagasinée dans diverses substances, et d'appareils qui cherchent à l'utiliser le mieux possible, sans compromettre la santé des individus.
1° matériaux de cuauffage. combustibles usuels. — Une expérience aussi ancienne que le monde, et que la chimie n'a fait qu'éclairer dans tous ses détails, nous a appris que le mode le plus facile d'obtenir un dégagement de chaleur est la combustion, c'est-à-dire sommairement la combinaison de l'oxygène avec quelqu'un des corps qui ont pour lui de l'affinité, et sont, en conséquence, dits combustibles. La combustion, disent les physiciens, équivaut à la destruction d'un grand travail mécanique. C'est donc que la combinaison de l'oxygène avec le carbone rend apparente tout à coup, sous forme de chaleur, quelque grande force invisible. Si l'on réfléchit que tout le carbone que nous brûlons est de provenance organique (et il n'en est guère d'autre, sans excepter le diamant), cette force n'est autre que celle qui a lentement rapproché les molécules de carbone ; or, puisque le carbone a vécu, celle-ci même était déjà de la chaleur.
Les substances à la combustion desquelles nous demandons la chaleur artificielle, renferment comme éléments essentiels le carbone et l'hydrogène, dont la combinaison avec l'oxygène aboutit à l'acide carbonique et à l'eau. La chaleur de combustion du charbon de bois est de 8,080; celle de l'hydrogène, 34,462 (Favre et Silbermann).
Ces substances sont, d'ailleurs, solides, liquides ou gazeuses. Les premières sont de beaucoup les plus importantes et sont l'origine des autres. Elles sont essentiellement constituées par la cellulose et, par conséquent, proviennent du règne végétal : bois, paille, tourbe, charbon de bois, charbon de tourbe, coke, tannée, etc. Les secondes sont représentées par les huiles de toute provenance, les huiles minérales, le goudron. Le gaz d'éclairage, quand il est utilisé pour le chauffage, constitue à peu près seul le troisième ordre.
générale.]
L'HABITATION, MILIEU THERMIQUE
Le bois, suffisamment sec, combustible très répandu pour le chauffage, est d'un usage aussi sain qu'agréable. C'est lui qui répand la moindre variété de gaz dangereux dans l'habitation. Les bois blancs (peuplier, tremble, saule) brûlent vivement et donnent en peu d'instants une chaleur passagère ; les bois durs, chêne, hêtre et surtout charmille, tiennent plus longtemps le feu et sont préférés pour le chauffage des appartements. Les bois résineux brûlent facilement, mais avec beaucoup de fumée et en répandant une odeur aromatique qui, sans être désagréable ni dangereuse, peut devenir fatigante.
Il résulte des expériences de Scheurer-Kestner et Meunier que : 1° tous les bois au même état de dessiccation produisent sensiblement la même chaleur ; 2° que, pour les bois parfaitement desséchés artificiellement, la puissance calorifique est d'environ 4,000 (celle de la cellulose); 3° que, pour les bois dans l'état ordinaire de dessiccation, qui renferment à peu près 25 à ^0 p. 100 d'eau, la puissance calorifique varie de 2,G00 à 2,800. Une part du calorique produit est employée à vaporiser l'eau.
Quel que soit le bois employé, l'effet calorifique sera d'autant plus grand que le bois sera plus divisé.
La tourbe est un combustible léger, spongieux, d'un brun noirâtre, prc venant des débris de plantes aquatiques déposés successivement au fonct des marais. Elle est caractérisée par la présence, dans sa composition, d'une certaine quantité d'acide ulmique (Frémy).Elle brûle lentement et sans produire une très haute température, avec une fumée d'une odeur piquante fort désagréable.
« Les tourbières les plus considérables de la France sont : 1° celles de la vallée de la Somme, entre Amiens et Abbeville ; '2° celles des environs de Beauvais; 3° celles de la rivière d'Essonnes, entre Corbeil et Villeroi ; 4° celles des environs de Dieuze. La Hollande, la Westphalie, l'Autriche, la Bavière, l'Ecosse et la Russie sont très riches en tourbe. »
Desséchée à l'air, la tourbe conserve jusqu'à 30 p. 100 d'eau. Elle laisse 8 à 9 p. 100 de cendres (tourbes de la Somme), 15 (Nantes), 17 à 24 (Italie), M (Essonnes), 29 (comté de Mansfeld). On fait des tourbes comprimées et des briquettes, qui sont d'un meilleur usage que la tourbe naturelle.
La puissance calorifique de la tourbe est entre 3,000 (tourbe moyenne à 25 p. 100 d'eau) et 5,153 (tourbe sèche).