‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 8 sur 267 · CONSTITUTION DU SOL · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DU SOL

infiltrations et, par conséquent, d'être salubre. Nous voilà conduit à une étude du sol d'un autre aspect et plus générale.

Fécondité relative des terrains. — Il a pu arriver que les massifs granitiques interrompissent parfois la marche envahissante du choléra, simplement parce que l'aliment naturel des fléaux épidémiques, l'homme, manquait. En effet, le granité est infertile, ainsi que la plupart des autres roches primitives, et par conséquent n'attire pas la population. La culture exige la présence de la chaux, et le granité, les gneiss, les schistes, non plus que les coulées volcaniques, n'en possèdent une proportion suffisante. Notre grand plateau central, vaste masse granitique trouée par des volcans, dont les laves sont superposées çà et là au terrain primitif, n'est cultivé que dans les vallées ; il est boisé sur les pentes, mais les sommets sont stériles. Ce n'est pas la fécondité du sol, mais l'industrie, qui peuple certains des départements appartenant à cette zone (celui de la Loire, par exemple), de même que c'est l'Océan et non la terre qui vaut à nos populations bretonnes leur densité. La facilité à l'émigration, traditionnelle chez les habitants de l'Auvergne, du Forez, du Limousin, est la conséquence de l'improductivité de leur sol. Ce n'est pas le manque d'eau qui entretient cette infertilité, car les phénomènes géologiques qui ont tourmenté le pays y ont précisément multiplié les sources, et plusieurs fleuves ou rivières s'en échappent. Mais, à aridité égale, les plateaux calcaires sont plus généreux à la population que les croupes granitiques. La différence se remarque précisément auxlimites du Plateau central, où les assises calcaires de la Lozère et du tlouergue succèdent au granité. « Au nord du plateau calcaire de Larzac, aux assises unies, revêtues d'herbes fines (ii n'y a d'eau que celle de l'atmosphère) s'élèvent les croupes inégales, couvertes de fougères, du Lévezou granitique ; d'un côté sont les champs d'avoine et d'orge, çà et là même des fr ornent als ; de l'autre sont les ségalas ou terres à seigle. Les paysans du calcaire, les Caoussenaous ou « Gaussenards » se distinguent aussi à première vue, et fort à leur avantage, de leurs voisins du granité, les « Ségalains». Le Gaussenard, mangeur de pain d'orge et d'avoine et buveur d'eau claire, est grand, osseux et fort. L'habitant des terres cristallines, mangeur de seigle et de châtaignes, buveur de cidre, est beaucoup moins vigoureux. » (Élisée Reclus.)

Le seigle et le sarrasin, céréales pauvres, sont en effet la culture principale des sols granitiques. C'est encore là que le châtaignier prospère au mieux et donne les meilleurs fruits. On sait le rôle que jouent le sarrasin et la châtaigne dans la Bretagne, cette « terre de granité, recouverte de chênes » (Brizeux), avec ses landes et ses bruyères sur terrain cristallin, ses grandes collines à croupe infertile. Les indigènes fertilisent des parcelles de leur sol avec la vase appelée tangue, un véritable engrais de plantes marines et de coquillages, abandonné par l'Océan ; ou encore avec le sable calcaire des dunes, le traez.

Il suffit de mentionner l'infertilité des hautes Vosges, des Ardennes, et d'y opposer la productivité des saillies parallèles du Jura. Toutefois, le privilège du terrain calcaire se perd par une perméabilité excessive : ainsi

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en est-il de la craie, en Champagne Pouilleuse, qui laisse filtrer jusqu'aux engrais et évaporer l'eau qui ne disparaît pas dans la profondeur.

En règle générale, les terrains stratifiés ont plus de chances d'être fertiles que les terrains massifs, puisqu'ils proviennent de la désagrégation et du mélange des éléments de roches primitives variées : ils sont, pour l'agriculture, plus complets. Peut-être pourrait-on ajouter que les sédiments les plus jeunes présentent cet attribut dans son plus haut degré, en raison de leur richesse de plus en plus grande en débris ayant eu vie et, par conséquent, formant déjà un ensemble bien équilibré d'éléments propres à la vie, y compris même delà substance organique. La « Vallée » delà Loire, ou plutôt la large plaine alluviale de l'Authion (Maine-et-Loire) peut passer pour un exemple de ces aptitudes.

Éléments principaux du sol. — Roches. — La silice, la chaux, Y alumine (ou plutôt l'argile), sont les éléments constituants essentiels et à peu près constants de toutes les formations géologiques ; il s'y joint, moins régulièrement et dans des proportions moins importantes, de la potasse, de la soude, de la magnésie, du fer et du manganèse. Les trois premiers surtout se retrouvent dans toutes les roches, massives ou stratifiées, et la différence entre les roches ne repose pas sur la présence ou l'absence de l'un ou de l'autre, mais sur la variabilité des proportions dans lesquelles chacun d'eux entre dans la constitution du terrain et sur le mode d'union des molécules constitutives. Un terrain, dans lequel ces divergences s'effacent parce que l'industrie humaine est intervenue et que les débris organiques qui s'y mêlent tendent à équilibrer les proportions de chaque élément, c'est la terre arable, le terrain humifere ou humus.

Roches siliceuses. — La silice et les silicates d'alumine et de potasse prédominent dans certaines roches compactes ou fragmentées ; sous le premier état, ces roches s'appellent granité, gneiss, grès ; sous le second, cailloux, graviers, grève, sable.

Le sol où la silice prédomine est généralement salubre. L'imperméabilité et les fortes pentes des roches primitives qui en sont formées empêchent la stagnation des eaux et' l'imbibition des couches superficielles ; par conséquent, pas de foyer de putréfaction possible, ni d'humidité permanente ; c'est plutôt l'excès contraire qui est à craindre. L'eau qui jaillit à la base des saillies granitiques est irréprochable. Cependant, les granités schisteux, facilement désagrégés par la pluie, sont capables de créer, dans les points déclives, dans le fond des vallées, un terrain nouveau, perméable et qui, sur quelques points (Bretagne), donne lieu à la formation de marais particulièrement dangereux. Il est à croire que ce danger résulte de l'imperméabilité du sol primitif qui a reçu les débris et devient dès lors le soussol : la couche perméable est trop peu épaisse pour faire disparaître toute l'eau, elle reste imprégnée, humide et d'ailleurs naturellement accessible à l'air nécessaire aux fermentations.

En effet, le sable siliceux, à grains plus ou moins gros, est salubre par lui-même, s'il est en couches de grande épaisseur ou si, étant même en

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couche mince, il ne repose pas sur un sous-sol quelconque imperméable. 11 s'échauffe vite et puissamment, garde la chaleur et se dessèche à un degré qui devient même, dans les pays chauds surtout, la cause de son inaptitude à la culture et à l'établissement des groupes humains. Ce grave inconvénient se convertit en une supériorité dans les pays tempérés ; le sable devient un support d'engrais où la charrue n'a presque rien à faire. C'est ainsi que des terrains presque sans valeur intrinsèque, autour de Versailles, donnent de fort belles moissons sans autres frais que l'achat et le transport des fumiers de la garnison de cavalerie de cette ville. Avec de l'activité et quelque ingéniosité, l'homme fait pour ainsi dire ce qu'il veut d'un sol pareil ; Pfeil a démontré que les sables de la Marche de Brandebourg sont une des raisons de la supériorité de la Prusse.

Dans nos Landes françaises, dont le sol est un ancien lit de la mer recouvert par des sables de l'époque pliocène, il se passe un phénomène curieux, bien décrit par Elisée Reclus et qui a paru aux hygiénistes digne d'être relevé. « Les masses sableuses, qui ont en maints endroits une puissance de plus de 80 mètres, renferment seulement quelques couches d'argile ; mais à une faible distance au-dessous de la surface les infiltrations de tannin et d'autres matières organiques ont changé le sable en une couche de grès d'un brun noirâtre qui présente l'aspect et quelquefois la dureté du fer; en certaines régions, des veines de ce métal s'y trouvent mêlées. Ces bancs de grès compact, auxquels on a donné le nom d'altos, sont le grand obstacle qu'oppose le sol des landes à la végétation forestière : les racines ne peuvent le traverser que difficilement. En outre, le banc d'alios, presque toujours d'autant plus dur qu'il est moins épais, reste imperméable aux eaux comme une assise rocheuse, et prévient tout échange de gaz et d'humidité entre les strates de sable ou d'argile qu'il recouvre et la terre qui lui est superposée. Retenue par cette couche continue, l'eau depluie doit séjourner sur le sol ; pendant la saison pluvieuse, la surface des landes serait changée en un immense marécage, si l'on n'avait eu depuis le commencement du siècle le soin de creuser de distance en distance des crastes ou fossés d'écoulement qui reçoivent le trop-plein des eaux et les portent soit aux ruisseaux de l'intérieur, soit aux étangs du littoral... Des entonnoirs d'écoulement en communication avec des eaux souterraines s'ouvrent aussi dans le plateau » (Élisée Reclus). Cet état du sol explique suffisamment l'usage antique des échasses chez les bergers des Landes.

Ce même littoral offre un exemple des plus frappants d'un autre état particulier au sable et qui, dans divers points, a une influence immédiate et irrésistible sur le mouvement de la population, à savoir les dunes mouvantes qui, poussées par le vent du large, empiètent sur les terres occupées par la culture ou les pâturages, et finiraient par les reconquérir sur l'homme si celui-ci n'y faisait obstacle à l'aide des plantations et particulièrement des forêts de pins maritimes.

Les grès durs etcompactsontlesmêmes propriétés que le granité. Les grès poreux et perméables sontsecs etsalubres, s'ilssont en assises puissantes et non point en couche mince superposée à de l'argile ou à du grès compact.

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Roches calcaires. — De celles-ci le carbonate de chaux est l'élément le. plus ordinaire ; mais il faut -en rapprocher la dolomie, dans laquelle la magnésie s'associe à la chaux, et le terrain gypseux, où le sulfate de chaux est plus ou moins exclusif.

Les roches calcaires ont des propriétés fort différentes selon qu'elles sont en assises continues ou qu'au contraire elles se trouvent naturellement ou accidentellement fragmentées ; selon qu'elles possèdent une texture serrée et une consistance dure ou qu'au contraire elles sont formées de grains fins sans cohésion. Les degrés sont du marbre et des calcaires noirs au calcaire oolithique et à la craie. On prévoit donc qu'ici le calcaire aura presque la salubrité des sables siliceux par son extrême perméabilité, tandis qu'ailleurs il sera à peu près aussi impénétrable que le granité. Dans ce dernier cas, il est sans influence nuisible sur l'air et sur l'eau, à la condition que les pentes des couches soient suffisamment accentuées ; en plateau, il est encore salubre, mais aride, si l'eau des pluies s'évapore entièrement à sa surface ; mais on constate parfois la présence de collections aqueuses et de marais à de grandes hauteurs, dans ces conditions ; on suppose que, par l'action de l'acide carbonique des eaux pluviales, des excavations se sont formées dans le calcaire et sont devenues des réservoirs d'eau (Roth et Lex).

La craie est salubre et les eaux de ces terrains, quoique très riches en sels calcaires, ne passent point pour défectueuses. Les médecins du camp de Châlons ont trouvé louable l'eau des puits forés en pleine craie, bien qu'elle fût un peu laiteuse dans les premiers jours qui suivaient l'établissement du puits (Goffres, J. Périer). La craie perd ses avantages lorsqu'elle est pénétrée de marne argileuse ou qu'une faible épaisseur de craie repose sur un sous-sol marneux.

La craie tuffeau ressemble infiniment, sous le rapport hygiénique, à la craie blanche.

Il n'y aurait rien de particulier à dire du calcaire dolomitique, si la présence de la magnésie dans les terrains n'avait été l'occasion d'une théorie étiologique du goitre qui eut un certain retentissement. Les observations de Grange ont été généralement confirmées par Boudin, en ce qui concerne la géologie. Quant à la doctrine étiologique, elle a été très contestée et n'est plus guère aujourd'hui qu'un souvenir.

Les terrains gypseux s'échauffent lentement, mais gardent bien la chaleur; quoique le gypse soit d'ordinaire cristallin ou compact, les sols qui en renferment ne sont pas imperméables, parce qu'il n'est point stratifié, mais en dépôts lenticulaires ou en filons. Ses compagnons les plus fréquents sont l'argile, le sel gemme, l'anhydrite, et les propriétés du soi sont une résultante de ces constituants divers. Le gypse est soluble dans 420 parties d'eau ; il est donc susceptible de lixiviation par les pluies, d'où la mauvaise qualité à tous égards des eaux qui viennent de ces terrains et leur aptitude à former, dans les dépressions, des marais dangereux. Ajoutons que l'association fréquente du sel gemme au gypse contribue pour sa part à accentuer ces fâcheuses conditions.

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Il ne serait pas inexact de dire qu'en résumé le calcaire tient le milieu entre le sable et l'argile et doit peut-être sa supériorité générale à ses propriétés en quelque sorte bien équilibrées, a Le calcaire, qui existe dans presque tout terrain cultivé, détruit les acides dans le sol, convertit rapidement les fibres végétales en humus, absorbe plus d'eau que le sable, la laisse filtrer plus rapidement que l'argile ; il a moins de cohésion que celleci et une moindre aptitude à prendre et à garder la chaleur. » (Roth et Lex.)

Roches argileuses. — Tous les sols d'argile sont suspects, et c'est cette circonstance qui a valu leur mauvaise renommée aux terrains tertiaires où les couches argileuses jouent effectivement un grand rôle. Cette vue est cependant inexacte, puisque les terrains de cet âge renferment aussi des grès et des calcaires et que, en revanche, l'argile se retrouve dans les terrains primaires ou de transition (schistes argileux, ardoise) et jusque dans ceux de la zone azoïque (schistes micacés).

Quel que soit son âge, l'argile se présente partout avec cette remarquable propriété de pouvoir absorber l'eau lentement, mais en grande quantité, et de la retenir avec une énergie telle que, s'il y a encore de l'eau à sa surface, celle-ci reste dès lors permanente comme sur un sol absolument imperméable.

C'est l'argile qui, dans le champ des précautions sanitaires, donne le plus à faire à l'ingéniosité et au travail humains. Les schistes argileux qui se délitent, les vastes bancs d'argiles et de marnes, c'est-à-dire dans lesquels le calcaire et l'argile s'associent, les alluvions des grands fleuves (Rhône, Pô, Gange, Nil, etc.) où l'argile s'enchevêtre au sable et aux débris calcaires, tous ces terrains sans saillie, coulant par leur propre poids et leur consistance vers les déclivités et les bas niveaux, s'étalant en surfaces unies, sont à la fois pleins de promesses et de menaces. C'est la plaine, bien plus séduisante que la montagne et plus praticable ; les plantes trouvent partout à plonger leurs racines, dans ce sol toujours humide et sans pierres, et la végétation spontanée enrichit d'elle-même le terrain; il appelle la charrue, et les populations s'y pressent irrésistiblement, luttant par une reproduction active, et aussi par l'immigration, contre la forte mortalité; la terre elle-même, à peine durcie par le feu, se prête à la confection des briques dont on édifiera les grandes villes avec une rapidité merveilleuse.

Cependant, c'est incontestablement un sol perfide et dont les attributs essentiels tendent à abréger la vie et à diminuer la vitalité des habitants, si la réaction de l'hygiène n'est incessante et intrépide. L'humidité du sol et de l'atmosphère, les fermentations de toute nature au sein du sol, la qualité douteuse des eaux, l'infériorité des végétaux alimentaires, et par conséquent de la chair des ruminants qui s'en nourrissent aussi, telles sont les principales circonstances menaçantes, très ordinairement attachées aux sols argileux.

Il va sans dire que ces dangers sont d'autant plus intenses que l'argile domine davantage ou règne exclusivement, et qu'ils sont modifiés en

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divers sens par l'adjonction naturelle, à l'argile, de proportions variables de sable ou de calcaire. De même, le mode suivant lequel ces correctifs sont répartis dans la masse argileuse a une importance plus ou moins décisive sur l'atténuation des influences propres de cette dernière.

Nous verrons plus loin que les garanties les plus sérieuses sont la culture et le drainage, moyens heureusement au pouvoir de l'homme.

Alluvions. Humus. Terrain humifère. Terre arable. — La terre arable n'est pas une formation géologique ou bien c'est encore de la géologie en action, préparant les terrains futurs. Cette couche, très superficielle, très variable d'épaisseur et qui manque absolument sur des espaces plus ou moins étendus, se constitue de différentes façons. Tantôt c'est une alluvion fluviale, riche en matières organiques; tantôt, et le plus souvent, c'est le résultat accumulé des détritus de la végétation spontanée et dont l'homme n'enlève pas les produits au sol ; les plantes vivent et meu rent alors sur le même point et y entassent lentement ce qu'elles ont fixé de substance par les emprunts au sol et à l'atmosphère ; c'est ainsi que se forme le terreau sous les arbres des forêts par les feuilles qui tombent chaque année, ou par les végétaux de petite taille qui croissent dans le voisinage; sur les hauts plateaux du Sahara algérien, les touffes à'/udfa se font à elles-mêmes de petites buttes de terreau ; avec un nombre suffisant d'années, de siècles peut-être, ces buttes se seront suffisamment élargies ou élevées en hauteur pour combler les sillons en réseau qui les séparent aujourd'hui et où l'on voit la grève nue. Ailleurs, l'homme intervient pour brusquer la formation de ce sol artificiel en mêlant lui-même aux couches du terrain géologique, fragmenté par l'outil, des amendements et des engrais. La caractéristique de la terre arable, quelque nom qu'elle porte, est donc toujours la présence d'une proportion notable de matières organiques et, dans sa structure, le défaut de compacité et de cohésion; quant à la constitution chimique, elle est nécessairement dominée, au moins au point de vue minéral, par la composition même du terrain géologique sous-jacent et aux dépens duquel la végétation a formé la couche arable; les plantes n'ont pu prendre au sol que ce qu'il avait, et les amendements apportés par le cultivateur ne corrigent jamais à fond l'influence de la roche normale.

Schlœsing démontre que, dans les terres arables, la matière humique, en même temps que l'argile qu'il nomme colloïdale, forme un ciment qui soude les unes aux autres les fines particules de sable, et que ne désagrège par l'eau ordinaire.

Il y a donc des terres arables siliceuses, argileuses, calcaires ; c'est à peine si la prédominance spécifique disparaît dans le terreau proprement dit devant l'extrême richesse en détritus organiques. Par conséquent l'importance du sous-sol prime toujours celle de l'écorce mince, exploitée par la culture, cl la présence de celle-ci n'atténue pas essentiellement les préoccupations qui ressortent de la nature fondamentale du terrain et sur lesquelles on s'est arrêté précédemment. En revanche, elle y ajoute le souci des influences suspectes que l'on prévoit aisément de la part d'une

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couche accessible à l'air et à l'eau (puisqu'elle n'est pas compacte), dans laquelle des phénomènes de décomposition organique se sont accomplis et peuvent n'être pas terminés.

L'épaisseur de la couche arable emporte la fertilité, mais aussi l'aptitude à entretenir les germes de microparasites, dont nous verrons que le sol est le lieu naturel de conservation. Au contraire, les sols granitiques, schisteux, crayeux, où la couche arable est si mince qu'elle ne permet pas aux vers de vivre, sont antipathiques à la pullulation parasitaire. La Beauce entretient le charbon ; les savarts de la Champagne ne le connaissent pas.

La terre arable cultivée est un des sols les plus inoffensifs; il en est tout autrement de la couche humifère non utilisée par la culture et où la végétation est spontanée. L'habitation humaine, quand c'est une bâtisse, supprime le plus ordinairement la couche arable, cultivée ou non ; les campements militaires en subissent, au contraire, toutes les influences. Dans les deux cas, les habitations restent exposées aux influences de voisinage.

2° Capacité du sol pour la chaleur, les gaz et l'eau.

A. Tfoermalité du sol. — Cette question a deux aspects : ou bien l'on considère la chaleur 'propre du sol, c'est-à-dire celle que la chaleur centrale maintient dans les couches superficielles d'une façon que l'on peut, en pratique, considérer comme invariable ; ou bien il s'agit de la chaleur que l'écorce du globe reçoit du soleil. Celle-ci dépend assurément de la conductibilité et de la capacité calorique des éléments des terrains ; mais elle relève pour une autre part de l'accessibilité naturelle ou artificielle de ces terrains pour l'air et l'eau; elle est donc liée aux propriétés thermiques de ces deux corps eux-mêmes.

La température du sol s'accroît d'environ 1 degré par 30 ou 32 mètres, en descendant de la surface vers le centre. Le fait intéresse immédiatement les mineurs, dont quelques-uns travaillent à 5 ou 600 mètres sous terre. Dinzer, observant par des trous de sonde et tenant compte de la chaleur développée par le forage même, a élevé ce chiffre à 1° (Celsius) par 27m,8. C'est là une loi d'observation. Mais l'on conçoit que, pour être générale, elle ne se vérifie qu'à partir d'un point suffisamment distant de la surface pour que le sol devienne indifférent aux oscillations de la température extérieure. La profondeur de ce point varie quelque peu selon les latitudes et surtout en raison de la conductibilité des éléments du sol, de la perméabilité du terrain qui permet plus ou moins les échanges gazeux, etc. Les caves de l'Observatoire de Paris, à 29 mètres de profondeur, marquent au thermomètre, depuis plus de cent ans (Réaumur, Lavoisier, Arago), une température d'à peu près 11°, 7 (G.), sans oscillation notable. En diminuant ce chiffre d'un peu moins d'une unité, on obtient 10°, 8, qui est précisément la moyenne thermique annuelle de Paris, donnée par les instruments et l'observation directe. On pourrait donc croire que la loi énoncée plus haut s'est déjà vérifiée par rapport à la moyenne thermique de la surface; mais ce peut bien être un hasard, car la moyenne

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vraie, calculée sur la ligne isotherme, est probablement inférieure de près d'un degré à la moyenne de. Paris, fournie par les instruments : Renou estime que cette moyenne vraie atteint à peine dix degrés.

Parkes place, d'après Forbes, la ligne de température invariable au sein du sol pendant toute l'année entre 17 et 30 mètres, et la limite des oscillations journalières à 4 pieds. Roth et Lex n'abaissent pas la première à plus de 30 pieds (10 mètres). Encore une fois, les phénomènes thermiques dans les couches superficielles du sol dépendent de l'air et de l'eau qui y trouvent accès, plus encore que des aptitudes calorifiques du terrain: ils constituent un des éléments de ce que PfeifTer (de Weimar) a cru pouvoir appeler la « climatologie » du sol, non sans raison, puisque les couches superficielles contiennent une atmosphère qui peut, comme l'atmosphère libre, être lourde, chaude, humide, etc. Ce point de vue sera repris un peu plus loin.

Propriétés thermiques des éléments du sol. — En général, la capacité calorifique du sol est faible, et son pouvoir absorbant médiocre ainsi que son pouvoir émissif, ce qui revient à dire que le sol est lent à s'échauffer ainsi qu'à se refroidir. Ces propriétés diffèrent selon la nature géologique et chimique des éléments du sol. Schiibler, cité par tous les hygiénistes, a reconnu par des expériences directes que la faculté de retenir la chaleur est respectivement :

Des expériences trop peu répétées pour que j'y insiste ont pu me porter à croire qu'au-dessous de zéro le sable tend à se mettre en équilibre avec la température extérieure plus rapidement que la terre végétale. Deux thermomètres à minima placés, l'un sous 4 centimètres de sable, l'autre sous 4 centimètres de terre végétale, pendant une nuit d'hiver dont le minimum fut de — 3°, donnèrent au matin, le premier — 1°, le second — 0°,2.Mais il est possible que le pouvoir émissif de l'eau se soit ici substitué à celui du terrain, l'humus ayant naturellement retenu plus d'eau que le sable ; ou simplemement que l'accès de l'air extérieur, plus facile à travers le sable, ait fait la différence. Il ne faut pas perdre de vue cette considération dans de semblables essais.

Oscillations t lier momé triques dans les couches superficielles du sol. — Cette question a pris tout à coup une grande importance quand on a voulu donner pour base à des théories étiologiques l'état et les allures de la température du sol suivant les localités, comme l'ont tenté, en 1867, Delbriick (de Halle), et en 1871 Pfeiffer (de Weimar) vis-à-vis du développement des épidémies de choléra. La critique et des observations ultérieures dans des points différents n ont pas permis d'adopter simplement l'exclusivisme et l'absolu des relations étiologiques indiquées; mais il n'en reste pas moins

dans le sable calcaire.

— le sable siliceux

— le gypse

— l'argile maigre. . .

— grasse

— pure..

— le calcaire en poudre fine

— l'humas

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acquis que la chaleur du sol peut être un élément important dans l'ensemble des causes qui favorisent la genèse ou la propagation des épidémies. L'influence de la température du sol ne pouvait que gagner à dépouiller la spécificité étroite par laquelle on la rattachait au choléra ; elle venait tout naturellement en aide à la théorie de la génération alternante des germes morbides (Liebermeister et Pettenkofer) et à celle des oscillations du Grundwasser (Voy. plus loin), puis jue la chaleur ne joue pas un moindre rôle que l'humidité dans la fructification des semences confiées au sol. A quelque école que l'on appartienne, il est impossible de ne pas suivre avec intérêt les recherches faites dans cette direction, aujourd'hui que la putridité organique, dont le sol recèle les grands foyers, et les êtres infiniments petits qui en sont les agents, tendent à prendre une place dominante dans l'étiologie des fléaux les plus redoutés de notre espèce.

Dans son premier mémoire, à défaut d'observations locales suffisamment multipliées, PfeifTer envisageait l'influence de la température du sol sur le développement du choléra selon les grandes zones du globe. 11 émettait, sans pouvoir le prouver, l'idée que dans la zone polaire le choléra trouve la raison de son activité dans réchauffement du sol par les habitations des cités populeuses, artificiellement chauffées elles-mêmes pour lutter contre le climat ; sous ces froides latitudes, il s'agirait vraisemblablement toujours d'épidémies de maison, comme on en voit chez nous en hiver. Sous les tropiques, où la température du sol ne varie guère, on ne saurait recourir à l'hypothèse d'un lien entre les accès de chaleur du sol et le développement du choléra ; en fait, il apparaît et règne dans les Indes et d'autres pays intertropicaux à n'importe quelle époque de l'année. Mais pour ce qui concerne les latitudes tempérées, l'auteur croit pouvoir établir avec un certain degré de vraisemblance, sur ses propres observations et celles qui lui ont été communiquées, cette loi : que l'acmé de l'épidémie cholérique coïncide avec le moment de la plus haute température du sol à une faible profondeur, ou survient peu après ; que le choléra décroît avec une chute rapide de la température du sol et qu'il disparaît quand celle-ci est au-dessous de 5 à 7° G. — Delbrùck, à Halle, avait remarqué que la cessation du fléau coïncidait avec une chute de la température du sol de 2°, 5.' — PfeifTer se garde bien, d'ailleurs, de négliger la part que peuvent avoir les oscillations de la température atmosphérique, les différences de nature, de conductibilité, de revêtement, d'humidité du sol, sa richesse en produits de décomposition, toutes circonstances au milieu desquelles la température du sol pourrait n'être qu'un facteur. Ce ne sont pas des recherches empiriques, ni poursuivies dans un esprit d'exclusivisme ; on aurait tort de ne pas en tenir un grand compte.

L'année suivante, Pfeiffer annonçait la vérification de sa loi pour le royaume de Prusse, de 1848 à 1859 pour Bruxelles et l'Angleterre. Dès lors, les explorations qu'il recommandait se multiplièrent en Allemagne.

Le procédé employé pour les mesures comparatives de la température du sol est décrit ainsi qu'il suit par le Dr L. Pfeilfer (de Weimar) : « Pour prendre la température du sol à la surface et à des profondeurs variant de 1 demi pied à 4 pieds, chaque station possède 12 thermomètres, dont 6 sont installés en rase campagne et 6 en forêt. Les thermomètres destinés à mesurer la température à la surface et jusqu'à 1 demi pied sont simplement disposés de façon que leur boule atteigne à la profondeur voulue. Quand il s'agit d'explorer la température à une profondeur

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de \ à 4 pieds, on utilise la méthode proposée par Lamont. Quatre tubes de bois, rectangulaires, verticaux, respectivement longs de 1, 2, 3, 4 pieds, sont assemblés à côté l'un de l'autre à la façon de tuyaux d'orgues et enterrés dans le sol. Dans chacun de ces tubes se trouve une tige de bois d'une longueur égale à celle du tube, qui remplit le calibre de celui-ci aussi exactement que possible, tout en restant mobile dans le sens de la perpendiculaire. A l'extrémité supérieure de cette baguette, un petit anneau de fer servant de poignée permet de la retirer du tube. Le thermomètre destiné à mesurer la température du sol est encastré à l'extrémité inférieure de la tige de bois et assujetti à l'aide de lames de laiton. Le fond de chaque tube est également fermé avec du laiton et, en avant de la boule du thermomètre, ]a paroi du tube porte une ouverture obturée par une plaque du même métal, de telle sorte que l'accès de la chaleur soit rendu aussi facile que possible. La partie des tubes enterrés qui émerge au-dessus du sol est recouverte d'une caisse fermant bien. Les thermomètres sont gradués par dixièmes de degrés, de — 10 à + 20 degrés Réaumur. » A de plus grandes profondeurs, des tubes cylindriques de tôle étamée, placés à 50 centimètres ou i mètre de distance les uns des autres, remplacent avantageusement les tubes de bois, sans fausser les résultats.

La tige de bois a évidemment pour but d'interposer un corps mauvais conducteur entre la surface du sol et le point de la profondeur dont on veut avoir la température. L'auteur recommande de recouvrir de cire la boule des thermomètres pour les rendre insensibles pendant la lecture, c'est-à-dire pendant 2 à 3 minutes ; il serait peut-être possible et plus sûr d'employer des thermomètres, à minima ou à maxima selon la saison.

Le tableau ci-contre (page 29) représente un spécimen delà façon dont sont reproduites les observations de ce genre. Il est extrait d'un tableau dressé par F. Lùdecke (de Gotha) pour la ville de Zwickau, en 1872 ; nous n'y avons conservé que ce qui a trait au développement de la fièvre typhoïde en rapport avec la climatologie atmosphérique et tellurique. On notera que les chiffres relatifs à la température du sol sont absolus et expriment les résultats de l'année 1872 seule ; tandis que les autres, toujours précédés des signes -j- ou — , ne représentent que les différences des résultats obtenus en 1872 d'avec la moyenne correspondante de huit années d'observations.

En comparant les allures de la température du sol à celle de la température atmosphérique, il ressort de ce tableau ; que le degré thermométrique, dans les couches terrestres superficielles, est dans une certaine dépendance de celui de l'atmosphère, mais d'autant moins que Ton s'enfonce davantage.

D'après le même tableau, en voyant le chiffre thermique de 3 mètres de profondeur monter jusque et y compris octobre, on s'aperçoit que le thermomètre dans l'intérieur du sol retarde notablement sur le thermomètre à l'air. Dans des observations faites à Bruxelles (Wiel), on attendit un mois pour qu'une couche de sable de lm,8 d'épaisseur fût traversée entièrement par le calorique extérieur ; à une profondeur de H mètres, il se passa six mois, de telle sorte que la chaleur du sol atteignait son maximum précisément à l'époque où la température de l'air était à son minimum. Il en résulle que, si certaines maladies, la fièvre typhoïde par exemple, sont réellement inlluencées par la chaleur du sol et les phénomènes de fermen-

générale.] CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU.

DU SOL

[Hygiène

tation qui s'y accomplissent, on s'explique ainsi qu'elles n'aient point leur acmé épidémique en été, mais en automne ou même en hiver. Ce retard du thermomètre profond, évidemment dû à l'infériorité des pouvoirs absorbant et émissif du sol par rapport à l'air extérieur, a été mieux mis en relief par l'observation, à Montsouris en mai 1875, des variations moyennes diurnes de la température du sol à diverses profondeurs.

Températures moyennes diurnes du sol (mai 1875).

PROFONDEUR

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