I. Le vêtement
Un assez bon nombre d'hygiénistes modernes n'ont point de place dans leur cadre pour le vêtement, que les anciens traitaient, au contraire, avec une attention scrupuleuse. On ne se rend pas bien compte de ce dédain.
générale.]
LE VÊTEMENT
Sans doute, le vêtement, chose foncièrement artificielle, n'est pas aussi inévitable à notre espèce que l'air, l'eau, les aliments ; quelques tribus, pour lesquelles les âges préhistoriques ne sont pas finis, n'ont pas de vêtements à proprement parler. Mais ce sont celles-là qui nous occupent le moins, et les sociétés civilisées, pour lesquelles l'hygiène veille et travaille, ont fait du vêtement un de leurs besoins, désormais aussi impérieux ou peu s'en faut que celui de manger, de Loire, de travailler. Un outillage industriel formidable fonctionne à l'heure qu'il est, exclusivement en vue de produire des vêtements; des millions de bras y sont occupés, des capitaux énormes y sont mis en œuvre, la préparation du vêtement consomme des quantités prodigieuses de charbon de terre et précipite le moment où la réserve de l'avenir sera épuisée. Yoilà donc un objet de consommation de premier ordre, et il serait étrange que l'hygiène n'en eût point souci, tant pour préciser les circonstances dans lesquelles il satisfait à un besoin réel que pour dénoncer le moment où il ne représente qu'un besoin factice. A la vérité, il semble bien, à première vue, que de notre temps l'artificiel et le caprice l'emportent d'une façon extraordinaire. C'est peut-être à cela que les hygiénistes n'osent pas se heurter.
But du vêtement. — Le vêtement intervient dans l'une ou l'autre, souvent dans plusieurs à la fois, des circonstances suivantes : la calorification du corps ; l'état d'humidité, d'aération, d'insolation, d'électricité, de l'enveloppe vivante ; la protection de divers organes ou appareils contre les chocs, les frottements, la fatigue.
Calorification. — L'homme adulte, après avoir fourni à tout le travail que représentent les mouvements organiques, dispose moyennement de 2,700 calories par jour, suivant Ilelmholtz, pour faire face au refroidissement par l'air inspiré qui pénètre dans le poumon, par l'évaporation insensible à la surface, par le contact direct de son corps avec l'air qui l'environne, enfin par le rayonnement.
On ne peut, évidemment, dire que ce soit trop ni trop peu ; si l'une des causes de déperdition vient à être annulée, il y a surcharge pour les autres modes de réfrigération ; si, au contraire, l'air de contact est à un degré très bas et que l'espace de rayonnement soit considérable, il y a menace que le calorique disponible devienne insuffisant et qu'une atteinte soit portée au calorique en quelque sorte fondamental, nécessaire au mouvement fonctionnel.
Le rôle le plus important du vêtement consiste, d'une part, à diminuer quand il en est besoin la déperdition par contact et par rayonnement ; d'autre part, dans le cas opposé, à faire obstacle aux circonstances qui convertiraient l'une ou l'autre des voies de déperdition du calorique en un moyen d'accumulation pénible et dangereuse.
11 se trouve que, dans les deux cas, la supériorité du vêtement consiste à être fait d'une substance mauvais conducteur du calorique. La plupart des matières vestimentaires jouissent de cette propriété négative ; elles la possèdent au plus haut degré lorsque, naturellement ou par la Aunoul'j. — HygW'ne. ^
DU VÊTEMENT ET DE LA PROPRETÉ CORPORELLE. [Hygiène
confection du tissu, elles emprisonnent de l'air dans leur épaisseur ; l'émission de chaleur par un corps chaud entouré de ouate augmente de 40 p. 100, si la ouate est comprimée. Le même corps perdant 100 de calorique, lorsqu'il est enveloppé d'une fourrure, perd 180 avec la même peau tondue ; 258, lorsqu'elle est tondue et enduite de vernis. On sait que les animaux à fourrures meurent quand on revêt leur peau d'un enduit imperméable ; on a dit que la mort était due à la rétention de l'évaporation cutanée ; il est plus probable qu'ils meurent de froid.
Krieger a cherché à se rendre compte de la conductibilité des étoffes, en entourant successivement de soie, de flanelle, de drap de laine, simples ou doubles, un cylindre de tôle rempli d'eau chaude. Le cylindre perdait 3 p. 100 moins d'unités de chaleur avec l'enveloppe de soie double qu'avec la soie simple ; 14 p. 100 de moins avec la flanelle double qu'avec la même simple ; 16 à 20 p. 100 de moins avec le drap double.
Les expériences, déjà anciennes (1858), de Coulier ne paraissent pas avoir été souvent renouvelées ni, par conséquent, contredites. Elles sont d'un incontestable intérêt en ce qu'elles ont précisé, pour quelques tissus en usage dans l'armée, le pouvoir émissif> c'est-à-dire celui qu'il est important de trouver faible lorsqu'il s'agit d'un vêtement protecteur du froid, et le pouvoir absorbant, qui doit également être au minimum chez les étoffes destinées à lutter contre l'accumulation de la chaleur dans le corps.
Un récipient de laiton, mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, est rempli d'eau à une température supérieure à 50 degrés ; on le suspend au moyen de cordons de soie dans un air tranquille; un thermomètre très sensible, fixé au bouchon qui ferme l'appareil et plongeant dans îe liquide, permet de constater les variations de température. L'appareil étant laissé à lui-même, on note exactement le nombre de minutes et de secondes nécessaire pour obtenir une diminution de 5°, en commençant l'expérience à partir d'un point fixe, 40° par exemple. Appliquant ensuite sur le vase des chemises faites des différentes matières en expérience, on note également avec précision le temps nécessaire pour amener, avec chacune d'elles, la chute thermométrique de 40° à 35°. On a obtenu les chiffres ci-dessous :
Expériencéjle Coulier.
Durée du refroidissement de -j- 40° à + 35°.
Récipient en laiton non recouvert 18'12"
( A. Toile de coton pour chemises 11'3U"
l B. Toile de coton pour doublure 1 1' 15"
Le même récipient ) G. Toile de chanvre pour doublure 11 '25"
recouvert avec. .. . J D. Drap bleu foncé 14'45"
[ R, Drap garance 14'50"
\ F. Drap bleu-gris pour capote 15'5"
Il n'y a pas à se préoccuper du refroidissement du récipient nu, puisque le laiton n'a rien de commun avec les propriétés de la peau humaine ; l'expérience, en ce qui le concerne, prouve simplement qu'il se refroidit plus
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LE VÊTEMENT
par coniacfc que par rayonnement. Ce qu'il faut voir, c'est qu'un corps chaud se refroidit plus vite, d'un même nombre de degrés, lorsqu'il est revêtu de toile que quand il est enveloppé de drap ; qu'il se refroidit à peu près de la même façon sous la toile de coton et sous celle de chanvre et, pareillement, sous toutes les espèces de draps militaires, sauf un légej' avantage en faveur du drap gris des capotes. Dans les expériences ultérieures (1863) de W. Hammond, citées p^r Morache, et qui ont eu également en vue l'armée, l'avantage de la toile de coton a été plus formel ; ce à quoi il fallait s'attendre, en raison des villosités de cette sorte de toile, favorables au séjour de l'air dans les mailles du tissu, lorsque l'industrie ne fait pas tout son possible, comme cela arrive fréquemment, pour détruire les propriétés de la matière première et parfois cette matière ellemême.
Expérience de Hammond.
Durée du refroidissement de 150° Fahrenheit à 140° (6o°,5 C. à 60°,0).
Récipient de cuivre non recouvert là'll"
Le même recou avec ,
l A vert * n
A. Coton pour chemises 9'42"
B. Toile de chanvre pour chemises 7'24"
G. Flanelle blanche 12'35"
D. Drap bleu foncé 14' 5"
\ E. Drap bleu clair... 13'5Û"
Pour comparer le pouvoir absorbant des étoffes, Goulier a pris un certain nombre de tubes de verre, à parois minces et à diamètre sensiblement uniforme, les a garnis des différentes enveloppes à expertiser et les a exposés, sur un châssis de bois, à l'action des rayons solaires ; l'expérience, menée de front pour tous les tubes, a donné les résultats suivants :
Thermomètre à l'ombre 27°
— au soleil 36°
Différence Température avec la température du tube. du tube nu.
Tube non recouvert d'étoffe 37°, 5 »
/ A. Coton pour chemises... 35°, 1 — 2°, 4
| B. Coton pour doublure. .. . 35°,5 — 2°