EAU HYGROMÉTRIQUE
par 1 gramme detoffe.
ri
B. Toile de coton pour doublures...
G. Drap garance p0ur sous-officiers. .
H. Drap bleu foncé pour sous-officiers.
K. Belle toile de chanvre p. chemises.
Pettenkofer a, de même, reconnu que l'étoffe de lin et la flanelle, plongées dans l'eau, puis pressées dans les mains jusqu'à ce qu'il ne s'échappe plus une goutte de liquide, retiennent, pour 1000 parties d'étoffe sèche, le lin 740, la flanelle 913. Mises à évaporer, 1000 parties de lin abandonnent,
générale.]
LE VÊTEMENT
en 75 minutes, 511 p. d'eau ; la laine, seulement 456 ; dans les 20 minutes qui suivent, le lin ne perd plus que 130, la laine encore 148; dans les 30 autres minutes, le lin perd seulement 44, la laine 115 p. 1000. Voilà une démonstration de la lenteur d'assèchement de la laine et de la rapidité de celle du lin.
L'expérience la plus vulgaire nous fait, d'ailleurs, connaître que l'absorption par la toile de lin ou de chanvre est rapide, immédiate ; dans l'opération banale de se laver les mains ou le visage, tout le monde sait que l'on ne s'essuie vite et bien qu'avec des pièces de cette toile ; la toile de coton essuie mal et le drap encore moins.
Ceci est, dès maintenant, une indication formelle, respectée à peu près partout, d'appliquer le linge de chanvre ou de lin aux besoins de la toilette, de la table et même de la cuisine, tandis que la toile de coton a toutes les qualités qui conviennent au linge de corps. 11 n'y a pas d'exception notable à faire pour le linge nocturne ; les gens aisés ont des draps de lit en toile de lin, dont la fraîcheur a quelque agrément en été; mais les draps de coton seraient tout aussi salubres ; en hiver, d'ailleurs, nous avons soin de n'entrer dans nos draps que revêtus d'une chemise de nuit en coton et, à bien dire, les draps de lin ne sont que la doublure des couvertures de laine à qui nous demandons le service le plus positif, celui de nous conserver la chaleur du corps.
Propriétés lumineuses et électriques. — On n'a guère étudié l'influence du vêtement à ce double point de vue, quoiqu'il soit on ne peut plus légitime de soupçonner qu'elle est loin d'être nulle. Il n'y a pas de substances vestimentaires absolument diaphanes, pas plus qu'il n'y en a de diathermanes; cependant, elles sont plus ou moins opaques, et il est à supposer que celles qui laissent passer quelque peu de lumière sont plus avantageuses à la tonicité du tégument que les enveloppes complètement opaques. Il est vrai que l'opacité est presque corrélative d'un haut degré d'impénétrabilité à l'air ; il y a donc une association d'influences.
Les matières animales, soie et laine, se chargent aisément d'électricité négative par le frottement ; les fils de lin et de chanvre sont bons conducteurs de l'électricité. Il serait étonnant que ces propriétés fussent indifférentes vis-à-vis des phénomènes biologiques chez les êtres qui revêtent leur tégument de larges enveloppes faites de ces substances. Mais, nous le répétons, ce n'est là qu'une induction qu'il reste à traduire en formules.
Nous avons dit, précédemment, l'influence remarquable, au point de vue des propriétés thermiques, de la couleur des vêtements, c'est-à-dire de leur aptitude à réfléchir ou à absorber tout ou partie des rayons du prisme. Les couleurs révèlent des aptitudes d'un ordre analogue sous le rapport d'une qualité qui intéresse spécialement l'hygiène militaire : la visibilité à distance. Bornons-nous à dire ici que la visibilité à distance des étoffes vestimentaires varie selon la couleur et d'une façon exactement inverse de l'effet produit par celle-ci sur la puissance d'absorption calorique.
Aération du corps par le vêtement. — L'air est le milieu naturel de Vhomme ; il ne faut pas que le vêlement l'isole absolument de l'atmosphère.
DU VÊTEMENT ET DE LÀ PROPRETÉ CORPORELLE
[Hygiène
Nous avons rapproché le vêtement de l'habitation; comme celle-ci, le vêtement enferme, non les groupes, mais chaque individu dans une atmosphère limitée, immobile (si l'on n'y prend garde), et qui peut arriver au confinement. Il doit y avoir, par le vêtement lui-même, une ventilation naturelle (ou inconsciente) du corps et une ventilation artificielle, méthodique, voulue. La peau respire aussi.
La forme flottante des vêtements antiques donnait probablement une grande prédominance à la ventilation naturelle par leur intermédiaire. Les étoffes de ce temps-là, perméables comme les nôtres, conservaient les villosités que l'industrie moderne leur enlève si exactement; elles laissaient passer l'air du dedans au dehors et réciproquement, elles en gardaient une provision dans leurs mailles velues ; les amples plis des robes et des manteaux, tantôt rassemblés sur le corps, tantôt lâches et flottants, permettaient à l'air extérieur de venir remplacer d'instant en instant celui qui avait été en contact avec la peau du porteur. De nos jours, tous les vêtements collent au corps ou à peu près ; ce ne sont que ligatures, constrictions et fermetures exactes ; la ventilation naturelle est réduite à son minimum, et les échanges entre l'air du dehors et l'atmosphère confinée en contact avec la peau n'ont lieu qu'à travers les pores de la matière vestimentaire. Que reste-t-il comme ressource de ventilation? l'abandon provisoire, une fois par jour, du vêtement diurne, pour en prendre un autre pendant la durée de la nuit, et le changement définitif, plus ou moins fréquent, des pièces de vêtement, spécialement du linge de corps, contre des vêtements fraîchement lavés et aérés. C'est une ventilation un peu rare, elle l'est beaucoup dans certaines classes; mais, au moins, elle est complète. Les anciens ne l'avaient pas; ils ne connaissaient pas le linge de corps et dormaient probablement dans le même costume qu'ils portaient en plein jour, comme font encore aujourd'hui les ordres religieux, en souvenir des beaux jours de l'an 1000.
D'ailleurs, les étoffes ne sont pas simplement perméables à l'air ; elles l'absorbent et, par conséquent, aussi les gaz divers qui peuvent être mélangés avec lui. Stark a démontré que la faculté d'absorption pour les particules odorantes se comporte, dans les étoffes colorées, absolument comme l'absorption de la lumière et de la chaleur. De plus, les étoffes de couleur sombre retiennent plus longtemps les odeurs que celles de couleur claire; enfin, cette imprégnation par les particules odorantes est plus énergique de la part des tissus de provenance animale, la soie en tête, que de ceux qui sont fournis par les végétaux. Wunderlich a constaté que la toile de lin teinte en bleue absorbe 06 parties d'ammoniaque, pendant qu'une identique, mais non colorée, n'en prend que 36 ; mais c'est essentiellement la matière même du tissu qui décide du pouvoir absorbant pour les gaz ; pendant que la laine absorbe 100 d'ammoniaque, le lin n'en prend que 72, la soie 36 et le coton 15. L'état humide augmente cette propriété de l'absorption gazeuse ; l'état rugueux ou velu des surfaces élève à la fois cette propriété et celle de retenir les molécules odorantes.
Nous n'insisterons pas, parce qu'un paragraphe sera réservé aux souillu-
gcuéralc.j
LE VÊTEMENT
res du vêtement, à la véhiculation des principes morbides par les étoffes et le linge, et aux procédés d'assainissement que réclame ce danger considérable.
Le vêtement, appareil de protection. — Il est des circonstances dans lesquelles on fait bon marché de toutes les propriétés qui viennent d'être indiquées pour ne chercher dans le revêtement artificiel du corps qu'un moyen de faire échapper celui-ci ou quelqu'une de ses parties à l'action des contacts irritants ou des agents vulnérants. C'est essentiellement le cas de la chaussure et de quelques appareils de guerre, casques et cuirasses, que nous ne ferons que mentionner.
Les enveloppes métalliques sont de détestables vêtements ; ce qui a été dit plus haut le fait suffisamment comprendre. La cuirasse et surtout le casque, bons conducteurs du calorique, ont certainement prêté à de nombreux accidents d'insolation, générale ou locale. Mais c'est peut-être une nécessité stratégique, et ce que l'on peut demander, c'est que les organisateurs des armées en réduisent les inconvénients au minimum.
La chaussure n'est pas foncièrement indispensable ; de nombreuses familles humaines s'en passent ou peu s'en faut. Mais elle est entrée définitivement dans les mœurs des peuples civilisés, et il faut la regarder comme une chose dont personne ne se passe plus. Aussi bien est-il nécessaire que les habitants des pays froids enveloppent de quelque isolant les extrémités qui se trouveront en contact avec le sol humide ou glacé, et que, partout, dans l'existence artificielle du moment, l'homme qui foule le rude pavé des villes, le soldat qui fait de longues étapes sur le silex des routes, et jusqu'au laboureur dont la charrue renouvelle 1 âpreté de la surface terrestre, tous arment leur pied d'un revêtement capable d'émousser les heurts contre les aspérités du sol et de rendre la progression plus assurée. La chaussure doit remplir cet office de protection sans compromettre ni entraver les mouvements ; c'est le cuir des animaux qui fournit les substances le mieux appropriées à ce besoin, ainsi que cela sera exposé tout à l'heure.
Provenance et préparation des matières vestimentaires. — Il semble
peu utile de s'arrêter aux sub>tances minérales, qui fournissent le vêtementarmure et les gilets d'amianthe, incombustibles.
Matières végétales. Lin, chanvre, jute, coton, phormium, etc. — Tous les végétaux énumérés dans ce titre possèdent cette propriété commune de fournir des fibres textiles, que l'industrie recueille, dégage du végétal et transforme en ces tissus qui méritent d'une façon générale le nom de toiles, encore qu'ils puissent en porter d'autres dans la terminologie commerciale.
Les étoffes de lin sont celles dont l'usage remonte au temps le plus reculé ; on en enveloppait les momies chez les Égyptiens. Il ne paraît pas qu'elles eussent jamais pu devenir, non plus que celles de chanvre, d'un emploi vulgaire, si le génie industriel n'avait trouvé les merveilleuses machines qui servent aujourd'hui à filer et à tisser les fibres superposées à la tige de ces deux végétaux. Mais peut-être ce grand mouvement a-t-il dépassé
UU VÊTEMENT ET DE LA PROPRETÉ CORPORELLE
[Hygiène
le but et, après avoir mis le linge de corps à la portée de tous, commet-il une réelle faute économique en diminuant, par l'abus de la machine et des procédés chimiques, l'étendue des propriétés utiles et la résistance de la matière première.
Le lin est cultivé sur de vastes espaces dans le département du Nord, en Algérie, en Russie et dans l'Inde ; c'est-à-dire que cette plante précieuse a une grande complaisance d'acclimatement. Pour le dire en passant, son rendement en graine est en voie d'acquérir une importance qui ne le cédera pas à celle de la matière textile. Les cultivateurs du Nord, qui ne peuvent semer plus d'une fois la graine de leur récolte, en achètent à la Russie pour plus d'un million de francs chaque année. La graine de lin fournit l'huile à la céruserie et à la peinture ; il reste, après l'extraction de l'huile, un tourteau très estimé.
Les fibres textiles du lin et du chanvre sont incorporées à l'écorce de la tige par une matière glutineuse dont les débarrasse le rouissage. Cette opération, qui n'est guère moins qu'une putréfaction organique, se fait en grand dans la Lys (département du Nord) et réclame l'attention de l'hygiène à titre de cause spéciale d'altération des cours d'eau. Aussi bien, la question ne paraît-elle pas tout à fait éclaircie, autant qu'il résulte du savant travail que Vallin lui a consacré. Il semblerait, dans tous les cas, regrettable qu'on fût quelque jour obligé d'y substituer des procédés chimiques analogues à ceux qui opèrent aujourd'hui le blanchiment de la toile avec rapidité, mais non sans compromettre la valeur du tissu. 11 vaut mieux chercher les moyens de rendre inoffensif le rouissage à l'eau, si tant est que, pratiqué dans les eaux courantes, il présente des dangers réels.
Nous retrouverons en leur lieu la filature et le tissage.
On appelle jute les fibres du liber de plusieurs espèces de Corchorus de l'Inde (Tiliacées). Les filaments en sont très longs (lm,50 à 3m,50); ils ont un éclat de soie et une couleur blanchâtre passant au brun par l'exposition à l'air; ils se travaillent à l'eau chaude. Le jute ne donne qu'une toile grossière, propre aux emballages et à la confection des sacs. On le mêle cependant quelquefois au chanvre et au lin. Le sulfate d'aniline permet de déceler la fraude ; il teint le jute en jaune intense, tandis qu'il ne colore le chanvre qu'en jaune faible et pas du tout le lin.
Le Phormium tenax, le Ma et YAbaca ont peu d'importance dans nos contrées. C'est encore la tige de ces végétaux qui renferme les fibres.
Dans le coton, la matière textile est la bourre soyeuse dans laquelle la nature a plongé les graines; d'où résultent des opérations, notablement différentes de celles qui concernent le lin, pour préparer les fibres à être filées et tissées.
Vues au microscope, les fibres de nos principaux textiles offrent des caractères différentiels qu'il suffit d'avoir constatés une fois pour pouvoir les appliquer en temps utile. Les fibres du coton ont l'aspect d'un mince ruban, plat, transparent, légèrement tordu sur lui-même (fig. 160 et 165, e). Les fibres de lin et de chanvre rappellent assez bien l'aspect des cannes de bambou ; elles ont? de distance en distance, des renflements ou nœuds (fig. 165, d)t
générale.] LE VÊTEMENT. 667
auxquels on peut voir, sur la fibre non altérée, des houppes de courts filaments qui ressemblent quelque peu aux racines adventives de certains
Le jute n'a pas de nœuds ni d'enroulement; son canal central présente des alternatives d'étranglement et de dilatation (fig. 163). On dirait une double fibre dont les deux moitiés s'accolent inégalement.
Pour rendre cette énumération complète, mentionnons simplement les tiges de diverses graminées, les fibres des palmiers, l'osier, dont on fait des chapeaux ; la paille, le varech, etc., qui servent à la confection de pièces
(*) Les figures 160 à 163 sont empruntées à M. Yétillart : Études sur les fibres végétales textiles employées dans l'industrie, 1 876, in-8.
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de literie. Enfin, le caoutchouc, avec lequel on imperméabilise certains vêtements, détestables par cela même qu'ils sont imperméables. Ce qui n'ôte rien aux mérites du caoutchouc, qui rend aux sciences, aux arts et à la chirurgie de si précieux services.
Matières animales. Laine, soie, fourrures, cuirs. — On peut faire immédiatement, dans cet ordre de substances, deux classes : celles qui sont employées à l'état de tissus, laine et soie, et celles qui ne se tissent pas, les cuirs. Les fourrures appartiennent tantôt à l'une, tantôt à l'autre ; quelquesunes passent par un état spécial : le feutrage, pour remplir l'office qu'on en attend.
La laine est le poil des animaux de l'espèce ovine ; l'ensemble de ce que peut fournir un individu de cette espèce s'appelle toison et pèse de lkil.50 à 8 kilogrammes. Les laines des moutons dits de haut pays sont courtes, fines, frisées ; les mérinos rentrent dans cette catégorie. Celles des moutons de plat pays sont longues, les poils à courbures moins raides. Une toison renferme de 15 à 70 p. 100 de suint, l'animal ayant été lavé ; 50 à 80 lorsqu'il ne l'est pas.
La laine de brebis est blanche ou jaunâtre ; chaque poil a une longueur variant de 0m,i à 0m,32, une largeur de 0,014 à 0,06 de millimètre. Vu au microscope, il reproduit les traits de la structure de tous les poils ou cheveux, c'est-à-dire d'un ensemble de cônes épithéliaux emboîtés les uns dans les
Fig. 164. - Brins de Fig. 165. — Mélange de fibres textiles, animales et végétales (Roth et Lex) (*) laine de différentes forces (Roth et Lex).
autres (fig. 164), avec des traces du canal médullaire. Chaque cône inférieur, tronqué, déborde un peu le cône supérieur; il en résulte une série d'arêtes minces, irrégulières, qui expliquent la disposition des poils à se feutrer. La laine qui a été travaillée, et surtout qui a été portée, montre moins
(*) a, laine neuve ; — 6, laine qni a été portée; — c, soie ; — d, lin; — e, coton.
générale.]
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bien les écailles épithéliales ; en revanche, on y voit mieux la substance fibrillaire sous-jacente à l'enveloppe corticale (fig. 165, b).
Les opérations industrielles dont la laine est l'objet se rapportent à deux types essentiels : la préparation des laines pour la fabrication des draps et flanelles (laines cardées), et la préparation de celles dont on fera les étoffes lisses, lénos, mérinos, Orléans, etc. (laines peignées). Toutes entraînent des déchets organiques animaux, emportés par les eaux de lavage et dont la disparition (ou mieux l'utilisation) est un problème d'hygiène publique qu'il ne faut pas perdre de vue. Heureusement, il n'est pas insoluble, il est même en partie résolu. (Voy. p. 630.)
Pourquoi ne dirions-nous pas ici que l'industrie, qui ne recule jamais, fabrique avec des chiffons de laine, dont les plus mauvais ont été convertis en engrais (azotine), des étoffes que les gens les moins dénués de prétentions achètent avec empressement sous le nom de draps- Renaissance (le qualificatif n'est que trop exact]?
Des substances analogues ou supérieures à la laine, en réalité moins intéressantes pour nous, interviennent dans la confection de tissus d'un prix généralement élevé. Ainsi : la laine de Kaschmir, poils des chèvres de cette région de l'Inde ; la laine de vigogne, d'alpaka, le poil de chameau (Mohair), le poil de lièvre, de chat, le crin, etc.
La soie est, comme on sait, un merveilleux produit de sécrétion dans lequel s'enveloppent la larve du Bombyx du mûrier et celle de quelques
Fig. 1G6. — Brins de soie ' !/30o (Roth et Le.\).
autres bombyx, pour y passer, princièrement couchées, le temps qui les sépare du moment où elles se réveilleront animal complet. Deux fils d'une finesse inouïe sortent de la bouche du ver et s'agglutinent aussitôt en un brin unique, soyeux et d'une extraordinaire résistance. Quand le cocon est à point, on étouffe la chenille, qui ne l'a filé que pour elle et le couperait à l'heure de sa métamorphose.
Les brins de soie mesurent de 9 à 21 millièmes de millimètre d'épaisseur. Sous le microscope, ils apparaissent comme des tubes homogènes, cylindriques, transparents, à contours très nets. Dans la soie qui a été mise en
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usage, on peut remarquer une scissure dans l'axe du fil ; c'est un commencement de destruction (fîg. 166).
Le travail des cocons et la fabrication des étoffes de soie sont une grande industrie française, un instant compromise par « la maladie des vers à soie »,la flacherie et la péb?ine, dont Pasteur aura indiqué le remède, s'il est démontré, comme il le croit, que l'affection est de nature parasitaire, par conséquent transmissible d'une génération de vers à la suivante. Mais si, par patriotisme, nous nous intéressons grandement à la soie, l'hygiène prend beaucoup moins de part à nos préoccupations. Les tissus de soie sont-ils des vêtements ? En vérité, non. Ce sont des emblèmes de luxe, officiels ou privés, sous lesquels se place le vrai vêtement, le vêtement en rapport avec les fonctions physiologiques, celui-là n'intéressant que des fonctions publiques et sociales.
Les matières vestimentaires qui ne se tissent pas comprennent essentiellement : les peaux d'animaux avec la fourrure, les plumes, le cuir.
Les peaux d'animaux à fourrures sont d'excellents moyens de conservation du calorique naturel (ou autre), par ce fait que les poils, drus et longs, renferment le meilleur de tous les isolants, l'air. Les plumes sont absolument dans le même cas et remplissent cet office d'autant mieux qu'elles sont plus déliées, plus duvetées, exemptes de parties dures qui auraient quelque pouvoir conducteur et rendraient la division de l'air moins parfaite. Les explorateurs des régions polaires ont fait 1 expérience que le duvet de l'eider est supérieur à la fourrure du buffle et de l'ours blanc (Parry, Payer), en ce qu'il est infiniment plus léger et peut se porter en été comme en hiver; les fourrures ne sont indispensables que pour le repos nocturne par des froids de 30 à 40 degrés au-dessous de zéro. Les matelots de Parry se trouvèrent bien de porter leurs vêtements de peau le poil en dedans ; cette pratique peut donner immédiatement un résultat agréable, mais le poil en contact avec le corps se pénètre d'humidité qui en annule les bons effets et, lorsqu'on vient à remettre le côté velu en dehors, de petits glaçons se forment aux extrémités des poils. Les Lapons et les Kamtschadales portent leurs fourrures constamment le poil en dehors; quelques Esquimaux ont deux peaux, l'une avec le poil en dehors, l'autre, en contact avec le corps et le poil en dedans. L'humidité nuit beaucoup aux fourrures ; elle fait tomber le poil des peaux de rennes et raidit le cuir de toutes les fourrures. C'est pour cela que le capitaine Nares, dans son expédition de 1875, préféra munir son équipage d'épaisses couvertures de laine.
Dans nos pays tempérés, les vêtements de fourrures sont un luxe agréable et que les riches peuvent seuls se permettre. On reconnaîtra, au moins, qu'ils rendent de réels services contre le refroidissement des extrémités.
Les peaux à fourrures sont l'objet de préparations qui se rapprochent de l'art du tanneur et qui ont pour but de les rendre incorruptibles et inattaquables aux parasites.
Les poils d'un certain nombre de rongeurs, autrefois le castor, aujourd'hui le lapin, fournissent l'aliment de la vaste industrie des chapeaux de feutre, non moins intéressante au sujet des ouvriers qu'elle emploie qu'en
générale.]
LE VÊTEMENT
ce qui concerne les consommateurs. Nous avons dit la raison pour laquelle les poils des animaux sont disposés à se prêter au feutrage.
Le cuir, pour l'hygiène, est la partie la plus dense du derme des animaux, dépouillée de son épiderme et des fibres lâches sous-jacentes, condensée par des opérations mécaniques et rendue in outrescible par sa combinaison avec l'acide tannique. C'est essentiellement la peau des ruminants qui est affectée à ces manipulations, en vue de fournir le vêtement des extrémités inférieures, la chaussure. Les cuirs de vache et de veau servent à fabriquer Y empeigne; la peau du bœuf et celle du taureau sont destinées aux semelles. Les prairies américaines envoient en Europe des cargaisons de peaux ; les animaux n'ont été abattus à peu près que pour leur cuir.
La préparation des cuirs, le tannage, est une opération longue et délicate, qui appellerait l'attention de l'hygiène rien que parce qu'elle s'exerce sur des matières animales, mais qui mérite encore d'être suivie en ce que, des soins avec lesquels elle s'accomplit, dépendent la résistance, l'imperméabilité, la souplesse des chaussures, auxquelles on demande précisément et tout d'abord ces qualités. Le point capital est que les mailles du derme soient également et profondément pénétrées de tan.
Le tan est une poudre obtenue avec l'écorce des chênes de 12 à 15 ans; les diverses espèces de chêne en fournissent ; on peut également employer l'écorce du bouleau, de l'aune, du châtaignier, du sapin, et une infinité d'autres substances végétales, riches en acides tannique et gallique.
Convenablement nettoyées et ramollies, les peaux sont mises à gonfler dans un bain d'eau de chaux, ou d'eau étendue d'acide sulfurique, ou mieux dans la jusée, liquide acidulé qu'on obtient par la fermentation de la farine d'orge. Quand celte préparation a donné le résultat voulu, on enfosseles peaux. Les fosses ont plusieurs mètres de profondeur; sur le fond de chacune, on étend une couche de tan de 30 centimètres d'épaisseur ; sur cette couche, on déploie une première peau, qui est saupoudrée de 6 à 8 centimètres de tan ; puis une seconde et ainsi de suite, en alternant les stratifications de peaux et de tan. On termine par une couche de poudre de 50 centimètres. Le tout est recouvert de planches, que des pierres suffisamment lourdes compriment, et l'on y coule l'eau nécessaire. Il faut 150 kilogrammes de tan pour 40 kilogrammes de peau. Autrefois, l'enfossage durait deux à trois ans. Pressés par la concurrence et aidés des agents chimiques, les industriels en ont considérablement abrégé la durée, au détriment des qualités de leurs produits. Le tannage à la jusée ne dure actuellement pas plus de huit à dix mois ; encore le trouve-t-on trop long, et les chimistes vantent-ils délibérément des procédés bien plus expéditifs. En voici un que Joltrain a proposé à la Société française d'hygiène de la part de Ch. Pavesi, de Mortara :
Perchlorure de fer 10 parties.
Eau 10!) —
Chlorure de sodium 5 —
On verse la solution dans des cuves de bois, que l'on remplit de peaux
DU VÊTEMENT ET DE LA PROPRETÉ CORPORELLE
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convenablement préparées et que l'on soumet à une température de 15 à 20 degrés pendant quelques semaines. Après ce temps, on retire les peaux, on les sèche, et le reste des opérations se poursuit comme d'habitude.
11 faut se garder de rien condamner à -priori; mais voilà, certes, une méthode de laquelle il est prudent d'exiger des preuves.
Teinture des étoffes. — Pour compléter les notions relatives aux préparations que peuvent subir les matières vestimentaires, rappelons que toutes les substances textiles, mais surtout le coton, la laine et la soie, sont appelées, dans l'industrie, à recevoir l'addition d'une matière colorante, soit sur la matière première ou plutôt sur les fils, soit sur les tissus déjà confectionnés. Le premier mode est la teinture par immersion; le second emploie tantôt l'immersion, tantôt Vimpressïon. Nous n'avons pas à entrer dans la technique de ces opérations; mais elles appartiennent à l'hygiène industrielle par les conditions de salubrité du travail, et à l'hygiène vestimentaire en général par ce fait qu'un très grand nombre de matières colorantes, bien acceptées par l'industrie, sont des agents toxiques dont le contact avec la peau humaine soulève de justes appréhensions : ainsi les couleurs d'aniline.
Disons-le tout de suite; il est fort probable qu'une seule substance et toujours la même est le vrai coupable dans tous les accidents d'empoisonnement, de provenance vestimentaire, qui ont été signalés, à savoir l'arsenic. Autrefois, c'étaient le vert arsenical de Schweinfurth et l'arséniate d'alumine (violet, jaune ou rouge-brun), qui étaient en cause; l'arsenic y entrait ouvertement; on pouvait trouver plus de 2 grammes d'acide arsénieux dans un mètre de certaines étoffes, particulièrement dans ces fameux voiles verts, très à la mode chez nos grand'mères. Aujourd'hui, ce sont les couleurs d'aniline, la fuchsine notamment, et une autre substance, la coralline, obtenue en traitant l'acide rosoîique par l'ammoniaque. Non pas que la fuchsine, peut être, soit toxique par elle-même; mais on obtient larosaniline, dont ces matières colorantes sont des sels, en traitant l'aniline par des oxydants, parmi lesquels deux sont aussi dangereux que fréquemment employés : le nitrate de mercure et l'acide arsénique. De telle sorte qu'il est rare que la fuchsine ne renferme pas plus ou moins de substance vénéneuse. Les observations de Viaud-Grandmarais et de Richardson ont montré que l'application sur la peau de vêtements teints avec cette matière détermine des éruptions vésiculeuses locales et des symptômes généraux. De même pour la coralline, que ïardieu a dénoncée le premier, en 1869; cette substance, pure, est vraisemblablement inoffensive, mais on se sert pour l'appliquer d'un mordant qui est encore un sel arsenical. — On peut reconnaître l'arsenic à son odeur alliacée, en brûlant sur des charbons un morceau de l'étoffe suspecte.
L'hygiène (plus que l'industrie) cherche en ce moment même une couleur végétale qui puisse fournir sans danger les nuances vertes, bleues, rouges, violettes, habituellement obtenues par le vert de Schweinfurth, le cobalt de Hongrie, l'aniline. Collineau et Savigny pensent avoir trouvé cette substance dans la cauline, qui provient de végétaux indigènes d'une
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culture facile, d'extraction très simple, s'unissantà l'acide picrique comme l'indigo. Ils la proposent pour les étoffes et les papiers peints.
Formes et adaptation du vêtement. — La considération, qui prime toutes celles dont le sujet actuel est susceptible, est : qu'il ne saurait y avoir de règles invariables en pareille matière, même sans sortir des exigences physiologiques. En effet, le climat, les ressources du pays, les habitudes nationales, imposent des formes de vêtement dont l'origine remonte à quelque fait de première importance et qu'il serait dangereux de méconnaître. Même dans nos pays tempérés, le vêtement d'été et le vêtement d'hiver ne se ressemblent pas, et à juste titre; les citadins et les paysans adoptent, d'instinct, des étoffes et des modes différentes, appropriées à leurs besoins respectifs.
L'hygiène a, pourtant, toujours le droit de demander que le vêtement, masculin ou féminin, ne comporte pas de ligatures ni de constrictions, localisées ou étendues, compromettant la circulation sanguine, limitant les mouvements et capables de devenir des causes de déformation. Les chemisiers, les tailleurs, les couturières, qui nous étranglent à l'encolure, aux entournures, à la ceinture, sont de réels coupables ; il devrait y avoir des punitions légales contre les cordonniers qui, dès l'enfance, déforment les pieds de leurs clients. Il y aura peut-être, quelque jour, une administration militaire décidée à réaliser le vœu des hygiénistes de tous pays, en donnant aux soldats un uniforme qui satisfasse à la fois la liberté des mouvements, le jeu des appareils organiques et cette régularité d'attitudes, qui ne fait le bonheur que des badauds dans la rue; ces uniformes étriqués et cette raideur de tenue sont la première chose dont se débarrassent les régiments en expédition, de même que les médecins de l'armée s'empressent d'enfouir au fond de leurs cantines le riche costume dont les gratifia une administration bienveillante, mais avec lesquels il est absolument impossible de faire une opération ou d'ausculter un malade. Au fond, tous ces costumes sont un reste de barbarie. Il fut un temps, dans l'enfance de l'humanité, où le mâle de notre espèce se bariolait à l'instar du mâle des oiseaux à l'époque des amours; avec le progrès, cette mise en scène de coquetterie a passé de l'homme à la femme. A quel propos conserver l'uniforme du soldat, la robe du prêtre, du magistrat, du professeur? C'est de la fatuité de sauvage. « On y renoncera, dit Letourneau (Charles), comme •on a renoncé à se perforer le nez et à se déformer le crâne. »
Il y aurait bien encore les droits de l'esthétique à faire valoir, et l'hygiène se désintéresse bien moins qu'on ne croirait du culte du beau. Mais notre génération très occupée et très utilitaire se soucie assez peu d'entretenir la production des œuvres de goût, même dans les choses dont on se sert tous les jours; les beaux-arts ont bien assez d'habiter les musées et d'apparaître dans les salons, les jours de réception ; on ne sort pas avec cela. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que la femme, à qui échoit naturellement la garde de l'art dans le costume, puisque c'est un auxiliaire de la beauté, est tombée de nos jours au dernier degré de l'esclavage des couturières et des Arnould. — Hygiène. ^3
DU VÊTEMENT ET DE LA PROPRETÉ CORPORELLE
[Hygiène
modistes, dont le talent principal est de faire cher et excentrique. A vrai dire, il serait bien impossible d'enfanter constamment une œuvre de goût en changeant de mode chaque année et en appliquant impitoyablement la mode du jour à toutes les femmes indistinctement ; les robes collantes actuelles, à moitié décentes sur les belles filles, ont l'air d'une cruauté quand on les impose à d'autres, misérablement plates ou disgracieusement rebondies.
L'industrie s'associe avec un entrain parfait à tous ces essais risqués, à ces changements rapides, qui sont le caractère moderne du luxe ; elle foule, brise, rase, tant qu'elle peut, avec des machines merveilleuses, la matière première des vêtements et l'on peut compter que les étoffes ne procureront plus aux porteurs l'ennui de durer trop longtemps.
Le costume masculin, pour le moins insignifiant, semblerait avoir l'avantage d'être désormais fixé à l'habit noir, à la redingote, au paletot; mais, ne pouvant plus changer les noms, les tailleurs varient la coupe et, pour leur intérêt, cela revient au même, sans que le costume y gagne rien. Au moins, ces pièces de vêtement ne sont-elles pas positivement incommodes, quand la confection en est soignée, et comprennent-elles, malgré la monotonie des couleurs, certains appareils capables de rendre de bons services.
On trouve encore, dans quelques recoins de la France, des vestiges d'un costume national, plus particulièrement conservé dans la partie féminine de la population, parce qu'il fait admirablement le compte de la coquetterie. Malheureusement, à cet égard du moins et peut-être à quelques autres, le peuple français s'homogénise avec une grande intensité ; les campagnes vont aux villes et les villes aux capitales; dans peu de temps, les dernières traces de la vie locale s'effaceront, tout le monde se ressemblera et ce sera fait du pittoresque du costume.
Vêtement de la tête. — C'est un des vêtements les moins indispensables,, puisque le crâne est naturellement protégé par les cheveux. Toutefois, le chapeau à bords larges a sa raison d'être dans les saisons et les pays de soleil, parce qu'il ombrage en même temps la face ; comme les bonnets de fourrure sont de mise dans les hivers des pays circumpolaires, attendu qu'ils préservent les oreilles, la nuque, les joues, parties découvertes, tout autant que le crâne. La coiffure doit, dans tous les cas, être légère et perméable à l'air; un engin lourd et dur exerce des compressions fâcheuses; un chapeau imperméable retient la sueur au contact des cheveux, les macère et en détermine la chute. La plupart des Musulmans, et en particulier les Arabes d'Algérie portent le fez, ou calotte d'étoffe épaisse, doublée quelquefois à l'intérieur d'une calotte de linge ; cette coiffure est peu perméable, elle ne l'est même plus à la longue, car le fez se transmet de père eh fils ; mais les Musulmans ont la tête rasée. Gela ne paraît pas être, d'ailleurs, une coutume à emprunter aux indigènes, non plus que bien d'autres également malpropres. Nos chapeaux de feutre sont trop peu perméables ;. ils rachètent en partie ce défaut par la forme haute, qui permet de conserver une petite atmosphère intérieure, au-dessus du cuir chevelu; sans cet avantage, la forme de nos chapeaux de cérémonie serait complètement ridicule. On pratique de petites ventouses d'aération sur le fond et les côtés
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LE VÊTEMENT
des chapeaux moins élevés, à calotte hémisphérique. A l'intérieur des habitations, à moins de calvitie (et encore), toute coiffure est superflue. La coiffure des femmes est bien plutôt une parure, un prétexté à fleurs et à rubans, d'après la richesse desquels on peut juger du degré de la hiérarchie sociale à laquelle appartient (légitimement ou non) la personne qui les porte. On s'aperçoit de reste que ce n'est pas pour se couvrir la tête que les femmes portent des chapeaux. En fait, sauf sous les climats extrêmes, elles n'en ont guère besoin. Les paysannes lorraines, qui travaillent beaucoup aux champs, se couvrent la tête et la face d'une sorte de capuchon en calicot, dans les moments de grand soleil ; il est évident que cette protection se rapporte plus aux yeux et au visage, y compris le cou, qu'au crâne lui-même. C'est, néanmoins, une saine pratique, aussi bien que celle, dans les mêmes circonstances, du chapeau de paille à larges bords, léger et ombrageant le visage et la nuque, sorte d'ombrelle que l'on n'est pas obligé de tenir à la main.
A de rares exceptions près et d'une façon transitoire, le cou n'a pas plus besoin de vêtement que la face ; les habitudes féminines le prouvent bien. Il gagne à être nu, pour assurer la liberté de la circulation des gros vaisseaux, et l'expérience a démontré que les personnes qui usent le plus du cache-nez et du boa sont les plus sujettes aux laryngites et aux angines. Par les froids intenses, il ne faut pas dépasser le foulard léger, porté uniquement au dehors.
Vêtement du tronc et des membres. — Dans nos habitudes, la pièce immédiatement en contact avec la peau est la che aise. Sous le rapport de la forme, la chemise doit être dans la règle générale de ne pas faire de constriction nulle part, spécialement à la base du cou. Au point de vue de la matière, elle estfaite de lin (ou chanvre), de coton ou de flanelle. Ce qui a été dit précédemment permet de discerner les cas dans lesquels telle substance convient plus qu'une autre ; rappelons seulement que la sécurité du coton et surtout de laflanelle repose essentiellementsur leurpouvoir absorbant pour l'eau, et que, loin d'adapter laflanelle aux besoins de la calorification, il faut au contraire la regarder comme propice aux pays chauds, danslesquels les sueurs abondantes sont inévitables. Dans nos pays tempérés, la flanellen'est qu'une concession aux organismes délicats ; l'éducation à l'eau froide lui est supérieure.
La chemise a surtout pour effet d'atténuer le contact des vêtements plus corsés, à surface rugueuse, que l'on met par dessus et qui sont les vrais protecteurs de la calorification. Le caleçon remplit à peu près le même office. L'un et l'autre, toutefois, se superposent au niveau du bas-ventre et protègent cette région, particulièrement sensible aux refroidissements. Pour cette raison et pour quelques autres, les femmes font bien de porter un pantalon. Chez les individus très susceptibles, la protection du bas-ventre est forcée d'aller jusqu'à la ceinture de flanelle.
Ni les gilets, ni les redingotes, ni les tuniques ne doivent sangler la taille, sous peine de gêner la respiration, de contrarier le travail de l'estomac, de déplacer des viscères abdominaux. Au même titre, le pantalon sera supporté par des bretelles élastiques plutôt que d'être retenu sur les hanches
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par une ceinture serrée. La ceinture, encore faut-il qu'elle soit large, ne rend de services qu'au moment de l'effort, en soutenant la contraction des parois musculaires du ventre. Enfin, les femmes devront avoir la jarretière, élastique et peu serrée, au-dessus du genou et non au-dessous; cette dernière position, généralement en usage chez les femmes du peuple, n'est probablement pas indifférente au développement des varices.
Le pantalon masculin est en drap ou en toile (coutil). Ce dernier, agréable dans la saison chaude, ne mérite qu'une confiance limitée ; sous nos climats, un revirement de température est vite arrivé ; la pluie, d'ailleurs, trouve le pantalon de toile apte à être vite mouillé et à évaporer de même ; à ce moment, ce serait une grave imprudence que de ne pas reprendre au plus vite le pantalon de drap.
Chez les femmes, le rôle physiologique et sanitaire du vêtement est la dernière préoccupation qui vienne à l'esprit; par conséquent, les règles qui fixent la nature et la forme des vêtements n'empruntent à peu près rien à l'hygiène; ce n'est même pas la coquetterie qui inspire toujours la mise féminine, mais cet implacable tyran qu'on appelle la mode. Il est évident que beaucoup de femmes savent qu'elles compromettent leur prestige en mettant à nu, dans une soirée, leurs épaules maigres ou leur peau bourgeonnée. L'hygiène aurait-elle des chances de faire brèche à cet empire auquel l'autre sexe sacrifie jusqu'à son désir de plaire et son besoin de succès? Au fond, bien qu'il y ait çà et là quelques victimes, le sexe faible révèle une singulière puissance de résistance vis-à-vis des dangers que lui créent ses infractions à l'hygiène vestimentaire.
Parmi les appareils dont la femme revêt son corps délicat, il en est un, le corset, qui est moins un vêtement qu'une machine propre à modifier les formes et souvent à en créer d'artificielles. A un certain moment, qui n'est pas encore très loin de nous, les empiétements et les abu de cet engin sont devenus tellement criants que les anatomo-pathologistes eux-mêmes s'en sont émus et qu'à force de dénonciations, cette dangereuse machine a fini par prendre des proportions modestes. Le corset, si on l'abandonne à ses hardiesses, a la prétention de réaliser trois ou quatre choses qui, à tort ou à raison, passent pour autant de beautés: faire saillir le haut de la poitrine, amincir le milieu du corps, élargir les hanches, donner la rectitude à la taille. Les victimes, d'ailleurs, ne manquent pas de raisons spécieuses; il faut soutenir la colonne vertébrale et le thorax des jeunes filles, offrir un support aux seins volumineux, maintenir la paroi du ventre, disposée à céder à diverses distensions, etc. Or, les jeunes filles arrivent parfaitement à n'avoir que les ondulations naturelles et gracieuses de la colonne vertébrale, sans aucune aide, pourvu qu'on ne leur fasse pas prendre des attitudes factices et vicieuses ; bien que la femme soit particulièrement douée de la respiration costo-supérieure, elle a besoin aussi pour respirer du libre jeu de son diaphragme ; les seins volumineux ont droit d'être soutenus, mais il ne faut pas croire que ce soit une beauté que de les avoir sous le menton, rassemblés de vive force sur la ligne médiane, puisque naturellement ils tendent plutôt à diverger sous les aisselles ; enfin, le ventre de la femme est
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LE VÊTEMENT
fait pour être distendu et il vaut mieux laisser s'exercer la tonicité propre de ses parois que de la remplacer au prix du refoulement des gros viscères qu'il renferme.
En tout cas, les accusations formulées à l'endroit du corset ont été fort sérieuses et toutes ne sont pas des calomnies. Par la compression permanente du thorax et le surcroît de travail qu'il impose aux parties supérieures du poumon (la base étant annulée) , il serait une cause d'emphysème vésiculaire, de diverses autres maladies de poitrine et, en particulier, de tuberculose; dans tous les cas, il est certainement un surcroît de gêne, lorsque ces maladies existent, quelle qu'en ait été l'origine. Il pourrait bien être une raison de dilatation cardiaque, puisque tout ce qui gêne la circulation veineuse oblige le cœur gauche à des efforts inusités et que, si la stase veineuse est pulmonaire, le cœur droit est immédiatement surchargé de besogne. Réciproquement, lorsque l'hypertrophie cardiaque est réalisée, pour une cause quelconque, l'emprisonnement du thorax dans le corset aggrave la situation. Le corset comprime l'estomac, abaisse le foie, refoule la masse intestinale vers le petit bassin, fait peut-être flotter les reins, procure aux organes génitaux internes, à l'époque de leur congestion physiologique, une compression fâcheuse. L'ulcère rond de l'estomac est plus fréquent chez la femme que chez l'homme ; est-ce la faute du corset? nous nous garderons de l'affirmer; mais tout le monde a vu, à table, sur la fin d'un repas, des femmes d'une certaine opulence de formes et d'autant plus corsetées, se congestionner, respirer péniblement, attendre avec angoisse le moment où l'on quittera la position assise et où elles pourront, étant debout, rendre un peu d'espace à leur estomac à qui la dilatation en avant est absolument interdite. Que ce jeu soit inoffensif, nous en serions étonné. Pour ce qui est des seins, ces organes à l'honneur desquels les femmes ont peut-être le plus aisément accepté le carcere duro du corset, ce n'est certainement pas lui qui les fait naître quand il n'y en a pas; et, lorsqu'il y en a, il en abuse et les compromet; tirer les seins en dedans et les repousser en haut est aussi propre à constituer peu à peu les mamelles pendantes que de les abandonner à leur propre poids ; mais c'est bien plus dangereux, parce que le tiraillement avec compression dispose à l'atrophie. Gela, avec d'autres circonstances assez variées, est une des raisons pour lesquelles les femmes des classes riches, lorsqu'elles veulent allaiter leurs enfants, n'en ont pas les moyens.
Il est plus que probable que le corset peut être, avec avantage, interdit aux jeunes filles jusque dans les premières années de la puberté inclusivement et que, quand il a réellement un rôle de soutien à remplir, il faut le réduire à son minimum, en faire une ceinture un peu large et élastique, jamais une cuirasse. Le progrès moderne supprime peu à peu les baleines et les lames d'acier, qu'on introduisait naguère dans les corsets, et les buses qui descendaient jusqu'au pubis ; l'appareil ne monte plus jusqu'aux aisselles ; c'est une ceinture facile à tenir plus ou moins lâche, qui ne comprime ni ne refoule rien, et ne sert de point d'appui qu'à l'agrafe des jupons. Il n'en faut pas davantage et il est difficile d'accorder moins.
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Vêtement des extrémités. — En général, les mains n'ont pas besoin d'être recouvertes et, en fait, les gants sont plutôt un usage de convention qu'un appareil utile. Pour les gens délicats, lorsqu'ils sont à l'extérieur par les grands froids, et même pour des ouvriers obligés d'avoir longtemps les mains à l'air, pour les soldats dont les armes refroidissent la peau en contact avec elles, les gants ne sont plus tout à fait du luxe ; mais l'enveloppe à laquelle on demande en pareil cas un service positif ne ressemble plus guère à celle dont on se sert pour maintenir la finesse de la main et la faire ressortir. C'est une étoffe corsée, quelquefois une peau doublée d'étoffe de laine, ou même une fourrure. Les dames, que ces gants effraieraient, gardent la peau de chevreau, mais plongent leurs mains dans un manchon douillet.
Le revêtement des extrémités inférieures a notablement plus d'importance. Nous négligeons les habitudes des peuplades barbares, qui n'ont pas de chaussure, en quoi elles sont imitées par une partie de nos populations rurales, pendant la belle saison. Cette coutume a de sérieux avantages pour la forme et le développement du pied, mais elle expose la peau à bien des traumatismes ; il est rare, d'ailleurs, qu'à un moment donné les « va nu-pieds » ne modifient pas eux-mêmes la simplicité de leur vêtement des extrémités, soit en armant la plante du pied d'une semelle de bois, soit en enveloppant toute la partie de morceaux d'étoffe qui la protègent contre le froid.
Nous superposons d'abord à notre pied un bas ou une chaussette, en laine ou en coton selon la saison. Quelques-uns suppriment cet intermédiaire et ont tort. Le bas ou la chaussette, en tout temps, recueillent une part des sécrétions abondantes et odorantes du pied ; ils retardent l'accumulation de la malpropreté, suppléent pendant quelque temps au lavage de cette extrémité, assainissent la véritable chaussure ; en hiver, ils deviennent un écran contre le refroidissement, le cuir n'étant presque pas une protection. Dans l'armée française, le soldat a réglementairement le pied nu dans son soulier ou sa botte ; mais tout homme qui en a tant soit peu le moyen se fournit lui-même de chaussettes de coton ou de laine. Si ces dernières devenaient une partie normale du vêtement donné par l'administration, il est à croire que les congélations seraient moins fréquentes dans les expéditions d'hiver.
Puis, vient l'enveloppe en cuir, soulier, botte, bottine, etc. Le cuir n'a plus que cette affectation dans l'hygiène vestimentaire ; les troupes de cavalerie elles-mêmes n'en revêtent que partiellement les surfaces de pantalon qui doivent être en contact avec le cheval ou avec le harnachement. Ce tissu naturel n'est pas d'un contact agréable à la peau, ni favorable à la calorification ; fréquemment mouillé, il durcit et gêne les mouvements. On ne voit plus de « culottes de peau » que parmi certaines populations pauvres, à l'existence faite de rude labeur et de privations, d'ailleurs lentes au progrès (les Souabes).
Or, indépendamment des lacunes déjà signalées dans la préparation des cuirs, la fabrication des chaussures est entre les mains d'industriels à qui l'axiome : « se faire une chaussure à son pied » paraît devoir être prati-
LE VÊTEMENT
qué en sens inverse, qui font des souliers comme il leur semble bon et obligent nos pieds à se conformer à leurs caprices de Procuste. Voici, dit A. Nystrom, le résultat de cette étonnante pratique: « des doigts de pied atrophiés, serrés les uns contre les autres au point de remplacer leurs formes arrondies par des arêtes prismatiques permanentes ; le pouce recourbé, se logeant où il peut, quelquefois sous les autres orteils, dévié de sa direction primitive : le métatarse transformé en un moignon aplati, informe ; des os atrophies, des muscles qui ont disparu par suite de l'immobilité à laquelle on les a soumis ; des articulations sans souplesse ; des callosités à toutes les saillies et à ! tous les points de frottement ; une disposition à l'ongle incarné ; le froid habituel du pied avec les conséquences de congestion qui en résultent ; une tendance à l'établissement du pied plat; une démarche disgracieuse, causée parle malaise et entretenue par l'habitude ; une disposition aux engelures et aux localisations goutteuses, etc. ; sans compter la mauvaise humeur, la fatigue, ie sentiment d'abattement, quand on ne peut se débarrasser de ses entraves. » La figure 167, empruntée à Wiel et Gnehm, reproduit quelques-unes des déformations les plus ordinaires.
Il est avéré que la plupart des cordonniers ne savent pas prendre mesure; ils font cette opération sur le pied m Vair, alors que le soulier doit essentiellement servir au pied supportant le poids du corps. La chaussure, exactement adaptée sur un pied au repos, devient un étau quand le pied se gonfle par la marche et la chaleur ; trop aisée, elle laisse place à des frottements fertiles en durillons, cors, œils de perdrix, excoriations ; c'est surtout le talon qui a besoin d'une certaine adhérence avec la chaussure. Pour prendre mesure de souliers d'une façon rationnelle, Meyer et Tourraine recommandent le procédé suivant : une ligne droite est tracée sur une feuille de papier; le client la couvre de son pied nu, en se tenant debout, de telle sorte que l'une des extrémités de la ligne déborde par le milieu du talon, l'autre par l'intervalle qui sépare le deuxième orteil du troisième ; on tire, à 15 millimètres en avant de la pointe du gros orteil, une perpendiculaire à cette ligne ; cette perpendiculaire limite la longueur •delà semelle. Parallèlement au bord interne du gros orteil et à 5 millimètres en dedans de ce bord, on trace une ligne droite qui vient tomber sur la ligne transversale précédente ; on en fait une semblable à 3 millimètres en dehors du bord du petit orteil ; de cette façon, la saillie du gros orteil et celle du cinquième métatarsien sont évitées ; c'est la plus grande largeur de la semelle. Avec un crayon dont la pointe est légèrement portée en dehors, on contourne le talon et le reste du pied, de façon à retomber sur les deux lignes droites extérieures. C'est la forme tout entière delà semelle et l'on a un dessin sur lequel on coupe un second modèle sem-
Fig. 167. — Pied déformé par la chaussure.
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blable qui sera celui de l'autre semelle. Nous verrons tout à l'heure que pour l'empeigne il faut mesurer obliquement la distance de la pointe du talon au cou-de-pied.
On n'oublie pas que le pied est formé par la combinaison de deux voûtes osseuses, légèrement flexibles, l'une en long, l'autre en travers, qui, nécessairement, se modifient sous le poids du corps. C'est évidemment à cette situation que la chaussure doit pouvoir se prêter et pour cela qu'il ne faut pas construire celle-ci comme s'il s'agissait de chausser un moule en plâtre.
Il est facile de voir qu'en coupant les semelles suivant le procédé indiqué, il y a un soulier pour chaque pied et qu'on ne peut désormais en intervertir la destination.
La semelle doit être épaisse et même ferrée de clous sur les bords, si la chaussure est faite pour des individus appelés à fournir des marches longues et sur n'importe quel terrain. Il ne faut pas donner dans le travers de quelques fabricants qui font déborder beaucoup la semelle des souliers de chasse, par exemple ; ce peut être là un avantage en pays sec et sablonneux, mais du jour où l'on s'aventurera, avec de pareilles chaussures, dans des terres molles et détrempées, ces rebords se chargeront d'une masse de boue qui ralentira singulièrement la progression.
Le quartier doit être plus solide que l'empeigne, pour prévenir le renversement du pied soit en dedans soit en dehors. Le talon, plus épais que la semelle (2 à 3 fois), également ferré s'il est nécessaire, sera large ; les talons très coniques favorisent l'entorse. C'est, d'ailleurs, pitié que de voir les bottines fabriquées à l'intention de quelques élégantes modernes, dans lesquelles le talon démesurément haut ne correspond plus au talon du pied, mais à sa voûte tarsienne ; les malheureuses qui les portent prennent forcément la démarche dandinante de l'oie, qu'elles croient être de la grâce et qu'elles recherchent. Trop haut encore, mais néanmoins correspondant au calcanéum, le talon de botte fait glisser en avant les orteils et le choc de leurs extrémités contre l'empeigne est rapidement une cause de fatigue et de souffrance.
Il ne faut pas que Yempeigne rencontre l'extrémité antérieure de la semelle en faisant avec elle un angle aigu ; le gros orteil a une pulp'e très développée et doit aisément trouver sa place ; au lieu des chaussures finissant en pointe effilée, conique, ou aplatie, il est bien préférable d'en porter qui soient comme coupées carrément, l'empeigne se recourbant d'une façon raide et obtuse sur la semelle ; les doigts de pied ne forment pas, dans leur ensemble, un triangle à sommet antérieur et correspondant au doigt moyen, comme ceux de la main ; le pouce l'emporte et l'on peut voir chez l'enfant que les extrémités des autres arrivent presque sur la même ligne, un peu oblique.
La semelle porté un étranglement, correspondant au milieu de la voûte plantaire ; comme la partie de semelle en avant de cet étranglement est intentionnellement épaissie et qu'en arrière il y a le talon, cet étranglement est en même temps relevé au-dessus du sol et constitue un espace par où la semelle ne rencontre pas le plan du terrain. C'est une façon rationnelle de
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LE VÊTEMENT
reproduire à l'extérieur la voûte plantaire et une circonstance qui permet à l'empeigne de se relever elle-même en hauteur pour recouvrir le cou-depied sans compression. Nous retrouvons ici la règle très générale et très invariable, de ne faire de constriction nulle part ; elle est peut-être plus rigoureuse lorsqu'il s'agit de parties où le sang veineux est déjà forcé de circuler en sens contraire des lois de la pesanteur. Aussi, devons-nous tout de suite signaler l'inconvénient des bottes aplaties au cou-de-pied et celui des bottines à tiges élastiques ou à boutons, lorsque ces tiges n'ont pas un degré suffisant de laxité. Les souliers et les bottines qui se lacent évitent ce défaut, puisque l'on peut à chaque instant varier le degré de constriction de la tige. C'est d'autant plus important qu'il est nécessaire que la chaussure touche le cou-de-pied aussi bien que le talon ; ce sont en quelr que sorte ses deux points de fixité. La figure 168 (Wiel et Gnehm) permet de suivre simultanément deux contours, l'un ponctué, l'autre plein, indiquant les points où le pied (ou la jambe) doit être au contact de la bottine et ceux où il doit avoir du jeu. La ligne a c pourrait être appelée ligne de fixité; c'est uue mesure qu'il est essentiel de prendre, puisque cette ligne est rigoureusement invariable ; trop courte, il y a constriction; trop longue, ballottement du pied.
Quelle que soit la résistance que l'on recherche, l'empeigne molle, flexible, souple, est toujours préférable ; c'est le pied qui doit s'imposer au cuir et non l'inverse. Que d'erreurs les fabrica nts cherchent à accréditer sous ce rapport !
Le soulier ne doit pas être plus imperméable qu'un autre vêtement; tout en lui conservant sa porosité pour l'air, on le garantit contre l'eau en le graissant. Le meilleur enduit dans ce but est un mélange à parties égales de graisse de porc et d'huile de foie de morue (Wiel et Gnehm). Il nous a paru que la recette recommandée par Tourraine durcissait singulièrement la chaussure; la voici, cependant :
Suif de mouton 120 grammes.
Axonge 60 —
Cire jaune 30 —
Huile d'olives 30 —
Térébenthine 30 —
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La botte vernie perd toute porosité et, par conséquent, est une chaussure froide ou chaude. Les souliers de caoutchouc sont détestables pour la même raison.
Les chaussures fourrées ne restent pas longtemps chaudes, parce que la doublure en flanelle, laine ou ouate, s'aplatit, se vide d'air et devient corps bon conducteur. Les semelles de feutre subissent la même altération, un peu moins vite ; celles de liège, de paille, résistent encore plus longtemps.
Vêlement nocturne. — L'homme, physiologiquement rivé au sol, serait appelé, comme les quadrupèdes, à se coucher pour dormir sur quelque point de la surface, cherchant seulement les espaces les moins rugueux, les plus secs, ceux que la nature a garnis d'un isolant spontané, feuilles sèches, herbes, etc., comme font aussi les animaux. Mais l'industrie de notre espèce a trouvé le moyen de porter à son plus haut degré le moelleux des surfaces sur lesquelles elle prend son repos et de s'isoler complètement, pour dormir, du sol et des influences atmosphériques. L'homme n'est même pas loin d'imiter les oiseaux, qui suspendent leur nid à des rameaux flexibles ou l'installent sur la bifurcation de deux branches. Nos lits sont vraiment aériens. On peut juger, par la recherche et la perfection qu'ils présentent, du degré de civilisation auquel les sociétés sont arrivées.
Tout d'abord, on se débarrasse de tout ou partie des vêtements du jour, plus ou moins façonnés et, par conséquent, gênant la liberté des attitudes, antipathiques au relâchement total dont le sommeil a besoin pour être réparateur. Quelques populations arriérées et divers ordres religieux, pour qui la malpropreté est une vertu, continuent seuls à n'avoir qu'un vêtement pour le jour et la nuit sans distinction. Il est clair qu'en outre de l'agrément et de la perfection du repos, l'alternance entre le vêtement de jour et le vêtement de nuit contribue singulièrement à l'assainissement de l'un et de l'autre. Non seulement celui qu'on ne porte pas cesse de se salir, mais de plus, il s'aère pendant qu'on ne le porte pas, pourvu qu'on lui en donne les moyens.
Le lit doit réunir tout ce qui peut annuler les effets de la compression de la peau par le poids du corps sur le plan plus ou moins horizontal de la couche et, en même temps, tous les matériaux dont le pouvoir conducteur ducaloriqueestauminimum. Pour atteindre au premier résultat, on constitue la couche proprement dite de matelas, en laine ou en crins, quelquefois faits d'un mélange de l'un et de l'autre. On en superpose même plusieurs les uns sur les autres, ce qui n'est point utile, ou l'on adopte, comme matelas superficiel, un vaste sac de plumes, ce qui est fâcheux, parce que la plume amène rapidement des sueurs chez le dormeur et que, si le lit est fait pour reposer, il ne doit point amollir. Entre les matelas et leur support fixe, s'introduit une paillasse de paille ou de feuilles de maïs, ou mieux un sommie?' élastique. Dans tous les cas, la paillasse elle-même ne doit point reposer sur des planches, ni même sur des lattes inflexibles, un peu écartées les unes des autres ; mais sur des sangles ou des lames d'acier entrecroisées et présentant quelque élasticité. Le tout, séparé du sol de la pièce par quelque 20 ou 25 centimètres, de telle sorte que le corps du dormeur
LE VÊTEMENT
soit lui-même élevé de 75 à 80 centimètres au-dessus du plancher.
Le sommier en crins et ressorts de laiton tend à se généraliser et Tonne saurait s'en plaindre. Pourtant, il n'y a pas lieu de blâmer l'usage, à la campagne, des paillasses de paille, pourvu que celle-ci soit souvent renouvelée. C'est un des isolants qui résistent le mieux à l'imprégnation par l'humidité et les miasmes et l'on ne contestera pas que le fait de changer entièrement la paille ne soit un assainissement radical.
La laine employée pour les matelas est de la laine « en suint, » c'est-àdire n'ayant subi qu'un simple lavage à l'eau froide ; un désuintage semblable à celui qu'on opère dans les usines lui enlèverait son élasticité et sa force. Il en résulte que, matière organique elle-même, lalainedes matelas emporte avec elle une substance azotée et sulfurée (suintine et suintate) dont la proportion n'est pas moindre de 10 kilogrammes pour 300 kilogr. de laine, c'est-à-dire pour le contenu de 30 petits matelas d'hôpital. D'ailleurs merveilleusement apte à recéler les gaz et l'humidité, la laine des matelas ne peut donc tarder à devenir un terrain propice à la fermentation putride, ainsi que le fait remarquer Lefranc, et l'on peut juger de la pullulation qu'y atteignent les germes microscopiques par la prospérité des mites et de la teigne fripière, qui, en coupant les brins, augmentent aussi la matière à putréfaction. Après deux ou trois ans de service, les laines de matelas renferment un véritable guano, qui peut s'élever à 1 p. 100 du poids total. Lefranc demande, en conséquence, qu'en outre du battage et du cardage annuel des laines de matelas, elles soient soumises tous les trois ans aune fumigation d'acide sulfureux et d'acide arsénieux (3 kilogr. de soufre et 1 kil. d'orpiment pour dix quintaux de laine) ; après laquelle se ferait un lavage par lixiviation, à l'eau froide légèrement alcalisée et phéniquée (1 kilogr. d'acide phénique cristallisé et 40 kilogr. de carbonate de soude dans 40 mèt. cubes d'eau, pour 10 quintaux de laine). — La désinfection à l'étuve ne serait-elle pas préférable à cette manipulation sulfureuse et arsenicale ?
Le matelas est recouvert d'un drap en toile de lin ou de coton ; c'est encore un drap qui est la première des pièces mises par dessus le corps de l'individu au lit, lui permettant de se recouvrir ensuite de larges et chaudes pièces de laine et de bénéficier de leurs propriétés calorifiques sans ressentir le contact agaçant de leurs villosités. Toutefois, la sensualité n'est pas ici seule en jeu ; les draps de lit sont au vêtement nocturne ce que le linge de corps est au vêtement diurne; ils ménagent la propreté du reste, puisqu'ils sont en position de recueillir d'abord les impuretés les plus grossières et sont susceptibles de lavages fréquents ; tandis que les matelas et les couvertures sont comme les redingotes et les paletots, qu'on ne change guère que quand ils sont usés.
Les couvertures de laine sont le meilleur revêtement pour le repos nocturne; on les multiplie selon la rigueur de la saison. Dans les pays très froids, les larges coussins de plumes, dits édredons, d'un puissant effet pour la conservation du calorique, ne sont pas à blâmer pourvu qu'ils soient faits de duvet léger et sec et qu'on les réserve pour les nuits de température très rigoureuse.
DU VÊTEMENT ET DE LA PROPRETÉ CORPORELLE
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Même réserve vis-à-vis des oreillers de plumes. La structure du corps de l'homme est telle que le décubitus dorsal ou latéral, sur le plan absolument horizontal, lui est impossible ou très pénible. Mais, la plupart du tempsr un traversin de crin suffit à soutenir la tête; les oreillers peuvent être réservés pour les malades, particulièrement ceux qui souffrent d'affections chroniques des voies respiratoires ou du cœur.
Toutes les pièces du couchage qui, comme celles de laine et de plumesr jouissentd'un grand pouvoir d'absorption pour les gaz, doivent être chaque jour exposées à l'air afin d'en renouveler autant que possible l'atmosphère intime à la faveur de la diffusion naturelle.
Oublions, de parti pris, de mentionner parmi les éléments du lit les rideaux, qui ne peuvent servir qu'à confiner l'air du dormeur et à être un réceptable de molécules organiques, de poussières, etc. Aussi bien, cet avis ne pourrait-il s'adresser qu'au luxe, qui ne nous entend guère, et à la pruderie religieuse, cloîtrée ou non, qui porterait certainement la question sur un terrain qui ne nous regarde pas. Les rideaux ont disparu des hôpitaux, sauf de quelques salles de femmes; là, du moins, il faut exiger que les rideaux ne soient fermés que dans les courts moments du lever et du coucher des pensionnaires.
En santé, il ne faut se couvrir pour le sommeil que juste dans la mesure nécessaire pour être à l'abri, en dormant, delà sensation du froid; une chaleur exagérée, même sans cesser d'être agréable, amollit, est une cause de déperdition par la sueur plus ou moins sensible et rend la peau ultérieurement bien plus impressionnable par le froid extérieur, lorsqu'on est levé. C'est s'exposer à payer cher le délassement si complet que procure le lit et empêcher que l'individu y reprenne des forces, comme cela doit arriver.
La face peut rester découverte, quand on dort sous abri. Les soldats air bivouac se la couvrent volontiers d'un mouchoir et n'ont peut-être pas tort. Le bonnet de nuit est inutile à quiconque possède des cheveux.
Il n'est pas inutile de faire remarquer que l'alternance entre le vêtement de jour et celui de nuit n'atteint complètement son effet qu'autant que l'on a soin de laisser le premier hors de la chambre à coucher, dans un espace suffisamment aéré pour que les effets s'assainissent d'eux-mêmes. On voit, du reste, que du même coup l'atmosphère de la chambre à coucher est ainsi à l'abri des émanations de vêtements qui ont été portés.
Le vêtement, véhicule «les germes morbides. — Voici une très grave
question, que les anciennes administrations connaissaient, sans arriver à la traiter autrement que par des moyens puérils ; nullement ignorée des hygiénistes de la première moitié de ce siècle, mais envisagée par eux un peu platoniquement. C'est l'époque contemporaine qui a vu se lever décidément l'esprit de philanthropie scientifique et pratique et inaugurer des mesures à la portée de tous et dans tous les temps, pour couper court enfin au transport des principes spécifiques de maladies et à l'entretien des épidémies les plus cruelles par l'intermédiaire des choses à l'usage de l'homme et tout particulièrement des étoffes et des tissus qui ont été au contact des malades.
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LE VÊTEMENT
Il n'y a pas d'effort à faire pour comprendre que les étoffes se laissent pénétrer par les molécules organiques et les corpuscules-germes, si les individus qui portent ces étoffes sèment autour d'eux, par la respiration, par la peau, par les excrétions diverses, de tels corpuscules ; il suffit même que les tissus vestimentaires aient séjourné dans une atmosphère infectieuse pour absorber et retenir ces molécules impalpables de la même façon qu'ils absorbent et retiennent des gaz ou de l'humidité. Les étoffes de laine un peu corsées et villeuses ne retiennent-elles pas avec*une déplorable facilité les parasites visibles, lorsque le porteur de ces étoffes a été en contact avec des individus malpropres? Les médecins qui soignent la misère dans les hôpitaux ou à domicile en savent quelque chose, comme aussi ils ont pu s'apercevoir maintes fois qu'ils reportaient à d'autres clients ou à leur propre famille des germes morbides recueillis par eux sur quelque point de leur pratique. La coutume est justement que les médecins s'habillent des draps en usage dans les classes aisées et qui sont beaucoup plus propices à collectionner des miasmes que la blouse ou le sarreau des ouvriers.
En fait, de tout temps, les vêtements et la literie qui avaient servi à des individus atteints de maladies contagieuses ont été reconnus être l'origine de l'éclosion de maladies identiques chez des individus sains qui les revêtaient après la mort des premiers. Les marchands de vieux habits sont certainement des entreteneurs d'épidémies. On ne retrouve le premier malade et la filiation évidente que dans un tiers des cas de variole (Ernest Besnier); comment sont venus les deux autres tiers? non pas spontanément, certes, mais par quelque intermédiaire imprévu, que les étoffes constituent souvent. Les coussins des fiacres, dans lesquels des malades se sont fait transporter à l'hôpital, ont été accusés, non à tort ; c'est la même chose pour les vêtements que l'on se prêle, dont on hérite, que l'on achète d'occasion. Gibert (de Marseille) a révélé qu'en 1874-1875 il y a eu, à Marseille, 1017 décès de variole et que ce sont précisément les arrondissements de la ville, les quartiers et les maisons habités par les fripiers qui ont fourni le plus grand nombre de cas et de décès varioleux. Le commerce des chiffons a été maintes fois dénoncé comme cause de transmission de maladies à Leipzig, New-York. La Turquie, l'Egypte, la Grèce envoient tous les ans, dans nos ports de France, quelque 20 millions de kilogrammes de chiffons de toute provenance, dont il ne serait nullement extraordinaire qu'une partie nous apportât un jour la peste.
Les linges souillés de déjections cholériques ou typhoïques ont le danger visible ; on s'en défie ; ils sont soigneusement lessivés. Si l'opération n'est pas inoffensive pour les blanchisseurs, du moins ces linges ne compromettent plus, désormais, personne. Il n'en est pas de même des matelas, des couvertures, sur lesquels on ne voit rien ; des vêtements des varioleux ou des personnes qui les ont soignés, dans l'épaisseur desquels la poussière virulente disparaît absolument ; des effets de médecins, d'infirmiers ou infirmières qui ont été au contact de septicémiques, de femmes atteintes de fièvre puerpérale. Et tous ces malheureux que l'on admet dans les hôpitaux, que l'on recueille dans les asiles, que l'on enferme dans les prisons ;
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qui peut soupçonner, dans la sordidité de haillons qui ne les quittent guère depuis de longues années, les contages qu'ils ont pris à tous les contacts impurs, à toutes les atmosphères miasmatiques dans lesquelles ils ont vécu ?
La connaissance de la véhiculation vestimentaire des miasmes et des virus peut donner aujourd'hui la clef d'un bon nombre d'énigmes écologiques et servir d'argument pour réduire le domaine de la spontanéité morbide.
Pour parer à ces dangers, il est quelques précautions tout indiquées. Ainsi, ne pénétrer dans les milieux miasmatiques qu'avec des vêtements parculiers, faits d'étoffe serrée et lisse ; quitter ces vêtements au sortir de l'établissement suspect, en les laissant dans une pièce où ils puissent s'aérer spontanément, autant que possible. Les sarreaux dont se servent les médecins d'hôpitaux peuvent devenir ainsi d'une réelle utilité, à condition que l'on ne dépose pas dans la même armoire le vêtement de ville et le sarreau de salles; le premier reprendrait ce que le second abandonne.
Mais ce ne sont là que des palliatifs. Un moment arrive où des pièces de vêtement ou de couchage sont positivement infectées et où il faut détruire, dans leur tissu même, les principes morbides avant de les remettre en service. C'est l'œuvre de divers procédés de désinfection sur lesquels nous allons nous arrêter, parce que l'hygiène moderne nous paraît avoir trouvé la solution rationnelle et pratique de ce problème impérieux d'assainissement.
Désinfection des tissus et des étoffts. — Il y a longtemps déjà que la chimie, avec une bonne volonté dont il faut lui savoir gré, avait offert ses services dans cette question si importante. Les agents qui manquent le moins sont ceux qui décomposent et même détruisent (malheureusement) les matières organiques, par conséquent annulent les propriétés des molécules mortes et tuent les molécules vivantes. Mais il a été par trop facile de remarquer que l'agent chimique ne distingue pas entre la matière organique surajoutée, qu'il faut détruire, le miasme, et la matière végétale ou animale fondamentale, qu'il faut conserver, le tissu vestimentaire. De plus, l'application en grand des agents chimiques ne reproduisait pas toujours les résultats, théoriquement certains, obtenus dans le laboratoire.
L'acide sulfureux, le plus commode, le meilleur des agents chimiques à employer en cette occasion, est désastreux pour les étoffes colorées. En revanche, il n'atteint que les surfaces et ne pénètre pas assez profondément dans l'épaisseur des tissus pour y produire son effet sur les miasmes incorporés à l'étoffe. Un exemple retentissant de son infidélité est l'histoire récente du Plymouth, dans les flancs duquel, sans compter d'autres mesures de désinfection, on avait fait brûler, pendant quarante-huit heures, 100 livres de soufre, et qui, trois mois après, parti de Boston avec un équipage neuf, avait en mer deux cas de fièvre jaune, au huitième jour de son départ. Vallin assure que les détenus d'un certain établissement pénitentiaire réclament contre la décoloration qu'on fait subir à leurs effets à l'entrée, sous prétexte de désinfection, d'où il résulte que l'administration fait agir
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le moins possible l'acide capable de provoquer celle détérioration et ces plaintes.
\J acide phe nique n'a plus de vogue que chez le vulgaire; il engourdit les germes, mais ne les détruit pas.
Les fumigations de chlore, indépendamment de leur odeur abominable, ne sont pas moins funestes aux effets que l'acide sulfureux ; elles le sont même davantage. Le D Ogden Doremus, de New-York, se flatte d'avoir absolument désinfecté le navire V Atlanta après l'épidémie de choléra de 1865 et les salles de l'hôpital de Bellevue infectées par la pyohé mie, à l'aide d'un procédé qui permet de dégager généreusement des centaines de livres de chlore dans un local. Seulement, les draps de lit exposés à cette fumigation tombent en lambeaux au moindre attouchement (Vallin).
Si, dans des cas d'urgence, il y a lieu d'appliquer ce procédé radical, qui équivaut à une combustion, à la lingerie d'un navire, d'un hôpital, d'un lazaret, il est bien clair qu'il ne saurait être question de l'offrir au public, même gratuitement. Or, ce que nous avons à poursuivre, c'est précisément l'introduction dans les mœurs de la pratique de la désinfection des objets ayant servi aux malades ou aux personnes qui les ont soignés, de telle sorte que ceux qui le peuvent viennent demander cette garantie en payant et que ceux qui ne peuvent la payer regardent au moins comme un bienfait l'opération qu'on leur accorde pour rien.
Les inconvénients de détériorer le linge, ou, ce qui est tout aussi fâcheux, de désinfecter incomplètement, se retrouvent chez d'autres agents moins communément employés à cet effet, tels que les vapeurs d'acide hypoazotique, l'acide salicylique, le borax, le sulfate de fer, l'oxychlorure de zinc, les hypermanganates.
C'est un agent physique, la chaleur, qui est aujourd'hui reconnu capable de satisfaire à la double exigence qu'impose la pratique de la désinfection. D'une part, la chaleur tue les vibrions et microbes et annule les propriétés nocives des molécules virulentes ; d'autre part, elle peut être portée à un degré assez élevé sans altérer la couleur ni la consistance des divers tissus de laine ou de coton. Le point auquel les deux conditions sont réalisées est entre 100° et 120°. Les hygiénistes étrangers se rapprochent du maximum, qui pourrait même être dépassé pour la toile ou le coton ; en France, Pasteur et Léon Colin ont adopté le chiffre inférieur, 100°, au-dessus duquel la laine et la soie pourraient être endommagées, s'il s'agit de chaleur humide (Schiïtzenberger).
Il existe plusieurs façons d'obtenir un milieu de la température indiquée, pour y soumettre les tissus à l'action de la chaleur.
Partout où fonctionne un générateur de vapeur on peut projeter celle-ci dans l'espace où se trouvent les objets à désinfecter, en ayant seulement soin d'en fermer les issues. Le moyen est loin de manquer d'efficacité ; il a merveilleusement réussi autrefois (1847) à New-York entre les mains du Dr Bell (A.-N.), dans l'assainissement de steamers suspects ou infectés de fièvre jaune ; par surcroît, les rats et les cancrelats du bord furent cuits et bouillis aussi bien que les germes infectieux.
DU VÊTEMENT ET DE LA PROPRÉTÉ CORPORELLE
[Hygiène
Sous une pression supérieure à celle de l'atmosphère, la vapeur n'existe qu'à la condition de posséder une température supérieure à 100°. A deux atmosphères, elle a exactement i20°. De là encore un autre procédé de désinfection par projection directe et prolongée de vapeur surchauffée, dans l'espace clos où sont placés les tissus à assainir. Vallin ne repousserait pas ce mode s'il n'y avait à craindre que la vapeur, en se décomprimant, n'abandonne beaucoup d'humidité sur les étoffes. Nous allons voir que d'habitude on s'y prend autrement ; la vapeur surchauffée serpente seulement dans les parois de l'étuve et en élève la température intérieure au degré voulu.
Il est certain, toutefois, que la vapeur chaude ne laisse pas sur les étoffes l'humidité que l'on croirait. Petruschky fait arriver, d'une petite chaudière, la vapeur d'eau chargée d'acide phénique dans le récipient où sont enfermés les vêtements, linges, couvertures à désinfecter. En une minute, le tout est pénétré par la vapeur chaude et devenu inoffensif. On peut alors procéder au lavage ; mais si l'on a quelques raisons de reprendre certaines pièces de ces effets, l'assèchement en est obtenu en trois à quatre minutes, et, cinq minutes après l'opération d'assainissement, le propriétaire peut s'en servir sans danger pour personne. Quand il s'agit de passagers de navires suspects, c'est un grand avantage ; pendant le temps que l'homme reçoit sa douche, ses effets subissent intégralement la désinfection et le rejoignent sans aucun retard. Hudelo insiste également sur ce pouvoir desséchant de la vapeur surchauffée.
Le professeur Vallin a très consciencieusement étudié les conditions dans lesquelles la désinfection par la chaleur détruit les miasmes ou virus sans compromettre la valeur des étoffes. Il s'est enquis avec le plus grand soin des procédés usités en Angleterre et en Allemagne, comparé et critiqué les appareils ; c'est à lui que nous devrons probablement l'introduction de dispositifs analogues en France, dans les circonstances où le besoin de ces mesures sanitaires est le plus impérieux. Des appareils ébauchés existaient sans doute, mais il a montré qu'aucun d'eux n'est acceptable pour la généralisation, s'il n'est muni d'un régulateur, indiquant et même imposant le degré de température auquel on opère. C'est ici qu'il faut absolument savoir ce que l'on fait : si l'on tue réellement les germes et si l'on ne brûle pas la matière vestimentaire.
L'air de l'étuve peut être chauffé directement au charbon, au gaz. L'un des appareils qui ont paru à Vallin mériter le plus d'éloges est celui qui fonctionne à la station de Nottingham, dirigé et amélioré de jour en jour parle Dr Ransom.
Le fonctionnement de cet appareil est le suivant. L'air est échauffé par un brûleur circulaire, dans lequel la combustion est parfaite grâce au mélange de l'air entré par le renflement en pomme d'arrosoir des tuyaux, et pénètre sans oxyde de carbone dans l'étuve, dont les parois sont en briques revêtues de bois, pour éviter la déperdition de calorique. Un thermorégulateur règle lui-même la température, qui ne doit jamais être audessus dei24° G. en ce point. Si, pour une cause quelconque, le maximum
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LE VÊTEMENT
voulu, dans l'étuve, venait à être dépassé, un anneau, fait d'un métal fusible au degré indiqué, fondrait et permettrait aux chaînettes qu'il réunit de s'échapper à droite et à gauche et, sous Faction du contrepoids, amènerait la fermeture immédiate des tuyaux d'arrivée du gaz, ou d'échappement de l'air, de façon à éviter le, incendies. L'étuve pour les stations publiques de désinfection mesure 4 mètres cubes environ de capacité et brûle 1 mètre et demi de gaz par heure, soit 4mc,50 dans une séance de désinfection qui dure trois heures. Le prix des appareils est de 2,000 à 3,000 francs, qu'il faut à peu près doubler pour la construction des locaux et pour les accessoires. Il existe, à Londres, plusieurs stations de ce genre et, selon Yallin, plus de vingt-cinq communes jouissent du même avantage. La fig. 169 représente, d'après Oppert, un four à désinfection en usage à Liverpool.
Fig. 169. — Chambre à désinfection à Liverpool (New-Birdstreet) (*).
Il est tout à fait essentiel de noter que le local de l'étuve est séparé en deux parties essentiellement distinctes, le côté de l'arrivée et le côté du départ, qui ne communiquent jamais entre elles et qui ont des employés respectivement invariables. De même, les fourgons qui amènent les effets à désinfecter ne servent jamais à les reconduire après la désinfection. Cette ligne de démarcation infranchissable, entre les objets souillés et les mêmes purifiés, est évidemment de toute nécessité et les rapporteurs français du Conseil d'hygiène de Paris, Pasteur et Léon Colin, n'ont eu garde de la passer sous silence.
(*) h, h, chambres de chaleur. — g, séchoir. - f, lavoir. — je, foyer. — i, chaudière à vapeur. - *, caisse à eau. — r, cheminée.
Arnould. — Hygiène. ^*
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A Bruxelles, on a établi des étuves, chauffant également au gaz, d'un modèle différent ; l'une d'elles, du prix total de \ ,500 francs, est à l'usage de la très philanthropique et intelligente Œuvre des vieux vêtements, qui habille des enfants pauvres avec des vêtements hors de service, mais préalablement désinfectés et remis à la taille des destinataires.
Un autre mode d'étuves consiste à chauffer l'intérieur du récipient à désinfection par une circulation de vapeur autour de l'espace central, au moyen de doubles parois métalliques ; c'est le système du docteur Esse, de Berlin. Actuellement, ce système fonctionne à l'hôpital Moabit, près Berlin, mais notablement modifié. L'espace entre les deux parois, toutes deux en maçonnerie, avec une porte d'entrée et une de sortie en fer, ne sert plus à la circulation de vapeur; c'est un espace isolant, que l'on emplit de sciure de bois sèche, pour empêcher la déperdition de calorique. La chaleur est fournie par un épais tuyau de cuivre, qui traverse les deux parois, serpente le long de la paroi interne de la chambre, sans discontinuité et complètement fermé ; ce tuyau communique extérieurement avec une chaudière à vapeur, qui sert aussi à d'autres usages (bains, buanderie). La vapeur arrive sous une pression que l'on porte au point suffisant pour obtenir, dans l'étuve, une température de 125°, marquée à l'extérieur par un « pyromètre » à cadran.
Le Conseil d'hygiène publique, à la suite d'un savant rapport de Pasteur et Léon Colin, vient d'adopter en principe la création, sur deux points op-, posés de la capitale, d'étuves à désinfection chauffées par la vapeur d'eau et munies de régulateurs qui en limitent la température intérieure à-}- 100°, E. Trélat et Hudelo voudraient qu'on n'essayât pas de désinfecter par ces procédés les matelas, les coussins et autres objets épais, humides à l'intérieur, sur lesquels l'opération réussirait probablement mal ; d'où le danger de perdre de réputation un moyen d'assainissement réellement précieux. La literie serait l'objet de soins spéciaux, désinfectée par la vapeur surchauffée. Si, comme Tarnier à la Maternité, on se décide à faire des matelas de balle d'avoine, de varech ou de toute autre substance à peu près sans valeur, toutes les fois qu'il y aura lieu de coucher des malades atteints d'affections contagieuses, on aura sous la main un moyen radical d'assainir ce remplissage, celui de le brûler. Pour les particuliers, la laine des matelas devra être extraite, séchée et étalée, avant d'être introduite dans l'étuve.
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