CHAPITRE XVII
La guérison des affections chroniques (1) n’est si difficile que parce que le caractère du vice qui circule avec le sang, ou qui, fixé sur un organe essentiel à la vie , y agit comme stimulus, ne peut être saisi qu’avec beaucoup de peine , et échappe même souvent à des recherches faites avec un très-grand soin. Au surplus on s’en occupe la plupart du temps fort peu : on ne voit partout que des humeurs accumulées, sans s’inquiéter de la cause qui peut les faire affluer sur tel ou tel viscère ; aussi est-ce là la raison pour laquelle des purgatifs fort sagement administrés ne remplissent point l’indication la plus importante.
(i) On donne cette épithète aux maladies qui sont de longue durée et qui ne cèdent que difficilement et lentement à tous les remèdes les mieux iudiqués,
n4 Nouveaux aperçus
Les retours de l’athsme , appelé périodique, n’ont et ne peuvent avoir lieu que par l’effet de métastases semblables à celles dont je viens de citer un exemple. L’humeur transpirable qui se rend , à des époques plus ou moins éloignées , sur le poumon , où elle s’épaissit pour prendre la forme de glaire, n’y est le plus souvent attirée que par l’action -d’un principe irritant. Sans doute que c’est se comporter avec sagesse , que de s’occuper de diviser cette humeur , de ne point se borner à la faire expectorer , mais encore de la diriger sur les intestins, pour en être évacuée par les selles , parce que son moindre séjour peut occasionner de grands dommages ; mais il ne faut pas être surpris d’en voir la source intarrissable , si l’on n’a rien fait pour triompher en même temps du vice qui cause le désordre : je le répète, il est bien difficile de le reconnaître, la plupart du temps il échappe à l’œil attentif du praticien le plus exercé.
11 y a vingt -deux ans qu'un homme de lettres , dont je suis encore le médecin , vint me consulter pour la première fois. Dès cette époque , il se plaignait d’étourdissemehs et de 'digestions lentes ; comme la tête et
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l’estomac peuvent être, ainsi que je l’ai dit plus haut, sympathiquement affectés, je pensai que cesétourdissemens dépendaient d'une humeur glaireuse , dont ce dernier me paraissait être le siège, et dont il suffisait de le débarrasser, en le fortifiant, pour les faire cesser: ce qui me confirmait dans cette opinion, c’est qu’il transpirait, me dit-il, trèsdifficilement, et que ses selles étaient rares j je lui prescrivis un traitement qu’il pùtcontinuer six semaines consécutives , et auquel je lui conseillai de recourir ensuite à des intervalles plus ou moins éloignés ; douze ans s’étant écoulés sans qu’il s’aperçût d’étourdissemeus et de la faiblesse de son estomac, il crut pouvoir s’écarter , sans danger , du régime que je lui avais tracé, et qui , sans attaquer directement son ennemi , s’opposait cependant à ce qu’il continuât de se porter de préférence sur l’origine des nerfs , pour y exciter du trouble ; mais après cinq ou six mois de suspension , il éprouva des accidens semblables aux premiers, ce qui me fit croire qu’il existait depuis long temps, chez ce malade, un âcre que les remèdes avaient toujours déplacé sans lui faire perdre de son caractère, que c’était cet àcre qui se fixait de temps à autre
sur le cerveau , et donnait lieu aux étourdissemens ; je fis part de cette idée à ce malade , en. l’invitant à rechercher dans sa mémoire s il n’avait point eu quelquefois à se plaint! re d'une galle mal guérie, ou de dartres dont il ne se serait plus aperçu, il y aurait déjà long temps; et j'appris de lui que, depuis l’àge de 17 ans , jusqu’à a 5 , il avait eu au gros de la jambe gauche une dartre vive, qui y paraissait de temps à autre, en se faisant chaque fois précéder de démangeaisons doutla durée était de plusieurs jours , et pour la guérison, de laquelle il n’avait jamais suivi régulièrement ni traitement ni régime.
Voilà , lui dis-je , la vraie cause de vos étourdissemens : je ne doute point que tôt ou tard vous ne revoyiez cette même dartre sur quelque partie de votre corps , il est même possible que ce que je vous conseillerai , pour la combattre, contribue à l’y faire reparaître.
Le jour ïnéme oh je lui tins ce langage , il avait eu plusieurs tournoiemens de tête qui lui avaient fait craindre de tomber à la renverse. Dès le lendemain, il commença le nouveau traitement que je lui prescrivis , et
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qui ne tarda pas à lui faire éprouver plus de tranquillité ; il se sentait la tète plus forte , et marchait avec plus de sécurité , les étourdissemens s’éloignèrent, nous étions aux beaux jours de l’été , je lui conseillai d’aller à la campagne.
A peine trois semaines s’étaient écoulées, qu’il eut au front des démangeaisons tout à fait semblables à celles qu’il avait eues autrefois àÿTune des jambes , et quelques jours après il y parut une rougeur , à laquelle succéda bientôt une dartre vive ; ce qui lui causa d'autant plus de chagrin , qu’elle occupait une étendue considérable.
Quoique cét homme fût bien raisonnable , j’eus beaucoup de peine à le consoler de cet événement, même en le lui faisant envisager comme l’effet d’une crise très-avantageuse pour lui , puisqu’elle avait mis à découvert un ennemi bien dangereux , dont la défaite était d’autant plus certaine, que son caractère était connu ; il voulait que je fisse disparaître promptement cette dartre, quel que fut lemoyen que j’employasse 1 je m’y refusai, en lui en faisant sentir tout le danger, espérant d’ailleurs réussir à adoucir son sort,
qu’il regardait comme très-malbeureux , sans qu'il eût jamais à me reprocher une complaisance qui pouvait avoir pour lui les suites les plus fâcheuses.
Son traitement dura près d’un an; ce ne fut qu’au bout de ce temps que son front fut entièrement débarrassé.
Loin de lui rien prescrire de propre à faire rentrer dans son sang la moindre parcelle de sa dartre , je pris toutes les précautions pour que le contraire arrivât ; je pouvais même lui garantir que jamais il n’aurait à se plaindre de ses effets; cependant, comme je l’ai dit , je crus prudent de l’engager à se défier d’une seconde récidive , et à recourir encore de temps à autre aux remèdes qu’il avait pris.
Plusieurs personnes savent que la njort du
docteur et sénateur D , homme aussi re-
conimandablc par ses grandes connaissances en chimie, que respectable par son incorruptible probité , n’a été attribuée qu’à la rentrée' d'une dartre ; il y avait déjà quelque temps que , malgré les avis qu’on lui donnait, il négligeait de prendra des médicamens , à l’usage desquels il recourait de temps à autre
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depuis un grand nombre d’années 3 pendant les dernières vingt-quatre heures de sa vie , il ne cessa d’éprouver, k la région épigastrique , les douleurs les plus vives ; l’ouverture de son corps fut faite et tous les viscères furent trouvés dans le meilleur état , ce ne fut qu’après bien de longues recherches , que l’on découvrit au diaphragme une ouverture d’un très -petit diamètre , par laquelle l’air des intestins pénétrait dans la cavité de la poitrine, et que l’on jugea avoir été pratiquée par le vice darlreux.
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Dangers graves qui résultent l plus souvent de r emploi des répercussifs pour faire disparaître des rougeurs , dartres ou boutons qui surviennent à la figure , ou sur quelqiî autre partie du corps.
Je dois m’élever ici contre l’imprudence qu’ont plusieurs personnes de faire disparaître les boutons, dartres et rougeurs qui leur surviennent au visage ou sur toute autre partie du corps , en employant des substances répercussives , sans prendre des précautions
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capables de Jes mellre à l’abri des effets souvent funestes qui peuvent en résulter..
Je suis souvent consulté sur des maux trèsgraves qui ne reconnaissent point d’autres causes. .
J’allai voir il a quelque temps une dame dont la poitrine me parut très-fatiguée, sa respiration, très- courte, y annonçait de l’embarras. Après bien des questions, je sus d’elle qu’elle n’y souffrait que depuis qu’elle avait fait disparaître, à force de lotions astringentes* ; des rougeurs et une grande quantité de boutons quelle avait à la figure , particulièrement sur le front. Je lui prescrivis l’usage de remèdes propres à puriûer son sang, et quelques purgatifs légers qu’elle prit plusieurs fois ; sa poitrine ne tarda pas à se débarrasser, et sa respiration devint facile; je crus d’abord que je serais obligé de lui faire appliquer un vésicatoire à l’un des bras, mais je le jugeai inutile; peut-être ne le serait-il pas un jour , si elle n’avait le soin de recourir, de temps à autre, aux remèdes qui ont déjà si bien réussi à faire partir de sa ppilrine des humeurs qu’y avaient
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fait aborder le vice dont elle avait provoqué le déplacement.
J’écrivis il y a quelques jours k une autre dame, dont le teint est constamment rouge, et parsemé de boutons et de dartres appelée»
farineuses.
« Gardez-vous bien de rien faire pour que « votre teint devienne forcément ce qu’il « était autrefois j vous auriez , n’en doutez « pas, Madame, k vous en repentir j vous « lasseriez - vous donc de l’excellente santé' « dont vous jouissez? Croyez qu’elle ne tar-
« derait pas à être dérangée par la rentree, « dans votre sang de l’humeur, âcx*e qui s’est « fixée sur votre visage. Qui pourrait vous « garantir qu’elle ne se porterait pas sur « votre poumon, pour y causer un dégât « irréparable? »
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Je traite en ce moment plusieurs personnes attaquées de fleurs blanches , du catarrhe de la vessie, qui ne reconnaissent d’autre cause que la répercussion de boulons et de dartres qu’elles ont fait disparaître , sans prendre aucune des précautions dictées par la prudence. Il en est aussi qui doivent ces maladies , souvent bien opiniâtres, k une
gnlle qui n’a point été bien guérie, ou à un vice vénérien mal combattu.
Quoique les faits que je viens de rapporter me paraissent sufûsans pour éclairer les personnes étrangères à la médecine, sur la conduite qu’elles doivent tenir toutes les fois qu’elles remarqueront des rougeurs, boutons, taches Ou plaques dartreuses sur quelques parties de leur corps , je ne les en invite pas moins à lire avec attention les observations que je crois devoir placer dans le chapitre suivant :
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