‹ Nouveaux aperçus sur les causes et les effets des glairesChapitre 22 sur 27 · CHAPITRE XV III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV III

Des différentes causes qui donnent lieu au marasme. Il est guérissable lorsque les glaires seules lé produisent; mais rarement lorsqu’à cette humeur se joint un vice âcre qui , fixé sur un organe essentiel à la vie , y agit, comme irritant.

Les passions violentes, l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses , d’alimens trop échauffans , la faim , la soif Supportées trop longtemps , le défaut de nourriture saine , les exercices violens , les travaux pénibles , les

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veilles continuelles et immodérées , les évacuations longues et considérables ; telles sont les causes les plus ordinaires du marasme, de cet amaigrissement extrême qui semble annoncer à chaque instant le terme très- prochain de la vie , et qui le plus souvent est accompagné de fièvre lente.

Quoique chacunedecescausesparaisse avoir une manière d’agir tout à fait différente, le résultat de toutes n’en est pas moins de déranger les fonctions de l’estomac, de suspendre celles de la peau, et par conséquent de donner lieu à la formation des glaires , de celte matière épaisse et visqueuse qui, portée sur tous les points de l’organisation par le sang , avec lequel elle circule, empêche les sucs nourriciers d’y pénétrer et d’y entretenir la vie $ mais le marasme fait des progrès bien plus rapides , lorsqu’à l’humeur glaireuse que l’acide dont elle est inséparable , rend déjà irritante par elle même , se joint un vice de la nature de ceux dont nous venons de faire connaître les funestes effets , et qu’il se fixe sur un organe important comme le poumon.

Dans un mémoire à consulter que m’adressa, il y a un an, un médecin de Marseille ,

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il est dit qu’une dame , à la suite d’ua chagrin très-vif que lui a cause la mort de . son mari, avait d’abord éprouvé des maux d’estomac; que ce viscère était si fatigué, qu’elle osait à peine lui confier les alimens les plus légers; qu’elle vomissait tous les jours des glaires en abondance , et qu’elle était tombée dans un marasme effrayant , dont il espérait pourtant de la retirer en fortifiant son estomac , et en évacuant l’humeur dont il paraissait rempli , lorsqu’il est survenu une fièvre lente , accompagnée d’une toux trèsfatigante et presque continuelle, que ne calment point lesémolliens et les mucilagineux , et qu’il attribue à l’imprudence qu’elle a eue de se laver le teint avec une eau qui a fait disparaître dos boutons et des dartres farineuses qui lui étaient survenues à la suite de son chagrin. Ce médecin ajoute qu’elle rendait chaque jour des pleines cuvettes de crachats gluans et jaunes; ce qui lui faisait craindre qu’elle ne fût pulmoni^ue.

Déjà j’avais eu occasion de traiter avec succès plusieurs malades qui , par suite cle la même imprudence, se trouvaient dans le même cas que cette dame , et qu’au premier

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abord j'avais désespéré de guérir. Voici la réponse que je fis à ce médecin.

« Je rencontre assez souvent, Monsieur et « cher confrère, des cas semblables à celui « dont il est question dans le mémoire que « vous venez de me faire l’honneur de m a^- « dresser ; je suis toujours effrayé de l’extrême « maigreurdans laquelle se trouventla plupai t « des malades de ce genre , surtout lorsqu’à la <c toux et à de nombreux crachats se joint une « fièvre lente , parce que je crains toujours « l’existence d’un dépôt purulent sur le pou- « mon; mais je suis loin de désespérer de la « guérison , lorsqu’après avoir examiné avec « attention la matière de ces crachats, je m’a-

« perçois que ce ne sont que des glaires; ce « qui vous sera facile à reconnaître en lisant « avec attention celui de mes ouvrages qui

« traite de cette humeur,

« Les émolliens et les mucilagineux qui « n’ont paru produire jusqu’ici aucun résultat « satisfaisant , ne lui conviennent point en « effet, parce quils ne dissolvent point les « glaires , et qu ils ne peuvent que relâcher la « fibre, déjà trop faible, dont est formé le

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« tissu membraneux des cellules pulmonairés « et bronchiales.

« Les indications que vous vous proposiez « de suivre avant l’évèuement que devait né— « cessairement amener l'imprudence de celle « femme, n’ont point changé , pourvu qu’aus- « sitôt que sa situation le permettra , vous at - « tiriez, par le moyen d’un vésicatoire placé « sur un point peu essentiel à la vie, comme « l’un des bras , l’humeur Âcre qui a abandonné « son teint pour se porter sur sa poitrine, « et auquel vous ferez succéder un cautère « qu’elle devra conserver long-temps. »

J’ai appris, il y a six mois, de ce médecin , que cette malade allait autant bien que possible ; que la toux et la fièvre lente l’avaient tout à fait abandonnée , qu’elle respirait librement; que son estomac s’était fortifié ; qu’elle rendait actuellement peu de glaires par k bouche , et qu’elle avait acquis un peu d'embonpoint.

Je fus cônsulté , il ÿ a dix sept ans , par une dame Âgée de 5o ans , que l’on croyait poitrinaire , parce qu’elle remplissait tous les jours une grande jatte de crachats, semblables à ceux de la personne dont il vient d'être question. Celte dame vit encore, et jouit d’une santé

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passable. Un usage long de toniques, unis à des substances légèrement purgatives , et un régime analeptique que je lui avais également prescrit, ont réussi à rétablir assez la transpiration, pour diminuer de beaucoup la quantité de ses crachats^ qui cependant est encore plus grande qu’elle ne doit l’être dans son état naturel.

Cette dame avait également fait disparaître des dartres vives qu’elle avait aux deux joues; sa grande maigreur ne me permit point de lui faire appliquer de suite un vésicatoire ; il fallut attendre qu’elle eût repris de l’embonpoint , ce qui fut l’affaire de trois mois.

Le fait qui va suivre, et qui sera le dernier que je citerai à l’appui de ce qui a été dit dans le chapitre précédent, me paraît propre à faire sentir la nécessité d’écouter quelquefois les malades, lorsqu ils proposent de leur admirns-^ trer des remèdes dont ils ont eu occasion d’observer les effets çur eux-mêmes.

Un conseiller d’état sous Louis XVI , et un

de mes collègues à laSociétéroyaleacadémique

des sciences de Paris , me pria , ily a dix ans , de donner mes soins à son valet de chambre , âgé de 40 ans , et d’un tempérament lympha-

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tique. Cet homme avait depuis deux mois une toux violente et accompagnée de vor»issemens considérables de glaires 5 ses digestions étaient lentes et douloureuses ; son sang était dartreux ,*comme l est toujours plus ou moins celui des personnes qui transpirent peu ; comme il aimait beaucoup le travail, il ne craignait point de descendre à la cave ayant très-chaud , et ses linges trempés d’une sueur forcée.

Croyant devoir attribuer à la rentrée de cette sueur et du vice dartreux les àccidens dont il se plaignait , je lui prescrivis des sudorifiques dont il fit usage deux mois de suite , et pendant lesquels je le purgeai plusieurs fois : les glaires disparurent, et sa santé se rétablit.

Il y avait près de deux ans que je n’avais éntendu parler de lui , lorsque son épouse vint m’apprendre qu’il crachait abondamment d’une matière épaisse et jaune dont il remplissait tous les jours une cuvette très-grande ; j’allai le voir et le trouvai avec une fièvre lente, qui ne l’avait pas quitté depuis un mois ; il était tombé dans le marasme, et vomissait le peu de nourriture qu’il prenait. Un

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médecin qui l'avait suivi avait jugé sa situation tout à fait désespérée; je le croyais si bien moi-même , que je crus devoir m’entourer de conseils. D’après mon invitation , un confrère' très-habile , M. Guillotin , vint le voir et le jugea poitrinaire , mais le contraire fut prouvé par le malade lui-même , qui se guérit parfaitement en revenant , presque contre mon avis , à l’usage des remèdes que je lui avais prescrits deux ans avant.

Cet homme n’a cessé. de jouir depuis d’une santé aussi bonne que le permet sa constitution, que les maladies qu’il a éprouvées ont' rendue très-délicate.

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