‹ Nouveaux aperçus sur les causes et les effets des glairesChapitre 3 sur 27 · DES OBSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

DES OBSTRUCTIONS

De V obstruction du Foie.

L’obstruction du foie se reconnaît à un serrement qu’on éprouve aux hypocondres, à la difficulté de la respiration souvent douloureuse , à des feux qui montent à la tête , à

des rougeurs au visage , â la chaleur continuelle de la paume des mains.

Le plus souvent les malades se plaignent d’une grande soif, de la sécheresse et de l’amertume de la bouche , d’une salive épaisse, d’une toux sèche j ils n’ont presque point d’appétit ; des lassitudes et des pesanteurs dans les membres les qüiltent rarement , leur sommeil est inquiet et agité j en général leur constitution est molle et flasque $ au commencement de leurs maladies leurs urines sont claires , et sur la fin très-rouges.

On ne peut toucher la régiou du foie, presque toujours souffrante , lorsqu’il y a squirrhe , sans y causer une douleur plus vive. Les selles sont ordinairement rares, les excrémens blancs ou grisâtres, et le plus souvent glaireux.

De F obstruction de la Rate.

Les usages de la rate ne sont point connus, on soupçonne cependant qu’elle contribue à rendre plus fluide le sang qui doit fournir la matière de la bile , et prévenir , par cela même , les obstructions que son trop grand épaississement ne manquerait pas de causer ^

sur les Glaires.

mais, ne fut elle d’aucune xitilitc , que son adhérence à l’estomac, à l’épiploon, au diaphragme et au rein gauche , en rendrait l'engorgement très-dangereux , puisque la moindre augmentation de son volume peut occasionner le refoulement ou le tiraillement des parties même auxquelles elle adhère.

On reconnaît que la rate est engorgée à un gonflement qui a lieu au côté gauche, sous les fausses côtes; ce gonflement est accompagné de douleur et de tension ; quelquefois ce symptôme dure pendant un ou deux jours, et se calme tout d’un coup.

La respiration est difficile , on éprouve des anxiétés au voisinage du cœur , on est sujet à une toux sèche et périodique , les forces sont considérablement abattues, les malades sont tristes et ont un accablement dont ils ne peuvent se rendre compte ; ils n’ont point d’appétit , ils rendent beaucoup de vents par le haut, ils éprouvent des palpitations au cœur et quelquefois même à la rate.

Ce genre d’obstruction attaque plus souvent les hommes que les femmes , qui , à raison de leurs menstrues , s’en débarrassent plus aisé' ment. . • ' .

De V obstruction du Pancréas.

Le pancréas , situé transversalement audessus de la partie inférieure de l’estomac K a beaucoup de ressemblance avec une langue de chien : sa base touche au duodénum et sa pointe à la rate ; c'est une glande conglomérée assez volumineuse et applatie ; sa couleur est d’un rouge pâle. Cette glande sépare du sang une liqueur connue sous la dénomination de suc pancréatique ; ce suc sert à la digestion des alimens.

L’obstruction du pancréas se reconnaît à une tumeur , un gonflement à la région de l’estomac , à un sentiment de pesanteur dans cette partie, à une respiration embarrassée, à la perte de l’appétit, aux rapports qui arrivent après la digestion , à l’abondance d’eau salée et acide que l’on vomit le matin en se levant , et à une difficulté que l’on sent dans

* le passage des alimens.

De V obstruction du Mésentère.

Si l’on considère que le mésentère , appelé par les physiologistes toile membraneuse , empêche les circonvolutions du canal intes-

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tinal de s'embarrasser les unes et les autres, de s’entortiller ou de s’étrangler par leur différente rencontre, et que c’est lui qui favorise le flottement doux des intestins , en même temps qu'il le borne par ses attaches , on conviendra nécessairement de son utilité.

Ou distingue le mésentère par son étendue en deux portions : l’une , très - large et plissée , attache les intestins grêles $ l’autre , très-longue et contournée, arrête les gros intestins jle mésentère commence à la dernière courbure du duodénum , et descend obliquement de gauche à droite le long des vertèbres lombaires ; il est parsemé d’une infinité de petites glandes dont l’obstruction, ainsi que de la membrane , peuvent beaucoup nuire au jeu des intestins et en déranger les fonctions.

On reconnaît ce genre d’obstruction à la grosseur considérable du ventre , à la maigreur de tout le reste du corps , à la perte de l’appétit, à la fétidité des selles , souvent par* semées de chyle qui , ne pouvant passer dans le sang à cause de l’obstruction de ces glandes, se fait jour par le bas-ventre. Cette obstruction est communément accompagnée de fièvre

lente, d’une difficulté de respirer et d’une déperdition continuelle de forces.

De r obstruction des Reins

Les reins s’obstruent egalement , et tous les praticiens savent combien cet accident peut nuire , puisqu’il peut occasionner la colique appelée néphrétique , qui souvent est fort difficile à dissiper; c’est à cette colique que leur obstruction se reconnaît ; ce qui l’indique encore , ce sont les sables et les graviers que l’on trouve quelquefois dans les urines; les pesanteurs et les douleurs vives que l’on ressent dans ces corps glanduleux , dont le siège se trouve à la partie postérieure de la cavité du bas-ventre de côté et d’autre des vertèbres lombaires entre la dernière des fausses côtes et des os des îles.

* La matrice et les ovaires sont aussi sujets aux obstructions ; il n’est même aucune partie du corps qui ne puisse en être attaquée ; mais de toutes , les plus dangereuses sont les obstructions des viscères dont je viens de parler , puisque lents fonctions , après celles du poumon, sont les plus essentielles au soutien ds la vie.

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Lorsque l’obstruction est au troisième degré, c’est-à-dire, lorsque l’engorgement est squirrheux , sa dissipation est impossible •, cependant il ne faut jamais désespérer des malades lors même que toutes les apparences du squirrlie se trouvent réunies : voici des faits à l’appui de ce que j’avance.

PREMIER FAIT

La nostalgie a donné lieu au dérangement des digestions , à une fièvre lente et à des engorgemens qui avaient les caractères squirrheux t v omis semens glaireux , et des alimens qui arrivaient sitôt après avoir mangé.

Une jeune fille d’une constitution sanguine, me fut adressée par un de mes anciens malades, au mois de juin 181 2 , elle était âgée de ai ans ; cette fille servait depuis dix-huit mois chez un monsieur et son épouse.

La vie tranquille et sédentaire qu’elle était forcée de mener à un âge où l’on aime naturellement le plaisir , lui fait regretter son village où elle s’amusait beaucoup ; aussi est-

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elle attaquée de la nostalgie (i). Ses digestions se dérangent, et à ce dérangement ne tardent pas à se joindre une fièvre lente , des engorgemens qui , lorsque je la vis , me parurent 6quirrlieux ; tous les viscères du bas-ventre étaient entrepris ainsi que les glandes du mésentère. Son ventre était tendu , dur et douloureux; son volume était énorme; elle rendait tous les jours , par le haut , une grande quantité de glaires , et vomissait tout ce qu’elle prenait.

J’avoue que je fus effrayé de la situation de cette jeune personne , dont le visage bouffi était de couleur d’olive ; mais sa grande jeunesse me rassura , parce que des faits m’avaient appris que Ihumeur glaireuse se dissolvait d’autant plus facilement que nous sommes moins âgés , surtout lorsque les moyens employés pour les combattre ne sont pas trop actifs; son traitement a duré six mois , elle l’auraitsans doute suivi sansaucunsuccès , si ses maîtres , qui voulaient la renvoyer , malgré l’état déplorable où elle se trouvait , n’avaient eu pour elle , d’après mon conseil ,

(i) Désir insurmontable de revoir ses foyers.

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les plus grands égards , et s'ils ne lui eussent procuré de fréquentes distractions , en attendant qu’elle pût aller passer quelques jours dans sa famille. A peine eut - elle fait usage pendant dix jours d’apéritifs et de fondans , unis à de légers laxatifs , que ses vomissemens cessèrent. Elle commença à prendre plus de goût à ce qu’elle mangeait , les digestions devinrent meilleures au fur et à mesure que les glaires s’évacuaient.

Cette jeune fille n’a cessé de jouir jusqu’ici de la meilleure santé , et a repris sa gaîté ordinaire.

En l’entreprenant , j’eus moins l’espoir de la guérir que de m’assurer s’il était possible de rendre la matière obstruante assez fluide pour pouvoir être évacuée par les selles ou les urines , lorsqu’elle avait acquis autant de solidité que dans le cas présent.

Déjà, comme je l'ai dit, j’avais pensé que chez un sujet jeune les obstructions , quelque résistance que pusseut offrir au toucher les parties qui en sont affectées , pouvaient céder à l’usage plus ou moins prolongé de , remèdes incisifs , toniques et évacuans ; je fondais cette opinion sur ce que notre sang et

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les autres liquides sont d’autant plus susceptibles de fluidité , que nous sommes moins éloigne's de l’époque de notre naissance. Il est pourtant -vrai de dire que cette fluidité dépend encore beaucoup de la nature de notre tempérament; aussi les cngorgemeus que produisent les glaires , se dissipent-ils plus aisément chez le pituiteux ou phlegmatique dont les humeurs baignent pour ainsi dire dans un grand volume de liquide (i), que chez le bilieux considéré comme chaud et sec , autant de qualités qui sont dues à la prédominance de la bile dont la chaleur absorbe continuellement de l’humide qui est aussi nécessaire à la circulation des humeurs qu’à la souplesse de la fibre.

Lorsqué cette chaleur est par trop considérable, elle donne lieu à des maladies qui ne sont victorieusement combattues que par des médicamens qui , pour la rétablir dans son état naturel , doivent avoir des qualités tout à fait opposées à celles qui agissent spécialement sur les glaires.

(0 C’est la raison pour laquelle ce dernier est aussi appelé lympliatique.

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DEUXIÈME FAIT

, Autre exemple d'obstructions qui ne sont pas aussi facilement dissipées que celles dont je viens de parler , et qui ont exigé un trai~ . tement dont la durée a été de trois années.

Dix-huit mois avant d’être consulté par la jeune personne dont je viens de parler, une dame de St.-Germain en-Laye, aujourd'hui âgée de 5a ans , m’écrivit pour me demander un rendez-vous : « Je désire , me marquait- «elle, ne point partir pour Paris, sans être « sûre de vous y trouver, parce que j’ai beau- « coup de peine k supporter la voilure. »

Ayant à aller voir dans la même ville , un autre malade, que je soignais .déjà depuis quelque temps , je profitai de celte circonstance pour me rendre auprès de cette dame, et la dispenser d’un voyage dont elle redoutait tant les suites.

J’étais chez elle le même jour, à sept heures du soir ; je la trouvai très-souffrante, elle éprouvait au côté droit des douleurs trèsvives , son ventre était fort volumineux , et très-tendu; il m’aurait été impossible de

désigner celui des viscères qui n’était pas engorgé.

Il n’y avait pas un seul point du bas-ventre qui ne fût tellement sensible qu’on ne pouvait y toucher, même avec précaution , sans qu’il en résultât une souffrance qui se prolongeait assez long-temps après.

Cette cure me paraissait offrir trop de difficultés pour que je dusse y compter ; aussi la situation de cette femme , mère d’une nombreuse famille, et qui avait éprouvé longtemps de grands chagrins , me toucha- t-elle vivement j je n’avais que l’espoir de la soulager; encore cet espoir était- il bien faible, parce que la dissolution du sang , annoncée par l’enflure très considérable de ses jambes, par la bouffissure de son visage, me faisait craindre l’hydropisie. Je lui prescrivis l’usage d’apéritifs et de toniques, auxquels je fis joindre , deux jours après , de légers purgatifs , qui lui procurèrent chaque jour une ou deux selles. A peine quinze jours s’étaient écoulés , qu’elle se trouva à même de faire le voyage de Paris , sans en éprouver de fatigues.

C’est en lui faisant continuer ces remèdes, quelquefois combinés avec les savonneux, que

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s’est opérée sa guérison, qui ne pouvait avoir lieu que par l’évacuation lente de l’humeur glaireuse. Son traitement , comme je l’ai annoncé, a duré trois ans , laps de temps sans doute très-long , mais que je me suis bien gardé de chercher à abréger, en employant des remèdes trop actifs qui , loin de diviser les molécules glaireuses , n’auraient fait que les rapprocher , rendre les engorgemens insolubles et irriter les nerfs déjà trop fatiguésj au surplus , il s’est passé peu de jours pendant ces trois années où elle n’ait vaqué à ses affaires.

Cette guérison m’a convaincu qu’avec de la constance et des précautions sages , beaucoup de maladies de ce genre pouvaient se terminer à la satisfaction des personnes qui en étaient attaquées , et qu’il ne fallait point désespérer , même chez des sujets déjà âgés, de la destruction des engorgemens qui , au toucher , offraient le plus de résistance , pourvu toutefois que la matière qui les forme n’ait point produit de tumeur squirrheuse dont l’existence au foie est aisément démontrée par Une grande maigreur , par la couleur jauneolivâtre de la peau , symptômes bien in-

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quiétans , lorsqu’une fièvre lente n'abandonne point le malade, et qu'il ne peut prendre la moindre nourriture, soit solide, soit liquide, sans la vomir.

L'usage des acides , d'abord contraire , devient dune nécessité absolue.

Je le répète , cette dame dont j’ai souvent admiré la constance, n’a été guérie qu’au bout de trois ans , mais elle l’était si parfaitement, qu’alors les acides qui, lorsque je la vis pour la première fois , et long temps encore après , lui faisaient le plus grand mal , passaient aisément , et lui sont même depuis devenus nécessaires , parce que la sécrétion de la bile , alors tout à fait débarrassée de la glaire, n éprouvait plus aucun obstacle.

Veut-on vivre long-temps avec une obstruction au troisième degré?

On me demande souvent si l’on peut exister long-temps avec un squirrhe; je réponds qu’oui , pourvu que les personnes qui en sont atteintes ayent le bon esprit de suivre un régime dicté par un médecin habile , et qu’elles

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8e gardent d’essayer de fondre la matière qui Je forme , surtout en employant des substances toujours plus ou moins irritantes, «t incapables de dissoudre une tumeur qui , par sa dureté, est comparée à celle du plâtre et du gravier. J’en conuais qui en conservent depuis vingt-cinq et trente ans , et qui , d’après mon conseil , ne font usage que de substances douces , telles que le sirop de guimauve , étendu d’eau , une infusion de fleurs de violette édulcorée avec le même sirop , du v petit-lait clarifié, l’eau de poulet, autant de remèdes sans doute bien incapables de dissoudre la matière squirrheuse , mais qui sont propres à porter du calme dans l’ordre de la circulation, et à atténuer les douleurs, souvent insupportables, qu’éprouvent les malades, douleurs qui quelquefois font désirer une mort que rapproche nécessairement l’emploi /

de médicamens qui , comme je viens de le dire , irritent toujours beaucoup.

Mais quelle conduite tenir lorsqu’au squirrhe se joignent la faiblesse de l’estomac , surchargé de-glaires et l’atonie des intestins , tapissés de cette humeur , surtout lorsque J’hydropisie existe , ou s’annonce par de»

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symptômes non équivoques? Ne faut- il pas alors suivre forcément une marche tout- àfait opposée à celle que j’ai dit devoir être 6uivie ? N’est-il pas urgent de fortifier la fibre trop relâchée du système digestif , et d’évacuer par le plus de voies possibles les humeurs plus ou moins épaisses qui stagnent de toute part, pour éloigner le danger imminent où se trouve le malade , danger qui , loin de rallentir le zèle de ceux à qui il donne sa confiance , ne doit , au contraire , que l’auginenter. Jamais la crainte de ne point réussir, de compromettre même sa réputation, ne peut être , pour un médecin qui connaît ses devoirs , un motif assez puissant pour qu’il refuse ses soins à un être bien malheureux qui lui accorde une confiance exclusive , qui le regarde comme le seul homme capable de le rappeler à la vie.

Hydropisie occasionnée par des engorgemens squirrheux.

Un habitant de Bordeaux , âgé de 68 ans, devenu hydropique à la suite de l’emploi inconsidéré du quinquina, remède aussi efficace dans le traitement des fièvres intermittentes ,

sur les Glaires. ig

lorsqu’on l’administre après avoir suffisamment évacué les malades , qu’il devient nuisible dans le cas contraire, avait déjà subi quatre fois, depuis neuf mois, l’opération de la paracentèse (ponction), chaque fois l’enflure de son ventre et de toutes les parties de son corps avait disparu presque entièrement, sans que les obstructions ayent rien perdu de , leur volume et de leur dureté ; on ,se proposait de répéter encore cette opération , lorsqu’un de ses amis, qui m’avait consulté pour lui-même trois ans avant , et qui déjà depuis un an lui conseillait de recourir à moi , m’adressa sur sa situation un mémoire trèsdétaillé : « Je ne doute point, me dit-il, dans « la lettre qu’il m’écrivit en me faisant passer « ce mémoire , que vous n’ayiez pu vous « opposer aux engorgemens durs des viscères « du bas-ventre , en prescrivant à M... les re- « mèdes que j’ai pris , d’après votre avis , il y « a trois ans , et qui m’ont délivré d’un « énorme volume de glaires qui m’empê- « chaient de digérer, et d’hémorroïdes aussi « douloureuses que gênantes ; je lui ai si sou- « vent dit que vous seul pouviez le guérir , que « si vous vous refusiez à le mettre au nombre « de vos malades, vous lui causeriez un cha-

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* grin dont il vous est aisé de calculer les

# conséquences. »

Je ne pouvais me dispenser d’entrer dans les vues de cet excellent ami. Voici la lettre que je lui écrivis en lui envoyant ma réponse au mémoire qu’il m'avait adressé :

« En vous entreprenant , Monsieur , il y a « trois ans, je jugeai que l’humeur glaireuse « était chez vous assez susceptible de fluidité « pour pouvoir être divisée et évacuée , une « portion par les selles et les urines, et l’autre « portion par les pores de la peau; j’espé- « rais même réussir à m’opposer à sa repro- « duction, parce que vous étiez jeune, que « le fond de votre tempérament était exv cellent, et que vous n’aviez point fait usage « du quinquina , qui fixe le plus souvent l’hu-, « meur glaireuse sur les viscères, et produit « lesquirrhe, lorsqu’avant d’en faire usage, on « ne s’est point suffisamment purgé. J’aurais « pensé bien différemment si les engorgemens « sur lesquels vous m’avez consulté , eusseut « été de la même nature que ceux qui ont « donné'lieu à l’hydropisie dont est atteint « votre ami ; sa situation est trop grave pour « que je doive espérer de l’en sortir; mais

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* il est possible de prolonger ses jours de quel-

* que temps, en attaquant l’humeur glaireuse

* avec les précautions recommandées , et par

* le caractère solide qu’elle a acquis , et par la

* faiblesse du malade. 11 peut encore se faire « qu’en suivant avec exactitude ces indications « l’enflure de son ventre , de ses cuisses et « de ses jambes disparaisse comme toutesdes « fois qu’on lui-a fait la ponction ; mais com- « ment diviser et faire couler l’humeur qui « est la matière des obstructions? N’est-elle k pas tout-à-fait dénuée d’humide : Corpora « quæ evacuare volueris , ea Jluida facere « oportet>‘ dit Hippocrate. Lorsque je suis « consulté à temps, je suis quelquefois assez « heureux pour m’opposer à la formation de « tumeurs squirrheuses ; mais je n’ai pas le « pouvoir de les dissiper lorsqu’elles existent , « ainsi que quelques hommes osent s’en « flatter.

« Autant pour vous plaire. Monsieur, que « pour répondre au désir du malade , sans « doute bien impatient de savoir ce que je pense « de sou état, je vous adresse l’avis que vous « m'avez demandé pour lui j mais je crois de- « voir vous prier avec instance de communia

k quer à sa famille la lettre confidentielle que « j’ai l’honneur de vous écrire; car , lorsqu’il * k verra que mes conseils n’auront qu’un suc- « cès faible et de courte durée, il ne man- « quera pas de se plaindre de moi comme des « autres médecins qu’il a déjà consultés , sans « doute lorsqu’il était impossible de détruire « tës congestions dures qui ont donné lieu à « l’hydropisie.

v Votre ami recouvrera de l’appétit, parce que

* j’espère que son estomac et les accessoires « de ce viscère se débarrasseront , du moins « pour quelque temps , des glaires dont ils « sont surchargés; j*espère aussi que les voit missemens qu’il éprouve après ses repas , se « suspendront ; que ses selles seront plus frète quentes , sa respiration plus aisée, et sa toux tt moins opiniâtre : mais il faut qu’il succombe « à cette maladie, malgré tout ce que l’on fera

# pour le sauver. »

Tout ce que j’avais annoncé arriva. Au bout de quelques jours du traitement que je prescrivis , ce malade se trouva en état de prendre une nourriture assez copieuse, qu’il ne vomit point comme de coutume; il en conçut des espérances que lui seul pouvait se per-

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mettre, et qui ue firent qu'augmenter , parcequ’il allait tous les jours à la garde-robe, qu’il rendait beaucoup de glaires, que ses urines étaient très - abondantes , et qu’enfin l’enflure disparaissait sensiblement chaque jour, sans avoir besoin de recourir à une nouvelle ponction : il était même parvenu à jouir d’assez de santé pour pouvoir vaquer à ses affaires , visiter ses domaines , et faire à pied , dans la campagne , des promenades un peu longues ; mais il succomba au bout d’un an : peut-être aurait-il vécu plus long-temps s’il n’eût pas éprouvé de fréquentes infliges-' lions en se livrant trop à son appétit ; et s’il n’eût éprouvé des chagrins qu’on ne put lui éviter.

A la même époque je traitais à Paris une dame âgée de 5o ans , et également attaquée d’hydropisie : elle vit encore , et je ne doute point qu’en suivant les conseils que je lui ai donnés , elle ne porte sa carrière très-loin , parce que son estomac remplit passablement ses fonctions; mais, quelque chose que l’on fasse, on ne réussira point à dissoudre les engorgemens très -solides qui existent chez elle, et qui depuis quatre ans ont cessé d’être douloureux ; ce qui rend sa vie supportable.

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