CHAPITRE IV
LA SÉCHERESSE GENERALE DE LA PEAU ANNONCE ONE HUMEUR CLA1REUSE ABONDANTE (i).
FJfels du séjour dans les lieux froids et humides. ,
Si des effets aussi graves que ceux dont je viens de parler , peuvent être produits par la nécessité où se trouve la sueur des pieds de refluer dans la masse des humeurs , et de
se porter sur quelque organe plus ou moins essentiel à la vie , pour y occasionner de grands désordres, que n’a-t-on pas à craindre lorsque tous les pores de la peau sèche et aride paraissent exactement fermés? La glaire , alors très-abondante, surcharge tous les viscères, dont elle rallentit les fonctions , occasionne une foule d’accidens plus ou moins graves ; et lorsque parmi eux se trouvent les écoulemens dont il vient d’être question, leur terminaison est de la plus grande difficulté.
(i) Je n’eutends parler ici que de la sécheresse qui <> lieu dans les affections chroniques.
sur les Glaires.
PREMIER FAIT
Douleurs rhumatismales et glaires abondantes produites par le séjour que fait une dame dans une chambre très-humide située au rez-de-chaussée ; il en résulte aussi des fleurs blanches traitées avec le mercure , qui ne fait qu’ augmenter le mal.
Dans un mémoire à consulter qui vient de m’être adressé , il est question d’une dame âgée de 36 ans, qui, ayant successivement habité deux appartemens humides, a cessé depuis de transpirer. ,Sa peau est devenue très-sèche , ses digestions se font imparfaitement, ses selles, fort rares, sont le plus souvent chargées de glaires ; cette malade éprouve sans cesse des douleurs vagues , qu’on qualifie de rhumatismales ; ses règles se sont supprimées ; et il lui est survenu des fleurs blanches très-abondantes, accompagnées de tiraillement d’estomac quelquefois très-douloureux. Elle a consulté plusieurs médecins sur ses fleurs blanches, qui ont résisté aux divers traitemens qu’elle a suivis d’après leurs conseils ; cette résistance et la couleur jaune et verte de la matière qui tache le linge, ayant
5 a Nouveaux aperçus.
fait croire qu’il existait un virus vénérien , on lui a administré le mercure, qui, au lieu de la guérir, n’a fait qu’empirer le mal d une manière extraordinaire. Telle est la situation de cette consultante victime d’une méprise malheureusement trop fréquente.
DEUXIEME FAIT
L’existence de glaires abondantes coïncide avec une très-grande sécheresse de la peau y par suite du séjour dans une arrière-boutique où se trouve une citerne.
Un homme , aujourd’hui âgé de 44 ans »
m’écrivait, il y a peu de jours :
« En 1794» j’avais alors 22 ans , j'allai oc- « cuper une maison neuve , extrêmement « étroite, et ayant peu d'air. Je logeai dans « une arrière-Doutique non planchéiée ; sous « mon lit était une citerne. Comme j’étais fort « jeune , je ne me suis pas aperçu tout de « suite du mal que pouvait me faire mon sé~ « jour dans un lieu bas et humide; je ne com- « mençai à éprouver des douleurs rhumatis- * males , qui par fois sont très- violentes , « qu’au bout de cinq ans , sans doute parce « que j’avais cessé de paonter tous les jours ik
sur les Glaires.
« cheval. Depuis ce temps ma peau est de- « veuue très-sèche ; mes digestions ont été « dérangées , et les glaires se sont présentées « tous les jours en abondance dans mes selles « et mes urines. »
TROISIÈME FAIT
Le froid et Thumidité dtune cave ou travaille une jeune fille , occasionnent une maladie que l’on considère , à tort , comme une vraie catalepsie.
Une jeune fille entreprend de faire de la dentelle ; l’endroit où elle est forcée de travailler est une cave : quelque temps après elle éprouve des frissons qui l’inquiètent si peu, qu'elle continue son travail, qui ne tarde pas à être interrompu par une maladie dont elle est atteinte , et qu’on juge être la catalepsie.
Les journaux allemands , de février dernier, qui rapportent ce fait, apprennent en même temps qu’elle se trouve posséder une des facultés des somnambules magnétiques , celle de répondre aux questions qu’on lui fait, de parler sur son état , et d’en déterminer les causes. Selon elle, une hUmeur glaireuse
obstrue tous les passages ; et si elle est devenue maigre , c’est que cette humeur qui forme une espèce d’enduit , et dont son estomac et les intestins sont tapissés, s’oppose non-seulement à la digestion des alimens , mais même it ce que les sucs nourriciers pénètrent assez abondamment dans toutes les parties de son corps , pour qu’elle puisse reprendre l’embonpoint qu’elle avait autrefois.
Celte malade n’est point une vraie cataleptique (i), parce que, dans cet état, on ne sent, ne parle ni n’entend.
Quelle que soit la dénomination qui lui appartienne , elle n’en ressemble pas moins , sous certains rapports , aux somnambules de
(i) La catalepsie est une affection soporeuse avec une convulsion tonique de tout le corps , qui le retient dans la même posture où la maladie l’a surpris. Semblable à une statue , le cataleptique demeure les .yeux ouverts , sans voir , sans sentir , sans entendre , sans faire ancua mouvement; mais quand on le pousse il se meut , fait un pas ou deux , et reste dans la situation où il 6e trouve. Si * l’on remue ses bras , ses jambes , il les tient roides dans l’attitude qu’on leur donne. Son regard est fixe , sa respiration , quoique libre , est lente , son pouls est plein. Cette maladie est rare j elle attaque principalement les mélancoliques. . . '
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sur les Glaires. 35
Mesmer, dont j’ai vu quelques-uns raisonner sur leur maladie et sur celtes des personnes que l’on mettait en rapport avec euÿ ; phénomène qui m’a paru aussi étonnant que difficile à expliquer.
Comment la matière de la transpiration , répercutée et figée pour ainsi dire sur les organes intérieurs , peut-elle produire des effets autant extraordinaires que ceux observés cheü cette malade ? D’où vient tant de lucidité?
Non-seulement elle sait qu’il existe en elle une humeur qui commet tout le désordre , et dont elle connaît exactement le caractère , mais elle sait encore comment elle le commet : et ce qu’elle dit à cet égard est conforme à ce qui paraît devoir être réellement , d’après la conduite qu’elle a tenue.
Déjà des médecins de Lyon , dignes d’estime, ont eu occasion de voir une semblable malade, qu’ils ont aussi appelée cataleptique ; celle-là apercevait les objets , lors même qu’ils étaient couverts de corps opaques.
Il faut convenir que la fin du dix-huitième siècle , et le commencement du dix-neuvième ont été bien fertiles en découvertes , si , toutefois , parmi celles qu’on a données comnte
nouvelles , il n’en est point qui étaient connues déjà depuis long-temps.
J’ai cru que comme médecin, il était de mon devoir d’examiner le magnétisme; j’ai visité plusieurs fois Mesmer, et j’ai vu des choses qui m’ont surpris, et qui m’ont paru dignes d’attention.
Des gens du moude sont quelquefois tentés d’accorder leur confiance aux somnambules ; cependant il faut se garder de se conduire d’après ce qu’ils disent : j’ai vu des malades se trouver très-bien de leur recette , tandis que d’autres ont eu à se repentir de les avoir suivies aveuglément ; aussi conseillai-je aux personnes qui ajoutent quelque foi au magnétisme, de laisser toujours aux médecins à' décider si elles doivent ou non suivre les conseils qui leur auront été donnés par ces nouveaux Esculapes.
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sur les Glaires.