EFFETS DU CHAGRIN
Dans l’ouvrage , dont celui-ci est la suite ( 1 ) , j’ai démontré commentées chagrins vifs, la frayeur, la trop grande contention d’esprit, l’amour de la solitude, l’excès dans les plaisirs, pouvaient , aussi bien que le froid et l’humidité qui existent daus les lieux où l’on séjourne , forcer l’humeur transpirable à se reporter sur l’intérieur , et y occasionner des accidens semblables à ceux dont il a été ques T tion dans le chapitre précédent: depuis l’impression de cet ouvrage , j’ai eu occasion de remarquer dans ma pratique, ou de trouvçr dans des mémoires à consulter qui m’ont été adressés, plusieurs autres faits qui confirment ce sentiment que ne peuvent contester ceux des médecins qui observent avec soin.
(î) Le Traité des Glaires.
PREMIER FAIT
Serremens douloureux à la fosse cardiaque .
Des purgatifs qui Jont rendre des glaires
soulagent pour quelques instans.
Une dame de Marseille me mande que depuis la mort de sa mère, arrivée, il y a six mois, et qui luia ca^sé un chagrin très-vif, sa peau est constamment sèche , qu’elle ne transpire plus, que son estomac s’est dérangé au point de ne pouvoir plus rien digérer, qu’elle éprouve un serrement douloureux à la fosse de l’estomac, quelle a de la peine k marcher, qu’à ces accidens se joignent des maux de tête et de cœur, que sa respiration est devenue difficile, qu’elle ne va plus à la garde-robe qu’à l’aide de lavemens ou de purgatifs qui la soulagent pour quelques instans , lorsqu’ils lui font rendre des glaires , que son sommeil est toujours agité , qu’enfin elle tombe très-souvent dans un abattement mélancolique qui lui fait désirer la mort comme un bienfait.
DEUXIÈME FAIT
Palpitations du cœur occasionnées par le chagrin .
Une autre dame, habitante de Lyon, m’écrit qu a la suite de chagrins qu’elle a éprouvés.
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îï y a quinze ans, elle a eu des palpitations de cœur, qui depuis n’ont cessé de la tourmenter : elle ne peut définir son état , eHe tremble comme si elle avait la fièvre , et elle ressent un froid qui passe avec les palpitations lorsqu’elle peut se débarrasser par la bouche de beaucoup de vents et dë glaires dont son estomac lui paraît rempli. Ses digestions , qui se font lentement , la fatiguent au point qu’elle porte continuellement ses mains sur l’épigastre (1) , où elle ne cesse de faire des frictions qui paraissent la calmer et accélérer la digestion. „
Cette dernière observation , et beaucoup cPautres semblables que j’ai eu occasion de recueillir, m’ont confirmé dans l’idée que, le plus souvent, Je^maladies du cœur sur lesquëllesles hommes qui s’en son t'occupes le plus sérieusement se sont mépris , étaient occasionnées par de l’air qui tend continuellement à se dilater ; je tiens d’un médecin très-recommandable qu’ayant appelé en Consultation un «confrère célèbre, quia écrit sur les maladies
(1) L’épigastre s’étend depuis l’endroit appelé vulgairement la fourchette ou creux de l’estomac jus«ju'au nombril. .
du cœur, le jugement que celui-ci avait porté s’était trouvé à l’ouverture du cadavre' tout k fait mal fondé : ce viscère et ses accessoires étaient très sains.
Il y avait trente ans que la personne se plaignait de palpitations à la région du cœur. Ayant cru que l’abondance du sang en était la cause , on employa plusieurs fois les saignées et les rafraîchissans , remèdes qui ne parurent jamais produire d’effets avantageux; aussi crois-je beaucoup qu’il y a bien moins de maladies du cœur que ne l’ont prétendu des hommes d’ailleurs très-estimables ettrèssavans.
TROISIÈME FAIT
Fleurs blanches ayant Tapparence (Tune maladie vénérienne , par suite de chagrins vifs.
Un médecin des envii'ons de la Rochelle , qui me demaude mon avis sur la situation de son épouse, m’apprend qu’à la suite de grands chagrins qu’avait causés à cette dame la perte de sa fille , elle avait éprouvé des hémorroïdes considérables dont les douleurs s'étendaient souvent jusqu’au col de la vessie.
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et rendaient difficile lecoulement des urines ; qu’à ces accidens avaient succédé des digestions lentes et pénibles , et une constipation qui durait souvent quatre ou cinq jours ; qu’enfin , elle était devenue très-glaireuse , et qu’elle avait en outre un écoulement jaunâtre qui , suivant son mari , avait tous les caractères d’une gonorrhée virulente. « Je le croi- « rais, disait-il, si je ne connaissais la vertu « de mon épouse, et si je n’eusse vu de sem- « blablcs effets produits par le chagrin, ou « par toute autre cause aussi innocente ; « comme vous , Monsieur , je pense que c’est « à tort qu’on a avancé que la matière jaune « ou verdâtre des écoulemens était la pi’enve «évidente d’un virus; que de victimes n’â « pas fait une opinion aussi erronée? Comme « vous aussi, j’ai rétabli l’ordre dans un grand « nombre de ménages , détruits par des soup- « çons aussi injurieux que dénués de fonde- « mens. »
Dans l’ouvrage (t) à la lecture duquel j’ai déjà renvoyé plusieurs fois les personnes qui liront celui-ci , j’ai assuré que les hommes
(i) Le Traité de la GonorrLée bénigne et des fleurs blanches.
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et les femmes pouvaient , par l’effet du chagrin , être atteints d’écoulemens connus sous, les dénominations de gonorrhée bénigne et de fleurs blanches, dont la matière jaune et verte faisait quelquefois suspecter la conduite de ceux qui en sont atteints j je crois avoir cité assez de faits à l’appui de cette opinion ; le suivant ne me parait pas moins digne d’intérêt, en ce qu’il prouve que l’on peut rendre par les urines comme par les 6elles cette matière blanche qu’Hippocrate appelle pituite blanche ( pituita alba ) , et les. médecins modernes , blanc d’œuf ( clarum oui), je vais laisser parler le malade lui-même.