V. Avenir de la Science, p
la langue A sera long dans la traduction en B, qui voudra pour être fidèle tout rendre ; ce qui est court dans la langue A sera long dans la langue B, qui n'ayant pas ce tour court, sera obligée de prendre des circuits. Ainsi la traduction littérale est nécessairement prolixe.
Mille passages du Coran prouvent la difficulté que trouva Mahomet pour obtenir la foi de ses premiers sectateurs. On voit deux partis fort bien dessinés, puisqu'ils ont un nom, les mounafik et les mouhadjir. — Cf Cor., iv, ciixa v. 63 et seq. et not. Caussin^ ad hos versiculos . Les fervents et les infidèles. Parti d'opposition*. — Rapprocher aussi ces perpétuels serments que fait Mahomet, sur la vérité de sa mission. Il sent qu'il a besoin de le répéter sans cesse, etc., etc.
1. Mounàfiqy pi. moundfiqoûn, signifie « hypocrite ». Ce que le Prophète entendait par « les hypocrites » est développa' dans la sourate lxiii, qui porte précisément ce titre. — Les Mouhadjir^ pi. mouhddjiroûn, sont notamment ceux qui ont suivi le Prophète lorsqu'il quitta La Mecque pour se réfugier à Médine (Hégire i. Les Mouhadjir occupent le premier rang [)armi les compagnons du Prophète.
Singulier sysième iiktelleetiiel que le nûen. tout de même; déclarer rondement que tout ce qui de près on de loin n'est pas pensée n'est que sottise, avocats, procureurs, députés, négociants, tout ce monde enfin ne sont que des sots qui aspirent du vent. Nier les neuf dixièmes de l'humanité! Qu'y faire? J'ai beau regarder de bonne foi, je ne puis trouver en tout cela une ombre de solide, quoique par une induction extrinsèque, je suppose bien qu'il y en ait. Tant pis s^il y en a. Car je ne serai pas tout alors, et je veux être le normal.
La philosophie, dans son entente ordinaire, tient d'un côté aux sciences, de l'autre aux lettres, et il est curieux d'étudier comment les différents hommes qui se sont dits et ont été dits philosophes sont arrivés par les sciences ou les lettres. Gela en fait deux classes parfaitement distinctes pour l'esprit et les tendances. Philosophes par les sciences : Bacon, Descartes, Reid et les Écos-
sais, etc. Par les lettres : M. Cousin et les c&otemporains, etc. Les philosophes du xtiii* siède y arrivent par les deux côtés, en vertu de rallîanee remarquable que tenta ce siècle entre les sciences et les lettres, et dont Voltaire est le type. — Inutile de dire qu'en opposant sciences et lettres, je prends les mots au sens vulgaire, car les lettres, à ma manière de voir, renferment aussi une partie toute scientiflque, ce qui fait l'objet de FAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Deux sortes de sciences : physiques et littéraires, ou plutôt historiques. Car [quant] à la partie esthétique des lettres, elle n'est pas science.
Singulier fait psychologique. — J'entends une charrette passer dans la rue avec une doche suspendue au-dessus, et tintant pour avertir... Cela me rappelle par une association d'idées très vive tous mes souvenirs de Bretagne, où les charrettes de campagne ont ainsi une cloche.
Ajoutez que le tintement était le même. Tout à coup je me rappelle par une conception se rapportant aux yetfx que j'^at ru quelquefois cette charrette dans la rue, et qu'elle n'a rien d'analogue
pour la vue avec la Bretagne. Je cherche de nouveau à réexciler l'association d'idées d'après /Wie, et, chose singulière, je ne puis; le souvenir de la vue est plus fort, et ce n'est que quand ce souvenir est oblitéré que j'ai retrouvé mon association d'idées par les oreilles.
Le trait final est devenu un procédé tellement de règle dans les compositions modernes, qu'à la lettre il n'en est pas une où on n'en sente l'intention, non que toujours il y en ait; mais on sent que c'est par intention qu'il n'y en a pas, et c'est là une autre espèce de trait final, simplicité aifectée. En un mot, sitôt que l'esprit s'est posé en habitude de songer toujours au Irait final, on le sentira toujours, soit par sa présence, soit par son absence. M. de Lamartine n'a, par exemple, pas une pièce où l'intention ne perce.
Quel monstre contre l'intrinsèque que ces gouvernements qui s'envisagent comme possédant leurs peuples, et toujours attentifs à les tenir
oppressés de peur qu'ils ne lèvent la lête. « Tout Polonais qui sait lire est suspect. » C'est-à-dire que tout homme, s'il est homme, est suspect ; suivez la progression, vous arriverez à souhaiter qu'ils se changent tous en bêtes. Cela ferait un ' beau royaume. « Se débarrasser des nobles par les paysans, puis pendre les [paysans. » Même système, détruire les hommes pour n avoir rien à craindre; ohl c'est charmant! Suivez encore ce principe et vous arriverez à souhaiter un pur désert, où il n'y ait même pas de bêtes. Magnifique idéal ! Le prince est un fonctionnaire public. Non qu'historiquement il en ait été ainsi : les premiers rois conquirent, La conquête n'est pas un gouvernement, c'est vol, tyrannie; mais il arrive (jue les deux choses se confondent en apparence, et que la force conquérante remplissant les fonctions de gouvernement, on s'imagine que c'est là en efTet une forme normale de gouvernement. Et j'appelle conquête toute forme du pouvoir qui s'envisage comme possédant le peuple, et non comme délégué par le peuple.
C'est extraordinaire avec quelle facilité naïve
on recoDDatt en histoire et ea politique qu'on ne se iaisse guider que par des considérations d'intérêt persoaDel, et non par la vue intrinsèque des choses. Par exempte, nous tenons à telle race, donc tout ce que oette race a fait était le bon, et œ qu'elle a renversé n'était que vieillerie; au oootraire, ce qu'on a fait contre elle était sacrilé^ et meurtre. A-t-^u pour cela des raisons iatriosèques ? Non. Mais c'était nous, donc c'était le bon. De même pour noblesse et roture, eftc.
Rapprochez de l'habitude que j'ai signalée dans les écrivains du Nouveau Testament, etc., de reiBonter toujours «6 ovo de l'histoire biblique dans leur exorde (discours de saint Etienne, etc. : cf. .s«f»ra, dans ces cahiers), l'habitude des chroniques du moyen âge de commenter la chronique de la petite ville ou du monastère, par l'histoire depuis le commencement du monde.
6îi.
L'attachement de Pascal pour le christianisme
PENSÉES iil
était trop frénétîqiue pour être solide. Et puis œt hoanDape secouait trof) dur pour resiter kngiaement dans un système. Le fait est que ce fut le docteur le plus avancé; seulement il se rattacha : mats je suis sûr que si le xvin^ siècle avait dit son mot, il eût aussi làcbé la colonne à laquelle il se tenait cramponné par désespoir. Les iois par pts-aller, par tutiorisme (voyez son morœau des Note. chances), ©e «ont pas bien fermes. J'ai passé faar ce chemin-là, et j'ai abouti à l'incroyance.
(V. M, Sainte-Beuve, Portr. litt. Molière, /. II, p. 0. Très bien dit.)
Les religions sont des philosophies amalgamées d'éléments hétérogènes et par etur-memes de nulle valeur, dogmes concrets, cultes, pratiques, mythes, superstitions môme, si on veut se servir de ce mot. C'est comme le nutritif mêlé dans l'aliment au non nutritif, lequel n'est bon qu'à faire passer le nutritif. Et quoique le nutritif soit du bon vrai, il n'en est pas moins vrai que, mêlé au non mutrilif, il est meilleur reiativemertt à l'estomac humain. De même, qui pourrait digérer la pare fine fleur? et ceux qui l'essaient, s'ils n'y mêlent
rien, soit de religion, soit de fantaisie mystique individuelle, demeurent toujours un peu secs. — Pas de milieu entre ces trois parties : être philosophe religieux, philosophe mystique (or le mysticisme n'est qu'une religion individuelle; c'est un individu qui, au lieu de prendre les mythes, dogmes concrets, etc., de telle ou telle religion, s'en fait à sa guise), ou philosophe sec comme un terrain poudreux et jaune en été.
Mon Dieu, mon pauvre ami, ton idée est maintenant de rentrer bravement, en fier-à-bras, dans le christianisme, la lance au poing; peut-être que tu y rentreras comme une petite fille.
Quand on parle de primitif en poésie, il faut se garder de croire qu'il s'agisse de l'âge primitif de l'homme. Cet âge se reproduit à l'enfance de tous les peuples. Ainsi la poésie des Grecs modernes est tout aussi primitive que celle des anciens Hébreux, avec couleur difTérente, s'entend. Le primitif indique un état des peuples. Or l'huma^
nité n'est pas synchronique dans sa marche, et les faits qui ont signalé son enfance signaleront toutes les enfances qui suivront dans une de ses parties. Au fait, que l'on y songe, il n'y a guère que trois mille ans que quelques nations ont progressé; qu'est-ce que cela relativement à l'âge total de l'enfance, et qui sait si les nations encore barbares ne sont pas des nations qui ont prolongé un peu plus longtemps leur enfance? — Ce qu'il y a de sûr, c'est que la poésie de tous les peuples^ n'étant encore que peuple, et non encore tombée entre les mains des lettrés, est partout primitive.
Je me représente l'esprit relativement à l'acquisition du Sïlva rerum^ comme un arbre qui, au lieu de branches ou de bourgeons, aurait des crocs de fer, l'étude est comme un fleuve de choses de mille couleurs et mille formes tombant d'en haut sur cet arbre. Les crocs ne retiennent pas tout, ni pour toujours. Tel oripeau, après y avoir pendu quelque temps, tombe, et c'est le
1. C'est-à-dire la matière dont on se sert dans un discours. Allusion à un passage de Cicéron, Orator, xii .
tour d'un autre. C'est ainsi que l'esprit, à ses différentes époques de culture, se trouve empanaché comme un étalage de marchand en plein vent d'un assortiment différent.
L'établissement des Turcs en Europe peut être considéré comme la dernière invasion de barbares (sortant de la Tartarie, etc.). Ainsi Constantinople eut le sort du reste de l'empire, seulement plus tard. Différence encore bien remarquable. C'est que le premier effort de ces peuples étant tombé sur les Arabes, ils n'entrèrent pas du premier coup en contact avec la civilisation chrétienne. Or la première civilisation conquérait le barbare : ils durent donc être musulmans, de là la singularité d'une nation musulmane en Europe.
Que cela est remarquable I Pas une seule ('rôle de philosophie latine; vous avez des philosophes latins, mais pas une école latine. Ils sont tous stoïciens, académiciens, etc.
ri.
Rapprochez Sainte-Beuve, Portraits litt., Molière, t. II, p. 4S, bas, 49, de ce que je disais de Molière, l'opposant à Collin d'Harleville parexemple, mettant en relief les caractères avec intention.
On dit : Equitare in arundine longd^ c'est une catachrèse, car equitare a conservé son sens étymologique. Mais il faudrait dire alors que tous les mots sont catachrèscs, car en tous il y a ce transport abusif, seulement en beaucoup l'étymologie première a disparu. Par exemple, un pot de fleurs^ ce n'est pas une catachrèse et pourtant pot =/;otus = idée de boire. Mais le mot pot est pris comme primitif, indépendamment de son étymologie ultérieure. Ce n'est donc que par plus ou moins que l'on désigne ces- [illisible].