v. g. r= verbi f/ratid = par exemple
2. Enallage, terme de grammaire, désignant une construction ofTrant un changement de mode du verbe. Le cahier 13 désigne i^ans doute une partie du manuscrit de h\ Grammaire hébraïque de Renan. Ce manuscrit consiste en IG cahiers, dont le treizième est intitulé « Svntaxe du verbe ».
gieuXy ils sont bien liés^ ceux-là : je voudrais une femme religieuse et exaltément religieuse de sentiment, comme Béatrix^je ne dis pas une dévote dans le sens vulgaire. Le plus de lien possible, pour plus de sûreté.
Encore un exemple de l'association inverse d'idées. — L'autre jour, j'avais, durant mon sommeil, un mal d'estomac et de cœur fort analogue au mal de mer; eh bien! je rêvais que j'étais en mer. Mer entraîne mal d'estomac. — Mal d'estomac entraîne pensée de mer. — Cf.
supi^ttj beaucoup de faits analogues dont voici la formule : le sentiment A accompagne d'ordinaire le fait li ; eh bien I le sentiment A se produisant par une autre occasion que le fait B, on y associe néanmoins le fait B ; appliquez la formule à l'exemple ci-dessus. A = mal d estomac, B = la navigation en mer.
Je pensais tout à l'heure à un enfant que j'ai vu au bain et qui avait un vésicatoire au bras,
1. V. Cah. de Jeunesse y p. 317. Béatrix est un nom imaginaii-e, qui figure dans beaucoup de fragments de la jeunesse de Renan.
PENSKES 135
et à rinstant j'ai senti les humeurs se porter très vivement à celte partie. J'ai plusieurs autres expérienœs analogues. Mon mal aux glandes salivaires parce qu'on m'avait parlé de je ne sais qui, ([ui y avait eu un fort vilain mal. Mon imagination s'y portait de force et cela me faisait saliver jusqu'à m'épuiser et me faire mal, et en y pensant, je le fais encore, et je sens qu'il ne tient qu'à un fil que je retombe dans le malheureux tournant dont on ne peut sortir, analogue à celui qui me fit si longtemps craindre de me rendre somnambule en y j^ensant.
L'érudit proprement dit est rarement un penseur. Il n'est donc pas le normal, il n'esl pas pour lui-même ; est-il donc nul ? Individuellement, oui, car il n'est pas arrivé au but de la vie. — Mais dans le lout, non, car il sert au penseur. Mais en soi, individuellement, que c'est triste! C'est aussi profane, sauf l'utilité ultérieure, que le banquier et l'épicier.
Décidément il n'(»st pas nécessaire de recourir
comme M. Garnier à une conception idéale pour expliquer la conception des figures régulières. Par exemple, le sauvage cherchera à réaliser les formes du triangle isoscèle, équilatéral, de la ligne droite même, du plan, du cercle, de préférence par ce principe qu'il n'y a pas plus de raisons de dévier d'un côlé que de l'autre, et que l'homme ne peut se décider à rien faire sans raison. Ainsi ce goût des figures régulières se rattache au i^rincipe de causalité ou plutôt de motif. Rien sans motif. Par exemple, de ce que le toit des maisons primitives est en coupe isoscèle, M. Garnier conclut la conception idéale de la figure régulière que ne donne pas la nature. Non. C'est quil ny avait pas j)lus de raison de faire incliner plus l'arête d'un côté que de l'autre, et quand il y avait une raison, on le faisait sans scrupule. De m^mie pour la ligne droite : il n'y a pas plus de raison d'aller à droite qu'à gauche, allons devant. Cf. article de M. Garnier sur l'idéal (Revue Nouvelle). Rappelle-toi la discussion que tu eus avec lui sur ce sujet et à laquelle M. Havet se mêla.
Singulier fait psychologique. J'ai ces jours-ci
la tête pleine de notules à retenir pour reporter çà et là sur mes divers travaux : or il m'arriva hier soir que, m'étant couché sur cet esprit, sans avoir pourtant aucune note dans Tesprit fixée et étiquetée, j'en ai formé une, je Tai décidée pensée remarquable et cotée, chiffrée pour être inscrite. Depuis ce moment, tout mon sommeil qui a suivi en a été plein ; c'était comme quelque chose qui m'était imposé, bien i)lus encore que quand je l'ai fixée la veille, un poids pesant sur mon esprit, et dont il ne ])ouvait se débarrasser. A mon réveil, j'ai examiné cette prétendue pensée, et j'ai trouvé que ce n'était rien qu'un creux rapprochement, très bizarre, qui n'avait nul fond. Je n'ai pu même me la dessiner nettement. C'est absolument comme quand j'ai eu en rêve la solution de tel problème de géométrie et qu'en me réveillant je ne trouvais plus nulle suite. Des linéaments vagues en songe se lient et se complètent pour nous. C'est singulier que nous puissions voir du logique là où il n'y en a pas.
Quantités continues et discontinues, leur rapport, leur parallélité, voilà le vrai mystère des
mathématiques. Comment croissent les quantités? Est-ce par petits soubresauts? Le continu, qu'estce? Là, toute la difficulté. Les parallèles. Le calcul différentiel. Cf. article de M. Garnier sur ridéal (Revue Nouvelle) et Locke, loco ibi citate. EssaiSy L. II, ch. xvi, et L. Il, ch. xvi, § 4.
Il est remarquable que le passage des règnes, par exemple de l'animal au végétal, se fait dans la chaleur hwnide, dans les eaux échauffées, éponge, etc. Les bons anciens avaient de ces expressions qui semblent grossières par vulgarité, et qui ne laissent pas d'exprimer des faits importants.
Ah I que j'ai fait aujourd'hui chez M. Garnier une délicieuse rencontre ! C'est un pauvre juif allemand, M. Reich, traducteur d'allemand et d'anglais, pauvre, mourant de faim, cassé de misère, vieil habit râpé, tout humble et modeste, osant dire à peine qu'il sait et peut quelque chose, et pourtant parlant du ton de celui qui se sait. Il savait tout, médecine, etc., psychologie
surtout, toutes les sciences de l'homme, comme il disait. Il nous racontait ses projets, comment ils avaient tous échoué, comment M. Cousin l'avait joué. Ohl mais ce qui m'a louché au cœur, c'est quand il a fallu nous dire qu'il était juif. Comme il a tourné le désolant aveu ! « Vous êtes Allemand, monsieur? — Non. — Vous avez fait au moins vos études en Allemagne? — Oui, à Breslau, à Berlin, où j'ai connu Stevens, etc., qui m'a recommandé. — Votre famille est allemande, alors? — Non. » Il y a quelque chose qui n'est pas clair, phrase entrecoupée, mots sans suite, gestes d'embarras dissimulé, et le mot juif inséré furtivement dans une phrase incidente. Il avait les larmes aux yeux, le pauvre homme! Ohl que ^^' je l'eusse embrassé volontiers! Que j'eusse aimé à pleurer avec lui! Car aujourd'hui je suis bien triste. Henriette m'a appris des choses cruelles. Enfin mon pauvre M. Reich, que j'aime de tout mon cœur, qui m'a exalté, enlevé, ravi de moralité, m'a rappelé Moïse Mendelssohn. Aussi comme il aimait à en parler! Encore ajoutait-il pour correctif : Oh ! je ne veux pas dire que la réponse de Mendelssohn est bonne (celle à Jacobi *). Pauvre
1. Jacobi, philosophe allemand, qui fut ami de Gœthe, et qui eut en effet une polémique avec Mo'i»c Mendelssohn (1742-1819).
homme, bien sûr je te rendrai service. Peut-être travaillerons-nous ensemble. M. Garnier nous a suggéré des idées à tous deux sur Jacobi. Il voudrait se naturaliser. Et comme il répétait sans cesse qu'il n'avait rien à faire, qu'il venait d'être malade, que ce serait à bien bon marché, et sa bien maladroite proposition de traduire à M. Garnier les lettres de Gessner sur le paysage, qui sont toutes traduites, parce que M. Garnier les avait citées dans un cours 1 Pauvre homme, que Dieu doit t'aimerl II demeure place Cambrai, n® 8.
Heureusement M, Garnier l'a très bien reçu. Nous lui avons fait sentir que nous étions frères.
Il est décidément acquis pour moi que je ne m'attacherai à aucune forme particulière. Lu preuve que mon esprit n'a pas de forme exclusive, c'est qu'à chaque branche que j'ai délibée successivement, j'ai toujours juré dans l'actuel que ce serait ma spécialité, littérature, mathématiques, sciences physiques, et dans celles-ci chacune de celles que j'explorais successivement, hébreu, langues orientales. Puis, en philosophie, je jurai que je n'en aurais pas d'autre, et effrayé par
rinduction de mes changements passés, je me demandais si cela ne changerait pas aussi, et je ne pouvais concevoir comment cela se ferait. Mais c'était la philosophie technique. Est venue la littérature au sens élevé, je l'ai embrassée de même. Donc nul particulier ne m'enlèvera. La philosophie vitale et compréhensive à mon sens sera seule ma reine.
Langue z:^ procédés et non systèmes imposés, infinis comme la numération ; pas de lieu de limite, pourvu qu'on s'entende. Voilà ce que je voudrais.
(Voir supra,)
L'enfant tire vanité de s'être beaucoup amusé, et s'en fait gloire vis-à-vis de ses condisciples, et môme c'est là souvent ce qui lui fait trouver du plaisir dans ses plaisirs; c'est de pouvoir s m vanter. C'est que c'est là pour lui un avantage : or, la vanité se tire de tout avantage.
Il y a toujours dans la culture intellectuelle d'une époque quelque chose d'artificiel et de pure convention, qui devient ridicule pour les époques suivantes. Par exemple, le goût de citer les poètes anciens, de trouver un goût exquis à faire de la petite érudition classique, qui rend si insupportables nos professeurs. En un mot, érudition pour érudition, tout cela sera flagellé, et les professeurs seront un jour mis sur le niveau des rhéteurs et sophistes grecs, seulement avec une supériorité honnête.
Le septième chapitre de Daniel est évidemment un morceau dans le goût des poèmes apocalyptiques et doit être rangé dans leur cycle, comme plusieurs morceaux de ce livre, et les troisième Notes et quatrième livres d'Esdras. — Cf. surtout Daniel, VII, 8, O.s loquem (jiandia, littéralement en l'Apocalypse et vmumera alia. Item cf. r\ /8, Venif cum 7nihihus, V. nota quarta. Ce morceau chaldéen du reste paraît fort peu ancien.
/. — Foule d'expressions en ce chapitre qui ne sont pas dans le reste de Daniel.
2, — Cf. nota, v. g. ^")X =1: ecce et ")0î<3 = post (syr,) * Cf. et V. 25 se retrouve en cet endroit indéchiffrable de l'Apocalypse. Tempus et dimidiuni temporis, e/c. Toutes ces foimules se retrouvent ici. Je suis persuadé que ce |i>' et tempus signifient une anmCy comme souvent en chnldéen. V, not, et jcn (v. IS et 22).
5. — Cycle de poèmes apocalyptiques : les apocalypses gnostiques, les livres susdits^ les livres sibyllins; Cf. Ficker^j Ibi varia habet., p, 21, Cf. surtout Thorlacius'.
4. — Ce morceau semble pourtant avoir été écrit sous la domination perse. Cf. not, deuxième année, ad vers, 10.
o. — Foule de locutions en Apocalypse qui ne s'expliquent que par une traduction littérale et non comprise des chaldaïsmes de ce morceau. Cf. par ex. v. 2o, v, notas.