‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 20 sur 52 · MURCIE · texte numérisé non relu

MURCIE

* UOX VIEIL AMI JULES LEROCI

En ces temps-là, vers l'an sept cent dix du Messie

Ayant Abd-el-Aziz ben Mouça pour émir,

Les Arubes faisaient le siège Je Murcie :

Les Goths d'Espagne avaient pour chef Téodomir.

Or, des murs de Tolède aux murs de Carthagène, On voyait sur la croix resplendir le croissant.

Et par cinq ans entiers do résistance vaine L'Espagne était à bout de forces et de sang

Seule encore, Murcie arrétnit la conquête. Tcodomir, forçant les Sarra/ins surpris.

Avait su rallier, au soir d'une défaite, Dans la ville en ruine une armée en débris.

Abd-cf-Aziz avait souri de l'entreprise :

Ses Arabes étaient plus nonabreux douze fois ;

Un seul assaut d'une heure et Murcie était prise...

Et Murcir en trois jours en eut repoussé trois.

Car ces vaincus étaient d'invincible nature Sachant, si piès que soit le glaive menaçant, Qu'une trop prompte paix fait la honte qui dure, Et que l'honneur d'un peuple est plus cher que son sancç .

Pourtant elles cfaient terribles les batailles, On en tuait pourtant de ces chiens de chrétiens ; Mais toujours lenrssoldats couronnaient les murailles, Et jamais leurs crénenux ne restaient sans gardiens.

Après trente longs jours de défense tenace, Abd-cl-Aziz songfur ne savait que penser :

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t Ils ne sont pas en tout trois mille dans la ] li e. » Où prennent-ils le sang que je leur fais verser?»

fharick.son lieuien;mt, lui dit : a Ces gen5 qu'on tus, » Se font tuer, Seigneur, sûrs qu'il leur faut mourir, é Mais promets-leur la vie, et Murcie est rendue.» Abd-el-Aziz lui dit : a Tu peux la leur offrir. »

Tharick revint bientôt : a Je m'étais trompé, maître, » C'est trop peu que la vie à ce peuple indompté; » La liberté, voilà ce qu'il faut leur promettre, » Et l'émir dit : a J'accorde aussi la liberté. >

Pour la seconde fois, Tharick ne tarda guère : a Maître, ces obstinés ont la folie au front ; t> Ils exigent de nous les honneurs de la guerre. — ■3 Par Mahom ! dit l'émir, c'est la mort qu'ils auront. -»

Mais avant d'ordonner ce dernier holocnuste, L'émir Ot à cheval le tour de leurs rejnparts; Les Espagnols armés étaient tous à leur poste Et les lances d'acier brillaient de toutes parts.

Tharick, qui l'escortait, mordant sa barbe grise « Des vainqueurs comme nous sont assez glorieux » Pour que, sans amoindrir notre part déjà prise, » Nousrendlonsquelquehonneuràdes vaincus comme eux

» D'autant que si la lutte est ce que tout l'annonce, » Nous perdrons bien du temps, bien des hommes, ici... » Si j'allais leur porter une bonne réponse? » Abd-el-Aziz, lassé, lui répondit : <r Vas-y. »

Une heure après, Murcie ouvrait sa lourde porte. Le cortège avançait silencieux, hautain ; Téodomir marchait en tête sans escorte, Blessé. — Devant l'émir il s'arrêta soudain.

« Sultan vainqueur, dit-il, vois-tu qui m'accompagne ? ï Vois-tu ces longs cheveux ? Vois-tu ces fjibles mains ? » Les femmes de Murcie ont défendu l'Espagne, » Donnant aux hommes morts ces vengeurs surhumains.'

— Les cœurs de vrais soldats aiment les grandes âmes, — Abd-el-Aziz. frappé de respect, s'inclina :

a Ma coutume n'est pas de dépouiller les femmes, V La ville de Murcie est à vous, gardez-la. »

C'est ainsi que vers l'an sept cent dix du Mesde, Abd-el-Aziz, le sage et glorieux émir, Octroyait un royaume aux femmes de Murcie, Et les femmes prenaient pour roi Tliéodomir.

via

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