‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 25 sur 52 · PRO PATRIA · texte numérisé non relu

PRO PATRIA

k ARTHUR BUCUEROh,

A un Français qui se souvient.

Oublions, oublions ! voilà le cri des lâches, De ceux pour qui la haine est u;i firJeau trop lourd, Qui, reniant leurs droits et désertant leurs lâches. Ont é-Duisé leur deuil dans leurs larmes d'un jour

Mais tous ces fiers enfants dont la France est la mère, Gardant l'e-poir au fond de leurs cœurs résolus,

Muets, mais sans oubli, sombres, mais sans colère, Sont toujours là pleurant sur ceux qui n'y sont plu5.

Et combien n'y sont plus depuis la triste guerre, Combien de sang français notre France a perdu, Qu'elle a donné de fils pour conserver sa terre, Et ce qu'on nous a pris, comme on l'a défendul

Car la lutte fut longue, héroïque, implacable; Car nos soldats ont su mourir jusqu'à la fln; Et nous n'avons subi la paix qui nous accable Que broyés sous le nombre ou défaits par la faim.

Et que de dévouements dignes de notre histoire 1 Oh ! sachons bien bénir, sachons bien célébrer Tous ces accès d'honneur qui Uuus sont de li gloire, Ces immortelles morts qu'on est fier de pie rcr î

L'exemple en naît si grand qu'un béait Ihéca tombe, L'espoir en sort si haut qu'il passe les regrets Et que 1* même jour voit surgir de leur tombe L'ombre des lauriers verts et l'ombra tlci cyprùs.

PRO PAIR l A. 73

0 braves: dont je viens saluer la mémoire, Vous que Hoche ou Desaix eût pris pour compagnons Fiers vaincus qui tentiez d'etTrayer la victoire, Que n'ai-je un nom qui puisse éterniser vos noms

Ces noms obscurs si beaux par l'obscurité même I Nul d'entre ces martyrs ne s'est cru glorieux ; Mais sacrés par leur sang qui leur fut un baptême, Ces ignorés d'hier sont déjà des aïeux.

Martin, Cardon, et toi, simple et noble victime, — Dont le cadavre même eût dû porter la croix, — Debergue au cœur vaillant, Debergue au cri sublime. Soyez tous trois bénis, vous êtes grands tous trois.

Toi surtout, vieux Français entêté de ta France, Tenace défenseur de nos champs envahis.

Gloire à toi, grand vieillard si jeune d'espérance ! Gloire à vous, braves gens, honneur de mon pays l

Ah ! ces vieux plébéiens à l'ardente nature, Propre sève de l'arbre, invisible au passant,

Par qui l'arbre grandit, par qui la forêt dure, Ce sont eux la vigueur de la France et son sang.

Ce sont eux dont les mains construisent, plantent, sèmcr.i Eux les forts artisans, eux les vrais travailleurs; lis aiment leur vieux sol sans bien savoir qu'ils l'ni .tient, Patriotisme inné, bon entre les meilleurs.

Ils se disent parfois que les peuples sont frères, Qu'il n'est pas de patrie et qu'on en peut changer, Et puis vienne le jour de nos destins contraires, Les revoilà Français, repoussant l'étranger.

Voilà leur sang qui bout et leur instinct qui crie; Ces éternels Gaulois retroussent leurs sarraux, Ils s'élancent, chaniant l'hymne de la Patrie, Et c'étaient des ingrats, et ce sont des héros.

Je le dis, et non pas en Français qui se vante, Mais en homme témoin de nos efforts constants, Jamais peuple n'eut tant de raisons d'épouvante, Jamais peuple ne fut si brave si longtemps

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