‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 29 sur 52 · PROPOS DE TABLE · texte numérisé non relu

PROPOS DE TABLE

A MON AMI JOLES CLilITIB

ilonsieur de Bismark qui nous almn, Et qui le dit sur tous les tons.

Est pour nous d'une grâce extrême; Il nous flatte, il nous sourit même, «ïonsieur de Bismark qui nous aime, Sait bien pourquoi nous nous batton*-

Ce n'est pas parce qu'on nous brave Jamais Français ne s'en troubla.

Sommes-nous pas de sang esclave ?

De la boue au front, ça se lave.

Ce n'est pas parce qu'on nous brave.

Le cas de guerre n'est pas là.

Chacun le sait, pourquoi le taire ?

Le vrai motif, il saute aux yeux :

La pauvreté de notre terre, Notre avarice héréditaire ; Chacun le sait, pourquoi le taire?

I^es fi '5 font comme les aïeux.

Tous les dix ans, vaille que vaille,

Quittant notre gite ensablé.

Nous allons quérir la bataille,

Dam! Quand un peuple est sur la paille

Tous les dix ans, vaille que vaille,

Il faut bien qu'il vole du blé!

Quand on n'a pas d'autre imluslrie, Pas d'autre art et pas d'autre état,

PROPOS DE TABLK. 89

Avec quoi nourrir la Patrie?

La faim grogne, le ventre crie...

Quand on n'a pas d'autre industrie, Il n'est métier que de soldat.

Que voulez-vous ? La chose est triste^

A chaque pays son destin ;

L'un est soudard, l'autre est artiste,

Chacun sa loi, nul n'y résiste,

Que voulez-vous? La chose est triste.

Nous ne vivons que de butiu !

C'est notre art à nous, la rapine, Race de chiens, peuple de loups, Pullulant comme la vermine, Il est temps qu'on nous extermine.

C'est notre art à nous, la rapine ; Les Khroumirs d'Europe, c'est nousl

A MADAME EOUOSD ADAM

A U très Française Auteur de Grecqu.

La guerre avait été rapide, mais sanglante. Un deuil mêlé d'angoisse assombrissait les yeux ; Et. vers un ciel meilleur levant sa main tremblante, Athène avait placé la Paix au rang des dieux.

En vain, grand ennemi de ces cultes d'Asie, Qui pouvaient énerver son peuple et l'aûaiblii'.

Périclès Irouvnil l'iicure imprudemment choisie La volooté d'Aihène avait dû s'accomplir.

Le temple s'élevait auprès de l'ancien Stade, Sur la place où jadis avait campé Xeiiès, Ictinus en avait dessiné la façade, Et le portique était l'œuvre de Mnésiclès.

Les colonnes étaient de marbre pentélique ; Par deux portes d'argent îe «portail était clos ; Et sous le péristyle, à la muraille oblique, Zeuxis et Purrhasius avaient peint deux tableaux :

— Sur l'un: au grand soleil c'est la moisson or*, ch.intp, S;iris ombre, les figuiers ne sont pas asse>. hauts, M.jIs la gjiilé rayonne et mêle, encounigeante, Le bruit léger des voix au bruit sourd des (léaux.

-ar leurs fronts gracieux, porUint la lourde gerbe, Les jeunes filles vont riart aux jeunes gens ; L'été splendide a fait la récolte superbe, Et l'hiver peut venir sans trouver d'indigents.

Le second représente un gai faubourg d'Athènes : Par la sérénité tranquille des beaux soirs, Les vendangeurs lassés courent boire aux fontaines, Et, pieds nus, les eniants dansent dans les pressoirs.

Dans un coin, à l'écart des galtés populaires, Une léiume au sein blanc berce son lils, qui dort, Tandis que sur le quai, déchargeant ses galères, Un marchand réjoui sourit à ses sacs d'or.

Tous les abords du temple étaient plantés de roses, Comme si pour prier l'àrae s'y parfumait; Et, comme pour cacher les horizons moroses, Au loin rilymette en fleurs dressait son gai sommet,

Le sanctuaire était plus radieux encore. Jamais divinité n'eut plus divin séjour, Et, lumineux berceau d'une éternelle aurore, Douze lampes d'albâtre y brûlaient nuit et jour.

Mais, voici qu'au milieu même du sanctuaire, Une image trônait, lourde, aux membres épai?, Œuvre infime de quelque infime statuaire, £t cette image était l'image de la Paix.

Levant sans majesté son front sans hardiesse, Tendant, d'un geste Das, ses deux mains pleines .1 or,

LES DEUX DÉESSES. î>7

L'idole n'avait rien, hélas, d'une déesse ! Et cependant le grand Phidias vivait encor.

Phidias vivait encor, qui, du marbre rebelle Miraculeux dompteur et vainqueur merveilleux, Avait fait Zeus si noble et Minerve si belle, Qu'on disait que Phidias divinisait les dieux.

Alors pourquoi ce bloc informe dans ce temple? Quand la beauté pouvait resplendir sur l'autel. Pourquoi ce spectre vain que la foule y contemple î D'où vient, chez un tel peuple, un aveuglement tel?

Est-ce donc qu'oubliant ce sublime génie. Comme un antre Aristide admiré trop longtemps, Lasse de l'applaudir, Athènes le renie ? Ou si l'ardent Phidias est vieux à soixante ans?

Pourtant, quand l'architecte eut dressé son portique El que, pour y placer une divinité, Athènes eut convoqué les sculpteurs de l'Attique, C'était d'abord Phidias qui s'était présenté.

Et l'assemblée avait eu lieu dans cette enceinte, Où, pour la République, Athène allait aux voix; Car ce peuple, pour qui l'art était chose sainte, Délibérait du Beau comme il eût fait des lois.

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