‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 30 sur 52 · XVI I · texte numérisé non relu

XVI I

Le premier qui parla fut un tisseur d'étoffe,

Et qui tissait aussi l'idée avec les mots,

Une sorte de vieil artisan philosophe,

Pour qui la guerre était le plus affreux des maux.

D avait sur la foule un assez grand empire. Peut-être en d'autres temps l'eùt-on moins écouté;

M;iis il est des instants mauvais où l'homme est pire, Où 1 ame d'ao grand peuple est lasse de fierté.

c Maître, dit-il, l'idée est tout dans notre idole. Elle ne peut avoir deux sens ni deux aspects. Il faut que l'attitude affirme le symbole, Dis-nous comment tu veux représenter la Paix. »

a Ah! dit Phidias, la Paix est subli:ne et féconde! Bien fou qui, la tenant, ose la hasarder! Mais plus fou qui s'y fie, et le plus fou du monde Qui. iins veiller sur elle, espère la garder î

» Aussi, moi j'en ferais une sœur de Minerve, Étincelaute. armée, au front majestueux Ses regards fixeraient l'horizon, qu'elle observe ; Deui ailes d'or pourraient l'emporter dans lescicus. *

L'homme dit : « Péx-iclès eût choisi ton symbole. » — « C'est donc, reprit Phidias, qu'il est digne de lui. »— « Une Paix casque au front 1 une Paix qui s'envole !... Prête à combattre alors? » — «Prête à combattre, oui.» —

e. Soit donc ! Mais cette Paix pense trop à la guerre; Elle s'entendrait mal aux soins de nos troupeaux. Celle que nous voulons est d'aspect plus vulgaire, Assise, et par son or achetant son repos. »

En l'entendant, Phidias fut profondément triste ; Car dans ce cœur épris du Beau comme du Bien, Le citoyen souffrait tout autant que l'artiste, Et voici ce que fut le cri du citoyen :

Œ 0 peuple au cœur changeant, gardez-vous de l'en cro ire, N'écoutez pas cet homme, ô peuple au cœur léger

ti»s DFUX néESSF?. toi

Son immujible paix n'est qu'un rêve illusoire; Sommes-nous sans voisins pour être sans d.ir.ger ? -a

Et comme on l'accueillait d'un murmure de blâme: « C'est donc vraiment pour tous que cet homme parla? Vous voulez donc vraiment cette déesse infâme?... » Le peuple répondit : a Nous voulons celle-là. »

Alors le grand Phidias, père de la sculpture, Se dressant au milieu de ces hommes surpris, Et de tout son grand nom grandissant sa stature, Laissa tomber sur eux son généreux mépris :

« Moi, Phidias, créateurdesdieuiauxfronlsaugu.ites, Par qui l'inanimé reste à jamais vivant. Moi. le prompt serviteur de vos volontés justes, Je refuse de vous servir et je défends...

» Je défends ! EnlenJez-vous tous, hommes d'Alhènes?» Et son bras s'étendait dans un geste de roi, Et sa voix jetiit haut ses paroles hautaines : « Je défends à quiconque a travaillé sous moi,

» A quiconque se dit et se sait mon élève,

Qu'il soit tailleur de pierre ou fondeur de métaux,

De donner une forme humaine à votre rêve,

Et de souiller pour vous sa main ni ses marteaux.

> Car la divinité de votre allégorie Cache son front hideux sous un masque trompeur. La mienne encore pouvait protéger la patrie ; Mais ce n'est pas la Paix, la vôtre, c'est la Peur i » —

Voilà pourquoi l'idole était lourde et mal faite, Pourquoi, sourd aux appels de son peuj)!e égaré. Périclès refusa a'en consacrer ia léie, ^t comme quoi le temple eiait déshonoré.

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