‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 35 sur 52 · VIVE L.\ FRANCE I · texte numérisé non relu

VIVE L.\ FRANCE I

Je les ai vus, marchant les pieds nus sur la neigo, Succomber de fatiiiue et non de désespoir; La misère et la faim leur servaient de cortège, Mais ils marchaient, ayant pour guide le devoir.

J'en ai vu qui, captifs, s'échappaient d'Allemagne, Revenaient aux dangers à travers les dangers, Et, sans revoir leurs toits, reprenant la campagne, Retombaient par deux fois aux mains des étrangers.

Ce n'était pas toujours des soldats, notre armée ! Mais j'ai vu des blessés venir, saignant encor, Reprendre dans les rangs leur place accoutumée, Et, luttant tout meurtris, se guérir dans la mort.

J'ai vu des régiments, aux jours de défaillance,

Se porter en avant et se dévouer seuls.

Pour qu'on pût dire au moins, en parlant de la France,

Que ses drapeaux étaient encor de fiers linceuls;

Que nous savions encor mourir, sinon combattre. Et puis, nous n'avons pas toujours été si bas :

Frœschwiller est l'assaut d'un homme contre quatre Et de ces assauts-là les Prussiens n'en font pasi

Gravelotte et Borny ne sont pas des défaites; Les vivants ont vengé les morts de Champigny; Les gloires de Strasbourg échappent aux conquêtes, Et Paris affamé n'a jamais défailli!

Oui, Français, c'est un sang vivace que le vôtre! Les tombes de vos fils sont pleines de héros ; Mais sur le sol sanglant où le vainqueur se vautre, Tous vos fils, ô Français! ne sont pas aux tombeaux.

Et la revanche doit venir, iente peut-être, Mais en tout cas fatale, et terrible à coup sur; La haine est déjà née, et la force va naître : C'est au faucheur à voir si le champ n'est pas mûr.

Page 1