ÉVASION
Les Tarcos marchent deux à deux.
Ils sont sans fusils, sans cartouclics; Ils marchent, et dans leurs grands yeux La haine a des éclairs farouches; Des cris sourds passent sur leurs bouches; Les Prussiens chantant derrière eux.
Cependant dans la plaine immense, Près des canons trois fois conquis, — O jour de deuil! jour de vaillance! ■ Leurs frères sont morts pour la France Fux qui ne sont pas morts sont pris.
On les emmène* en Allemagne; Ils y seront au point du jour; Mais la nuit tombe et l'ombre gagne, On bivouaque dans la campagne :
Les Prussiens veillent tour à tour.
Leurs sentinelle'^ vont et viennent, Sous les manteaux le reste dort; Et des craintes qui leur surviennent, Tout bas les Turcos s'entretiennent Autour d'un grand feu de bois mort.
— « Où les mène-t-on? Pourquoi faire?
» Que vont-ils être, ces soldats?
« La mort, ils ne la craignent guère!
» Mais plus de poudre et plus de guerre. n tt pourtant on se bat là-bas I »
Ils se regardent sans rien dire :
S'ils sont bien foris, ils sont bien peu; Et qu'une seniinelle tire, CVst le réveil et 1<^ martyre...
Mais l'audace est fille de Dieu!
Ce qu'il faut, c'est que l'on s'élance, Que des Prussiens qui veillent là, Pas un ii'iippoUe à sa défense; C'est qu'on les égorge en silence; Et ce qu'il faut, ou le fera.
Ils rampent; l'espoir les anime; Un signe est fait, ils sont debout, Mais, avant de tenter le crime, Chacun regarde sa victime, Voit son but et choisit son coup.
Et puis, dans un élan sauvage, Les Arabes se sont dressés; Ils font leur besogne avec, rage.
Personne n'échappe au carnage ; Et quand tout est mort, c'est assez.
lô CHANTS DU SOLDAT,
C'est assez ; sur toutes les bouches Les chants sont revenus joyeux :
Les Turcos ne sont plus fai'ouches, Ils ont des fusils, des cartouches, Et rimtnensité devant eus.
ÏX
A M»* LA fioe A. P.
Salut, petit coin de terre.
Si grand de bonté.
Où l'on vous rend si légère
L'hospitalité ;
Où tout ce que l'on voiis donne, Sourire ou pitié,
N'a jamais l'air d'une aumône,
Mais d'une amitié;
Où les âmes si sereines Ont les yeux si doux,
Que les tounnonts et les haines S'y reposent tous!
Salut i terre fraternelle, Où tout m'a tant plu!
Peuple bon, race fidèle, iiclgique, salut!
Va! la France a la mémoire De ces jours de deuil,
Où la dôfaite sans gloire Brisait noiic orgueil;
Où, fuyant, vaincus débiles, Un puissant vainqueur.
Tu nous as ouvert tes villes, Tes bras et ton cœur.
Puis, douce comme une mère,
Tu nous as bercés; Mieux cncor, chère infirmièra
Tu nous as pansés.
Tu nous as mis sur nos plaies
Saignantes cncor, Ce baume, les larmes vraies,
La foi, ce trésor!
Si bien que plus d'un t'a prise,
A voir tes vertus, Pour une pauvre sœur grise,
N'aimant que Jésus.
Mais je te connais, mignonne Je te connais mieux.
Et sous Ion voile de nonne Ton cœur bat joyeux.
J'ai, sur ta lèvre rebelle, Surpris un doux nom,
CHANIS DU SOLDAT.
Et c'est Van Dyck quV '■'-appelle, Ne dis pas que non !
J'ai vu dans ta vieille église liubens sur l'autel;
Metsys a peint ta devise.
Van Evck ton missel.
J'ai vu, les jours de dimanche,
Téniers l'étourdi Déposer sur ta main blanche
Son baiser hardi.
J'ai vu tes nouveaux apôtres Portaels et Gallait,
J'ai vu ces gloires et d'autres Que l'on t'envîrait,
Si l'envie était facile
Avec ta douceur, tt si la France indocile
N'était pas ta sœur,
nu\ crois-moi, belle ingonue
Au chaste maintien, C'est pour t'uvoir bien connue
Que je t'aime bien.
Sous cette robe de laine
Que nous vénérons, Va ! tu n'es rien moins que reine,
Reine à trois fleurons I
Les arts sont ton diadème, Rien ne l'obscurcit;
Et je t'admire et je t'aime; Salut et merci!
Mais tu vois, terre d'asile, Tu vois leurs regards?.
Que ton lion veille, agile, Sur tes fiers remparts.
Que dans sa tanière neuve 11 protège Anvers,
5t CHANTS DU SOLDAT.
Près de ces ports où ton fl^ivo Berce l'univers.
Que toujours imp(?nétrable,
Intacte toujours, Ta restes Tabri durable,
L'éternel recours !
Que Dieu sèche la main droite
Qui te frapperait; Malheur à qui te convoite!
Mort à qui t'aurait \
Et salur, petite terre,
Grande de bonté, Qui rends si douce et si chère
L'hospitalité!